Téméraire, tome 2 : Le trône de jade
Téméraire, tome 2 : Le trône de jade
Naomi Novik
544 pages
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 275341
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Au lieu de 19,90  (prix public)
Disponible
Résumé
Will Laurence, capitaine de la Royal Navy, a intercepté un navire français et son précieux chargement, un œuf de dragon, qu'il baptisera Téméraire. Mais l'empereur de Chine découvre que le dragon Impérial qu'il a envoyé à Napoléon en guise de cadeau est tombé aux mains des Anglais.
Une délégation chinoise en colère réclame l'animal. Will décide d'accompagner Téméraire en Asie. Commence alors un long voyage, semé d'embûches, d'intrigues et de dangers, qui ne fera que renforcer leur indéfectible amitié.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
Le 04 août 2009
Uchronie dragonique et intrigues politiques
Pour rappel, l'histoire de Téméraire se passe dans un monde très proche du nôtre, à l'époque des guerres napoléoniennes. La seule différence est que les dragons existent, sont presque communs, utilisés à usage civil (courrier & co, avec de petits spécimens rapides) ou militaire (mais ici, pas de draconier en solo sur sa bête : on parle bien d'un vaisseau de combat volant, avec son filet ventral, son équipage d'une vingtaine d'aviateurs de l'Aerial Corps, des tireurs, un toubib et un capitaine), avec des scènes uniques de batailles navales et aériennes où l'abordage peut se faire de pont à pont... ou de dos de dragon à dos de dragon ! En bref, vous aurez compris, je suis fan. Le premier se suffisait à lui-même. Le second nécessitera la lecture de son prédécesseur, étant sa suite quasi directe. Mais il me laisse tout aussi enthousiaste. Pour résumer : après la victoire des Aerial Corps britanniques contre le débarquement aéroporté de Napoléon à Douvres, Laurence pense pouvoir prendre un peu de repos, profitant du coup d'éclat de son dragon (qui s'est révélé être un Céleste Chinois, race n'étant pas vouée à combattre mais à accompagner la famille impériale de Chine). C'est sans compter sur la visite du fils cadet de l'Empereur de Chine, venu avec sa délégation pour récupérer le dragon. Craignant une possible alliance du pays de la soie avec la France (qui dispose déjà d'avantages commerciaux notables, suite à un échec de la précédente ambassade britannique envoyée sur place), le gouvernement britannique est tout disposé à faire pression sur Laurence pour qu'il abandonne son dragon. Mais c'est sans compter sur le caractère bien trempé et possessif de Téméraire, refusant tout net d'abandonner celui qu'il a choisi à la naissance. Afin d'éviter l'incident diplomatique, Laurence décide d'accepter la proposition de l'ambassadeur anglais : partir avec Téméraire et son équipage jusqu'en Chine pour raccompagner le cadet de l'Empereur et être présenté à la capitale, où on jugera de son statut. Entre entourloupes, mésaventures, embuscades, manipulations et pirouettes diplomatiques, ce deuxième volume est un petit bijou. La première (très) grosse moitié du livre se passe sur le transporteur naval faisant trajet de l'Angleterre jusquà la Chine, où Laurence retrouvera son pied marin et l'uniforme qu'il a autrefois porté. Avec la rivalité constante entre les aviateurs et les marins, ainsi que le feu aux poudres mis par la présence du deuxième fils de l'Empereur Chinois, ça fleurait bon la tension, les coups fourrés, sans grand acte de bravoure (on notera assez peu d'action au final dans ce tome) mais on savoure l'ambiance à la Master and Commander dont on aurait pu reprocher l'absence au premier tome. La deuxième partie sera en Chine, où les intrigues politiques et les manipulations atteindront leur paroxisme. Je ne vous donne pas plus de détail, je vous en laisse la surprise. On assiste à un final déroutant mais crédible, faisant fi des clichés habituels et donnant plus dans la politique. On regrettera que la fin soit un poil précipitée, également, mais les réponses apportées par ce tome à certains éléments pour lesquels on aurait pu se poser des questions dans "les Dragons de sa Majesté" trouvent des réponses parfaitement cohérentes. En bref : j'ai acheté le 3 et le 4 dans la foulée, je suis emballé à un point assez fou. Vivement plus d'informations sur la rumeur galopante (et confirmée) d'adaptation en film par Peter Jackson, qui s'est révélé très intéressé par le thème.
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Nefertari
Le 30 mars 2012
Excellente suite !
