Accueil Jeunesse Livres 10 ans et plus Strom, tome 1 : Le collectionneur
Strom, tome 1 : Le collectionneur
Strom, tome 1 : Le collectionneur
312 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
9 ans et plus
Réf : 285648
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 13,00  (prix public)
La société secrète du Louvre
Résumé
Dans les sous-sols du Louvre, une société occulte œuvre pour protéger l'humanité : la confrérie des Chevaliers de l'Insolite. Elle préserve le secret de l'existence de mondes insoupçonnés, invisibles au commun des mortels. Aujourd'hui, l'organisation recrute la prochaine génération de chevaliers. Raphaël et Raphaëlle sont de ceux-là. Initiés aux pouvoirs du Strom, les deux adolescents se lancent bientôt à la recherche d'un objet précieux, dérobé à la confrérie par un mystérieux collectionneur...
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
Stroumpfette2209
Le 13 novembre 2011
Enchantée
Livre bien écrit avec des petites énigmes. Pas mal pour nos petits lecteurs en herbe...
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Extrait

PROLOGUE


L'araignée était velue, large comme une pièce de deux euros. Elle descendait doucement, tissant son fil depuis l'auvent de la tente. Elle ne réalisait pas le danger qui la menaçait, un mètre au-dessous.
— Si elle tombe dans mon bol de café, je change de métier. Finis, les fouilles et mes rêves fous.
Assis devant une table de camping jonchée de cartes, l'archéologue observait fixement l'araignée. La cinquantaine, mal rasé, il avait un visage énergique, comme taillé à la serpe, mais ses yeux cernés trahissaient une immense lassitude.
— Notre chantier de fouilles ne tient qu'à un fil, professeur, répliqua son assistant, un jeune homme fluet et imberbe qui tentait vainement de se laisser pousser la barbe, sans doute pour ressembler aux égyptologues de la grande époque.
— Eh oui, Laurent, comme notre existence...
Le professeur Clairet retira son chapeau de brousse et s'épongea le front. Il se revit trente ans plus tôt, fraîchement sorti de l'école d'archéologie, des rêves plein la tête, prêt à tout sacrifier pour sa passion. Sur presque tous les continents, il avait dirigé quantité de chantiers de fouilles. Mais aucune découverte majeure n'avait récompensé ces années d'efforts. Le chantier actuel, creusé dans un recoin encore inexploré de la Vallée des Rois, en haute Égypte, était son dernier espoir. Il y travaillait depuis trois ans. Trois longues années de déception.
— Je crois que l'araignée va boire la tasse, professeur.
— Peut-être qu'elle va remonter au dernier moment... Ces petites bêtes sont très intelligentes.
Cette araignée-là était idiote. Elle se noya dans le café froid et agita lamentablement ses grosses pattes. Le professeur se leva en soupirant, décidé à changer de vie.

C'est alors qu'on entendit le premier cri.
Il provenait de la dernière tranchée, au pied de la montagne. Quelques instants après, une jeune femme arrivait en courant, gesticulant en tous sens.
Elle s'immobilisa devant la tente, haletant comme si elle venait de traverser le Pacifique à la nage.
— Professeur... là-bas... marches... escalier...
— Un escalier ! Tu es sûre, Laetitia ?
— Sûre... escalier... très ancien...
Un éclair embrasa les yeux du professeur Clairet. Il poussa un cri de cow-boy, saisit son assistante par la taille et improvisa avec elle une danse endiablée en gloussant :
— Je le savais, je le savais !
Puis il s'immobilisa, vaguement gêné.
— Bon, eh bien, allons-y, dit-il en rajustant ses lunettes.
— On rappelle les ouvriers ? demanda Laurent.
— Surtout pas. Si ça s'ébruite, on aura les trafiquants d'antiquités sur le dos.
D'un petit coup de pied, il renversa son bol de café. L'araignée, tout étonnée, s'enfuit sans demander son reste.
— Et maintenant, pharaon inconnu, à nous deux !

