La lignée
Guillermo Del Toro
Chuck Hogan
620 pages
(série en 3 tomes)
Couverture souple
Réf : 270006
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 21,50  (prix public)
Epuisé
Résumé
L’avion a atterri, puis s’est immobilisé sur le tarmac de JFK. Il ne répond plus. À bord, Ephraïm et son équipe d'épidémiologistes découvrent un spectacle à glacer le sang : presque tous les passagers sont morts. Lorsque, le soir même, deux cents cadavres disparaissent des morgues, Ephraïm comprend qu'une menace sans précédent plane sur New York.
En savoir plus
Si la trilogie de La lignée promet d’être un événement, c’est tout d’abord grâce à la personnalité de celui que le magazine Time a inclus dans la liste des 50 figures qui feront le nouveau millénaire. Guillermo Del Toro est l’un des grands noms du jeune cinéma mondial contemporain. À 44 ans seulement, il est considéré comme l’un des réalisateurs les plus doués de sa génération, alliant succès public et succès critique. À son actif, des films aussi différents que des blockbusters comme Hellboy, Blade 2, inspirés de célèbres comics, et l’étrange et bouleversant Labyrinthe de Pan, récompensé par trois Oscars.
La griffe cinématographique de Del Toro est perceptible dès les premières lignes du roman : découpage des scènes (le roman est composé de véritables « séquences »), sens du détail qui contribue à planter le décor, atmosphère apocalyptique inspirée des films d’horreur, jeu sur les gros plans et le cadre/hors cadre…
Un romand d’horreur, parfois gore, au suspense insoutenable, qui n’est pas sans rappeler les meilleurs de Stephen King. Mais les effusions de sang ne sont pas gratuites, et on reconnaît encore ici la signature de Del Toro : la capacité à utiliser un univers fantasmagorique pour explorer des questions fondamentales : qu’est-ce qui nous rend humain ? Qu’est-ce qui menace le genre humain ? Jusqu’où peut-on aller par amour ? La famille a-t-elle un sens ?
Le mot de Guillermo Del Toro
« Je voulais écrire une histoire aux dimensions épiques, qui se situerait de nos jours mais remonterait aux origines du vampire, bien avant son apparition dans les légendes mésopotamiennes. Il n'est pas question dans la trilogie de vampires séduisants à la Brad Pitt, ces amants décadents à la sexualité affichée. Je voulais que les vampires forment une espèce, qu'ils soient des créatures spirituelles alternatives à l'homme. La série développe cette réinterprétation du mythe du vampire – dans le respect des traditions mais en traversant les âges. »

Guillermo Del Toro
Pourquoi on l'a choisi
Quand un maître du cinéma fantastique s’empare du mythe des vampires, le résultat est plus terrifiant que vos pires cauchemars. Guillermo Del Toro cosigne, avec un auteur de thriller adoubé par Stephen King, ce chef-d’œuvre du genre.
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Guillermo Del Toro
Chuck Hogan
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :15
Albane
Le 09 juin 2010
Vivement le deuxième tome !
Franchement, j'ai aimé. On entre dans un univers angoissant à nous faire faire des cauchemars la nuit et pourtant je suis habituée à ce genre de lecture. C'est une nouvelle vision vampirique à laquelle j'ai accroché. L'histoire monte progressivement en puissance, c'est rythmé et bien ficelé. Un régal terrifiant. J'attends vivement le second tome.
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fifou59
Le 21 juin 2010
Captivant
J'ai acheté ce livre il y a seulement 4 jours et je suis absolument accro, j'essaie de ralentir le rythme car la suite n'est pas encore sortie. Fan de Dean Koontz et Stephen King, ce livre est très bien mené, autant dans par l'écriture que par le rythme qui va crescendo. Je crois qu'à la fin de ce 1er, je resterai sur ma faim...
