L'herbier érotique
L'herbier érotique
Histoires et légendes des plantes aphrodisiaques
Bernard Bertrand
Illustrations de Jean-Claude Pertuzé
212 pages
Couverture cartonnée. 23 x 34 cm
Réf : 291797
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 35,00  (prix public)
Résumé
Découvrez, amis curieux de botanique et d’autres plaisirs délicats, cet herbier d’un nouveau genre. Un herbier érotique, qui, de l’ensorceleuse absinthe au stimulant yohimbehe, vous dresse un portrait (illustré par des photos et documents anciens) de 120 plantes aphrodisiaques, excitantes et enivrantes... Légendes, mythes ou anecdotes, recettes : vous découvrirez tous le pouvoir de ces fleurs et plantes qui ne parlent que de désir... 
Pourquoi on l'a choisi
Effeuillage : découvrez le langage amoureux des fleurs, les plantes chaudes, le sexe des plantes, mais aussi les aromates, condiments et épices, huiles essentielles et massages...
Bernard Bertrand est né en 1955 en Charente-Maritime, au sein d'une famille d'agriculteurs. À la sortie d'un BTS « Protection de l'environnement » (une des toutes premières promotions de Neuvic, en Corrèze), il s'installe avec sa compagne Annie-Jeanne près d'un petit village de la Haute-Garonne, Aspet, dans une maison abandonnée, avec les Pyrénées pour paysage. Là, au fil des années, ils reconstruisent patiemment la maison, les dépendances, les terrasses, le jardin, tout en vivant la passion qui les a réunis : collecter, apprendre et mettre en pratique des savoirs traditionnels respectueux de la nature. Pour cela, ils multiplient les rencontres et les visites aux vieilles bibliothèques botaniques de la France entière...

Au début des années 1990, ils décident de transformer leur exploitation, déjà très atypique, en ferme de découverte nature. Parmi les outils qu'ils créent pour atteindre cet objectif, un jardin botanique extraordinaire, le jardin des Sortilèges, dont Annie-Jeanne a la charge, et une collection de livres d'ethnobotanique, pour « partager l'expérience accumulée ». Ce sera « Le Compagnon végétal », fantastique collection de monographies sur les belles sauvages oubliées, qui marque un véritable renouveau de l'édition ethnobotanique en France.

Aujourd'hui, Bernard Bertrand continue d'écrire et d'éditer ses livres du fin fond des Pyrénées. Il parcourt la France pour défendre la richesse et les vertus des « mauvaises herbes » et milite pour que tout un chacun puisse se réapproprier toutes ces connaissances. Il est notamment le président de l'Association des Amis de l'Ortie.
Extrait
Érotisme et aphrodisiaques
POUR QUI, POURQUOI ?

Il est devenu un lieu commun de préciser qu'un individu en parfaite santé, ayant trouvé l'harmonie dans sa vie affective, a toujours besoin de stimuli sexuels. Ce sont eux en effet qui, aux côtés de l'amour sincère unissant deux êtres, seront le « carburant » du couple.
L'harmonie du couple tient d'abord aux partages de valeurs, de sentiments, voire de philosophie de la vie... Cette harmonie, née de ce désir commun de vivre un bout de chemin ensemble, se nourrit de l'acceptation des différences. Cette acceptation (tolérance) sera aussi un formidable moyen pour chacun de s'enrichir de l'apport de l'autre (ne dit-on pas de sa moitié !), car l'harmonie se construit non seulement sur ce qui nous rapproche, mais aussi sur nos complémentarités !

L'harmonie globale d'une relation, pas uniquement amoureuse s'entend, se compose d'un ensemble d'équilibres qui justement détermineront la vraie nature de la relation. Harmonie dans la famille, dans le travail, les loisirs, les choix de vie quotidiens, les rapports avec les autres, avec l'argent, l'image sociale, etc. Et puis parmi ces éléments relationnels qui lient les êtres entre eux, il en est un qu'il ne faut pas oublier, l'harmonie sexuelle ! celle-là même qui fait ici l'objet de toutes nos préoccupations...

