La Première Guerre mondiale pour les Nuls
La Première Guerre mondiale pour les Nuls
Jean-Yves Le Naour
344 pages
Couverture cartonnée. 19,5 x 23,5 cm
Réf : 275066
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Au lieu de 22,90  (prix public)
Disponible
Il était une fois... la Grande Guerre
Résumé
Vous avez tout oublié ou vous n’avez jamais su pourquoi on les appelait les poilus ? Un docteur en histoire va s’occuper de votre cas ! Il y a moins de cent ans, 8 millions de français ont vécu l’enfer dans les tranchées. C’était hier, et comprendre pourquoi la "der des der" ne le fut pas, c’est saisir la complexité du violent XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. 
En savoir plus
Découvrez :
Les origines du premier conflit mondial
La vie des poilus dans les tranchées
L'invention de la guerre totale
Le massacre du Chemin des Dames
Les grands généraux de 14-18

L'esprit des nuls
Le savoir et le savoir-faire des meilleurs spécialistes
Une approche sans complexe des sujets traités
Tout et seulement tout ce qui vous intéresse
Un accès rapide à l'information grâce à un système d'icônes
Une bonne dose d'humour
Pourquoi on l'a choisi
Devenez imbattables sur 14-18. Avec l’accès événementiel et riche d’anecdotes de la pédagogie des Nuls, finie la mémoire qui flanche, on est marqué au front ! 
Né en 1972, Jean-Yves Le Naour, historien, est professeur en classes préparatoires de sciences politiques et chargé de cours à l'Université de Toulouse II. Spécialiste de la Première Guerre mondiale et de l'entre-deux-guerres, il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont :
    Le Soldat inconnu vivant (1918-1942)
    La Honte noire
    La Famille doit voter
    Le Corbeau
Extrait

Première partie

1914, l'été meurtrier


Dans cette partie...

Comment expliquer que les Européens se soient précipités dans le carnage, plus ou moins joyeusement ? Quelles sont les responsabilités des uns et des autres ? La guerre était-elle inévitable ? Toutes ces questions ont taraudé les historiens jusqu'à aujourd'hui, et figurez-vous qu'ils n'ont toujours pas trouvé de réponses convaincantes ! Une chose est sûre, le destin de l'Europe, et au-delà, celui du XXe siècle, s'est joué en une semaine, du 28 juillet au 4 août 1914. Et pourtant, Dieu qu'il était beau cet été 1914, un été doux, chaud, ensoleillé, un été de rêve en somme… mais l'orage montait, les nuages s'accumulaient et la foudre est brutalement tombée sur les hommes quand ils s'y attendaient le moins.




Chapitre 1

Pourquoi se souvenir
de la Grande Guerre ?


Dans ce chapitre :
► Un événement fondateur
► Les origines du conflit
► Une guerre à nulle autre pareille

Quel paradoxe ! C'est au moment où les derniers poilus quittent ce monde que la Grande Guerre opère un retour en force dans la mémoire collective. Après plusieurs décennies où le souvenir de la Première Guerre mondiale a été éclipsé par celui, plus proche, de la Seconde, voilà que l'horreur des tranchées rattrape les Français depuis les années quatre-vingt. Le paradoxe, en réalité, n'est qu'apparent : c'est dans la Première Guerre que peut se lire toute l'histoire du XXe siècle.


Le XXe siècle est né à Verdun

Le XXe siècle ? Si vous imaginez qu'il est né le 1er janvier 1900 et qu'il s'est éteint au soir du 31 décembre 1999, c'est que la chronologie politique vous échappe complètement. En termes politiques, en effet, ce siècle de violence a reçu son baptême dans la boue des tranchées et s'est achevé en 1991 avec la disparition de l'URSS et la fin de la guerre froide.

L'URSS ? Bien entendu, elle est le produit de cette Grande Guerre qui, en 1917, a connu la chute du tsarisme et la révolution bolchevique. Subitement, sous la houlette de Lénine, la guerre nationale enclenchée en 1914 s'est muée en guerre idéologique, donnant naissance, après 1918, à une première guerre froide contre le communisme. Les dictatures réactionnaires ou fascistes qui recouvrent l'Europe dans l'entre-deux-guerres se pensent ainsi comme des remparts à la révolution, à commencer par l'Allemagne nazie.

