L'or du bout du monde
Top lecteur
L'or du bout du monde
Merice Briffa
528 pages
Couverture cartonnée
Réf : 284944
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Au lieu de 20,50  (prix public)
Résumé
Selena, une adolescente anglaise, débarque avec son père dans l’Australie du XIXe siècle, théâtre d’une ruée vers l’or. Dans ce Nouveau Monde, une nouvelle vie l’attend, entre espoir et difficultés. Déguisée en garçon, elle travaille comme orpailleur, en quête de richesse. Là, elle tombe sous le charme de Will, qui vient lui aussi de Cornouailles. Mais le jeune homme en aime une autre, de condition plus élevée. Pourtant, Selena, qui a un don de prémonition, est certaine que Will lui est promis, tout n’est qu’une question de temps.
Avis Top Lecteur
« Partez à la découverte de la vie dans les champs aurifères australiens du XIXe siècle. Une histoire facile à lire dans laquelle on admire Séléna, jeune audacieuse très attachante qui incarne parfaitement une force féminine qui ravira toutes les femmes indépendantes de notre époque. »

Ludivine Gau


« Très beau récit. Le style, les personnages, les paysages nous replongent agréablement dans un passé perdu. Un triangle amoureux nous tient en haleine jusqu'à la fin. »

Elodia Dos Santos
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
Pascale
Le 19 octobre 2011
L'or de la passion
Si comme moi, vous avez apprécié "Terre de promesses",vous allez aimer "L'or du bout du monde", les personnages principaux de "Terre de promesses" deviennent des rôles secondaires dans "L'or du bout du monde", Will le beau chercher d'or qui avait un rôle secondaire dans "Terre de promesses" devient le héros dans "L'or du bout du monde", avec un nouveau personnage Selene, une jeune fille pétulante avec un esprit aventureux. Que va-t'il arriver aux autres personnages car leurs histoires restent inachevées ? Alors vite, une suite qui soit aussi belle !
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Merice Briffa est australienne et voue une réelle passion à son pays qu'elle a parcouru avec son mari d'abord, puis seule, pendant de nombreux mois. Elle qui se destinait, plus jeune, à une carrière de danseuse, choisit d'y renoncer pour épouser l'homme qu'elle aime. Elle se consacre ensuite à l'écriture de guides touristiques puis enfin à son premier roman, La Terre des promesses, dans lequel elle magnifie les décors sauvages de sa terre natale.
L'Or du bout du monde est son deuxième roman à être publié en français.
Extrait

