À Londres, Dan part en classe comme tous les matins. Le soir, il ne rentre pas. Que lui est-il arrivé ? L’enquête ne fournira aucune réponse, ni les semaines ni les mois suivants. Trois ans plus tard, sa mère reçoit un incroyable coup de fil : le mystère de la disparition de Dan s’épaissit...
Pourquoi on l'a choisi
Qui mieux qu’une mère est capable de reconnaître son enfant ? Ce polar, aussi émouvant qu’angoissant, s’inspire d’un terrible fait divers qui a donné lieu en 2010 à une adaptation cinématographique, Le caméléon.
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J'ai pas réussi à rentrer dans la lecture... Beaucoup de blabla qui amène une certaine lenteur... C'est long, très long, d'ailleurs je ne l'ai même pas fini !!!
Je suis rentrée tout de suite dans l'histoire captivante mais c'est vrai un peu trop détaillée, personnages attachants, le suspense est bien entretenu, je l'ai lu très vite.
Si vous me demandiez pour quelle raison je me suis jusqu'ici abstenu de raconter cette histoire, je vous répondrais très franchement : j'ai toujours été persuadé que l'on devait s'efforcer de mettre les épisodes douloureux de sa vie derrière soi en faisant le moins de vagues possible. À une époque qui prône l'introspection, je nage peut-être à contre-courant, mais il n'en demeure pas moins que, en ce qui me concerne, cette stratégie s'est révélée payante.
Et puis, il y a eu cette enveloppe arrivée ce matin de manière si inattendue - un seul coup d'œil à son écriture reconnaissable entre toutes, et elle a émergé tout entière des ténèbres, souriant timidement de son beau sourire étincelant.
Plus inquiet qu'autre chose, j'ai déchiré l'enveloppe. Une carte d'anniversaire ! Après toutes ces années de silence, elle s'était rappelé cette date... Les aléas de la poste transatlantique avaient sans doute empêché la carte de me parvenir en temps et en heure. Au dos de la reproduction d'un tableau de Constable, je fus déçu de ne rien trouver d'autre que sa signature. Seul le hasard m'a fait remarquer la coupure de journal restée à l'intérieur de l'enveloppe. Et j'ai eu beau la glisser aussitôt dans ma poche, elle m'a obsédé toute la journée.
Alors que le jour tombe, je roule jusqu'à la côte dans l'espoir de puiser un peu de réconfort dans la contemplation de la mer. Or la porte de mon grenier psychique s'est entrouverte - des souvenirs bannis crient et s'agitent, frondeurs, comme pour défier mon autorité. Je lirai l'article tout à l'heure. Mais pour l'instant, j'ai du mal à supporter l'idée que nos malheurs privés aient de nouveau excité la curiosité du public. À l'époque, je me considérais comme la cible des péchés d'autrui et non comme celui qui les commettait. Dès lors je voudrais bien savoir pourquoi, avec le recul, s'offre à moi une interprétation autrement plus sinistre ?
26
Cela s'est produit par une superbe journée de printemps, en avril. Une journée par ailleurs des plus ordinaires. Le lundi démarrait toujours dans la précipitation, le réveil à sept heures, nous jetant, dès le lever, dans des préparatifs fébriles.
Depuis mon emménagement chez Annie un an plus tôt, mes tentatives d'instaurer un peu d'ordre dans la maisonnée avaient eu très peu de succès. Ce matin-là, comme d'habitude, l'évier débordait de la vaisselle sale du dîner de la veille. À peine nous étions-nous assis à table, que le lait vint à manquer. Rien n'indiquait en outre que Dan, le fils d'Annie, douze ans, était réveillé. À plusieurs reprises, et avec une impatience grandissante, Annie s'était levée pour se camper au pied de l'escalier et l'appeler, avant de revenir en toute hâte à la cuisine où elle devait préparer le sandwich de Rachel, sa fille, et rassembler ses propres affaires pour ses cours de la journée. Comme toujours, quelques copies s'étaient égarées, ce qui provoqua une nouvelle crise de panique. S'ensuivirent les cris de protestation coutumiers de Rachel quand il s'agissait de la coiffer, puis il fallut chercher ses chaussures d'école qui demeurèrent introuvables. Quant à moi, au milieu de cette effervescence chaotique, je restai tranquillement à pianoter sur mon BlackBerry : j'avais appris avec le temps à laisser se dérouler jusqu'à leur terme sans sourciller ces mini drames de la vie quotidienne.