J'ai lu le 2ème en quelques jours juste après le 1er et j'ai adoré ! Que vais-je faire ensuite ? Me jeter sur le 3ème tome.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Naomi Novik est née à New York en 1973. D'origine polonaise, elle a été bercée par les contes d'Europe de l'Est et Le Seigneur des anneaux. Diplômée de littérature anglaise et d'informatique, elle a participé au design et au développement du jeu vidéo d'heroïc-fantasy Neverwinter Nights : Shadows of Undrentide. Après cette expérience, elle réalise qu'elle préfère la littérature à la programmation et se lance dans l'écriture des Dragons de Sa Majesté, premier tome de la série Téméraire, qui en compte déjà quatre. Passionnée de fantasy, mordue d'Histoire, elle porte un grand intérêt à la période napoléonienne et a un penchant tout particulier pour Patrick O'Brian et Jane Austen.
En avril 2007, elle a reçu le prix du Meilleur premier roman américain.
Extrait

1


Il faisait exceptionnellement doux pour un mois de novembre, mais, en vertu de quelque déférence mal inspirée envers l'ambassade chinoise, on avait poussé le feu à l'excès dans la salle de réunion de l'Amirauté, et Laurence se tenait juste devant. S'étant habillé avec un soin tout particulier, dans son plus bel uniforme, il voyait la doublure de sa veste en popeline vert bouteille s'imprégner de sueur au fil de l'interminable entrevue.
Au-delà du seuil, derrière lord Barham, la girouette officielle avec sa flèche de boussole montrait la direction du vent au-dessus de la Manche : au nord, nord-est aujourd'hui, idéal pour la France ; plusieurs vaisseaux de la flotte de la Manche devaient probablement manœuvrer en ce moment même pour scruter les ports de Napoléon. Debout au garde-à-vous, Laurence fixa son regard sur le large disque de métal et tâcha de se distraire par ce genre de spéculations ; cela lui semblait plus prudent que d'affronter le regard froid et inamical posé sur lui.
Barham cessa de parler et toussa de nouveau dans son poing ; les phrases élaborées qu'il avait préparées sonnaient faux dans sa bouche de marin, et à l'issue de chaque tirade hachée et maladroite, il s'interrompait pour jeter un coup d'œil en direction des Chinois, avec une agitation nerveuse proche de l'obséquiosité. Sa performance ne lui faisait pas honneur, mais en des circonstances plus ordinaires Laurence eût éprouvé une certaine sympathie pour sa position : on avait bien anticipé une réaction officielle, peut-être même l'envoi d'un émissaire, mais personne n'avait imaginé que l'empereur de Chine dépêcherait son propre frère à l'autre bout du monde.
Le prince Yongxing pouvait d'un simple mot déclencher une guerre entre leurs deux nations ; par ailleurs, il y avait quelque chose de terrible dans sa présence : le silence impassible avec lequel il accueillait les remarques de Barham ; la splendeur de sa robe jaune foncé, brodée de dragons ; le lent tapotement de ses doigts chargés de pierres précieuses sur le bras de son fauteuil. Il n'avait même pas un regard pour Barham : il se contentait de fixer directement Laurence par-dessus la table, maussade, les lèvres pincées.
Son escorte était si nombreuse qu'elle occupait toute la salle de réunion, avec sa douzaine de gardes accablés de chaleur dans leur armure matelassée et autant de serviteurs à côté, inoccupés pour la plupart, simples suivants sans fonction précise, tous alignés contre le mur du fond et tâchant de brasser l'air avec leurs éventails. L'un d'eux, manifestement un traducteur, se tenait derrière le prince et murmurait quelques mots chaque fois que Yongxing levait une main, généralement après l'une des tirades les plus alambiquées de Barham.
Deux autres envoyés officiels encadraient Yongxing de part et d'autre. On les avait présentés succinctement à Laurence et aucun d'eux n'avait encore dit un mot, quoique le plus jeune, dénommé Sun Kai, suivît les débats de près, en écoutant les paroles du traducteur avec une attention imperturbable. Le plus âgé, solide gaillard à la bedaine arrondie et à la barbe grise clairsemée, succombait progressivement à la chaleur : il dodelinait de la tête, la bouche entrouverte en quête d'air frais, et sa main parvenait à peine à agiter son éventail devant sa figure. Tous deux portaient des robes de soie bleu foncé, presque aussi somptueuses que celle du prince. Ils offraient à eux trois un spectacle impressionnant : une ambassade comme personne n'en avait encore jamais vu en Occident.