1


Le bruit, semblable à un roulement de tonnerre annonciateur d'orage, s'amplifiait à mesure que les voyageurs approchaient de sa source. Même s'ils l'entendaient pour la première fois, tous, hommes, femmes ou jeunes garçons, le reconnurent. C'était le vacarme produit par une activité frénétique, un labeur acharné mené à un rythme infernal pour éviter de gaspiller un temps précieux.
Ceux que le courage avait abandonnés au fil des jours eurent un regain d'optimisme. Ceux que leur longue marche avait vidés de leurs forces puisèrent en eux assez d'énergie pour terminer d'un pas vif les deux kilomètres qui les séparaient de l'Eldorado, aucun ne voulant laisser passer sa chance d'être le premier à tomber sur une fabuleuse pépite d'or.
Selena échangea un regard avec son père. Ce grondement qui pénétrait jusqu'à ses entrailles produisait sur lui une excitation comparable à la sienne.
Il lui fit un clin d'œil.
— Nous voilà presque arrivés, ma chérie.
— Enfin ! J'ai l'impression de marcher depuis toujours. Depuis combien de temps sommes-nous en route ?
— À peine six semaines, ce qui est peu, par comparaison avec certains de nos compagnons de voyage venus de pays lointains.
— C'est vrai. Nous avons juste traversé la mer de Tasmanie...
Elle se tut, essayant d'imaginer l'avenir qui les attendait. Une fois de plus, la tristesse qu'elle portait en elle lui serra le cœur. Seule la pensée que la douleur de son père était encore plus grande que la sienne rendait sa peine supportable.
Leur bonheur passé ne reviendrait jamais.
— J'aimerais retourner un jour en Nouvelle-Zélande, déclara-t-elle. Je crois que c'est un pays où aimerais vivre.
Il ne put cacher sa surprise :
— Tu préfères la Nouvelle-Zélande à Tahiti ?
— J'aimerai toujours Tahiti, bien sûr ! J'y ai vécu une enfance trop heureuse pour l'oublier.
Son père fronça les sourcils.
— Dans ce cas, pourquoi choisirais-tu de vivre ailleurs ? Tu as beaucoup d'amis à Tahiti, alors que tu ne connais personne en Nouvelle-Zélande.
Sa manière de s'exprimer confirmait ce qu'elle savait au plus profond d'elle-même : un jour, son père la quitterait. Il avait beau la chérir de tout son cœur, jamais il ne s'accommoderait de la terre ferme. Pour preuve, sa femme avait dû prendre la mer avec lui, car rien, pas même l'amour indéfectible qu'il lui vouait, n'avait eu le pouvoir de le retenir.
— Tu sais que là-bas tu pourrais t'installer dans la maison de grand-mère, reprit-il.
— Ce ne serait pas pareil sans grand-mère, objecta Selena.
Ou sans maman, ajouta-t-elle en pensée.
— Je grandis, père. Je dois commencer à penser à mon avenir.
— Ton avenir !... Tends l'oreille, Selena. Ce bruit que nous entendons, c'est le son de l'or, le son de la richesse. Voilà où est ton avenir, et le mien ! Tu as bien le temps de penser à l'endroit où tu veux vivre. Attends que nous soyons devenus riches.
Ils avaient gravi la dernière colline boisée. Devant eux s'étendaient les champs aurifères de Ballarat. Le grondement entendu de si loin était le vacarme émis par des centaines de berceaux californiens roulés et secoués de part et d'autre du ruisseau, mêlé de voix humaines et de sons de toute nature, le tout fondu en un seul bruit.
Selena en eut le souffle coupé.
— Père, regardez tous ces gens ! Et toutes ces tentes ! Jamais il n'y aura assez de place pour nous... Pour ceux qui sont arrivés avant nous et pour ceux qui nous suivent... Pour tous ces gens qui espèrent trouver de l'or... !
Elle se tut quelques instants, puis constata avec un petit rire :
— C'est une vraie fourmilière !Ils n'arrêtent pas de faire des allées et venues, exactement comme des fourmis.
Le capitaine poussa un grognement, reposa sa charrette à bras et se débarrassa du sac de marin qu'il portait sur son dos. Selena détourna les yeux de la scène qui se déroulait à leurs pieds et interrogea son père du regard. Celui-ci semblait tout aussi incrédule.
Elle réfléchit. Il devait bien y avoir un soupçon d'ordre dans cet étrange chaos.
À quoi s'était-elle attendue ? À une terre vierge où l'on pouvait se promener sur les rives de ruisseaux clairs comme du cristal, parsemés de pépites d'or brillantes comme le soleil ?
— Ce n'est pas ainsi que j'avais imaginé Ballarat, avoua-t-elle.
Son père secoua la tête, la mine sombre.
— Moi non plus... Je suis désolé, Selena. Je n'aurais pas dû t'amener ici, dans ce... cet enclos à cochons, dit-il avec un geste de dégoût.
Il y avait du vrai dans ses paroles, mais, du fond d'elle-même, Selena sentit monter une onde d'excitation plus forte que sa déception initiale. Elle tenta de réconforter son père :
— Vous n'auriez pu me décider à m'installer ailleurs. Je n'aurais pas accepté. Je ne me suis pas plainte pendant le voyage, et ce n'est pas maintenant que je vais commencer. Mais... croyez-vous qu'il y aura assez d'or pour tout le monde ?
