La chambre des dames
La chambre des dames
Jeanne Bourin
720 pages
Couverture cartonnée.
Réf : 277750
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :5
jujuramp
Le 29 décembre 2007
Une fresque flamboyante
La collection BIBLIOTHEQUE DU XIXEME SIECLE nous permet de découvrir ou redécouvrir les talents qui ont marqué ce siècle. Jeanne Bourin et sa Chambre des dames nous transporte au coeur d'une époque et nous fait partager le quotidien au Moyen Age !!! Un livre qu'il faut avoir lu ! Indispensable !
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artdesanges
Le 15 mars 2008
Le must
C'est LE roman historique par excellence. Celui que chaque lecteur passionné par l'histoire ou le moyen-âge se doit de posséder.
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ENALA3361
Le 28 février 2008
A lire... et à relire !
Je l'ai lu en 79, j'avais 18 ans, maman l'avait acheté chez... France Loisirs ! Je viens de me l'acheter, à nouveau et j'ai adoré... à nouveau ! Entre-temps, je l'avais vu à la télévision, et vraiment, c'est un bonheur de l'avoir en bonne place dans sa bibliothèque.
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Menard Aleth
Le 20 mars 2009
Conquise
Voilà un livre magnifiquement écrit, j'avais hâte chaque fois de le reprendre pour en savoir la suite. Hâte désormais de me procurer d'autres oeuvres de ce grand auteur. Cette période de l'histoire jamais si bien contée que dans ce livre, donne la sensation de faire partie de ce monde pour un temps. Un monde de richesses intellectuelles, patrimoniales, spirituelles qui a construit notre pays. Je suis conquise.
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Le 07 octobre 2008
Délectable
J'ai lu "La chambre de Dames" il y a de cela quelques années, je devrais plutôt dire que je l'ai dévoré car on ne se lasse pas de lire la vie des Brunel, leurs amours et leurs peines. Aujourd'hui, j'ai encore envie de le relire car c'est un des plus beaux romans que je connaisse et je le recommande à tous et à toutes.
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Résumé
Ce roman dans l'histoire qui restituait le Moyen Âge dans toute sa verdeur, son naturel, son originalité, obtint en 1979 un immense succès en France comme à l'étranger et reçut de nombreux prix. Rejoignez les Brunel, orfèvres à Paris, Mathilde, la mère, Florie, sa fille, au jour de ses noces et de la tragédie qui menace...
Née à Paris en 1922, Jeanne Bourin est licenciée de Lettres et d'Histoire.
Après avoir évoqué les amours de Ronsard dans un roman, Les Amours blessées, elle a consacré une biographie à Agnès Sorel, La Dame de beauté.
Passionnée par le Moyen Age, elle a tiré de son expérience d'historienne la matière de romans qui ont obtenu un grand succès :
    Très sage Héloïse (couronné par l'Académie française en 1966)
    La Chambre des Dames (Prix des Maisons de la Presse, Grand Prix des lectrices de ELLE 1979)
    Le Jeu de la tentation (adapté à la télévision)
    Le Grand feu
    Les Pérégrines
    Les Compagnons d'éternité
Elle a, par ailleurs, retracé ses souvenirs d'enfance dans La Garenne.
Jeanne Bourin est décédée en 2003
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Lu dans la presse
« Cette volonté de restituer dans sa quotidienneté une époque mal connue et mal jugée est certainement une des raisons de la séduction qu'a exercée La Chambre des Dames sur des millions de lecteurs. »

Jean Prasteau, Le Figaro
Extrait

PREMIÈRE PARTIE

I

 

« De cette journée, nous reparlerons plus tard dans la chambre des dames... »

