Accueil Livres Suspense-SF Fantastique, SF, Fantasy La malédiction de l'anneau, tome 2 : Le sommeil du dragon
La malédiction de l'anneau, tome 2 : Le sommeil du dragon
La malédiction de l'anneau, tome 2 : Le sommeil du dragon
Édouard Brasey
432 pages
(série en 3 tomes)
Couverture souple. 12,5 x 20 cm
Réf : 278608
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Au lieu de 20,00  (prix public)
Résumé
Fafnir, le dragon gardien de l’anneau magique des Nibelungen, attend celui qui sera sans peur pour l’affronter. C’est Siegfried, enfant des jumeaux Sigmund et Sieglinde, élevé par les loups, qui connaît le langage des animaux et la magie des métamorphoses qui tentera de combattre la malédiction. Avant de retrouver Brunehilde, la Walkyrie...  
Pourquoi on l'a choisi
Ici les dieux sont soumis aux passions des mortels. Le maître enchanteur Brasey nous captive avec l'adaptation féerique de la légende des Nibelungen qui a inspiré Tolkien ; à lire en écoutant La Chevauchée des Walkyries de Wagner !
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
Calou
Le 10 novembre 2010
Mythologie modernisée
Deuxième tome vraiment passionnant où les luttes de pouvoir et les désirs de richesse des divinités prennent des allures tellement modernes. On aimerait connaitre la suite... le crépuscule des Dieux !
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Édouard Brasey est né en 1954 à Marseille. Conteur, écrivain et elficologue (expert réputé du Petit peuple : fées, lutins, sorcières ou autres ondines), on lui doit bon nombres d'ouvrages sur les contes et les légendes :
    Démons et Merveilles
    La Petite Encyclopédie du merveilleux
    L'Énigme de l'Atlantide
    Le Traité de Vampirologie du docteur Van Helsing
Édouard Brasey est aussi directeur de collection aux éditions Le Pré aux Clercs, spécialisées entre autre dans la fantasy et le fantastique.
Après Les Chants de la Walkyrie et Le Sommeil du dragon, Le Trésor du Rhin est le troisième et dernier volet de la grande saga épique La Malédiction de l'anneau.
Lu dans la presse
« Spécialiste des légendes nordiques, Édouard Brasey ressuscite la passion wagnérienne avec fureur et poésie. Un enchantement ! »

