Rosa Candida
Rosa Candida
320 pages
Couverture souple
Réf : 289663
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Au lieu de 20,00  (prix public)
Un roman poétique et tendre
Résumé
Un jeune homme de vingt-deux ans, passionné d’horticulture, quitte sa terre islandaise pour rejoindre sur le continent l’ancienne roseraie d’un monastère. Dans ses bagages, trois boutures de Rosa Candida, variété rare que cultivait sa mère adorée. En route jusqu’au monastère où l’accueille un moine grand amateur de cinéma et de liqueur, notre Candide connaîtra quelques bonheurs, pas mal d’épines, et l’amour enfin... 
Pourquoi on l'a choisi
Les tribulations d'un tendre. Roman d'initiation, livre rare d'une incroyable justesse de ton sur les tourments d'un jeune garçon qui apprend à devenir un homme... et un père. 
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :4
prothea
Le 24 février 2011
Tout doux
La langue française maitrisée au plus haut point, on regrette toutefois des longueurs.
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Hercule
Le 28 février 2011
Poétique et dépaysant
Ma première incursion en littérature islandaise a été un vrai plaisir, presque un plaisir des yeux. Le narrateur Arnljoétur débute son récit dans un paysage volcanique mou avant de nous entraîner dans un très vieux village inaccessible aux voitures. Amoureux des fleurs (en particulier des roses), il pose un regard décalé et interrogateur sur ceux qu'il croise. Il provoque des rencontres étonnantes, se creuse la tête en quête de réponses, fréquente des adultes singuliers, redonne vie à une roseraie mythique, et il est le papa d'une enfant mystique... Que demander de plus ?
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Le 16 avril 2011
Un bain de jouvence
Le voyage initiatique de ce jeune jardinier parti à la recherche d'une mythique roseraie blottie au coeur d'un monastère de montagne, est un conte tout en couleurs pastel qui ravira tous ceux qui sont restés de grands enfants et qui rêvent d'un monde où la beauté et la pureté triompheraient du malheur et des vicissitudes de la vie. Le jeune Arnljötur, son père, le moine Thomas cinéphile averti, Anna et le bébé Flora Sol, appartiennent à une belle humanité qui irradie et réchauffe le coeur de tous ceux qu'ils rencontrent. Sans mièvrerie, dans une écriture fluide et poétique, l'auteure nous dit que tout est possible aux hommes de bonne volonté. Et nous ne demandons qu'à la croire, ravis de mettre nos pas dans ceux d'Arnljötur, qui tel Candide, trouvera sa vérité et le chemin de sa vie, chargé de son précieux fardeau, car la rose délicate qu'il apportait au monastère s'est transformée en un bébé merveilleux. Une morale bien plus belle que celle du vieux conte. Mais il est vrai qu'elle nous vient d'une île lointaine, l'Islande, qui fait souffler sur nous cet air frais et vivifiant.
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line
Le 25 novembre 2011
Une découverte
Premier roman islandais pour moi, il donne envie d'en lire d'autres ! Quelques longueurs il est vrai, mais vite oubliées car on se laisse prendre par cette étrange langueur du style et cette histoire intimiste. On s'y croirait, sur cette terre d'Islande !
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Lu dans la presse
« Ah, Rosa Candida ! Quelle merveille ! Vous n'en ferez qu'une bouchée... de plaisir, évidemment. »

Lire


« Incontestable réussite littéraire, Rosa Candida démontre qu'une grande subtilité s'énonce parfois simplement. Sa gourmandise de détails et de petits événements, dont la beauté aussitôt fanée nourrit la mémoire des personnages, comme du lecteur, est contagieuse. »

Le Monde


« Ce roman très inhabituel a un charme rare. Les moments, les sentiments, les idées existent d'abord par une couleur, un parfum, une sensation. »

Libération


« Charme et étrangeté sont les deux adjectifs qui viennent à l'esprit à la lecture de Rosa Candida, à l'image du héros, sorte de Candide aux interrogations existentielles. »