JOINVILLE



Déchirant la nuit qui déclinait, le cor, soudain, sonnait le jour. Les éclats rauques du cuivre retentissaient du haut des principales tours de la ville pour avertir les bourgeois du guet qu'avec l'aube leur service se terminait, qu'on pouvait relever les postes.
Par-delà les toits de tuiles, les clochers foisonnants, les tourelles, les flèches de pierre, le palais du roi et la cathédrale dédiée à Notre-Dame, par-delà les deux ponts qui enjambaient la Seine sous le faix des maisons qu'ils portaient, les jardins, les vignobles, les vergers enclos entre les murailles, par-delà les remparts trapus, leurs cinq douzaines de tours crénelées et leurs portes fortifiées qui protégeaient Paris, l'appel de la trompe se propageait dans l'opulente vallée, sur les collines, les champs, les abbayes, les villages et les forêts sous les branches desquelles allaient se briser ses échos.
La nuit se diluait, les coqs chantaient, la capitale commençait à bruire. La vie s'éveillait.
C'est alors que les étuviers faisaient crier à travers la cité que leurs établissements de bains, abondamment fournis en eau chaude, étaient ouverts et qu'il fallait en profiter.
Maître Étienne Brunel, orfèvre en la place, se levait aussitôt, s'habillait, sortait de chez lui, accompagné d'un valet, pour se rendre aux plus proches étuves où il avait coutume, chaque jour, de prendre, suivant sa convenance, un bain de vapeur ou simplement d'eau tiède, avant de se faire raser.
Sa femme, Mathilde, le rejoindrait un peu plus tard à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, afin d'entendre la messe quotidienne en sa compagnie et avec ceux de leurs enfants demeurés au logis.
À cette heure matinale, encore enfouie sous les couvertures de fourrure et la courtepointe matelassée, enfoncée dans la chaleur de sa couette de plumes, Mathilde attendait que son intendante, Tiberge la Béguine, ait présidé aux préparatifs de son bain. En hiver, un bon feu de fournilles flambait déjà dans la cheminée. Comme on était à la fin d'un mois d'avril fort doux, les chambrières avaient ouvert toutes grandes les deux fenêtres donnant sur le jardin.
La baignoire en bois de châtaignier poli, toujours garnie en son fond et sur ses bords du drap de molleton épais qu'on y mettait pour éviter les échardes, était apportée, trois fois par semaine, du cabinet attenant à la chambre, afin d'être placée au pied du lit carré, fermé de tous côtés par des courtines de tapisserie.
Les servantes vidaient dans la baignoire, avec précaution, pour ne pas éclabousser le plancher jonché d'herbe fraîche, l'eau, chauffée au préalable dans la cuisine et transportée dans des seaux qu'un valet venait de déposer sur le palier.
Lourde et large comme un vaisselier, Tiberge la Béguine, dont la coiffe de batiste empesée faisait saillir les pommettes marquées de couperose, ne laissait à personne le soin de tâter et de humer l'eau du bain afin de s'assurer qu'elle était à la bonne température et convenablement parfumée au romarin ou à la marjolaine, suivant les indications données la veille par la maîtresse de maison.
Alors, seulement, Mathilde s'asseyait d'un coup de rein parmi ses draps et ses oreillers de toile fine, rejetait d'un geste familier, afin de faire avec gravité les trois signes de croix du réveil, les tresses, épaisses comme le poignet, qui s'échappaient de son bonnet de lingerie, et sortait, nue, de son lit pour se plonger dans la baignoire.
La journée commençait.
Les servantes quittèrent la pièce sur les pas de l'intendante. Elles allaient vaquer aux soins du ménage, particulièrement nombreux en ce lendemain de fête. Seule, Maroie, la chambrière qui aidait à la toilette, demeura près de Mathilde au service de laquelle elle était attachée.
Un bien-être fait de tiédeur, du parfum des aromates, de sensualité aussi, glissa sur le corps dru, fermement bâti et charpenté, dont les seins s'étaient alourdis au fur et à mesure des maternités qui avaient aussi élargi les hanches porteuses d'enfants. À peine meurtrie, en revanche, autour des yeux d'un bleu cru, la peau claire du visage contrastait avec sa chevelure d'un noir de suie où nul fil blanc ne se montrait encore.