Valeurs actuelles
Extrait

1

Cette histoire commence dans les temps très anciens, des temps si lointains qu'on les dit légendaires. Mais la légende est à l'Histoire ce que la fumée est au feu ; elle semble illusoire, fantasque, déformée par les vents ou les années, et pourtant elle n'existerait pas sans la réalité qui l'a fait naître.
L'univers était alors composé de neuf mondes distincts, peuplés de dieux et d'hommes, de nains et de géants, d'alfes noirs et d'alfes de lumière, de Nibelungen et de créatures de feu. Les frontières entre ces mondes étaient farouchement gardées et ne pouvaient être franchies sans grands périls.
Au centre de ces Neuf Mondes s'étendait Midgard, la terre des humains. La vie y était douce, rythmée par des saisons tempérées, égayée par une nature généreuse et prodigue qu'alimentait le Rhin, le fleuve roi autour duquel foisonnaient des bois giboyeux et des lacs poissonneux.
À l'ouest de Midgard, par-delà l'océan bouillonnant au fond duquel veillait le serpent géant Jörmungand, se dressaient les austères montagnes de Jötunheim, la terre des géants, balayées par des vents incessants, plantées de sombres forêts de résineux et peuplées de créatures monstrueuses et cruelles. À l'origine des mondes, Jötunheim était pourtant une belle et noble terre, sur laquelle d'augustes lignées de géants avaient bâti leur empire. Mais ces temps étaient révolus. Les géants n'avaient pas su prendre soin de leur sol ; ils l'avaient laissé se dessécher comme un arbre mort. À force de massacres, de guerres intestines, d'affrontements sanguinaires, ils avaient vu leurs rangs se clairsemer. Pour survivre, ils avaient dû délaisser la patrie de leurs ancêtres et émigrer vers l'aimable Midgard.
Hreidmar le magicien avait longtemps hésité avant de quitter les montagnes où avaient vécu les siens. Avec sa femme et ses trois fils, Fafnir, Regin et Otr, il vivait dans une vaste grotte creusée au flanc de la montagne. La grotte était protégée des vents, tout en étant suffisamment aérée pour qu'on pût y faire du feu sans danger. Et elle possédait de surcroît ce trésor inestimable : une source d'eau pure. Pourquoi Hreidmar aurait-il abandonné un asile aussi sûr ? Jadis, les esprits l'avaient conduit jusqu'à ce lieu miraculeusement préservé des dangers habituels qui faisaient l'ordinaire de Jötunheim et ils les avaient toujours protégés, lui et sa famille. Jusqu'à ce jour fatal où Hreidmar se leva de grand matin pour aller chasser en compagnie de son fils aîné, Fafnir.
Fafnir était jeune encore, mais il avait insisté pour accompagner son père à la chasse. L'épouse de Hreidmar était restée seule avec ses deux plus jeunes enfants. La chasse avait été décevante, car le gibier se faisait de plus en plus rare dans la région. Les deux géants étaient rentrés tard, les gibecières vides. Bien avant d'arriver à leur repaire, les cris perçants du jeune Otr leur firent comprendre qu'en leur absence il était arrivé quelque chose de grave.
À l'entrée de la grotte, le corps de la géante gisait sans vie, atrocement déchiqueté par les griffes d'un ours des cavernes. Le bébé en pleurs avait heureusement été épargné. Quant à Regin, il s'était caché au fond de la grotte, claquant des dents. Il avait toujours été le plus peureux des trois fils de Hreidmar.
Hreidmar comprit dans l'instant qu'après toutes ces années les esprits protecteurs l'avaient abandonné. Sans un mot il enterra son épouse sous un tumulus de pierres, ainsi qu'il est d'usage chez les géants, rassembla ses objets rituels, instruments de son pouvoir de magicien, chuchota une brève prière d'adieu aux esprits du lieu puis fit signe à ses fils de le suivre. Il quitta la caverne sans un regard en arrière.
Le voyage vers Midgard fut long et périlleux. Seuls Hreidmar et Fafnir étaient de taille à affronter les rigueurs de la route et ses inévitables embûches. Otr était encore un nourrisson, sevré prématurément du lait de sa mère, et Regin manquait de courage et d'audace. Il s'effrayait de tout, du moindre mouvement agitant les branches des arbres, dans lequel il croyait déceler quelque présence hostile, du plus léger cri d'animal, qui lui semblait le signe avant-coureur d'un danger imminent, des plus subtiles variations de température, qu'il interprétait comme des manifestations d'esprits invisibles, parfois bénéfiques mais le plus souvent hostiles. Fafnir méprisait son frère pour ces simagrées de femelle, indignes selon lui d'un géant, mais Hreidmar se montrait plus compréhensif à son égard. Quand l'aîné perdait patience et s'emportait contre son cadet, le traitant de froussard et de femmelette, Hreidmar s'écriait :
— Paix, Fafnir, paix ! Regin n'a ni ta force ni ta vaillance, mais il a d'autres qualités qui lui seront tout aussi utiles dans la vie... Contrairement à nous, il peut sentir l'invisible, et sa sensibilité exacerbée l'expose à des combats intérieurs dont nous n'avons aucune idée, et qui sont sans doute plus redoutables que les fauves les plus cruels de Jötunheim. Et puis, c'est lui qui sait le mieux s'occuper de ton frère Otr. Ni toi ni moi n'en serions capables...
Hreidmar avait raison. Otr était trop jeune pour marcher seul, et il devait être nourri régulièrement. Regin s'était tout naturellement proposé pour assurer le rôle de nourrice auprès de son jeune frère. Durant les longues marches, il le portait dans un sac de cuir d'aurochs qu'il s'attachait dans le dos. Dès que les géants s'arrêtaient pour préparer le campement de la nuit, Regin ramassait des fruits sauvages à la chair tendre et juteuse, les coupait en dés avant de les mâcher longuement afin d'obtenir une bouillie qu'il laissait couler directement dans la bouche du bébé. Ce dernier tétait avec délices le liquide chaud et gluant qui filtrait des lèvres sèches de Regin. Cette façon de nourrir Otr répugnait à Fafnir, mais Hreidmar disait que c'était ainsi que les mères corbeaux alimentaient leurs petits. Otr prenait Regin pour sa mère, et ainsi souffrait moins de la disparition de sa mère véritable.

