Accueil Jeunesse Livres 10 ans et plus Les Chevaliers d'Emeraude, tome 5
Les Chevaliers d'Emeraude, tome 5
Les Chevaliers d'Emeraude, tome 5
L'île des lézards
Anne Robillard
418 pages
Couverture souple. 15 x 23,5 cm
Editions Michel Lafon
10 ans et plus
Réf : 276837
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 15,30  (prix public)
Disponible
Garder le secret
Résumé
N'écoutant que leur courage, Les Chevaliers d'Émeraude partent au secours des femmes et des fillettes enlevées au Royaume de Cristal par les lézards et retenues prisonnières sur leur île lointaine...
Wellan emmène avec lui quelques hommes. Kira fait partie de cette périlleuse expédition, de même que le Magicien de Cristal qui leur réserve une surprise extraordinaire.
Pendant ce temps, Dempsey veille sur les jeunes Chevaliers et les Écuyers. Mais une nouvelle menace plane à l'horizon. Un serviteur de l'Empereur Noir surgit des flots et s'en prend aux plus vulnérables.
Pris au piège, Dempsey et ses frères d'armes sauront-ils protéger le continent face à ce terrible adversaire ?
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :7
Le 22 juin 2009
Excellent
Ce livre est excellent tout comme les autres. A quand la suite ?
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Le 11 août 2009
Rien à dire
Franchement, cette serie me fait m'évader, j'oublie vraiment tout et je me plonge dedans dès les premières pages. Je le recommande vraiment pour les petits et aussi les grands.
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pierot
Le 20 juillet 2009
Incontournable
Difficile de lâcher le livre une fois commencé. Cette saga pourrait facilement devenir un classique du genre et on voudrait qu'elle ne s'arrête jamais.
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Le 06 juillet 2009
Déjà 8/12
La suite existe déjà, il y a 8 tomes de sortis sur 12, je crois bien.
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choupette27
Le 30 juillet 2009
Les chevaliers d'émeraudes
J'avais acheté le premier livre pour mon fils afin qu'il lise et j'ai commencé à le lire, puis ma fille aussi, puis son mari et mon mari s'y sont mis pendant les vacances, maintenant on a hâte de lire la suite.
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Le 17 novembre 2009
Voyage de l'esprit
Saga fabuleuse de la chevalerie, du romanesque, du suspense, des personnages hauts en couleur, un dénouement attendu avec beaucoup d'impatience ! Je recommande cette série à tous ceux qui aiment l'héroic fantasy...
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julie28
Le 04 novembre 2010
Il vous emporte dans un monde exceptionnel
C'est le genre de livre que vous lisez sans vous arrêter. Un mélange entre Harry Potter et Le Seigneur des Anneaux, il est captivant. A quand l'adaptation au cinéma ?
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Anne Robillard est acclamée par les médias comme « la J.K. Rowling québécoise ». Les Chevaliers d'Émeraude l'ont hissée au sommet du hit-parade des auteurs de littérature fantastique avec 1 million d'exemplaires vendus au Québec et des traductions dans 15 pays.
Extrait

1

DÉLIVRANCE


Dans le pays de neige, près des ruines de Shola, alors qu'Asbeth était sur le point de s'emparer de la fille de l'Empereur Noir, l'intervention des Chevaliers d'Émeraude avait une fois de plus fait échouer les plans du sorcier d'Amecareth. L'Immortel Nomar avait ensuite emprisonné l'homme-oiseau dans une bulle d'énergie dont il ne pouvait sortir malgré la puissance de sa sorcellerie. Maudissant les humains et les êtres magiques qui les protégeaient, Asbeth plana longuement dans les airs avant de s'écraser sur les terres glaciales au bout du monde. Les pouvoirs du mage noir pouvaient le maintenir en vie pendant un long moment, mais s'il ne se libérait pas rapidement de la membrane enchantée qui l'immobilisait, il mourrait comme tous les mortels.
Pendant des mois, Asbeth employa tous ses efforts à se dépêtrer. Grâce à ses sombres facultés, il finit par percer le mur invisible de son cachot et s'écroula dans la neige. À bout de forces, il dut recourir à ses griffes et à son bec d'oiseau pour se nourrir, saisissant les petits rongeurs au pelage épais qui passaient près de lui à la recherche de leur propre pitance dans ce désert de froid. Chaque fois qu'il capturait son repas, le sorcier haïssait davantage les Chevaliers d'Émeraude responsables de son infortune.
