Un superbe et passionnant ouvrage sur les secrets et les coulisses des services secrets français. Un siècle d’espionnage et de contre-espionnage au service de la France, de la guerre de 1870 à la chute du bloc soviétique, superbement illustré, dont les textes ont été rédigés par des auteurs prestigieux.
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Connaissiez-vous l'existence de la brigade colombophile, chargée de photographier les positions ennemies lors de la Première Guerre mondiale ? Saviez-vous que Mata Hari embrassa la carrière d'espionne dans le simple but de redorer son image déclinante, et qu'Adolf Hitler, dès 1924, était connu des renseignements français comme « le Mussolini allemand » ? Aboutissement de deux années de méticuleuses recherches, cet ouvrage dévoile, pour la première fois, les archives inédites des services secrets français !
De la guerre de 1870 à la chute du bloc soviétique, revivez les moments clés d'un siècle d'espionnage et de contre-espionnage à travers les grandes affaires et les principaux rebondissements de l'histoire. Découvrez les dossiers brûlants, les rapports « très secret », les comptes rendus de missions ainsi que l'incroyable arsenal des agents secrets - une somme de révélations dignes d'un scénario de fiction au service d'une cause bien réelle, dont les enjeux politiques sont toujours d'actualité.
Des auteurs prestigieux, une iconographie inédite mêlant photographies et fac-similés, des retranscriptions fidèles de documents d'archives font de cet ouvrage passionnant... un livre monument.
Pourquoi on l'a choisi
Interceptions radio, gadgets d’espions ou de barbouzes, confidences extorquées, tout l’univers du renseignement est superbement expliqué, et enrichi d’une iconographie inédite ainsi que de documents d’archives mêlant photos, cartes et fac-similés.
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Extrait
1. LES SECRETS DE LA BELLE-ÉPOQUE
1870 - 1918
Épaules nues, mine langoureuse, telle apparaît sur son avis de recherche l'espionne Marguerite Schuler, dite Radhjah, artiste lyrique au service des Français. Censément du moins, car la belle Allemande au nom de scène oriental, comme une autre Mata Hari, est soupçonnée de jouer double jeu... Depuis sa défaite en 1870, qu'elle attribue volontiers à la qualité de l'espionnage prussien, la France s'efforce de moderniser son dispositif de renseignement. Bien sûr, elle envoie ses officiers à travers le monde : sous couverture diplomatique, à Pékin comme à Berlin, ils observent et envoient des rapports, comme les ambassadeurs le font depuis toujours. Mais la République née en 1870 prend soin de se doter d'un contre-espionnage efficace, sous l'impulsion des polytechniciens Paul Cuvinot et Charles de Freycinet. C'est l'âge d'or du « service moustaches », ainsi qu'on surnomme les militaires du 2e Bureau, dont la « section de statistique » est tout spécialement vouée à la détection des espions étrangers et des traîtres. Les errements de l'affaire Dreyfus, pourtant, vont entamer sérieusement leur crédit, de sorte qu'en 1899, le civil Jules-Alexis Durand est nommé au poste de contrôleur général des services extérieurs.
Avec lui, la police revient sur le devant de la scène. L'activité de renseignement est ancienne chez les policiers : ils surveillent les gares, les hôtels, les cafés, infiltrent les organisations subversives et fichent les étrangers... L'armée, toutefois, conserve son 2e Bureau, que viendra concurrencer le 5e Bureau à la fin de la première guerre mondiale. Le conflit se traduit d'abord par d'étonnantes innovations techniques : si les armées continuent de recourir aux pigeons voyageurs pour leurs transmissions, elles expérimentent les émissions radios et les interceptions, découvrent l'intérêt de la photographie aérienne, s'essaient à l'action psychologique et à la propagande... À l'arrière, la folie de « l'espionnite » s'empare des Français, qui accusent l'enseigne Maggi de travailler pour l'ennemi. Dans ce contexte, militaires et policiers se rapprochent, une « Section de centralisation du renseignement » leur permettant de se coordonner. Les espionnes doivent faire preuve de prudence, même les plus séduisantes.
Comme jadis La Païva, l'énigmatique Radhjah compte user de son charme pour berner les services. Mata Hari, à ce jeu, s'est condamnée elle-même, trahie par les interceptions de la tour Eiffel...
Pareil à des dizaines d'autres avis de recherche, celui de la demoiselle Radhjah est signé Jules Sébille, dit « le Puritain » : l'ancien patron des « brigades du Tigre » a repris du service, en tant que conseiller technique des armées, tandis que Clemenceau, le Tigre lui-même, revient à la tête du gouvernement pour éliminer les traîtres : Bolo Pacha et quelques autres finiront au polygone de Vincennes.
Après la victoire, l'humiliation de 1870 est vengée. L'inconstante Radhjah s'évanouit dans l'impunité des femmes fatales, tandis que Jules Sébille connaît la consécration : il sera nommé directeur des services généraux de police dans l'Alsace-Moselle reconquise.
ESPIONNE
La Païva dans la tourmente de la guerre de 1870 ET COURTISANE ?