On aurait pu comprendre qu'un diplomate beaucoup plus averti que Barham se laissât aller à un certain degré de servilité, mais Laurence n'était pas d'humeur à se montrer indulgent — même s'il était tout aussi furieux contre lui-même d'avoir espéré mieux. Il était venu plaider sa cause, et, en son for intérieur, avait même imaginé pouvoir bénéficier d'un sursis ; au lieu de quoi, il s'était fait houspiller en des termes qu'il aurait eu scrupules à employer contre un simple lieutenant, et devant un prince étranger et sa suite, réunis comme un tribunal pour entendre ses crimes. Il tint sa langue malgré tout, mais la coupe fut pleine quand Barham, avec une expression de condescendance insupportable, déclara :
— Naturellement, capitaine, nous avons envisagé de vous soumettre à une nouvelle éclosion, par la suite.
— Non, monsieur, dit-il. Je regrette, mais non : je refuse, et quant à un nouveau poste, je crains de devoir décliner votre offre.
Assis à côté de Barham, l'amiral Powys, des Aerial Corps, était demeuré plus ou moins silencieux pendant toute l'entrevue ; cette fois, il se contenta de secouer la tête sans manifester la moindre surprise et de croiser les mains sur sa large panse. Barham lui jeta un regard furibond et dit à Laurence :
— Peut-être me fais-je mal comprendre, capitaine ; il ne s'agit pas d'une requête. Vous avez reçu vos ordres, vous les exécuterez.
— Je préfère encore être pendu, répondit sèchement Laurence.
Il n'en était plus à se préoccuper du ton qu'il employait envers le Premier lord de l'Amirauté : ton qui eût sonné le glas de sa carrière s'il avait encore appartenu à la Navy, et qui ne pouvait guère le servir même en tant qu'aviateur. Toutefois, s'ils avaient l'intention de renvoyer Téméraire en Chine, sa carrière d'aviateur était fichue : jamais il n'accepterait un poste auprès d'un autre dragon. Aucun ne saurait se comparer à Téméraire, et Laurence ne se présenterait pas à contrecœur à une éclosion alors que d'autres membres des Corps s'alignaient par rangées de six dans l'attente d'une telle occasion.
Yongxing ne dit rien, mais pinça les lèvres ; ses suivants s'agitèrent et murmurèrent dans leur propre langue. Laurence crut percevoir une note de dédain dans leurs propos, moins dirigée contre lui que contre Barham ; et le Premier lord partageait manifestement cette impression, car son visage s'empourpra sous l'effort de préserver une apparence de calme.
— Par Dieu, Laurence, si vous imaginez pouvoir vous mutiner ici, au beau milieu de Whitehall, vous faites erreur ; je crois que vous oubliez que votre premier devoir est envers votre pays et votre roi, et non envers ce fichu dragon.
— Non, monsieur ; je crois que c'est vous qui oubliez. C'est pourtant par devoir que j'ai passé le harnais à Téméraire, en sacrifiant mon rang naval, sans savoir à ce moment-là qu'il ne s'agissait pas d'un dragon ordinaire, et encore moins d'un Céleste, dit Laurence. Par devoir, que je l'ai soumis à un entraînement rigoureux ainsi qu'à un service pénible et dangereux ; par devoir, que je l'ai mené au combat en lui demandant de risquer sa vie et son bonheur. Je ne répondrai pas à sa loyauté par des mensonges et des tromperies.
— Foin de mélodrame, dit Barham. On croirait qu'on vous demande de remettre votre fils premier-né. Je suis navré si vous avez pris cet animal en affection au point de ne pouvoir supporter de le perdre...
— Téméraire n'est ni ma créature ni ma chose, monsieur, riposta Laurence d'un ton cinglant. Il a servi l'Angleterre et le roi au même titre que moi, ou que vous, et maintenant, parce qu'il se refuse à retourner en Chine, vous venez me demander de lui mentir. J'imagine mal à quel semblant d'honneur je pourrais encore prétendre si j'acceptais de me prêter à cette mascarade. En fait, ajouta-t-il, incapable de se réfréner plus longtemps, je m'étonne que vous osiez seulement me faire une telle proposition ; je m'en étonne grandement.
— Oh ! allez au diable, Laurence, gronda Barham, perdant son dernier vernis de civilité. (Il avait servi en mer pendant des années avant de rejoindre le gouvernement, et la colère lui faisait facilement oublier ses manières de politicien.) C'est un dragon chinois, il paraît évident qu'il devrait se plaire davantage en Chine ; de toute manière, il leur appartient, et il n'y a pas à revenir là-dessus. « Voleur » est un qualificatif parfaitement déplaisant, que le gouvernement de Sa Majesté ne met aucun empressement à se voir accoler.