Ce fut surtout sa colère qui réchauffa l'homme-oiseau dans cet endroit inhospitalier. Dès qu'il eut repris son aplomb, il chercha à s'orienter. Il devait retourner à la forteresse d'Amecareth, afin de lui raconter de quelle façon sa fille, désormais plus humaine qu'insecte, l'avait trahi. Jamais l'empereur ne pourrait mettre ce monstre mauve au pas, car elle avait trop longtemps subi l'influence de la vermine.
Asbeth connaissait la direction d'Irianeth, mais il savait aussi qu'il en était séparé par de nombreuses terres désertiques. Inutile de demander du secours : depuis des millénaires, le peuple des insectes vaquait à ses occupations quotidiennes sans se préoccuper du sort de ses membres individuels. Lorsque l'un d'eux tombait, on le remplaçait et on l'oubliait.
Il entreprit donc le long trajet de retour, d'abord à pied, puis se servant de ses ailes dès qu'il les sentit suffisamment fortes. Les vents lui étaient contraires, mais rien ne pouvait plus le détourner de sa nouvelle mission. Il devait convaincre Amecareth que sa fille Narvath représentait un danger pour sa domination du monde et obtenir officiellement sa permission de lui trancher la gorge. Du même coup, il exécuterait un à un les Chevaliers qui la protégeaient, puis il réglerait le sort des maîtres magiciens et des Immortels qui n'avaient cessé de contrecarrer les desseins de son maître depuis le début de son règne.
Il survola le territoire enneigé pendant près de quatre ans, ne se posant que pour dormir, boire et manger. Mais, étant à demi-insecte, il ne calculait pas le temps comme les humains. Le climat se réchauffait graduellement. Il rencontra une colonie de curieux petits êtres, pas plus grands que des enfants humains, vivant dans des trous dans la neige. Asbeth se posa au milieu de leur village. Il leur causa une telle frayeur qu'ils se dispersèrent en catastrophe et plongèrent dans leurs abris. Heureusement, ils n'emportèrent pas leur butin avec eux. Le sorcier s'approcha de l'étrange bête qu'ils avaient sans doute capturée sur la banquise. Aussi gros qu'un dragon noir, cet animal marin avait la peau lisse, grise et parsemée de taches noires. Asbeth le flaira pour s'assurer que la vie l'avait bien quitté. La créature couchée sur la neige possédait de longues griffes, et le sorcier ne pouvait pas se permettre d'être blessé à ce moment critique de son périple.
Rassuré, il dépeça le flanc de ce gibier avec son bec. Cette viande était nettement plus nourrissante que celle des rats des neiges. Autour de lui apparurent aussitôt les lances acérées des mâles de cette espèce miniature qui sortaient prudemment de leurs trous pour reprendre le produit de leur chasse. Asbeth arracha une généreuse portion de la chair de l'animal et s'envola avant d'être lui-même abattu.
Le sorcier rencontra ensuite de nombreux villages semblables, ce qui lui permit de devenir un habile pilleur. Ses plumes noires reprirent graduellement leur éclat. Il accumula une couche de graisse sur ses os et put rester en vol de plus en plus longtemps.
Quelques semaines plus tard, il atteignit l'océan glacé au nord de Shola. Des troupeaux d'énormes dragons blancs, surtout composés de femelles et de leurs petits d'une part et de jeunes mâles d'autre part, sillonnaient les vagues sombres. C'était trop risqué de s'attaquer à ces bêtes gigantesques. Il trouverait bien autre chose à manger sur le continent, de l'autre côté de la nappe d'eau.
Il prit son envol et combattit les vents froids pour enfin discerner un territoire familier : le cratère du Royaume des Ombres, qu'il avait créé en faisant exploser tous les tunnels de la ville souterraine des hybrides. Il s'y posa, assoiffé et affamé. Une rivière coulait encore au fond du trou béant et il s'y désaltéra. Un mouvement sur la corniche attira son attention. Ses yeux perçants distinguèrent aussitôt la silhouette d'êtres humains, probablement des pillards qui fouillaient les alvéoles autrefois habitées par les enfants du maître. Asbeth aurait pu régler leur compte à ces détrousseurs, mais c'était bien inutile. Nomar avait sûrement quitté la région. Sans l'intervention de cet Immortel, les Espéritiens allaient tous mourir.