De la passion... à la vie érotique
L'amour naissant est euphorique, rien ne lui résiste, il est plus fort que tout... Que cet amour donne naissance à l'envie d'une relation durable, et lui succédera une phase bien connue des psychologues, mais aussi de la sagesse populaire, pour être moins intense en émotions : la vie commune et sa dérive, la routine. Pour que le couple surmonte jour après jour les épreuves qui sont siennes et dépasse ces fameuses et inéluctables phases de lassitude, les partenaires devront consacrer à l'érotisme un peu de leur temps et de leur énergie. Conscients ou non, qu'importe ! Mais de l'intensité de ces stimuli dépendra la qualité de la relation amoureuse.

Le besoin de plaire et le désir de séduire restent les ingrédients de base de tout rapport humain amoureux, mais aussi amical. En l'absence de sentiments et d'émotions, la relation perd son sens.
Dans le cadre d'une liaison affective, il revient à l'érotisme et aux aphrodisiaques, ses outils, le rôle d'entretenir l'intensité des émotions, autrement dit la flamme amoureuse !
Leur rôle sera aussi de faire évoluer la relation sentimentale ; le cas échéant de favoriser la transgression, mutuellement consentie, de certains tabous culturels et sociaux qui enferment la relation dans des habitudes routinières.

Réceptivité maximale
Attirance et séduction vont de pair, elles forment un couple inséparable, l'une provoquant l'autre, sans que l'on sache trop bien laquelle des deux se manifeste en premier. A priori ce serait plutôt à la séduction de jouer les déclics ; ce n'est pas une règle générale, loin s'en faut, c'est souvent l'attirance pour quelqu'un qui provoque l'envie de séduire...
Désir et séduction feront donc tous deux l'objet d'investigations afin de mettre le corps et l'esprit dans un état de réceptivité optimal. Les plantes (nous y voilà) sont en ce domaine des alliées précieuses capables d'agir de multiples façons dans l'un et l'autre domaines.

La séduction peut être naturelle ou provoquée ; dans ce second cas, elle passe pour être un art à part entière, au point qu'elle peut paraître à certain(e)s pour plus jouissive que l'acte charnel lui-même...
Le désir est un état subtil, souvent incontrôlé, qui enflamme plus ou moins spontanément le corps et l'esprit. Contrôler ses désirs fait partie du privilège de l'âge et de l'expérience, cela ne se fait pas sans une certaine volonté.
Mais séduire, faire naître le désir en soi ou chez l'autre ne sont que la première et indispensable étape de la pleine réalisation amoureuse. En dehors des cas d'amour platonique, cette première phase accomplie, il reste, pour l'un et l'autre, à assumer l'aboutissement de la démarche, l'acte charnel...

Les plantes à la rescousse
Assumer l'acte, c'est être capable de l'accomplir dans des conditions optimales qui garantissent son propre plaisir et celui du partenaire. Les problèmes rencontrés, tant physiques (faiblesse, fatigue, maladie...) que psychologiques (stress, contrariété, affectivité, blocages, etc.) sont si nombreux que la profession médicale a créé les sexologues...
Il est cependant rassurant de savoir que les plantes constituent une parade efficace à ce désarroi.
À chaque déséquilibre correspond une ou des plantes de l'amour aptes à atténuer les difficultés et à aider l'individu et le couple à dépasser les épreuves. Pour autant la panacée, dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, n'existe pas.
Le phytothérapeute sera seul à même, après diagnostic, de proposer une thérapie capable d'améliorer l'état de son patient. Ce volet médical de la sexualité échappe au contenu de cet ouvrage qui se veut avant tout un cliché ponctuel de nos connaissances ethnobotaniques sur cette thématique…
Cependant, le lecteur trouvera de nombreuses pistes pour tirer profit de ces plantes qui nous veulent du bien, au sens premier du terme, et dont la consommation régulière suffit parfois à elle seule à répondre aux besoins d'une libido exigeante...