Au premier coup d'œil, l'archéologue sut que l'escalier était antique. Un volcan dans l'âme, il commença à déblayer le sable et à gratter la pierraille avec ses propres mains. On aurait dit qu'il avait perdu vingt ans.
— Ce sera plus facile avec ça... dit Laetitia en lui tendant une pelle.
Clairet lui arracha la pelle des mains et creusa avec frénésie, aspergeant Laurent de gravats, oubliant la chaleur qui coulait sur ses épaules comme de la lave vive. Ses compagnons l'aidèrent et, en quatre heures, ils dégagèrent un escalier de quinze marches et une porte couverte de hiéroglyphes, scellée dans le flanc de la montagne. Le professeur voulut examiner la porte, mais la nuit était tombée sans qu'ils s'en rendent compte.
— On ne voit rien ! Laurent, vite, lumière !
L'assistant lui tendit une lampe torche. L'archéologue braqua le faisceau de lumière sur les jointures.
— Laetitia, Laurent, vous assistez à un moment historique, dit-il d'une voix solennelle. Cette tombe n'a jamais été visitée. Jamais. Nous serons donc les premiers à pénétrer dans ces lieux depuis des milliers d'années.
Il éclaira les inscriptions gravées sur la pierre, se gratta la tête et marmonna :
— Mmmh... Voilà qui est curieux.
— Qu'est-ce qui est curieux ? s'enquit Laetitia.
— Pas de sceaux, ni de silhouette d'Anubis...
— Ça voudrait dire que ce n'est pas une tombe royale ?
Clairet hocha la tête d'un air perplexe.
— Mais je croyais que seuls les pharaons étaient enterrés dans la Vallée des Rois ?
L'archéologue acquiesça une nouvelle fois, puis abattit son poing sur la roche.
— De toute façon, nous serons vite fixés. Nous allons desceller cette dalle. Laurent, apporte les truelles, les barres à mine, les leviers, tout le matériel. Viiiite !

C'est au beau milieu de la nuit qu'ils réussirent enfin à entrouvrir la lourde porte de pierre. Le professeur Clairet se faufila le premier dans le passage.
Un couloir taillé à même la roche s'enfonçait doucement, semblable à une gueule noire. Le silence était total, l'obscurité si épaisse que les lampes peinaient à l'entamer. Ils avancèrent doucement, avec un mélange d'excitation et d'appréhension.
— Vous... vous croyez que c'est prudent, professeur ? bredouilla Laurent. Il pourrait y avoir des pièges...
— M'en fiche ! répliqua Clairet.
Il avait attendu ce moment pendant trente ans, et rien ni personne, pas même cette stupide araignée, ne pourrait le faire reculer.
— Et il y a ces malédictions pour ceux qui violent les tombeaux de pharaons... s'enhardit l'assistant.
— Sornettes !
Le silence se fit de nouveau.
Puis un bruit retentit, comme des claquements secs à intervalles réguliers.
— On dirait des... claquettes ? s'inquiéta Laetitia.
— Ce sont des claquements de dents, répondit Clairet. Laurent, voulez-vous bien cesser ?
— Désolé, professeur.

Après une longue marche, ils aperçurent une arche sombre, encadrée par deux statues de lions ailés. Elle ouvrait sur une salle qu'on devinait vaste. Clairet braqua sa lampe sur un pan de mur. Il était orné sur toute sa hauteur de hiéroglyphes colorés. Un peu plus loin, il remarqua ce qui ressemblait à un contour de porte. Sa forme étrange, évasée vers le haut, puis refermée, faisait penser à celle d'un cercueil. Il l'examina de plus près. Non, ce n'était pas une porte murée. Simplement un dessin. Et il y avait des inscriptions sur tout le pourtour de l'hexagone.
— Jamais vu de telles écritures, marmonna l'archéologue. Ce n'est pas égyptien. Et ça a même l'air beaucoup plus ancien. Vraiment bizarre...
— Professeur, là ! Un sarcophage ! s'écria Laetitia.
Avec sa lampe, elle dessinait des cercles de lumière sur une masse qui gisait au centre de la pièce.
