Du sang sur la neige
Du sang sur la neige
400 pages
Couverture cartonnée
Réf : 292138
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Résumé
Après avoir purgé une peine de prison, Dan Kaspersen rentre dans sa petite ville norvégienne. Son frère s’est suicidé, la maison est vide. Il songe à refaire sa vie ailleurs, mais, Kristian, l’homme responsable de son arrestation, manigance pour lui faire endosser un crime. 
Pourquoi on l'a choisi
L'atmosphère particulière des villes scandinaves enneigées imprègne ce roman noir pudique et sensible. Une belle écriture au service d'une intrigue à rebondissements qui laisse la part belle à l'introspection et aux souvenirs d'enfance. Un roman glaçant.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
asl
Le 11 mai 2010
Le résumé pas à la hauteur
Ce livre est lourd. Mal écrit avec des états d'âme sans objet et des digressions ridicules. Je me demande encore pourquoi il est classé dans la série policière car il n'y a pas d'intrigue : tuer un cochon et du sang sur la neige ??? Il faudrait m'expliquer tant de pages inutiles. En 20 pages, ce sujet aurait pu être clos : une nouvelle, pas un roman policier.
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Lu dans la presse
« Le roman de Henriksen évoque les questions de blessure, d'injustice, de désespoir, de résistance et de rébellion. Il parle aussi d'espoir, d'amour et de confiance en soi. Sans oublier la solitude et le désir profond de retourner "à la maison" — où que ce soit et quelle qu'elle soit. Avec ce premier ouvrage, Henriksen se révèle un véritable romancier. Entre la culpabilité et les torts il y a la place pour la compassion. »

Westfalenpost
Extrait

1


Dan Kaspersen partit avant que l'assemblée en soit à la moitié de Where the roses never fade¹. Le petit vent indiquait qu'il allait bientôt neiger. Les nuages s'étaient amoncelés au-dessus de la forteresse. Sur une tombe, à l'entrée, on avait planté une rose dans la neige. Il se souvint de l'ambiance ici les veilles de Noël. Cette sensation d'étourdissement lors des soirées étoilées, quand là-haut, dans la nuit infinie, les lumières scintillaient à l'envi avec les étincelles mortes de Dieu. L'espace d'un instant il revit Jakob : quand il se penchait pour planter les deux bougies dans les branches de sapin sur la tombe de leurs parents, la flamme vacillante donnait à son visage une pâleur angélique.
Il passa rapidement le dos de sa main sur ses yeux. Il avait l'impression que cette chose qui dépassait de la manche raide et retroussée du pardessus lui était étrangère, qu'elle ne lui appartenait pas. Il n'avait pas eu les mains aussi blanches, aussi douces, depuis longtemps. Il lui faudrait un moment avant de se réhabituer à toute cette lumière en chute libre. Ses yeux n'étaient que deux fentes étroites quand il traversa le parking, mais il n'eut aucun mal à retrouver la Volvo Amazon de son père. On pouvait compter sur les doigts de la main les voitures garées devant le mur de l'église et, de toute façon, les breaks bleu canard étaient rares de nos jours, même dans une ville comme Kongsvinger où les alentours de la gare regorgeaient toujours de grands garçons vouant un culte à l'asphalte, comme s'il était leur sauveur.
Le chasse-neige avait parsemé la route menant au centre-ville de traînées de sable couleur cannelle, et il essayait tant bien que mal de garder les roues dessus. Comme toujours la direction de l'Amazon était dure et les pneus d'été la rendaient encore plus difficile à manœuvrer. Il aurait dû prendre le Toyota Hiace de Jakob, aux pneus neige presque neufs, mais il n'en avait pas eu la force. Il avait fait redémarrer le break à la place et roulé lentement jusqu'à Kongsvinger tandis que la file de chauffeurs impatients aux poings gantés grossissait derrière lui. Il n'était pas encore quinze heures quand il chemina sur la grande route dans l'autre sens.
