Vous vivez à Cosswiller, là où se situe l'action de votre roman. Comment avez-vous eu l'idée de cette intrigue ?
Au début du travail, j'avais deux idées de roman distinctes. Un premier projet sur les Alsaciens, en butte à l'intolérable pression des Allemands durant l'annexion au IIIe Reich. Le deuxième, celui de parisiens dans la tourmente d'un terrible secret de famille. Soudain, une illumination m'a frappé. Pourquoi ne pas mélanger les deux histoires ? Pourquoi ne pas donner à Fretz, le héros du roman, des grands-parents Alsaciens qui rêveraient de conserver à jamais « le secret de la Villa Marianne » sous leur coupe, dans la chaleur et l'ombre de la maison familiale, alors même que tout coïncidait pour le faire éclater au grand jour. J'avais le sujet. Mais il me fallait encore placer les personnages au centre de la toile, décrire le quotidien de ces Alsaciens qui vivaient au jour le jour, le regard fixe sur les bâtiments sur lesquels s'alignaient les drapeaux à croix gammée. Tout se passait comme si, arrachés à leur patrie, les Alsaciens avaient perdu leur raison d'être. Tout en ayant des ennemis à gérer dans leur propre camp. Approche exaltante et terrifiante à la fois pour un romancier que de faire évoluer ses personnages dans cette atmosphère.
Au fil des pages, le lecteur croise d'authentiques détails historiques qui ont marqué la vie des Français durant ces années noires... La construction de votre roman a-t-elle nécessité beaucoup de recherches ?
Historien de formation et en disciple d'André Castelot, je m'astreins à suivre de très près les documents dont je dispose. J'ai croisé des personnes qui m'ont aidé et j'ai lu. Beaucoup lu. D'un livre à l'autre, j'accumulais des notes. Quelle existence hors mesure les Alsaciens ont-ils eu ! La misère, l'occupation, la haine, la trahison, la résistance à la présence allemande. Comment rendre plausible cette situation et ces sentiments qui étaient pourtant parfaitement réels ? Malgré les renseignements accumulés, j'hésitais à commencer le travail d'écriture. Je voyais l'Alsace avec un œil d'historien. Pas de romancier. Ce regret tournait à l'obsession. Alors, je suis allé à la rencontre des gens qui ont vécu cette période. Ils m'ont raconté avec émotion. Et ce n'est qu'après ce long travail de témoignages qu'il m'a semblé soudain que les documents d'archive s'animaient en moi. J'étais prêt pour la rédaction.
Le secret de la Villa Marianne est votre premier roman historique. Avez-vous l'intention d'en écrire d'autres, de vous essayer à un nouveau genre littéraire ou de rester fidèle aux biographies ?
Je me consacre actuellement au roman. Mes personnages me hantent trop pour les laisser seuls. Je publie en septembre prochain « Les Peyrie » qui traite de l'exode des Alsaciens dans le Périgord pendant la deuxième guerre mondiale. Des hommes et des femmes qui ont appris, par expérience que rien n'était solide, ni respectable dans le monde qui les entourait. Du jour au lendemain, ils se voyaient dénoncés ; les situations les mieux établies s'effondraient dans la fange, les drapeaux changeaient de couleur et l'argent de mains. Ce qui était un devoir la veille devenait un crime le jour d'après. Le mal et le bien, le patriotisme et la trahison, l'honnêteté et la scélératesse apparaissaient à l'appréciation de chaque camp. Pris dans le bouleversement des faits et des idées, les Peyrie ne peuvent plus croire en quelqu'un ou quelque chose. Ils se méfient des hommes et des grands mots. Ils refusent de penser à l'avenir. Et pourtant, ils vont être embrigadés dans l'aventure...