Le nazisme ? Comment ignorer que la frustration des Allemands qui se sont rassemblés derrière l'ancien combattant Adolf Hitler procède – au moins pour partie – du règlement raté de la Grande Guerre, de cette paix boiteuse de Versailles qui a humilié l'Allemagne et préparé les sources d'un conflit futur sans véritablement assurer la sécurité de la France.

La paix de 1919 fut à ce point un naufrage qu'il fallut une deuxième guerre, encore plus violente que la première, pour envisager une réconciliation des nations et des peuples sur les ruines fumantes de ce qui fut la civilisation européenne. La guerre civile européenne, commencée en 1914, ne s'est achevée qu'en 1945 !


Une guerre de trente ans ?
L'idée que la guerre de 1914 ne s'est pas achevée en 1918 mais en 1945 est défendue par de nombreux historiens. Cette théorie n'est toutefois pas admise par tout le monde : si l'on peut s'accorder sur le fait que la guerre a effectivement entraîné la naissance du communisme en Russie et du fascisme en Italie, les opposants à la « guerre de trente ans » soulignent que c'est la crise de 1929 qui a profondément déstabilisé l'Europe et conduit Hitler au pouvoir, ce petit agitateur qui ne réunissait que 6 % des voix en 1928… mais 37 % en juillet 1932. On peut aussi ajouter que la « guerre de trente ans » est une vision européenne puisque le second conflit mondial a commencé dès 1931 en Asie, avec l'agression japonaise sur la Chine, et l'affrontement – heureusement plus froid que chaud – s'est poursuivi entre URSS et États-Unis après 1945.


Mais comment expliquer le regain d'intérêt des Français pour la Grande Guerre au tournant des XXe et XXIe siècles ? Bien entendu, la disparition de l'URSS en 1991 a sonné comme la fin d'une époque, et le retour à 1914 s'avère incontournable pour qui veut la comprendre. Ce retour à la Grande Guerre apparaît d'autant plus évident en 1992 que la guerre de Yougoslavie commence : ce conflit national d'un autre âge, typique de la construction des États-nations, ferme la douloureuse boucle du XXe siècle qui, né à Sarajevo, est mort également à Sarajevo (l'assassinat de l'héritier du trône d'Autriche à Sarajevo, le 28 juin 1914, est le prétexte déclencheur de la guerre (voir chapitre 4). Enfin, le coup d'accélérateur porté à la construction européenne à partir de Maastricht (1992), est venu rappeler en creux que cette utopie en marche s'était fondée sur le sang des pères et des grands-pères comme sur les larmes des mères et des grands-mères. Avec la disparition des derniers poilus, qui rejoignaient avec un heureux retard leurs camarades tombés dans l'enfer de 14-18, le sentiment qu'une page de notre histoire se tournait a gagné inconsciemment le pays : la Grande Guerre quittait définitivement le domaine de la mémoire pour entrer dans celui de l'Histoire.

Est-ce bien vrai ? La Première Guerre mondiale est-elle réellement terminée ? Allez voir Jeanne, au domaine des « gueules cassées » du Coudon, à proximité de Toulon : cette mamie de 96 ans vous racontera qu'alors qu'elle était enfant, âgée de 5 ans à peine, un obus éclata sur son chemin, tuant sa mère et ses deux frères. Son père, lui, ne revint jamais de la bataille du Chemin des Dames. Pour cette grand-mère qui ne peut retenir ses larmes, la guerre qui l'a meurtrie et rendue orpheline est-elle terminée ? Et pour nous qui l'écoutons avec émotion ?

