Il y a 100 ans... L'Europe d'autrefois
Il y a 100 ans... L'Europe d'autrefois
Aude Rémy
238 pages
Couverture cartonnée. 25,5 x 29 cm. Photos.
Réf : 274615
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Souvenirs sépia
Résumé
En route pour un vagabondage culturel, touristique et nostalgique : celui de l'Europe d'avant-hier. Grâce au procédé original de photochromie (photos colorisées prises entre 1880 et 1905), redécouvrez les voyages mythiques, les stations thermales et balnéaires les plus renommées, les grands hôtels, les fastes des capitales... une ambiance rétro, vivante, colorée : dans ce temps-là, la vieille Europe était encore insouciante. À vos malles ! 
En savoir plus
À la fin du XIXe siècle, l'Europe et ses capitales, transformées en métropoles modernes, dominent le monde. À Paris, les travaux d'Haussmann s'achèvent tout juste. De nombreuses régions sont devenues des lieux de villégiature recherchés par un public fortuné et voyageur. Les grand hôtels et les casinos se développent, on va en cure dans les villes d'eaux, en villégiature sur la Riviera, à Raguse (aujourd'hui Dubrovnik) ou à Dantzig. On va respirer l'air des cimes ou pratiquer l'alpinisme en Suisse, en Bavière ou à Chamonix, admirer les richesses artistiques de Venise, de Paris, de Moscou, ou l'or des châteaux de Schönbrunn ou de Louis II en Bavière, on va écouter des concerts à Salzbourg ou à Bayreuth.

Présenté comme un itinéraire de voyage, ce livre nous invite à découvrir le visage de l'Europe à la fin du XIXe siècle à travers une sélection de plus de 400  photochromes (photographies colorisées prises entre 1890 et 1905). Si certains lieux n'ont guère changé, les scènes qui les animent ont totalement disparu, de nombreuses villes ont été rasées ou détruites depuis, les campagnes se sont transformées, des cités ont changé de nom, des ports se sont fermés, des routes se sont ouvertes... transformant à jamais le visage de notre vieille Europe.
En ce début du XXIe siècle, cent ans plus tard, elle retrouve bizarrement le visage politique des années 1900, mais son aspect physique, à jamais disparu, réapparaît dans cette collection d'images incontournables.
Les internautes ayant commandé Il y a 100 ans... L'Europe d'autrefois ont également choisi
Extrait

Un voyage en Europe



« J'aimerais bien t'emmener, mais j'ai appris, ces derniers jours,
que voyager est un travail qu'on fait tout seul.
 »
Gilles Vigneault, la Petite Heure.


Le 4 octobre 1898, le premier coup de pioche du métro parisien était donné sous la surveillance du maître d'œuvre, Fulgence Bienvenüe, considéré comme le « père » du métro. Il transporta ses premiers voyageurs le 19 juillet 1900, pour desservir l'Exposition universelle.
C'était l'ère de la deuxième révolution industrielle, dont les techniques apporteront une richesse grandissante et inspireront des aventuriers, des explorateurs, des artistes, des scientifiques, des écrivains... et leur permettront de s'exprimer et de voyager. C'était la Belle Époque, les années entre 1890 et 1914 qui ont précédé la Première Guerre mondiale, lorsque le plaisir régnait et que la joie de vivre et l'insouciance caractérisaient la vie quotidienne des classes aisées. Pour les autres, les ouvriers ou les « domestiques », selon la terminologie employée alors, les progrès économiques et techniques qui enrichissaient la France, le Royaume-Uni, l'Empire allemand, l'Italie ou l'Empire austro-hongrois ne leur profitaient guère. La « main-d'œuvre » européenne commençait alors à s'organiser en syndicats ou en partis politiques de plus en plus influents, dont la révolution bolchevique de 1917 verra l'apothéose.