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Le 18 juin 2010
On attend 'The Fall' avec impatience
Je le conseille à  tous les fans de vampires Mathesoniens James Matheson "Je suis une légende") et non à  tous les fans de vampires végétariens à la Twilight. On s'attache immédiatement aux personnages, on suit leurs différentes progression au fil des chapitres jusqu'à  la rencontre. L'histoire se met progressivement en place sans qu'on puisse relâcher notre attention, l'auteur nous captive, nous terrifie. Un chef d'oeuvre. Une bande annonce vidéo du livre : http://www.youtube.com/watch#!v=eF6lkRRXcLw J'attends vraiment la suite 'The Fall' en anglais qui sortira en septembre.
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annegrivaly
Le 31 juillet 2010
La suite ! Vite !!
A peine une semaine pour lire ce fantastique et captivant thriller !! Et pourtant, j'ai hésité à le lire sachant que je ne suis pas du tout attirée par tout ce qui touche l'horreur. Mais là, aucuns regrets, je n'attends qu'une chose... la suite !!!
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Chanu Charlène
Le 28 août 2010
?
A quand le prochain tome?
Réponse du modérateur : "The Fall", le tome 2 paraîtra sous peu en anglais, il faudra encore du temps avant qu'il soit traduit en français et proposé au Club.
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angie31
Le 05 septembre 2010
Tout simplement un succés
Aussitôt acheté, aussitôt fini... Je l'ai tout simplement dévoré... Je le recommande vivement... Vite, vite la suite !
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virgule17
Le 05 octobre 2010
Bof ; On dirait juste un script de série TV
Je suis déçue par le style. Je vois juste en ce tome 1, le lancement d'une série TV comme on en voit beaucoup en ce moment. Il manque du rêve. Les personnages (principaux) ne sont pas attachants.
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Thidou
Le 23 novembre 2010
A lire absolument
Je ne suis portant pas une grande amatrice de livres mais là, je l'ai dévoré en 4 jours. Il m'était difficile de lacher le livre pour aller me coucher. Certains passages sont carrément angoissant, rien à voir avec les séries sur les vampires que j'affectionne pourtant.
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christelle
Le 22 janvier 2011
A ne pas rater
J'ai adoré ce livre que j'ai dévoré. Je le conseille donc vivement.
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momes
Le 16 novembre 2010
Magnifique
Un style qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière page. Vivement la suite !!! A lire absolument.
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kriss07
Le 08 avril 2011
Frissons garantis
C'est un livre captivant du début à la fin. Pourtant pas adepte du genre thriller, j'ai dévoré ce livre, et cours acheter le tome 2.
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kali4
Le 09 mars 2011
A dévorer sans modération
Vraiment c'est un génie. Un peu de Blade, il ne manque plus que du Tarentino et on a un remake de "Blade" et "D'une nuit d'enfer". Vivement les prochains tomes, celui-là je l'ai dévoré.
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Catouille60
Le 17 août 2011
Génial ! Mais...
J'ai adoré le bouquin et d'ailleurs je vais commander la suite ! Deux petits bémols à signaler qui font que pour ma part le livre n'a que 4 étoiles. Tout d'abord le résumé n'est pas adapté car on nous parle de vampires dès le résumé hors il y a le suspense gâché car jusqu'environ la page 140 le narrateur et les personnages ne mentionnent pas les vampires, on sait qu'il y a quelque chose de bizarre dans l'avion mais on ne sait pas quoi... Et nous qui avons lu le résumé malheureusement nous savons !!! Donc de la tension qui voudrait monter avec le suspense mais qui n'y parvient pas à cause du résumé. Le deuxième point rejoint le premier car avant qu'il soit dit explicitement que les héros auront à faire avec les vampires il y a toute une symbolique de la lune (morte) et du soleil (astre de vie) avec l'éclipse et les ressentis des personnages, mais là encore ceci traîne en longueur et en lourdeur un super roman car depuis le RESUME nous savons qu'il s'agit des méchants vampires qui vont s'installer à New-York ! Dommage mais à part le début qui traîne (ou paraît trainer du coup) c'est un livre génial. Bonne lecture à tous !