N'OUBLIEZ PAS !
Le dernier des poilus était un sans-papiers
Depuis 2007, ils n'étaient plus que deux vétérans de la Première Guerre mondiale, Louis de Cazenave et Lazare Ponticelli, engagés dans une lutte pour savoir qui aurait l'honneur des obsèques nationales promises par Jacques Chirac au dernier des derniers poilus de la der des der. Manque de chance, Cazenave est un pacifiste de tendance libertaire qui considère le patriotisme comme « une fumisterie », qui a refusé la Légion d'honneur en 1995 et qui se fait un plaisir d'embarrasser les autorités en préférant son petit caveau familial à la magnificence de l'hommage national. Il n'y aura pas de pied de nez à la République : le 20 janvier 2008, Cazenave s'éteint à l'âge de 110 ans. Le grand gagnant de ce compte à rebours macabre est donc Lazare Ponticelli, né en Italie en 1897 et venu en France sans un sou en poche à l'âge de 9 ans, sans papiers non plus et sans savoir lire ni écrire et encore moins parler français. Engagé dans la Légion étrangère en 1914, où il rejoint son frère aîné, il ne deviendra français qu'en 1939, à la veille de la guerre, pour être mobilisé afin de défendre une nouvelle fois son pays d'adoption. C'est ce qu'on appelle de la reconnaissance. Ecœuré de cette Grande Guerre – « on se battait contre des gens comme nous », se souvient-il –, il veut bien accepter une cérémonie nationale mais pas de Panthéon : « C'est un affront fait à tous les autres, morts sans avoir eu les honneurs qu'ils méritaient. » Il a trop vu de cadavres sans sépultures pour se repaître de gloriole. Décédé le 12 mars 2008, lui non plus n'a pas voulu lâcher son caveau familial.


Le mystère des origines de la Grande Guerre

Admettez que c'est surprenant : bientôt un siècle après le déclenchement du drame qui conduisit l'Europe à sa perte, les historiens peinent toujours à expliquer les causes de la Grande Guerre. Dans cette affaire, pas de causes ni de responsabilités uniques à la différence de la Seconde Guerre mondiale que l'on peut légitimement imputer à la seule Allemagne nazie et à sa volonté expansionniste. Bien sûr, et nous le verrons dans le chapitre suivant, on peut tour à tour identifier des tensions économiques, politiques et coloniales qui ont créé un climat peu sympathique en ce début du XXe siècle. De même, on peut évoquer la mécanique des blocs d'alliances militaires qui, une fois enclenchée, entraîne l'embrasement généralisé comme un engrenage fatal. Mais n'est-ce pas prendre la conséquence des tensions pour leur cause et donc, des vessies pour des lanternes ? N'imaginez pas plus que la France est entrée en guerre pour la question de l'Alsace-Lorraine : cette histoire était quasiment oubliée en 1914, en tout cas elle n'était plus brûlante. Surtout, ne pensez pas que l'Allemagne est la seule responsable : ce serait confondre les causes de la Première Guerre avec celles de la Seconde.

Les tranchées de l'histoire : nationalisme contre marxisme
Alors quoi ? Comme la nature a horreur du vide, les historiens ont horreur d'avouer leurs faiblesses et leur incapacité à expliquer clairement un événement. Deux théories se sont donc rapidement formées en France pour identifier les causes de la Grande Guerre et surtout, pour désigner les coupables de la grande boucherie. C'est la faute à l'Allemagne, ont dit les nationalistes ! Pas du tout, ont répondu socialistes et communistes, qui ont préféré pointer du doigt le capitalisme impérialiste et le militarisme. La première théorie a dominé dans l'entre-deux-guerres et jusque dans les années cinquante, revivifiée par le comportement belliqueux des nazis qu'il était facile – mais faux – de considérer comme les continuateurs de l'Empire allemand. La seconde, formulée dès la guerre, a connu pour sa part son heure de gloire dans les années soixante et soixante-dix, quand le communisme régnait en maître sur le monde intellectuel. Depuis, l'une et l'autre ont pris l'eau : les patriotards va-t-en-guerre, toujours à l'affût de la prochaine guerre avec le « Boche » ont disparu, et le marxisme qui sous-tendait l'explication de l'expansion impériale du capitalisme ne se porte guère mieux.