La Belle Époque

Parmi les classes aisées, le positivisme, la foi en la science, le scientisme et la soif de découverte régnaient en maître. Sur les boulevards des grandes cités européennes, dans les cafés et les cabarets, dans les ateliers et les galeries d'art, dans les salles de concert et les salons fréquentés par la bourgeoisie nouvellement enrichie, la Belle Époque se pavanait. La France inventa alors « l'Exposition universelle » et invita toutes les nations à venir y comparer les progrès de leur industrie, de leur architecture et de leur art. « L'Exposition de 1900 fut une merveille. Le Champ-de-Mars avait son château d'eau et ses fontaines lumineuses qui, le soir, transformaient cette partie de l'Exposition en une véritable féerie, les quais de la rive gauche de la Seine étaient occupés par les palais des nations, chacun dans son architecture nationale » raconte Jeanne Bouvier dans ses Mémoires.
C'est aussi l'époque où les expressions artistiques étaient à leur apogée en Europe. La musique, la littérature et l'art romantique n'avaient plus rien à prouver, les peintres inventaient l'impressionnisme, le fauvisme et le cubisme, l'Art nouveau envahissait les façades de Vienne, de Glasgow ou de Paris tandis que Gaudi faisait chanter les rues de Barcelone de ses faïences colorées. Les écrivains et les artistes voyageaient, profitant de la toute nouvelle puissance de la vapeur qui permettait aux locomotives, aux navires et aux toutes premières automobiles de transporter ces nouveaux voyageurs à des vitesses auparavant inimaginables. Et la photographie, qui venait de naître, donnait envie de parcourir le monde pour en fixer les merveilles avant que ces techniques n'en transforment à jamais le visage.
Cette période insouciante apparaît comme un hiatus de paix, de douceur de vivre, de frivolité, de grandes découvertes géographiques ou intellectuelles. Mais elle prend fin avec le naufrage du Titanic, en 1912, qui fit douter de la toute-puissance de la technologie et, encore plus, avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Les merveilleuses inventions de la Belle Époque perdirent leur magie dès lors qu'elles furent utilisées pour tuer. C'est la fin d'un siècle et le début de l'ère moderne.

Une histoire du voyage
Autrefois, seuls les soldats et les princes voyageaient. Le premier voyageur connu serait Pythéas, un explorateur grec qui franchit le détroit de Gibraltar et découvrit l'Europe du Nord en 340 avant J.-C. Au XIIIe siècle, avec son voyage en Chine effectué de 1271 à 1283, Marco Polo inaugure le voyage d'exploration commercial. Le XVIe siècle, à la suite de Christophe Colomb et de sa découverte du Nouveau Monde, sera une époque de grands voyages maritimes avec Vasco de Gama, Magellan ou Jacques Cartier, d'échanges artistiques et culturels entre la cour de France et l'Italie de la Renaissance ou de voyages de pèlerinage. Au XVIIe siècle, les aristocrates oisifs commencent à sillonner l'Europe, telle Mme de Sévigné, qui, de Paris à Fougères, Bussy-Rabutin en Bourgogne, Grignan ou Aix-en-Provence, passait son temps sur les routes, ou plus souvent les fleuves, et se déplaçait au pas lent des chevaux tirant diligence ou coche d'eau.
Le siècle des Lumières inaugure le voyage intellectuel, comme celui de Montesquieu, qui parcourt l'Europe en 1727, ou celui de Diderot qui, en 1773, répond à l'invitation de l'impératrice Catherine II à Saint-Pétersbourg, effectuant un voyage à ses dires éprouvant, avec deux longues haltes en Hollande.
C'est aussi l'époque du « Grand Tour », le voyage « d'éducation » que les jeunes gens des plus hautes classes de la société britannique effectuaient à la rencontre des peuples, des paysages, des arts et des cultures de l'Europe continentale. Le voyage, principalement à destination de l'Italie, mais aussi de la France, des Pays-Bas, de l'Allemagne ou de la Grèce, durait parfois plus d'un an et était un gage de bonne éducation permettant de devenir un Compleat Gentleman, mais il servait également à faire découvrir aux jeunes hommes, d'autres plaisirs moins intellectuels. Pendant son Grand Tour, lord Byron écrivait à sa mère qu'il partait pour Athènes « apprendre le grec moderne qui diffère tant du grec ancien », mais il précisait à son ami Henry Drury qu'il prévoyait de « se rembourser en Turquie d'une vie de chasteté exemplaire à la maison en accordant son beau corps à l'intégralité du divan ».
Au XIXe siècle, la révolution des transports, l'invention du tourisme, la nouvelle définition des frontières et la colonisation engendrent une véritable culture du voyage qui n'est encore pas à la portée de toutes les bourses. C'est le chemin de fer, né en Angleterre au début du XIXe siècle, et qui va considérablement se développer à partir de 1848, qui permettra un début de démocratisation des voyages et réduira considérablement leur durée. Dans une de ses lettres, Victor Hugo, exilé en Belgique en 1837, s'extasie devant cette nouveauté : « C'est un mouvement magnifique et qu'il faut avoir senti pour s'en rendre compte. La rapidité est inouïe. Les fleurs du bord du chemin ne sont plus des fleurs, ce sont des taches ou plutôt des raies rouges ou blanches ; plus de points, tout devient raie ; les blés sont de grandes chevelures jaunes, les luzernes sont de longues tresses vertes ; les villes, les clochers et les arbres dansent et se mêlent follement à l'horizon... Il faut beaucoup d'efforts pour ne pas se figurer que le cheval de fer est une bête véritable. On l'entend souffler au repos, se lamenter au départ, japper en route... Il jette tout au long de la route une fiente de charbons ardents et une urine d'eau bouillante. »
Et George Sand, en voyage vers Nohant en 1847, compare, dans ses Correspondances, son voyage d'alors en train à celui qu'elle effectuait cinquante ans plus tôt : « Aujourd'hui nous allons de Nohant à Paris en dix heures... en 1796, il fallait huit ou dix jours. Les diligences de Châteauroux à Orléans étaient d'affreuses pataches traînées par trois chevaux qui allaient le trop. »