Il ne restait pas plus de nourriture au Royaume de Shola, dévasté plusieurs années auparavant par les dragons. Cependant, dans la vallée, au pied de la falaise, s'étendaient de vertes forêts peuplées d'Elfes et de petits animaux. Asbeth décida donc de dormir dans une des grottes formées par les tremblements de terre dans la chaîne de montagnes séparant Shola du Royaume des Ombres. Il ne se remit en route qu'au lever du soleil.
Dès qu'il eut franchi la muraille de pierres séparant les pays du Nord de leurs voisins du Sud, le sorcier sentit la brise chaude jusqu'au fond de ses plumes. Il survola la forêt avec un regard intéressé, puis se percha sur une branche pour observer la vie au sol. Il fondit sur une famille de cochons sauvages, égorgeant facilement quelques-uns des petits d'un seul coup de patte, malgré les cris de colère des parents qui prenaient la fuite avec les survivants.
Asbeth avala goulûment la chair sanglante en prévision de sa traversée de l'océan de l'Ouest, en direction d'Irianeth. Il avait quitté les siens depuis longtemps déjà. Un autre sorcier servait-il désormais Amecareth ? Aurait-il un rival à détrôner en arrivant au palais de l'empereur ? Ce défi fit bouillonner le sang dans ses veines. Il s'éleva vers l'océan, dont il flairait déjà les vents salés. Pas question de communiquer par télépathie avec son maître tant qu'il se trouvait sur le territoire des Chevaliers d'Émeraude, car ces magiciens pouvaient intercepter ses messages.
Il se posa sur la plage de galets où Wellan avait bien failli le tuer plusieurs années auparavant. Cet insolent soldat humain serait le premier à mourir de sa main, tout de suite après Narvath. Il jeta un dernier coup d'œil au continent des hommes et s'élança. Il retrouva aussitôt les vents familiers en provenance de sa propre contrée. Le soleil descendit lentement dans les vagues et Asbeth se mit à planer sous une pléiade d'étoiles, sans la moindre inquiétude. Il connaissait bien ces cieux, il se dirigeait instinctivement vers chez lui.
Aux premières lueurs de l'aube, la côte rocailleuse de son pays se détacha du brouillard. Les dragons, qui se déplaçaient en troupeaux sur la grève, levèrent la tête à son passage. Fatigué, Asbeth se posa devant l'entrée de l'immense ruche creusée à même la montagne. Les soldats-insectes qui la gardaient échangèrent un regard inquiet. En tendant les ailes de chaque côté, le sorcier les écarta de son chemin et pénétra dans l'antre d'Amecareth.
Les ouvriers poursuivaient leur travail dans le dédale de couloirs arrondis sans se préoccuper de ce qui se passait autour d'eux. Asbeth n'allait pas se présenter devant son maître avant d'avoir d'abord lustré ses plumes et enfilé une tunique neuve. Déchirée à plusieurs endroits, celle qu'il portait aurait certes suffi à commenter ses malheurs en terre étrangère. Mais l'homme-oiseau était fier : il ne laisserait jamais paraître ses faiblesses devant l'empereur.
Il trouva son alvéole inchangée. La surface sombre du gros chaudron ensorcelé fumait même encore. Il la consulterait plus tard. Il cracha des ordres dans une langue à mi-chemin entre celle des insectes et celle de son peuple d'oiseaux. Ses serviteurs accoururent. Ils ne semblèrent ni surpris ni heureux de le revoir et s'affairèrent immédiatement à le dévêtir et à le nettoyer.



2

Sélace

Paresseusement assis sur son trône, Amecareth étudiait le petit plan que lui avait remis Kasserr, le chef des reptiles, après sa cuisante défaite des mains de la vermine humaine. L'empereur n'avait pas dit son dernier mot. Il n'arrêterait de combattre les habitants d'Enkidiev qu'à la mort du porteur de lumière, lorsque sa fille aurait pris sa place à ses côtés. Content de recevoir la requête télépathique de son sorcier, le seigneur des hommes-insectes lui ordonna de venir se prosterner devant lui sur-le-champ.
Asbeth retrouva son chemin, dans les couloirs éclairés par des pierres lumineuses, jusqu'à l'alvéole de son maître. Il s'écrasa sur le plancher et attendit que l'empereur daigne s'adresser à lui.
— Où étais-tu ? maugréa finalement Amecareth en bombant le torse.
— J'ai été catapulté au-delà des pays du Nord, dans une prison d'énergie dont je n'ai pu me libérer qu'au bout de longs mois, mon seigneur.
— Et ce sont les humains qui t'ont ainsi emprisonné ?