— Décidément étrange. Pas d'antichambre, aucun objet funéraire...
Ils s'approchèrent et l'archéologue étudia attentivement la pierre.
— Calcaire, forme rectangulaire, pas de représentation mortuaire... Ce tombeau est encore plus ancien que je ne le pensais. Probablement Ancien Empire. Celui qui est enterré ici a vécu il y a quatre mille cinq cents ans environ. À peu près l'époque des pyramides. Déplaçons le couvercle.
Nouveau concert de claquettes dentaires.
— Je v-v-vous écl-cl-claire av-v-v-ec la lam-lampe... dit Laurent.
Le professeur Clairet et Laetitia unirent leurs efforts pour faire pivoter la lourde dalle. Un bruit de frottement sinistre emplit la salle obscure. On aurait dit que la pierre manifestait bruyamment sa rage.
— Et maintenant, l'heure de vérité ! Un, deux, trois, que la lumière soit !
Ils braquèrent leurs torches à l'intérieur de la tombe.
En une seconde, l'excitation se mua en stupeur.
Ils restèrent hébétés, la bouche ouverte, les yeux arrondis, comme s'ils doutaient de ce qu'ils voyaient.
Et c'est seulement après un long silence que Clairet réussit à articuler :
— Mais c'est... impossible...



CHAPITRE I
   RAPHAËL ET RAPHAËLLE


La sonnerie retentit. Les élèves de la classe de 5e A bondirent de leur chaise et se pressèrent vers la sortie dans un chahut invraisemblable. Seuls deux garçons étaient restés assis, étrangers à cette cohue.
— Un instant, je vous prie ! s'époumona la professeur de français. Je n'ai pas fini.
— Mais ça a sonné, m'dame, plaida une fille, la main sur la poignée de la porte.
— Et alors ?
— Et alors, c'est le week-end...
— Pas encore, mademoiselle. Retournez à votre place.
Le troupeau retourna à sa place en ronchonnant bruyamment.
— Quémeneur, dictateur ! lança une voix.
— Je vous demande pardon, monsieur Riveran ?
Le garçon le plus grand et le plus costaud de la classe se retourna et, comme s'il était victime de la plus terrible des erreurs judiciaires, s'exclama :
— J'ai rien dit ! Pourquoi toujours moi ?
— Même un sourd aurait reconnu votre voix. Et si Quémeneur rime avec « dictateur », Riveran rime de son côté avec « tyran », « tire-au-flanc » ou encore « multi-redoublant ». Alors ne jouez pas à ce jeu-là, vous allez perdre.
Le visage du garçon s'empourpra et on le vit serrer les poings. Une fille située dans son champ de vision eut le malheur de sourire. Le caïd la fusilla du regard. Elle baissa aussitôt la tête.
— Bien, poursuivit l'enseignante. Nous commencerons à étudier Molière la semaine prochaine. Vous allez vous procurer Le Malade imaginaire et lire le premier acte pour vendredi. Quant à vous, monsieur Riveran, vous me ferez un résumé en quatre pages de la vie de Molière. Voilà, maintenant, vous pouvez y aller.
Il y eut un vacarme de chaises et de tables et, en moins de quinze secondes, il ne restait plus dans la classe que les deux garçons qui étaient restés imperturbables à la sonnerie.
La professeur de français se leva, essuya le tableau et rassembla ses affaires. En sortant, elle se tourna vers l'un des retardataires.
— Vous serez gentil d'éteindre et de fermer la classe, monsieur Chêne.
Puis, avant de disparaître, elle lui adressa un discret clin d'œil.
En une fraction de seconde, le visage de l'élève devint rouge vif. Un véritable coup de soleil instantané. C'était plus fort que lui : il était d'une timidité presque maladive. Si le rougissement avait été un art, Raphaël Chêne aurait certainement été exposé au Louvre à la place de La Joconde.
— Je rêve ou quoi ? Quémeneur t'a fait un clin d'œil. Tu la connais ?
— Pas plus que toi, répondit Raphaël à son ami en s'efforçant de reprendre contenance. Elle a dû sentir que je serai premier de la classe.