Un climat de peur
Que reste-t-il alors, après des décennies d'affrontement entre ces deux thèses opposées ? Peut-être simplement l'idée de la peur. Oui, les contemporains de la Belle Époque avaient peur, ils se sentaient menacés. Les Allemands éprouvaient la pénible sensation d'étouffer, coincés entre l'alliance franco-russe, et percevaient la France comme une nation revancharde et pleine de haine, décidée à leur faire la guerre ; les Français, eux, voyaient l'Allemagne comme agressive et expansionniste, belliqueuse et cynique. Somme toute, ce climat de peur porte certainement une grande part de responsabilité dans les tensions européennes. Comment une entente aurait-elle pu être possible entre des pays qui ne croyaient pas en la bonne volonté ni en la parole de leurs voisins ? À un moment donné, le réflexe pousse à trancher le nœud coulant de la peur qui étrangle l'Europe. La crise de Sarajevo, événement tout à fait mineur, lui en donnera le prétexte.

L'affolement belliciste qui gagne les chancelleries en août 1914 a surpris les acteurs de la crise eux-mêmes, à commencer par le chancelier allemand Bethmann-Hollweg. Interrogé par son prédécesseur qui veut connaître les raisons ayant poussé Berlin à entrer en guerre, il répond : « Ah ! Si l'on savait !… »

Sans doute les causes de la Grande Guerre ne peuvent totalement se comprendre sans accepter une part d'irrationnel, d'angoisse et de peur que les nations éprouvent en se sentant toutes menacées.


La première des guerres mondiales

C'est une évidence, mais encore faut-il la rappeler : la Grande Guerre est la première guerre mondiale que connaît l'humanité. En une semaine, toute l'Europe, ou presque, s'est précipitée dans le brasier. L'Italie, qui s'est déclarée neutre en 1914, rejoint en 1915 le camp de l'Entente, c'est-à-dire la France, le Royaume-Uni, la Russie et la Serbie. L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie bénéficient pour leur part du secours de l'Empire ottoman en octobre 1914 et de la Bulgarie en 1915. Avec l'entrée en guerre de la Roumanie en 1916, du Portugal et de la Grèce en 1917, aux côtés de l'Entente, il ne reste plus en Europe qu'un dernier carré de neutres : la Suisse, l'Espagne, les Pays-Bas et les pays scandinaves.

Si le terrain européen est de fait le principal lieu d'affrontement, en particulier le front ouest, la guerre se déroule également en Afrique où l'Allemagne perd rapidement ses colonies du Togo, du Cameroun et le Sud-Ouest africain (Namibie) en 1915, mais bataille avec courage jusqu'en 1917 pour conserver l'Est africain (Tanzanie). On se bat aussi au Proche et au Moyen-Orient, dans le Caucase entre Turcs et Russes, en Irak et en Palestine entre Britanniques et Turcs, et même entre Arabes et Turcs à partir de 1916 et la « révolte du désert » encouragée par le fameux Lawrence d'Arabie. Même l'Extrême-Orient s'enflamme : en août 1914, le Japon impérial profite de la guerre pour s'emparer facilement des possessions allemandes, la concession de Ts'ing-tao en Chine, les îles Mariannes, Caroline et Marshall dans le Pacifique.

Et ce n'est pas tout ! Quand les États-Unis entrent en guerre, en avril 1917, c'est au tour de l'Amérique de basculer dans le conflit. Quatorze États latino-américains sur vingt emboîtent aussitôt le pas de Washington, preuve de leur alignement sur le « grand frère » américain. Seuls le Mexique, l'Argentine, le Venezuela, le Paraguay, la Colombie et le Chili restent neutres. Quant aux dominions britanniques, ces colonies de peuplement qui sont devenues autonomes, elles ont répondu présent dès les premières semaines de la guerre : le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud enverront leur armée combattre en Europe pour honorer le lien de fidélité qui relie ces jeunes nations à leur ancienne patrie.

Évidemment, les empires coloniaux français et britannique ne sont pas restés en dehors de la gigantesque conflagration : ouvriers dans les usines de guerre ou tirailleurs, les Indochinois, Sénégalais, Marocains, Algériens, Tunisiens et Malgaches ont eux aussi été sollicités pour apporter leur contribution à la défense de la « mère patrie ».

En résumé, jamais une guerre n'avait mobilisé autant de peuples sur un champ de bataille aussi large.