Mais une telle perspective ne doit pas faire oublier le bon sens. On le sait, trop de sexe peut tuer le sexe ! Brûler trop rapidement les étapes, c'est prendre le risque de se brûler les ailes... De plus, il s'agit de ne pas confondre entre excitant sexuel, qui provoque l'apparition du désir sexuel, et tonique sexuel, qui fortifie et tonifie l'organisme de façon à prolonger les plaisirs. Le Gingembre est excitant, le Ginseng ou la Gentiane fortifiants et toniques. Là encore, pas de règles prédéfinies, chaque individu, chaque couple, est à même de trouver l'équilibre qui le satisfera, gardant simplement à l'esprit, qu'à trop vouloir forcer la nature, celle-ci peut nous jouer des tours pas toujours agréables...

Limites...
Si l'on doit aux aphrodisiaques végétaux de réels (et bénéfiques !) actions sur notre santé, cela sous-entend qu'ils sont riches en matières actives responsables de leurs vertus. Or ces matières actives ne sont pas anodines, leur excès peut provoquer l'effet inverse de celui recherché ; ce qui convenons-en serait bien dommage ! Aussi avant de se lancer à corps perdu dans l'aventure des aphrodisiaques, faut-il être en mesure de bien définir ses besoins et ses limites. Il faut aussi se rappeler qu'un remède ou un stimulus, quel qu'il soit, ne sera efficace que si l'on est prêt à l'accepter.

Sachant cela, choisir dans la panoplie des aphrodisiaques proposés par dame Nature ceux qui seront les mieux à même de satisfaire ses propres exigences sexuelles, ne devrait poser aucun problème.


*
*  *

Cultes fondateurs
PLANTES, SEXUALITÉ et CIVILISATIONS…

Dans les cultes fondateurs des civilisations, la sexualité joue un rôle primordial, y compris en Europe et en Orient où il faudra l'avènement des cultes chrétien et musulman pour qu'un changement radical des doctrines et des enseignements s'opère.
Chez nous, il revient à la chrétienté d'avoir banni le sexe de ses dogmes en chassant Adam et Ève du Paradis ; partant de cet épisode biblique, le mot érotisme devenait synonyme de vice...
Mais nier le rôle de la sexualité, c'est nier l'évidence : la vie ! Aussi, c'est en détournant de nombreuses traditions païennes, où la sexualité reste présente, que les sociétés qui adoptent le christianisme trouvent un équilibre.

Fécondité et fertilité
L'universalité et l'importance de la sexualité dans les mythes fondateurs s'expliquent par deux de ces dimensions : il répond à la nécessité de procréation et de perpétuation de l'espèce ; il est assimilé à un acte divin et permet la communication avec d'autres mondes.
Fécondité et fertilité en sont les prolongements essentiels ; longtemps ceux-ci resteront associés à la femme seule, elle qui enfante et assure la survie du groupe.

Les premières œuvres d'art produites par l'homme, quand elles ne représentent pas des animaux, évoquent des portions du corps féminin se limitant aux parties génitales (triangle pubien). Élever le sexe au rang de culte est donc une pratique très ancienne, commune à tous les peuples. Les témoignages de ces pratiques passées, modestes chez nous (Vénus de Lespugue et peintures rupestres de Chauvet), sont bien plus représentatifs en Amérique, Afrique ou Océanie, où les cultures originelles ont mieux résisté à l'usure du temps, qu'en Occident.