— Alors là, mon vieux, tu rêves. Cette année, c'est mon tour.
Raphaël et Aymeric se connaissaient depuis six ans. Leurs points communs étaient innombrables : un an d'avance, toujours premiers de classe mais une tête de moins que tous les autres, des lunettes... La seule chose qui permettait de les distinguer était leur couleur de cheveux, brune pour Raphaël, blonde pour Aymeric. Ils étaient tellement inséparables qu'on les avait surnommés « Rapharic », comme s'ils ne faisaient qu'un.
L'année de leur rencontre, une compétition farouche les avait opposés en tête de classe. Ils avaient fini ex aequo. La deuxième année, ils avaient scellé un pacte d'alliance : tant qu'ils seraient ensemble, ils s'arrangeraient pour être premier de classe à tour de rôle. La troisième année, ils avaient signé un pacte d'amitié et, depuis, n'avaient plus de secret l'un pour l'autre.
À la sortie de l'école, un garçon les héla :
— Eh, Rapharic, rappliquez !
Ils reconnurent l'un des lieutenants de la bande de Riveran, de sinistre réputation.
Craignant le pire, ils s'approchèrent d'un groupe d'élèves que la brute dominait d'une bonne tête.
— Tiens, mais c'est Plic et Ploc, lança Riveran en entraînant les rires moqueurs de ses compagnons.
— Moi, c'est Raphaël, et lui, Aymeric !
La brute gonfla sa poitrine, prit un air menaçant et, projetant une pluie de postillons sur leurs lunettes, lâcha d'une voix mauvaise :
— Binoclards, si vous me répondez encore, je vous démolis le portrait, compris ?
Rapharic baissèrent les yeux et bredouillèrent un timide :
— Compris...
— Rien entendu. Plus fort !
— COMPRIS !
— C'est mieux. Alors, les binoclards, je vous ai trouvé un job pour le week-end. Vous allez me faire un résumé de la vie de ce débile de Molière. Et si c'est mal fait, je vous enfonce vos lunettes dans la gorge.
Il les repoussa violemment, se retourna vers sa petite cour et dit :
— Si elle croit que je vais me soumettre, celle-là ! Elle connaît mal Riveran... Et si elle continue, je préviens mon frère et ça va être un véritable carnage. Avec un grand K.
Raphaël faillit répondre que « carnage » commençait par un c, mais Aymeric lui donna un coup de coude. Ils profitèrent de l'inattention de la brute pour prendre le large. Arrivés au coin de la rue, ils détalèrent comme s'ils avaient le diable à leurs trousses.
Quelques rues plus loin, ils s'arrêtèrent, essoufflés, en nage.
— T'es complètement dingue de l'avoir provoqué comme ça ! On va encore s'en prendre plein la figure.
— Je sais... s'excusa Raphaël.
— N'oublie pas notre stratégie de défense.
— Je n'oublie pas...
Comment aurait-il pu oublier ? Trois ans auparavant, ils avaient créé une association secrète, la SSR (Société secrète Rapharic). Sa mission : sauver le monde, débusquer les espions et protéger les faibles. En pratique, leurs plus hauts faits d'armes s'étaient jusque-là limités au sauvetage d'un chat coincé dans un arbre, à la récupération périlleuse d'un ballon tombé dans un bassin et à la mise en fuite héroïque d'une bande de mouflets tirant les cheveux des filles dans un square. Quant à protéger les faibles, vu leur taille, ils avaient vite décidé de protéger d'abord les membres de la SSR. Autrement dit : eux deux. La stratégie de défense qu'ils avaient mise au point en cas d'agression était simple : faire la tortue, c'est-à-dire rentrer la tête dans les épaules, ne plus bouger, ne surtout rien dire...
— Tu as toujours ta carte de la SSR ? demanda Raphaël.
— Je l'ai toujours sur moi, pas toi ?
— Si, si.
Les deux amis habitaient à une centaine de mètres l'un de l'autre et faisaient tous leurs trajets ensemble. De temps en temps, ils prenaient en filature un passant, imaginant qu'il s'agissait d'un dangereux espion.