Il traversa l'avant-dernier rond-point avant la sortie de la ville. Autrefois la route entre Skogli et Kongsvinger était toute droite, directe. Jakob et lui avaient l'habitude d'aller aux entraînements de foot ou chez leurs copains d'école à vélo. Dan était toujours celui qui roulait devant, et les rares fois où ils pédalaient côte à côte, il était celui qui se tenait du côté droit de la chaussée. Parfois de grands semi-remorques les doublaient d'un peu trop près, et par des journées ensoleillées sans vent, le souffle provoqué était comme une vibration les arrachant presque à leur ombre, qui les mettait en apesanteur l'espace de quelques secondes. Jakob avait affirmé que s'ils restaient immobiles au bord de la route alors que toute une file de camions passait devant eux, ils finiraient par planer. Dan leva une nouvelle fois sa main devant ses yeux. Ils ne s'étaient jamais envolés où que ce soit ensemble.
Il contourna le dernier rond-point par l'extérieur. Tout en haut sur sa droite, l'émetteur de télévision trônait au sommet de la colline. Après son installation dans les années 1970, la promenade dominicale jusqu'à cette tour était devenue un rituel. Les gens venaient ici contempler la vue sur la ville, avec un thermos de café et des sandwichs aux œufs. Les garçons étaient assis sur les genoux de leur père, tandis que les filles, sous l'injonction de leur mère, distribuaient les tasses à café. Des tasses en plastique de couleur vive que l'on n'utilisait normalement que quand on partait camper hors du département.
Aujourd'hui, la promenade jusqu'à l'émetteur de télévision n'était plus un rituel. Mais l'été précédent, Jakob lui avait envoyé une coupure de journal racontant qu'un jeune garçon avait sauté du sommet en parachute. Il avait compris ce que Jakob voulait dire avec cette image, et il avait collé l'article sur sa porte. Celui-ci avait été arraché dès le lendemain parce qu'il n'avait pas demandé l'autorisation. Au souvenir de l'odeur qui régnait dans la petite pièce, il frissonna. Dans la voiture aussi l'air était confiné, mais ce n'était pas pareil. Il inspira profondément l'odeur de moisi et d'huile de moteur brûlée, et la maintint au fond de ses poumons. Il commença à sentir le martèlement contre ses tempes, à retrouver cette vieille sensation procurée par les joints, celle d'avoir de l'hélium dans les veines. Il but la route des yeux, savoura les vibrations dans le volant, l'aiguille du compteur se hissant péniblement jusqu'à soixante, mais ses pensées ne tardèrent pas à revenir à Jakob. Il jeta un dernier regard à l'émetteur, eut l'impression d'apercevoir un vague flottement, un ondoiement, un battement d'ailes, un tissu de soie se déployant dans le ciel, mais ce n'était que le vacillement de la cime de quelques sapins. Il dut lutter contre l'envie soudaine de braquer le volant vers le fossé, d'éteindre la lumière, de laisser décembre s'abattre sur lui, tel un ballon crevé. Par un jour comme aujourd'hui, les casse-cou auraient dû se bousculer pour grimper au sommet de la tour et rester un petit instant tout en haut, la tête nue et penchée, avant de se lancer dans le vide, ni morts ni vivants, mais planant, en apesanteur, comme les anges au-dessus de Bethléem. Quelque chose aurait dû être différent. Tout était comme avant.
Il gara la voiture juste avant le carrefour d'où partait la route pour Skogli, en bas du grand champ s'étendant jusqu'à Overaas, la plus grande exploitation du village. Il descendit au-dessous de la pierre commémorative élevée à la mémoire de la bataille qui avait opposé les Norvégiens et les Suédois près de deux siècles plus tôt et se fraya un chemin dans la neige poudreuse jusqu'au tunnel passant sous la route.
Dans la pénombre, il fit glisser ses doigts sur le métal rayé et alluma son briquet pour relire ce que lui et son frère avaient gravé près de vingt-cinq ans auparavant. La pluie qui s'était soudainement abattue sur eux avait été si violente qu'ils avaient dû courir se mettre à l'abri avec leurs vélos sous le tunnel et attendre plus d'une demi-heure que l'averse passe. Avec un clou rouillé, ils avaient griffonné le nom de leur joueur favori de Leeds United, ceux de Ace Frehley et Paul Stanley, les meilleurs disques des Ramones, des trucs comme ça. Des trucs importants pour des ados de douze et quatorze ans. Les lettres de Dan étaient grandes et anguleuses, l'écriture de Jakob petite et mal assurée. Juste au-dessus de ses initiales et du 1980, il avait gravé un autre nombre : 48.