Et Dan ? Que pouvait-on en dire ? Par la suite, je me suis rappelé que, tel un lutin, il s'était matérialisé à la dernière seconde dans l'escalier avant de se planter devant la glace du vestibule pour rajuster sa cravate d'uniforme et ramener, ses cheveux en arrière. Annie se souvenait de l'avoir vu fourrer ses livres de classe dans son sac et engloutir un toast. Elle avait hésité un instant sur le pas de la porte en le regardant courir et enfourcher dans le même élan le vélo de son père. Plus tard, elle devait regretter amèrement son indétermination. Peut-être aurait-elle mieux supporté ce qui s'est passé, dira-t-elle, si elle avait songé à l'embrasser, ou à lui dire un mot gentil. Au lieu de quoi, elle lui avait lancé machinalement un : « Attention aux voitures ! », auquel il avait répondu en levant les yeux au ciel avant de tourner le coin de la rue et de disparaître de notre vie.
À cinq heures, une fois ses cours terminés, Annie passa prendre Rachel chez la nounou avant de faire les courses pour le dîner. Elle avait acheté du poulet à la Kiev, le plat préféré de son fils. La journée avait été fatigante, et elle se donnait du courage en pensant au grand verre de vin qu'elle dégusterait dès son retour.
À leur arrivée, peu après six heures, elles trouvèrent la maison plongée dans le noir. En général Dan rentrait à quatre heures, mais, ces derniers temps, il avait pris l'habitude de retrouver des camarades de classe qui habitaient la cité tentaculaire au bas de notre rue et Annie lui avait permis ces occasionnelles escapades, à la condition expresse qu'il soit de retour au plus tard à six heures et demie. Il allait rentrer d'un moment à l'autre, et en attendant, elle avait encore un tas de choses à faire. Elle alluma le four, se versa le fameux verre de vin bien mérité et s'assit pour peler les pommes de terre, tout en surveillant les devoirs de Rachel. Après quoi, elle appela sa sœur Emma, un appel qu'elle repoussait depuis une semaine, et, tout en bavardant le combiné en équilibre instable coincé à l'oreille, elle chargea le lave-linge.
À la fin de sa conversation téléphonique, elle nota avec un pincement au cœur que six heures et demie étaient passées. Elle appela Dan sur son portable, plus fâchée qu'inquiète quand elle tomba sur sa boite vocale. Sur le chapitre du portable, Annie n'avait cédé à Dan qu'à son entrée en sixième, en partie parce que cela se révélait être le meilleur moyen d'avoir l'œil sur lui. Malheureusement, le système n'avait pas eu l'efficacité escomptée car il était obligé de le couper dans l'enceinte de l'école et il oubliait de le rallumer en sortant. Comme elle l'avait expliqué plus tard à la police, chaque petite appréhension avait été écartée par une explication rationnelle.
La première véritable angoisse arriva sur les coups de sept heures. Le ciel s'obscurcissait rapidement, et le dîner était prêt. Il faisait froid dehors. Que pouvait-il bien fabriquer ? Elle essaya de nouveau de l'appeler sur son portable, puis, de plus en plus inquiète, sortit la liste où étaient recensés tous les numéros des élèves de sa classe. Elle en composa plusieurs au hasard. John n'était pas chez lui. Rajesh lui affirma qu'ils s'étaient parlé brièvement à la fin des cours. Elle laissa un message à Obi, qui la rappela pour lui dire qu'il avait vu Dan quitter le collège à trois heures et demie sur son vélo. Il rentrait à la maison. Du moins c'est ce qu'il avait supposé. Dan n'avait fait allusion à rien de particulier. Il avait sans doute rencontré des copains en route et oublié l'heure. Obi semblait si catégorique que, en raccrochant, Annie, un peu tranquillisée, s'était même félicitée d'avoir résisté à l'envie de m'appeler à l'aide. Annie mettait un point d'honneur à ne jamais faire d'histoires pour rien.
Tout en préparant dans sa tête un petit sermon à l'attention de Dan, elle donna son bain à Rachel, lui lut une histoire et la borda dans son lit.
Voilà pourquoi mon téléphone ne sonna qu'à huit heures du soir. D'une voix tremblante, Annie me demandait si elle devait appeler la police. J'avoue à ma grande honte que, préoccupé par la préparation d'un dossier, je ne tins pas vraiment compte de son inquiétude. Je lui répondis distraitement de la façon qu'elle attendait de moi : je lui dis des mots rassurants. Dan n'était peut-être pas encore tout à fait un adolescent mais son imprévisibilité était en passe de devenir un objet tout à la fois de tensions et de plaisanteries entre nous.
« Tu sais comme il est, Annie. D'une seconde à l'autre, il va pousser la porte et se demander pourquoi sa mère est toute retournée.
— J'étais sûre que tu dirais ça», répliqua-t-elle, d'un ton contrit.