Sexualité déifiée
Les plantes sont les oubliées de ces pratiques allégoriques, et pourtant elles en sont des éléments essentiels, elles en permettent l'expression. Tout comme Aphrodite possédait sa ceinture céleste où s'entassaient les aphrodisiaques, les dieux des autres cultures possédaient eux aussi leur panoplie d'excipients capables de sublimer la relation érotique, pour qu'elle devienne un acte cultuel et religieux. La plante seule (champignon compris !) permet d'atteindre cet état de transe qui permet la communication divine, leurs produits, à pouvoir psychotrope avéré, sont les principaux excipients capables de transcender l'être humain, de lui permettre d'aller au-delà des sensations habituelles.
On retrouvera ainsi dans toutes les civilisations la trace de végétaux capables de magnifier l'acte sexuel ; ils sont systématiquement dédiés aux cultes et aux déités qu'ils servent...
Un Basilic, le Tulasi des Hindous (Ocinum sanctum), considéré comme Herbe sacrée, trouve sa place sur les autels consacrés à Vishnu et à son épouse Lakshmi. En prendre une feuille chaque jour permet de conserver une fécondité intacte, il assure une vie sexuelle épanouie, qui ne sera jamais ennuyeuse !
Pour les Égyptiens, le Lotus, ou Nénuphar blanc, est la « Fleur sacrée » de référence. Râ, l'astre solaire serait sorti du calice d'un Lotus, fleur matricielle par excellence.
On retrouve cette même force symbolique en Asie, où le Lotus est considéré comme une vulve cosmique, un pseudo-utérus d'où seraient nés les dieux... Ainsi Brahmâ, créateur de toutes choses, est né d'un Lotus... L'union de la « Tige de jade » (phallus minéral) et de la « Fleur de Lotus » (vulve végétale) représente l'union sacrée à l'origine de la création du monde.

Drogues botaniques
Les plantes qui se retrouvent au centre de ces paraboles génésiques possèdent souvent des propriétés d'exception ; on le verra, beaucoup sont des épices, mais on retrouve aussi parmi elles les drogues les plus réputées.
De ces dernières, l'homme a su très tôt extraire des substances capables d'exacerber ses relations avec le monde invisible et divin qui, en temps ordinaire, lui est inaccessible. Hallucinations, fantasmagories et érotisme sont alors les vecteurs de cette communication avec un autre monde...

Chaque continent trouvera ainsi les ingrédients propres à satisfaire ses rituels. En Asie, le Pavot et le Chanvre joueront ce rôle à travers leurs substances actives et les nombreux produits dérivés qui en sont issus (opium, THC). Le Chanvre, si décrié chez nous, est une herbe sacrée, utilisée dans les cérémonies et sacrements religieux...
En Inde, il est dédié à Shiva et l'« Herbe qui guérit » y est explicitement décrite et utilisée comme aphrodisiaque.
Dans les tantras hindous, alors que le Chanvre, dédié à Shakti, permet d'éveiller les énergies féminines qui sommeillent en chacun de nous, le Datura est une plante mâle, dédiée à Shiva, qui symbolise nos forces masculines...

Pour les Assyriens, 2 500 ans avant J.-C., le Pavot était la « Plante de la joie ». Les Égyptiens l'idolâtraient eux aussi. Pour de nombreux peuples, l'opium, produit par le Pavot, permet d'atteindre l'extase mystique, d'accéder au mystère de la création et de découvrir ceux, cachés, de l'existence. Grecs et Romains l'adoptèrent à leur tour, en même temps qu'ils vénérèrent une autre plante mythique : la Vigne et ses productions (vins et alcools).
Jésus récupérera le culte dionysiaque à sa façon en lançant à la face du monde chrétien un « ... ceci est mon sang ! » qui fait parfois oublier que la consommation inconsidérée d'alcool, comme celle de toute autre drogue, n'est pas sans conséquence sur notre santé...

Abus de plantes
Contrairement à d'autres excitants sexuels qui rééquilibrent physiquement l'organisme, les drogues agissent sur le psychisme de l'individu, en lui permettant d'abord d'éliminer les tabous, qui souvent sont les principaux inhibiteurs du plaisir intense... Les plantes à fort potentiel euphorisant et stupéfiant deviennent alors libidineuses et permettent d'accéder à un niveau de conscience sexuelle inhabituel. Cependant, le risque est grand de ne pas ressortir indemne de telles expériences. La déstructuration de l'individu peut alors aboutir à la déchéance physique, ce qui sur le plan sexuel s'avère rapidement désastreux...
Pour autant, fallait-il ignorer ces plantes aphrodisiaques, aux vertus érotiques certaines, alors que la plupart sont ancrées dans nos cultures ? Sans doute pas, cela d'autant plus que ni le pied de Chanvre, ni celui de Pavot, de Coca ou de Vigne ne sont responsables de nos « perversités »...