— Non, c'est un Immortel, celui-là même qui a enlevé vos enfants et qui les a cachés dans le royaume souterrain. Il est venu au secours de votre fille, que je poursuivais dans la neige du pays de sa mère.
— Tu as retrouvé Narvath ! Bien ! Lui as-tu dit que je la sommais de revenir auprès de moi ?
— Elle n'entend que la voix des soldats verts qui l'ont élevée. Pour elle, nous sommes ses ennemis, et elle a même eu l'audace de m'attaquer.
— C'est donc une fière guerrière, la digne fille de son père, se réjouit Amecareth.
— Elle ne reniera pas son pays d'adoption, mon seigneur.
— Tout le monde a un prix, Asbeth. Il me suffit de trouver le sien.
Amecareth se leva et marcha devant le mage noir en échafaudant mille plans d'avenir pour son héritière. « Comment le convaincre que cette enfant est trop contaminée par les humains pour redevenir une insecte ? se demanda le sorcier. Elle n'entend même pas la voix de la collectivité. »
— Décris-la-moi, Asbeth, exigea l'empereur.
— Elle ressemble aux humains, mais sa peau est mauve et elle n'a aucune carapace de protection.
— Est-ce qu'elle est grande et musclée ?
— Non. Elle n'a pas hérité de votre magnifique stature. Elle est petite et fragile comme sa mère magicienne. Elle a les mêmes formes de femelle qu'elle.
— Mais même si elle ressemble davantage à la reine, je sais qu'elle a mon tempérament de conquérant, affirma Amecareth avec fierté. Elle a repoussé toute seule l'armée des hommes-lézards !
— Vous voyez bien qu'elle utilise ses pouvoirs afin de défendre les humains et qu'elle ne...
— Elle est jeune, Asbeth ! coupa le maître. Une fois qu'elle sera entre mes mains, je ferai d'elle un grand général d'armée !
« Au moins, il n'envisage pas de la faire monter sur le trône à sa place », se rassura le sorcier. Cela lui donnerait le temps de la faire périr avant qu'Amecareth ne change d'idée.
— Je dispose de nouveaux renseignements sur les humains, déclara l'empereur avec un enthousiasme inhabituel. Mes nouveaux guerriers me débarrasseront une fois pour toutes de cette vermine.
— Avez-vous une mission à me confier dans cette nouvelle guerre ?
— Je t'ai déjà demandé de retrouver l'enfant de lumière et tu as échoué, lui reprocha celui pour qui il se dévouait.
— Il y avait deux endroits où il pouvait être né. J'ai cru que le monde souterrain chercherait à le récupérer et à le protéger, alors je m'y suis rendu. Mais les Immortels ont été plus rusés que votre humble serviteur. Ils ont réussi à m'empêcher de me rendre jusqu'à lui. J'accepte donc votre châtiment pour mon échec.
Amecareth posa sur lui un regard cruel et, l'espace d'un instant, le mage noir crut sa dernière heure venue.
— Puisque j'avais perdu ta trace, commença le puissant insecte en insistant sur chacun de ses mots, j'ai recruté un nouveau sorcier.
Les plumes noires d'Asbeth frissonnèrent sous la colère, mais il ne protesta pas contre cette injustice, cela risquant de lui coûter la vie.
— Ton châtiment sera de travailler sous ses ordres. Je veux que vous me rameniez le porteur de lumière. Vivant.
« Pourquoi introduire cette saleté humaine dans le monde parfait des insectes ? Et surtout le porteur de lumière ? » s'étonna Asbeth.
— Les hommes appellent cela un trophée, poursuivit Amecareth. Je désire un trophée.
— Il en sera fait selon votre volonté, évidemment.
Asbeth entendit le maître appeler son rival avec ses pensées et il se demanda où il avait bien pu dénicher un mage en si peu de temps. La créature qui se faufila par la porte de l'alvéole lui causa un grand choc, car aucun de ses traits n'appartenaient au monde des insectes.
- Relève-toi, Asbeth, ordonna l'empereur.
L'homme-oiseau le fit avec prudence. Il observa le nouveau sorcier avec dédain tandis qu'il prenait place près du trône.
- Voici Sélace.
La créature aquatique marchait sur deux appendices caudaux. Sa peau argentée était recouverte de petites écailles luisantes encore humides. Elle ne portait aucun vêtement et son corps svelte ne permettait pas de dire s'il s'agissait d'un mâle ou d'une femelle. Elle n'avait pas de bras, seulement de fines nageoires à l'extrémité arrondie de couleur noire. Son visage, allongé comme celui des dragons, se terminait par un museau sans le moindre orifice pour respirer. Ses yeux étaient renfoncés de chaque côté de sa tête triangulaire comme deux billes brillantes.