Le Figaro littéraire
Extrait

1

Comme je vais quitter le pays et qu'il est difficile de dire quand je reviendrai, mon vieux père de soixante-dix-sept ans veut rendre notre dernier repas mémorable. Il va préparer quelque chose à partir des recettes manuscrites de maman – quelque chose qu'elle aurait pu cuisiner en pareille occasion.
« J'ai pensé, dit-il, à de l'églefin pané à la poêle et ensuite une soupe au cacao avec de la crème fouettée. » Pendant que papa essaie de trouver comment s'y prendre pour la soupe au cacao, je vais chercher mon frère à son foyer dans la vieille Saab qui va sur ses dix-huit ans. Jósef m'attend depuis un moment, planté sur le trottoir et visiblement content de me voir. Il est sapé à bloc parce que c'est ma soirée d'adieu, il porte la chemise que maman lui a achetée en dernier, violette à motifs de papillons.
Pendant que papa fait revenir l'oignon alors que les morceaux de poisson attendent, tout prêts, sur leur lit de chapelure, je vais dans la serre chercher les boutures de rosier que je vais emporter. Papa m'emboîte le pas, ciseaux à la main, pour couper de la ciboulette destinée à l'églefin et Jósef, silencieux, le suit comme son ombre. Il n'entre plus dans la serre depuis qu'il a vu les débris de verre causés par la tempête de février qui a réduit en miettes beaucoup de vitres. Il reste dehors, près de la congère, et nous suit du regard. Papa et lui portent le même gilet noisette avec des losanges jaunes.
« Ta mère mettait toujours de la ciboulette avec l'églefin », dit papa, tandis que je lui prends les ciseaux des mains et m'étire pour atteindre dans le coin de la serre la touffe toujours verte dont je lui tends une poignée. C'est moi le seul héritier de la serre de maman, comme papa me le rappelle régulièrement. Ce n'est pas qu'il s'agisse d'une culture de grande envergure comme trois cent cinquante pieds de tomate et cinquante plants de concombre qui se transmettraient de mère en fils ; il ne s'agit en fait que de roses qui poussent toutes seules, sans qu'on ait besoin de s'en occuper spécialement, et peut-être de la dizaine de plants de tomate qui restent. Papa se chargera d'arroser en mon absence.
« Je n'ai jamais été porté sur les légumes, mon petit Lobbi, c'était le dada de ta mère. Moi, je pourrais tout au plus manger une tomate par semaine. À ton avis, à la récolte, ça va donner combien de fruits par plant ?
— Tâche de les donner, alors.
— Je ne peux tout de même pas frapper à tout bout de champ chez les voisins avec mes tomates.
— Et Bogga ? »
Je dis cela tout en me doutant bien que la vieille amie de maman doit avoir les mêmes goûts que papa.
« Tu ne veux tout de même pas que j'aille toutes les semaines rendre visite à Bogga avec trois kilos de tomates. Elle insisterait pour que je reste à dîner. »
Je pressens aussitôt ce qu'il va dire ensuite.
« J'aurais voulu inviter la demoiselle et l'enfant, poursuit-il, mais va savoir si tu n'y serais pas opposé.
— Oui, j'y suis opposé. La demoiselle, comme tu dis, et moi, on n'est pas un couple et on ne l'a jamais été, même si on a un enfant ensemble. Ça a été un accident. »
J'ai déjà mis les choses au point et papa doit bien se rendre compte que l'enfant est le fruit d'un instant d'imprudence, et que ma relation avec la mère s'est limitée au quart, que dis-je, au cinquième d'une nuit.
« Ta mère n'aurait pas vu d'objection à les inviter au dernier repas. » Chaque fois que papa a besoin de donner du poids à ses paroles, il tire maman de sa tombe pour l'appeler en renfort.
Moi, je me sens tout drôle de me trouver sur le lieu même, si j'ose dire, de la procréation, en compagnie de mon vieux père et de mon demeuré de frère jumeau qui est là, juste derrière la vitre. Papa ne croit pas aux coïncidences, du moins pas quand il s'agit des événements primordiaux de l'existence, comme la naissance et la mort ; la vie ne s'allume pas, ni ne s'éteint comme ça, par hasard, dit-il. Il ne peut pas comprendre que la conception puisse résulter d'une rencontre fortuite, que l'occasion de coucher avec une femme puisse se présenter à l'improviste, pas plus qu'il ne peut comprendre que la mort puisse résulter d'une flaque d'eau ou de gravillons dans un virage, quand on peut se référer à autre chose : aux chiffres et aux calculs arithmétiques. Papa pense les choses autrement, le monde tient par des chiffres ; ils sont au cœur même de la création et on peut lire dans les dates une vérité profonde, y voir de la beauté. Ce que moi j'appelle hasard ou occasion, selon le cas, est pour papa un élément d'un système complexe. Trop de coïncidences, ça n'existe pas, une à la rigueur, mais pas trois ; pas de coïncidences en série, dit-il : l'anniversaire de maman, la date de naissance de sa petite-fille et le jour de la mort de maman, tout ça le même jour du calendrier, le sept août. Pour ma part, je ne comprends pas les calculs de papa ; d'après mon expérience, c'est justement quand on se met à escompter quelque chose de précis que tout autre chose arrive. Je n'ai rien contre la marotte d'un électricien à la retraite à condition que ses calculs n'aient rien à voir avec ma négligence en matière de préservatifs.
« Tu n'es pas en train de filer à l'anglaise, mon petit Lobbi ?
— Non, je leur ai dit au revoir hier. » Je n'irai pas plus loin dans son sens et il change alors de conversation.
« Tu ne sais pas si ta mère avait par hasard une bonne recette de soupe au cacao ? J'ai acheté de la crème à fouetter.
— Non, mais on pourrait peut-être trouver ensemble comment faire. »