48. Jakob avait refusé d'expliquer ce qu'il signifiait, mais c'était un nom de fille. Évidemment que c'était un nom de fille. Mia, Marit ou Mette, une des filles de sa classe. Les lettres du nom converties en chiffres, eux-mêmes ajoutés les uns aux autres pour former un nombre. 48. A, B, C, 1, 2, 3, je t'aime. Douze ans seulement, mais J. K. avait déjà cumulé suffisamment de lettres et de nombres pour sentir son cœur battre plus vite. Douze ans. Rouille et rideau de pluie. 4.8. Dan n'avait jamais su à quoi correspondait ce nombre et à la pensée qu'il ne le saurait jamais, ses yeux picotèrent. Il se précipita hors du tunnel, tomba dans la neige poudreuse, se releva, retomba et rampa à quatre pattes jusqu'à la voiture. Il appuya sur la pédale d'accélérateur et cria à s'en écorcher la gorge en suivant le diapason du moteur, avant que les pneus trouvent prise et que la voiture bondisse en avant. Il braqua le volant, les pneus patinèrent et il passa de justesse sous le nez d'un semi-remorque Linjegods. Le chauffeur donna un long coup de klaxon et frappa de l'index contre le pare-brise, mais quelle importance ? On pourrait brandir devant lui tous les index de la terre aujourd'hui, ce geste serait aussi vide de sens que sa propre personne. Dans Saetermoen, son pied droit appuya de tout son poids sur l'accélérateur, la voiture se mit à tanguer, il prit le virage en haut de la côte dans un dérapage et fit un tête-à-queue au panneau à l'entrée de Skogli. Il réussit à redresser le volant et descendit la route traversant la vallée. Les voitures qu'il croisait n'existaient plus, tout comme les visages collés aux vitres tels des poissons dans un aquarium. Il avait commencé à neiger. De gros flocons s'abattaient sur le pare-brise. Il mit les essuie-glaces. Clap, clap, clap. Un bon vieil hiver d'autrefois dès la mi-décembre. Le Noël idéal, diraient certains. Les bougies dans la neige, la luge et les fenêtres du calendrier. Putain. Il quitta la grande route, passa devant la boîte aux lettres sans s'arrêter, essayant de prendre suffisamment de vitesse pour réussir à monter la petite côte menant à la ferme, à Bergaust. La neige avait recouvert les ornières. L'Amazon se mit à zigzaguer comme si elle avait crevé. Il tenta de rétrograder, mais perdit le contrôle du véhicule. La voiture glissa en travers de la route et les feux avant dérapèrent dans le fossé. Il n'eut pas la force de tenter une marche arrière et ouvrit la porte d'un coup de pied, abandonnant l'Amazon en plein milieu du chemin. Les semelles des chaussures de ville du frangin étaient lisses et à peine eut-il posé un pied par terre qu'il était à genoux. Il remonta péniblement jusqu'à la maison à petits pas, tel un vieillard fatigué, et tomba trois fois avant d'atteindre l'escalier. Il s'assit sur la première marche, enleva ses chaussures sans les délacer et les jeta vers la niche vide. C'est alors qu'il l'entendit, le bruit qui couvrait le son rauque de sa respiration, le ronronnement du moteur tournant à vide et le clap-clap des essuie-glaces. Les cochons, il avait oublié les cochons ! Les derniers animaux de Bergaust. Les épluchures de pommes de terre, les restes de repas et le vieux pain récupéré dans les différentes boutiques. Ces deux ou trois allers-retours quotidiens jusqu'à la porcherie qui permettaient à Jakob de se sentir indépendant, même si la viande en Suède revenait moins cher que ce qu'il pouvait produire à Skogli.


1. Chant gospel écrit en 1929 par Janie West Metzgar.