Sélace ouvrit la bouche comme pour sourire et Asbeth vit de puissantes mâchoires et deux rangées de dents effilées. Tandis que le rival se retournait vers son maître, le sorcier déchu distingua un curieux aileron au milieu de son dos. « Son cou n'a aucune flexibilité », comprit-il en l'étudiant attentivement. Amecareth pouvait concevoir des enfants avec les femelles de toutes les races grâce à sa sorcellerie, mais jamais Asbeth n'avait pensé qu'il s'intéresserait aux poissons.
- Sélace n'a hérité d'aucun de mes traits physiques, comme tu peux le constater toi-même, déclara Amecareth en caressant sa tête de requin. Mais il possède mon esprit de conquérant et il n'a aucune pitié. Peut-être se montrera-t-il plus brillant que toi dans sa mission pour capturer l'enfant.
Asbeth ne fit aucun commentaire. Cela aurait été parfaitement inutile.
- Ramenez-moi Narvath et l'enfant magique, conclut l'empereur. Et ne me décevez pas.
Il leur tourna le dos, indiquant que l'audience était terminée. Asbeth laissa passer devant lui la créature grisâtre qui se dandinait sur des nageoires. « De quelle façon pourra-t-il s'acquitter de sa tâche avec toutes ces restrictions physiques ? » s'étonna l'homme-oiseau.
- Suis-moi, Asbeth, exigea le nouveau sorcier d'une voix caverneuse.
« Quel âge peut-il bien avoir et pourquoi n'ai-je jamais senti sa présence dans la collectivité ? » réfléchissait Asbeth. En marchant derrière lui, il vit que son rival respirait grâce à des fentes derrière ses yeux sans paupières. Il le suivit en observant ses mouvements. La seule façon de vaincre un ennemi consistait à bien le connaître. Les sorciers descendirent à l'étage inférieur de la ruche, là où il n'y avait pas de travailleurs.
Sélace entra dans une caverne où la mer pénétrait par des tunnels souterrains. Il plongea dans l'eau, mais Asbeth ne l'y accompagna pas. Il demeura sur le roc, se demandant comment se débarrasser de ce gêneur qui risquait d'usurper ses droits à la mort d'Amecareth. Quelle sorcellerie pouvait donc posséder un tel être limité à se déplacer dans l'eau ? Le museau argenté du requin émergea de la surface du bassin et Asbeth ressentit aussitôt le danger.
- J'ai beaucoup entendu parler de toi, commença Sélace, arrogant.
- Je ne peux pas en dire autant, riposta Asbeth.
- Ne te fie pas à tes yeux, je suis plus âgé que tu le crois. Je pratique même mon art depuis très longtemps. Je savais que tu finirais par commettre une bévue et que notre majestueux père me rappellerait auprès de lui.
- Que veux-tu au juste, Sélace ? Le trône d'Irianeth ?
- Je désire seulement servir notre maître à tous. Si tu acceptes de faire ce que je te dis, tout se passera très bien pour toi, mais si tu refuses...
Le sorcier à plumes ravala un commentaire désobligeant. Il étudia plutôt les petits yeux noirs qui brillaient au-dessus de l'eau. Il n'aurait pas été très malin de sa part de se mesurer à Sélace sans savoir de quoi il était capable.
- Quel est ton plan ? demanda finalement l'homme-oiseau.
- Je me charge de Narvath, puisqu'elle t'échappe constamment. Pendant que je la persuaderai de rentrer chez son père, tu t'empareras de l'enfant magique.
- Les humains le cachent dans un endroit imprenable.
- Dans ce cas, trouve une façon de l'en faire sortir. Je veillerai à ce que les soldats humains en aient plein les bras. Tu pourras donc cueillir le gamin sans faire d'éclat. Si tu échoues encore cette fois, ce sera la fin de ta longue carrière, car je suis beaucoup moins conciliant que notre maître.
- Quand frapperons-nous ?
- Je te le ferai savoir.
Sélace s'enfonça dans les flots et ne réapparut pas. Asbeth sonda les alentours sans détecter sa présence. Il avait dû plonger vers l'océan pour recueillir davantage d'information sur les Chevaliers. En proie à la rage, le sorcier noir poussa un cri aigu. Les choses ne se passeraient pas ainsi.