Avec ses trente-quatre ans, ses six enfants, les trois autres qui étaient morts en bas âge, Mathilde demeurait, en apparence du moins, une femme presque intacte. Pour combien de temps ?
« Si j'étais seulement moitié aussi sage dans mes pensées que je le suis dans mes actes, je me dirais qu'il ne me reste plus qu'à vieillir... mais, Dieu me pardonne, il n'en est rien ! Beaucoup s'y trompent. Sauf Étienne, bien sûr, qui a cependant décidé, par amour, en dépit de la connaissance qu'il a de mon caractère imaginatif, de son expérience de nos échecs, et malgré le tourment qui ne le quitte guère, de me faire confiance. Sauf Arnauld, peut-être, dont la perspicacité est rarement en défaut. Personne n'irait s'aviser d'aller chercher des orages derrière mon front paisible. Pourquoi, d'ailleurs, parler d'orages ? Il ne s'agit que d'un sourd et long combat entre moi et moi-même. Il n'y aura pas d'éclat. Je suis, j'entends demeurer une chrétienne soumise à sa foi, soutenue par sa foi. Une épouse fidèle - à quelque prix que ce soit - une mère attentive. Le reste ne mérite pas, ne devrait pas mériter qu'on s'y attardât. »
- Maroie, prends bien garde à ne pas me mouiller les cheveux. Passe-moi d'abord la décoction de mauves et de violettes qui est sur ce coffre, puis l'huile de noyaux de pêches pour m'aviver le teint.
Ronde, avec de grosses joues, un nez en l'air, la chambrière avait, sous la coiffe de lin, une mine pleine de santé. Son sourire se creusait de fossettes. C'était une fille rieuse, qui s'effrayait d'un rien. Cette poltronnerie, jointe à un penchant naturel pour la futilité, en faisait une aide plaisante, mais point une confidente possible.
Elle tendit à la femme de l'orfèvre un premier flacon et un linge de linon. Mathilde humecta le tissu léger et se tamponna avec précaution les joues, le menton, le front. Puis elle se massa délicatement la face avec l'huile que contenait une seconde fiole. Elle était parfaitement consciente de la vanité qu'il y avait à apporter tant de soins à l'entretien de son visage, tant d'attention à la conservation de sa beauté. Tout en s'en blâmant, elle continuait à employer crèmes, parfums, onguents, partagée qu'elle était, en cela comme en tout le reste, entre une complaisante indulgence envers ses propres faiblesses et son attente de Dieu. Son existence avait-elle jamais cessé d'être autre chose que ce maladroit combat ?
Elle soupira, prit des mains de Maroie un miroir d'étain poli où elle observa un moment ses traits, avant d'y poser, du bout des doigts, une touche de fard blanc, fait de froment broyé, délayé dans de l'eau de rose, qu'elle étala de façon uniforme avec l'habileté que donne l'habitude. Si elle ne portait pas de cicatrices sur sa peau, de façon visible, c'était au fond d'elle-même, en son âme, à des profondeurs où l'œil humain ne pouvait les déceler, qu'il s'en trouvait.
Au demeurant, avec cette tendresse dénuée de fermeté qu'elle vouait au Seigneur, son plus sûr appui demeurait le vaste, l'immense amour qu'elle éprouvait pour ses enfants. Ses autres sentiments ne lui étaient pas d'un grand secours, tant s'en fallait !
« Ils prennent à présent leur vol. Il me faut apprendre à cesser de les couver. C'est amer mais sain. Le départ de Florie vers sa condition d'épouse est chose normale, je n'ai pas à m'en affliger. Et pourtant... en franchissant, hier, le seuil de notre maison pour s'aller marier, notre fille n'a-t-elle pas, malgré mes résolutions, emporté avec elle un morceau de mon cœur ? Le nier serait vain. J'en souffre. Voir s'éloigner, rieuse, en dépit de l'affection qu'elle me voue, mon enfant de quinze ans au bras de son jeune mari, m'a fait mal. Sa joie m'était, en même temps, douceur pour elle, déchirement pour moi. Il faudra s'habituer. Ce n'est encore qu'un début... Après tout, Florie n'habite pas bien loin d'ici, juste sur l'autre rive de la Seine. Ce soir même, elle reviendra, avec Philippe, souper parmi nous. »