— Je crois savoir comment je dois prendre cela. (Si Laurence n'était pas déjà en train de fulminer, il serait devenu rouge de colère.) Et je rejette catégoriquement cette accusation, monsieur. Ces gens ne peuvent nier avoir offert l'œuf à la France ; nous l'avons saisi à bord d'un vaisseau de guerre français ; vaisseau et œuf ont été jugés comme prises légales par les tribunaux de l'Amirauté, vous le savez aussi bien que moi. Je ne vois pas en vertu de quel argument on pourrait affirmer que Téméraire leur appartient ; s'ils rechignaient tellement à voir un Céleste leur échapper, ils n'auraient pas dû le donner dans sa coquille.
Yongxing renifla et intervint dans leur dispute :
— Cela est parfaitement exact, dit-il dans un anglais à l'accent prononcé, lent et scolaire, mais dont la cadence mesurée ne donnait que plus de poids à ses paroles. Depuis le premier jour, ç'a été pure folie que d'envoyer le deuxième œuf de Lung Tien Xiang de l'autre côté des mers. Cela, personne ne le conteste.
Son intervention les réduisit tous deux au silence et, pendant un instant, personne n'ajouta rien, sinon le traducteur, qui répétait à voix basse la teneur de ses propos aux autres Chinois. Puis, de manière inattendue, Sun Kai émit un commentaire dans leur langue qui lui valut d'être fusillé du regard par Yongxing. Il garda les yeux baissés avec déférence et ne releva pas la tête, mais, pour la première fois, Laurence constata que leur ambassade ne parlait pas forcément d'une seule voix. Yongxing aboya quelque chose d'un ton qui ne souffrait aucune réplique, et Sun Kai ne se hasarda pas à lui répondre ; satisfait d'avoir mis son subordonné au pas, Yongxing se retourna vers eux et ajouta :
— Quoi qu'il en soit, malgré la malchance qui l'a fait aboutir entre vos mains, Lung Tien Xiang était destiné à l'empereur français, pas à devenir la bête de somme d'un vulgaire soldat.
Laurence se raidit ; « vulgaire soldat » faisait mal, et pour la première fois il se tourna vers le prince pour le dévisager bien en face, affrontant sans ciller son regard froid et méprisant.
— Nous sommes en guerre contre la France, monsieur ; si vous choisissez de vous allier à nos ennemis et de leur envoyer une assistance matérielle, ne venez pas vous plaindre si nous la détournons de haute lutte.
— C'est absurde ! éclata aussitôt Barham d'une voix forte. La Chine n'est en rien une alliée de la France, jamais de la vie ; nous ne considérons certainement pas la Chine comme une alliée française. Vous n'êtes pas là pour vous adresser à Son Altesse impériale, Laurence ; contrôlez-vous, grinça-t-il sur un ton féroce.
Mais Yongxing ignora cette tentative d'interruption.
— Vous prenez donc la piraterie comme défense ? s'enquit-il avec mépris. Les coutumes des nations barbares ne nous concernent pas. La manière dont peuvent s'entendre des marchands et des voleurs pour se piller les uns les autres n'est d'aucun intérêt pour le Trône céleste, sauf lorsqu'ils choisissent d'insulter l'empereur ainsi que vous l'avez fait.
— Non, Votre Altesse, rien de tel, pas le moins du monde, s'empressa de protester Barham en jetant un regard venimeux à Laurence. Sa Majesté et son gouvernement n'éprouvent que l'affection la plus profonde envers l'empereur ; aucune insulte ne lui serait délibérément infligée, je vous l'assure. Si seulement nous avions connu la nature extraordinaire de l'œuf, vos objections, jamais la situation n'en serait arrivée là...
— Eh bien, vous êtes au courant, désormais, l'interrompit Yongxing, et l'insulte demeure : Lung Tien Xiang est toujours sous le harnais, à peine mieux traité qu'un cheval, sollicité pour transporter des fardeaux et exposé à toutes les brutalités de la guerre ; et par-dessus tout avec un simple capitaine pour compagnon. Il aurait mieux valu que son œuf coule au fond de l'océan !
Consterné, Laurence fut heureux de voir que cette insensibilité laissait Barham et Powys aussi stupéfaits et mutiques que lui. Même parmi la suite de Yongxing, le traducteur tressaillit, s'agita nerveusement et, pour une fois, s'abstint de traduire les propos du prince en chinois.