Le voyage en Europe en 1900
Deux types de voyages prédominent dans l'Europe d'avant 1914 : le voyage climatique, ou de santé, et le voyage de découverte, de la nature et de la culture. Les grandes familles britanniques et les têtes couronnées lancent, dès le début du siècle, la mode de la cure thermale et du bain de mer. Les localités qui les accueillent alors deviennent des destinations de luxe. Elles s'appellent Marienbad et Carlsbad en Bohême, Vichy, Évian, Aix-les-Bains, Trouville, Dinard, Saint-Jean-de-Luz ou Eugénie-les-Bains en France, Scheveningen en Hollande, Ostende en Belgique, Blackpool en Angleterre, Interlaken en Suisse, Baden-Baden, Bokrum ou Sylt dans l'empire d'Allemagne, Bad Ischl, Raguse ou Curzola dans l'Empire austro-hongrois, Sinaïa en Roumanie, Bordighera, Monte-Carlo ou San-Remo en Italie... La principale activité des voyageurs consiste alors en mondanités qui s'exercent lors de la promenade, dans les grands hôtels, lors des spectacles ou au casino.
Le voyage de découverte, artistique ou scientifique, concerne principalement quatre types de destinations : le voyage en Suisse et à « Chamouni », le voyage au long du Rhin, le voyage en Italie et le voyage en Orient, généralement symbolisé par Athènes et Constantinople. Les écrivains et les artistes attirés par ces lieux romantiques en ont fait des mythes : Chateaubriand avec le mont Blanc et l'Italie, Victor Hugo avec le Rhin, Dumas avec la Suisse, Stendhal avec Rome, Naples et Florence... On étudie la peinture et les antiques à Rome ou à Pompéi, on prend des mesures dans la haute montagne, on observe les mœurs et les couleurs à Constantinople, mais surtout, on goûte l'authenticité de la nature et des ruines dans un esprit romantique qui sera la source de toute la littérature de la fin du XIXe siècle.
C'est sur les traces de ces grands hommes et de leurs récits que l'on voyage autour de 1900, emportant en poche le guide Bœdeker ou, pour la France, la première édition du Guide Michelin, qui voit le jour en 1900. C'est un petit carnet rouge qui recense les principaux hôtels, les restaurants et indique surtout les emplacements des premières pompes à essence du pays. Karl Bœdeker, un libraire allemand, édite son premier guide, consacré à l'Allemagne, en 1827. Il s'intéresse plutôt à ce qu'on peut visiter à travers l'Europe et donne avec un luxe de détails longtemps inégalé les horaires et le coût des visites, la durée des promenades ou la description des richesses des musées.