GABRIELLE HOUBRE
« On assure que Madame de Païva, qui a vécu longtemps avec Hertz, se marie avec son amant Monsieur Henckel comte de Donnersmarck, gouverneur de la Lorraine pendant l'occupation allemande », rapporte une note anonyme au chef de la police municipale parisienne en date du 20 octobre 1871 (ci-dessous). « Avant la guerre, précise son rédacteur, elle donnait dans son hôtel des Champs-Élysées de superbes fêtes, où étaient principalement invités nos jeunes attachés d'ambassade. On causait politique et elle envoyait ses rapports au roi de Prusse. » En peu de mots, l'agent de la Préfecture de police donne à comprendre la violente détestation suscitée par cette diva de la galanterie, lorsqu'il évoque son incommensurable fortune et sa liaison avec un aristocrate allemand.
Femme de tête et d'alcôve
À cette époque, La Païva a éclipsé Thérèse-Blanche Lachmann, fille d'un modeste drapier, née dans le ghetto juif de Moscou en 1819. Baptisée catholique quelques années plus tard, elle est mariée en 1836 à un tailleur français, François Villoing, tout aussi modeste et souffreteux de surcroît. La jeune femme décide rapidement de quitter mari et bébé pour Paris, où elle se lance dans la prostitution. C'est le pianiste Henri Hertz qui, le premier, lui fait quitter le pavé des boulevards pour l'établir confortablement chez lui. Le couple se sépare en 1847, après plusieurs années de vie maritale et la naissance d'une fillette qui mourra à douze ans. Thérèse-Blanche part à Londres, où elle devient l'une des courtisanes les plus en vue. La rumeur - elle en provoquera beaucoup - la dit ensuite à Moscou avec un jeune prince russe, opportunément phtisique et assez épris d'elle pour lui léguer à sa mort une véritable fortune. De retour à Paris, elle sélectionne quelques amants peu regardants à la dépense et fort bien titrés, tels les ducs de Gramont et de Guiche, affermissant ainsi sa réputation de femme de tête aussi bien que d'alcôve. Riche et veuve depuis 1849, elle conclut une alliance de prestige en épousant en 1851 un gentilhomme portugais, Albino-Francesco Araujo, marquis de Païva, passablement désargenté. Le couple vit séparé, le mari s'endette au jeu et finit par se suicider en 1872, un an après que celle que le tout-Paris appelle désormais La Païva a obtenu, par l'entremise de Henckel, l'annulation de son deuxième mariage par le pape.
Une figure suspecte
La note de police dit juste que le 28 octobre 1871, La Païva, devenue luthérienne pour l'occasion, épouse à Paris Guido Henckel de Donnersmark, de onze ans son cadet. Elle consacre enfin une liaison amoureuse de près de dix ans, rompant définitivement avec sa vie de courtisane.
Généreux autant que fidèle, Henckel a déjà puisé dans les revenus qu'il tire de ses mines de Silésie pour offrir à sa maîtresse le château de Pontchartrain, estimé à deux millions de francs, et surtout lui faire construire au 25 des Champs-Élysées, pour le double de cette somme, un somptueux hôtel particulier dont le grand escalier d'onyx et les peintures de Baudry sont restés célèbres. Le couple s'y installe dès 1866 et La Païva tient un salon parmi les mieux fréquentés de la high society, recevant des artistes, des hommes de lettres et des personnalités aussi éclectiques que le général bonapartiste Fleury, le républicain Gambetta ou l'ambassadeur d'Allemagne.
En juillet 1870, peu avant la déclaration de guerre, le couple doit quitter Paris et rejoint le château du comte à Neudeck, en Silésie. Lui-même intègre l'armée prussienne ; il prend possession de la préfecture de Metz le 29 octobre 1870 et administre quelque temps la Lorraine d'une main de fer. Dès les prémices de l'armistice, Bismarck l'emploie comme ambassadeur officieux auprès des autorités françaises. Sitôt la guerre terminée, le couple retrouve son hôtel des Champs-Élysées et subit de plein fouet la vague de germanophobie qui suit la guerre franco-prussienne, d'autant que Henckel est connu pour avoir suggéré de réclamer six milliards de francs-or d'indemnité de guerre à la France. Le chancelier se contentera de cinq, mais la tradition orale veut que la désormais comtesse ait été sifflée par la salle alors qu'elle assistait à La Périchole d'Offenbach en 1872, et que Henckel ait obtenu pour elle un dîner en présence du Président Thiers pour laver l'affront. La Païva est de fait suspectée pendant quelques années d'espionnage, mais la Préfecture de police ne donne pas suite aux accusations et nul rapport au roi de Prusse, non plus qu'aucune autre pièce, n'a permis à ce jour d'établir pareille éventualité. Les déplacements du comte, en revanche, seront longtemps surveillés et signalés par dépêche télégraphique.
À partir de 1882, la santé de la comtesse se détériore et elle se résout à accompagner son époux dans son château de Silésie. Elle y meurt en 1884, ayant institué Guido légataire universel de sa considérable fortune. Ultime fantasmagorie : la légende dit que l'époux inconsolable, malgré un prompt remariage, a conservé son corps dans l'alcool, à l'abri d'un caveau secret du château de Neudeck.