2

Quand je rentre de la serre, Jósef est assis à table, bien droit, les mains sur les genoux, avec sa cravate rouge et sa chemise violette. Mon frère aime les vêtements et les couleurs ; il porte toujours une cravate, comme papa. Papa est aux fourneaux, avec deux plaques à feu vif : sous la casserole de pommes de terre et sous la poêle à frire. Il n'a pas l'air de dominer tout à fait la situation, peut-être est-il stressé du fait que je vais partir. Je tournicote autour de lui et verse de l'huile dans la poêle.
« Ta mère utilisait toujours de la margarine », dit-il.
Je ne suis pas plus versé que lui en art culinaire ; mon rôle dans la cuisine se cantonnait à l'ouverture des bocaux de chou rouge et au maniement de l'ouvre-boîte sur les conserves de petits pois. Certes, maman me faisait laver la vaisselle et chargeait Jósef d'essuyer. Il mettait un temps fou pour chaque assiette et je finissais par lui arracher le torchon des mains pour terminer le travail.
« Il y a peu de chances que tu manges de l'églefin de sitôt, mon petit Lobbi », dit papa. Je ne veux pas lui faire de peine en disant qu'après quatre mois passés en mer au milieu des viscères de poisson je me fous pas mal de ne plus en voir la couleur pendant un bout de temps.
Comme papa veut jouer les grands princes face à ses garçons, il les surprend avec une sauce au curry.
« J'ai suivi une recette de Bogga », dit-il. La sauce est d'un beau vert peu commun ; c'est comme de l'herbe qui frissonne sous une averse printanière. Je lui demande d'où vient la couleur.
« J'ai mis du curry et un colorant alimentaire », explique-t-il. Je vois qu'il a ouvert un pot de confiture de rhubarbe et qu'il l'a placé près de mon assiette.
« C'est le dernier pot qui reste de ta mère », dit-il et je regarde ses épaules tandis qu'il remue la sauce dans la casserole, vêtu de son gilet noisette à losanges.
« Tu ne vas quand même pas servir de la confiture de rhubarbe avec le poisson ?
— Non, j'ai pensé que tu voudrais l'emporter en voyage. »
Mon frère Jósef est silencieux et papa ne parle pas beaucoup à table. On ne dit pas grand-chose tous les trois. Je sers une portion à mon frère jumeau et lui coupe ses pommes de terre en deux. Il ne peut pas voir la sauce verte en peinture, il en débarrasse soigneusement le poisson en la mettant sur le bord de son assiette. Je regarde mon frère aux yeux marron, il a une ressemblance frappante avec un acteur de cinéma connu. Il n'y a aucun moyen de savoir ce qui se passe dans sa petite tête. Pour réparer son péché et préserver la sérénité à table, je me sers largement de la sauce de papa. C'est à ce moment-là que je ressens pour la première fois une douleur au ventre.