L'origine des photochromes
C'est un Suisse, Léon Vidal, qui inventa en 1870 les bases du procédé de reproduction appelé photochrome. Il consistait à colorier des photos de façon fidèle à partir d'un cliché négatif noir et blanc, afin d'en permettre la reproduction en grande quantité. Limage était obtenue en superposant plusieurs négatifs sur plaque de verre ou papier fin (un pour chaque couleur souhaitée), dupliqués sur le négatif original. On y masquait au pinceau, à l'aide d'une pâte opaque, les zones qui ne devaient pas recevoir de couleur, puis chaque négatif servait à graver une pierre lithographique destinée à l'impression de la couleur correspondante, la mise en couleurs complète étant obtenue par superpositions successives des impressions des différentes couleurs sur la photo en noir et blanc. Mais le procédé exact ne fut jamais révélé en détail par Léon Vidal, qui tenait à conserver le secret de son invention.
L'estampe photochrome, inventée en 1890 en Suisse par la maison d'édition d'arts graphiques Orell Fussli, n'était qu'une amélioration du processus de Léon Vidal qui consistait en une combinaison entre la lithographie sur pierre et la photographie traditionnelle. Les tirages d'Orell Fussli furent vendus en grande quantité entre les années 1890 et 1900. Ils se reconnaissent par une observation à la loupe qui révèle leur procédé d'impression et grâce à leur légende en caractères dorés, imprimée en bas de l'image, qui porte un numéro de série et les initiales P.Z. (Photochrom Zurich).
Le seul concurrent de Photochrom Zurich fut un éditeur de paysages photographiques du monde entier, la Photochrom Company of Detroit créée par Edwin H. Husher, qui devint, après son agrandissement en 1896, la Detroit Publishing Company. Cette société envoya des photographes — dont les noms demeurent inconnus — parcourir le monde pour en dresser la mémoire. L'éditeur imprimait des photochromes par un procédé proche de celui mis au point par les Suisses dont elle acquit une licence d'exploitation en 1898. À partir de cette date, de l'arrivée de William Henry Jackson, célèbre photographe de paysages, et de l'imprimeur suisse Albert V. Schuler au sein de l'entreprise, la production s'intensifia pendant au moins cinq ans, jusqu'à ce que les photochromes soient supplantés par les autochromes des frères Lumière, inventés en 1903.
Les photochromes se caractérisent par leurs couleurs un peu fades, qui s'apparentent plus à celles de la lithographie ou de la chromolithographie qu'à celles des premiers autochromes en couleurs, obtenus par émulsion d'un film à base de grains microscopiques de fécule de pomme de terre.
Les photochromes qui illustrent ce livre font partie de la collection de plus de six mille pièces conservée à la bibliothèque du Congrès à Washington. Ils proviennent des fonds des deux principaux éditeurs de photochromes. Celui de la compagnie Photoglob Zurich, acquis en 1985, contient 5 798 estampes photochromes prises dans le monde entier entre 1890 et 1900, tandis que celui de la Detroit Publishing Compagny, acquis en 1949, n'en contient que 300.
Dans ce choix exorbitant, dont la plus grande partie concerne le continent européen, il nous a fallu faire une sélection ; celle-ci fut guidée par l'esthétique, par l'histoire européenne elle-même, politique ou culturelle, qui a marqué telle ville, tel rivage, tel fleuve, tel monument, et également par le souci de montrer les changements fondamentaux aussi bien que les permanences insoupçonnées. Mais les sujets qui attiraient les photographes de la fin du XIXe siècle ne sont pas toujours ceux qui préoccupent le lecteur du XXIe siècle, ce qui explique que certaines destinations, comme le sud de l'Espagne ignoré par les photographes de l'époque, n'y soient pas présentes.

Terminons avec Stefan Zweig, né à Vienne en 1881, et qui a traversé cette époque en Européen libre et voyageur, que les frontières artificielles des États n'ont jamais intéressé, mais qui a dû s'exiler au Brésil en 1941, traqué par le nazisme mais aussi déçu par la voie suivie par la majeure partie des peuples européens. Laissons-lui la conclusion en espérant que les regrets qu'il exprimait alors dans le Monde d'hier, de ne pas avoir connu ce qu'il appelait « l'Europe unie », font à jamais partie du passé : « Il ne peut être défendu à personne de rédiger lui-même dès aujourd'hui sa carte d'identité d'Europe et, malgré les frontières, de considérer fraternellement comme une unité notre monde multiple... Tous les chevaux de l'apocalypse se sont rué à travers mon existence, la révolution et la famine, l'avilissement de la monnaie et la terreur, les épidémies et l'émigration ; j'ai vu croître sous nos yeux et se répandre parmi les masses les grandes idéologies, le fascisme en Italie, le national-socialisme en Allemagne, le bolchévisme en Russie et avant tout cette pestilence des pestilences, le nationalisme, qui a empoisonné la fleur de notre culture européenne. »