*
*  *

Après de longues journées de marche, les quatre géants se trouvèrent au bord de l'océan séparant Jötunheim de la terre des hommes. Dans les profondeurs de cet océan se trouvait Jörmungand, le serpent gigantesque dont le corps était si démesuré qu'il encerclait entièrement les côtes de Midgard. On disait que le monstre était si grand qu'il parvenait à se mordre la queue. Quiconque s'aventurait sur l'océan finissait immanquablement dans sa gueule garnie d'une triple rangée de dents. Les géants, désireux de fuir les terres désormais inhospitalières de Jötunheim, devaient franchir l'étendue d'eau fatale au moyen de solides embarcations. Mais la plupart n'étaient jamais arrivés à bon port. Jörmungand les avait impitoyablement réduites en miettes comme simples fétus de paille, avant d'engloutir leurs occupants dans sa gueule béante.
Si Hreidmar et les siens voulaient parvenir sains et saufs à Midgard, il leur fallait user de subterfuges afin de tromper la vigilance de Jörmungand. Hreidmar, bien sûr, y avait déjà songé. Mais ce n'est qu'au dernier moment qu'il révéla à ses fils le plan qu'il avait en tête :
— Écoutez-moi bien, mes fils bien-aimés. Si vous vous conformez exactement aux directives que je vais vous donner, nous aurons une chance de passer. Mais il faudra me faire confiance...
Fafnir acquiesça d'un hochement de tête, tandis que Regin, déjà inquiet, ouvrait tout grands les yeux. Quant à Otr, il se contentait de pousser des vagissements inarticulés. Hreidmar reprit la parole :
— Pour ne pas éveiller l'attention de Jörmungand, nous devrons quitter nos formes de géants et nous fondre dans l'élément liquide. Si nous nous changeons en eau, ou en animaux aquatiques, le serpent ne remarquera pas notre présence et nous pourrons nager sans encombres jusqu'à la rive opposée...
Fafnir fronça les sourcils à l'idée de se transformer en eau ou en animal aquatique. Hreidmar était un grand magicien, et connaissait de nombreux sortilèges. Mais, jugeant sans doute ses fils trop jeunes, il ne leur avait jusque-là rien divulgué de son enseignement. Comment pouvait-il imaginer que ses enfants pourraient, sans aucune préparation, changer leurs corps de géants en un élément aussi fluide et impalpable que l'eau ou en quelque poisson au corps couvert d'écailles ? Hreidmar remarqua l'expression dubitative de Fafnir et s'empressa d'ajouter :
— Je sais que vous ignorez tout des arcanes subtils de la magie des métamorphoses. Mais les circonstances m'obligent à vous donner aujourd'hui votre première leçon... Hélas, vous n'avez aucun droit à l'erreur si vous ne voulez pas finir sous la dent de Jörmungand...
Fafnir voulut intervenir mais Hreidmar devança ses remarques :
— Ne vous inquiétez pas ; vous avez déjà en vous tout ce qu'il faut pour réussir l'épreuve. N'oubliez pas que les géants existaient bien avant les dieux, les hommes ou les monstres. Nos pères sont nés en même temps que le chaos primordial et ont contribué à façonner ce monde tel qu'il est. C'est pourquoi les géants sont les maîtres des formes et peuvent en changer à volonté. L'apparence n'est rien. Elle n'est qu'une forme d'emprunt, qu'il est possible de modeler à son gré...
Hreidmar leur avait souvent conté les origines du monde et la part active que les géants y avaient prise. Au commencement des temps, avant que les Neuf Mondes ne fussent créés, il n'y avait qu'un vaste abîme désert et froid nommé Ginnungagap, où les forces primordiales du chaos s'opposaient en permanence. Au nord de Ginnungagap une énorme masse de glace et de givre se forma, d'où jaillirent un écran de brume et un courant d'air glacé. De ce froid humide naquit Niflheim, le Premier Monde. Au sud de Ginnungagap, en revanche, c'est une boule de feu incandescente et lumineuse qui surgit, dégageant flammèches et fumerolles. De cette chaleur sèche sortit Muspellheim, le second des mondes créés. Ces deux mondes irréconciliables s'affrontèrent au centre de Ginnungagap, dans un choc d'une extrême violence qui aurait pu provoquer la fin de l'univers. Mais c'est de ce choc, au contraire, que la vie apparut pour la première fois, sous la forme d'un être vivant que l'on nomma Ymir. C'est lui qui fut le premier des géants, le grand ancêtre de la race des géants.