— S'il n'y en a pas suffisamment, nous aurons fait ce voyage pour rien... Et moi, je n'aurai rien.
Il avait baissé la voix pour prononcer les derniers mots, mais Selena les avait entendus. Ne sachant que dire, elle se contenta de lui saisir la main. Il se tourna vers elle et lui sourit en lui répondant par une pression des doigts.
— Ma chère enfant, nous ne pouvons plus revenir en arrière, alors, gardons espoir. Si la chance ne nous sourit pas à Ballarat, nous irons ailleurs, ce ne sont pas les champs aurifères qui manquent. On en découvre sans cesse de nouveaux. Tout de même, quel étrange spectacle ! Avec toutes les toiles montées au-dessus des puits, on pourrait équiper une dizaine de bateaux. Je me demande à quoi elles peuvent servir. Nous allons l'apprendre sous peu. Cela, et bien d'autres choses encore.
Il remit son sac sur ses épaules et saisit les bras de sa charrette.
— Allons-y, Selena.
Du bruit, de la saleté et une épouvantable puanteur. Si quelqu'un me demande ma première impression des champs aurifères, voilà ce que je répondrai, se dit Selena. De près, le raclement des pelles, le couinement des treuils, le roulement des berceaux, devenaient des sons identifiables séparément. S'y joignaient les voix des hommes, les aboiements des chiens et le bruit mat des haches qui frappaient le bois.
Partout se dressaient d'innombrables buttes de terre glaise qui montaient plus haut au fur et à mesure que celui qui creusait à côté, à la recherche de l'or convoité, descendait plus bas. Ils passèrent devant une échoppe de boucher où des carcasses de mouton pendaient sous un auvent au toit d'écorce, entourées des milliers de mouches venues se repaître des abats que le boucher avait jetés à l'extérieur. La vue et l'odeur étaient si écœurantes qu'il y avait de quoi retourner l'estomac le mieux accroché.
Selena se boucha le nez et se recouvrit la bouche de la main en soufflant :
— C'est répugnant ! Il ne doit pas avoir beaucoup de clients !
— Les carcasses ont l'air fraîches, rétorqua le capitaine, qui avançait le nez froncé, ses deux mains étant prises. Je pense qu'il doit en vendre en quantité suffisante pour abattre ses bêtes tous les jours. Les clients sont sûrement habitués à l'odeur.
— Dans ce cas, je vous laisserai le soin de venir acheter la viande ! J'accepterai de la faire cuire à condition de ne pas voir d'où elle provient.
Le capitaine éclata de rire.
— Deviendrais-tu délicate, toi que j'ai si souvent vue plumer la volaille et vider le poisson ?
Elle répondit avec un haussement d'épaules :
— Cela n'a aucun rapport !
Puis elle se hâta de changer de sujet :
— Je suis impatiente de voir comment les gens s'y prennent pour laver la terre !
Joignant le geste à la parole, elle prit les devants et courut jusqu'au ruisseau, où elle s'arrêta à côté d'un vieil homme au crâne recouvert d'un chapeau de feutre. S'échappant du couvre-chef, des cheveux gris allaient se mêler à une barbe broussailleuse.
— Est-ce que je peux vous regarder faire ? s'enquit poliment Selena. Nous venons d'arriver, mon père et moi.
L'homme détourna son attention de sa tâche, le temps de les dévisager.
— Alors comme ça, z'êtes des nouveaux ? fit-il avant de retourner à son pan qu'il remua doucement en lui imprimant un mouvement de rotation.
Selena se demanda si l'intonation avec laquelle l'homme avait prononcé les mots « des nouveaux » n'était pas une manière de ne pas leur souhaiter la bienvenue. Mais elle ne se découragea pas pour autant.
— Il y a de l'or, par ici ? insista-t-elle.
L'homme pressa un doigt contre son récipient, puis le souleva pour lui montrer la minuscule poussière d'or collée à sa peau.
— Ça, là, mam'zelle, c'est de l'or.
— Oh ! souffla-t-elle, stupéfaite.
Cette petite chose presque invisible ne ressemblait pas du tout à ce qu'elle avait imaginé. Combien de milliers de grains leur faudrait-il amasser pour devenir riches ?
— Je croyais que l'or se présentait en gros morceaux, s'étonna-t-elle.
— Oui, pour les petits veinards qui tombent sur des pépites. Y a plus grand-chose à trouver dans les alluvions. C'est pour ça que vous voyez tous ces puits. Mais creuser pour trouver les filons profonds, c'est pas possible pour un homme seul.
Selena embrassa du regard les petits groupes d'hommes qui paraissaient travailler ensemble.
— Et vous, vous êtes seul ? interrogea-t-elle.
— Ça, mam'zelle, c'est pas vos oignons. Et pourquoi que vous voulez le savoir ?
Devant l'air soupçonneux de l'orpailleur, Selena se rendit compte qu'elle avait posé une question déplacée.
— Excusez-moi, dit-elle. Je n'avais pas l'intention de vous offenser.
— Ouais, c'est bon.
Son interlocuteur se releva lentement et avec quelque difficulté, semblait-il, à en juger par son grognement de douleur.
— Les vieux genoux, ils aiment pas qu'on s'appuie dessus. Et le dos, il va pas fort non plus.