Ils s'engouffrèrent dans une rue étroite.
Raphaël fronça les sourcils. Il avait l'air préoccupé. Rien à voir avec Riveran. C'était autre chose. Il se retournait, regardait autour de lui.
— Qu'est-ce que tu as ? finit par demander Aymeric.
— Rien, rien...
— Si, vas-y, dis-le....
— Non, c'est juste que j'ai encore cette impression...
— J'en étais sûr ! Non, regarde, il n'y a personne, personne ! Nous ne sommes pas suivis et la rue est vide.
— Je sais que tu ne me crois pas, mais je t'assure que ce n'est pas mon imagination...
— T'es complètement parano, mon vieux.
Raphaël n'insista pas, mais il restait troublé.
Depuis plusieurs mois, il ressentait autour de lui une présence indéfinissable, comme si quelque chose ou quelqu'un rôdait, l'épiait.
Aymeric, pour détendre l'atmosphère, lança joyeusement :
— En tout cas, moi, quand Quémeneur a mouché Riveran, je lui aurais décerné la Légion d'honneur.
— N'empêche que j'ai vraiment eu la trouille. J'ai cru que Riveran allait encore nous frapper.
— Il y a pire que ses poings : ses postillons et son haleine de crotte.
Raphaël gloussa de rire, puis s'écria :
— Riveran, truand !
Aymeric renchérit :
— Riveran, tronche de merlan !
Derrière eux, une moto s'était engagée dans la rue. Elle faisait un bruit assourdissant. Au moment où elle arrivait à leur hauteur, Raphaël hurla à s'en décrocher les poumons :
— RIVERAN, EXCRÉMENT !
Les deux passagers de la moto tournèrent la tête. Les garçons éclatèrent de rire.
Il y eut un long crissement de pneus et la moto s'immobilisa quelques mètres plus loin. Les motards descendirent et retirèrent lentement leur casque.
Un frisson parcourut l'échine de Rapharic. Ils venaient de reconnaître Riveran et son grand frère, l'une des pires terreurs du quartier...
— Oups ! Boulette ! lâcha Raphaël.
Ses jambes s'étaient changées en plomb.
Aymeric enfonça la tête dans ses épaules et balbutia :
— To-to-to-tortue.
Les deux brutes s'approchèrent, le pas chaloupé. Riveran senior, qui devait avoir au moins seize ou dix-sept ans, fit craquer ses doigts.
— Alors là, Plic et Ploc, ça va être un festival ! vomit Riveran d'une voix haineuse.
Aymeric tenta de parlementer :
— Il faut qu'on t'ex...
Un magistral coup de poing l'interrompit. Il tomba à terre, le nez en sang, les lunettes brisées. Riveran senior sortit de la poche de son blouson un couteau à cran d'arrêt.
— Vous allez regretter d'être nés, les binoclards !
Raphaël voulut crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Une suée soudaine inonda son front.
La suite se passa très vite. Au moment même où le vaurien saisissait Raphaël par le col, quelqu'un s'interposa. Un homme venu de nulle part, sans âge, vêtu d'un costume sombre.
L'aîné des Riveran parut un instant décontenancé, mais, très vite, il se ressaisit et brandit son couteau vers l'inconnu.
— Casse-toi ! cracha-t-il.
L'homme ne répondit pas. Il leva simplement son index. Alors, comme par magie, l'arme s'échappa de la main de l'agresseur, vola quelques mètres et tomba directement dans une bouche d'égout.
— C'est quoi, ce cirque ? lança le garçon.
Son agressivité s'était brutalement muée en terreur. Il était comme paralysé, ne sachant que faire.
— On se casse, dit-il finalement en saisissant son frère par la manche.
Les deux brutes s'éloignèrent à reculons, enfourchèrent la moto qui démarra en trombe.
Raphaël se précipita vers son ami, qui saignait abondamment.
— Ça va, je crois que mon nez n'est pas cassé. Ils sont partis ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
— C'est ce monsieur qui...
Il s'interrompit. La rue était déserte.