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lucas yannick
Le 26 décembre 2011
Excellent
Livre dévoré en deux jours, le style souple et attractif nous entraine dans un monde où les vampires ont un côté plus animal, plus "brut". Je suis en train de lire le deuxième qui est un vrai plaisir, lui aussi.
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VirgiNinie
Le 26 décembre 2011
Ça change des gentils vampires...
...Et ça fait du bien ! Ils sont moches, ils sont méchants, ils sont terrifiants ! Le suspense, frustrant, vous pousse à lire, lire, lire jusqu'à la fin !! Je viens de finir le deuxième volet, et seule la couverture est responsable du fait que je n'ai pas encore acheté le troisième tome. CONSEIL D'AMI : ne lisez pas le résumé sous peine de vous "spoiler" la moitié du livre.
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Âgé d'une quarantaine d'années, le réalisateur Guillermo Del Toro a signé des films aussi différents que L'Échine du diable, Blade II, Helleboy 1 & 2 et Le Labyrinthe de Pan, récompensé par trois Oscars.
Chuck Hogan a publié plusieurs thrillers salués par Stephen King, dont Face à face et Le Prince des braqueurs.
Lu dans la presse
« Même si les auteurs savent rendre hommage avec intelligence à leurs classiques (le Dracula de Bram Stoker ou Je suis une légende de Matheson), impossible de ne pas reconnaître là l'univers très marqué du réalisateur de Blade II (...) C'est toute la force de ce roman à l'imaginaire riche et étrange. »

Le Figaro Magazine
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Extrait

LA LEGENDE DE JUSEF CZARDU



— Il était une fois un géant, dit la grand-mère d'Abraham Setrakian.
Les yeux du jeune Abraham brillèrent. Soudain son bortsch lui parut plus appétissant ; en tout cas, il avait moins le goût d'ail. Abraham était un petit garçon pâle, maigrichon, maladif. Bien décidée à l'engraisser, sa grand-mère restait assise face à lui pendant qu'il mangeait sa soupe dans son bol en bois, mais elle le distrayait en lui racontant une histoire.
Une bubbeh meiseh, un « conte de grand-mère ». Un conte de fées. Une légende.
— C'était le fils d'un aristocrate polonais. Il s'appelait Czardu. Le seigneur Czardu dépassait tous les autres hommes par la taille. Il dépassait même les toits du village. Il fallait qu'il se plie en deux pour passer les portes. Mais pour lui, c'était une calamité, une maladie, pas du tout une aubaine. Car ses muscles n'avaient pas la force de porter ses os longs et lourds. Parfois, il avait beaucoup de mal à marcher. Il s'appuyait sur une grande canne — plus grande que toi — au pommeau en argent sculpté en forme de tête de loup. C'était l'emblème de la famille.
— Et alors, bubbeh ? demanda Abraham entre deux cuillerées.
— Tel était son fardeau en ce bas monde, et il lui avait enseigné l'humilité, qualité rare chez les nobles. Il avait beaucoup de compassion envers les pauvres, ceux qui travaillaient dur, les malades. Il se montrait surtout gentil avec les enfants du village, et ses poches grandes comme des sacs à navets étaient toujours remplies de babioles ou de sucreries. Lui-même n'avait pas vraiment eu d'enfance : à huit ans, il était déjà grand comme son père ; à neuf, il le dépassait d'une tête. Sa fragilité et sa grande taille faisaient secrètement la honte du châtelain. Mais le seigneur Czardu était un gentil géant, et son peuple l'aimait beaucoup. On disait qu'il voyait les gens de haut sans les prendre de haut.
D'un signe de tête, sa grand-mère rappela à Abraham qu'il devait avaler une nouvelle cuillerée. Il mâchonna une betterave bouillie ; on les appelait « cœur de bébé » en raison de leur couleur, de leur forme, et de leurs fibres qui rappelaient de petits vaisseaux sanguins.
— Et alors, bubbeh ?
— C'était aussi quelqu'un qui aimait la nature ; la chasse était trop brutale pour lui, ça ne l'intéressait pas. Seulement, c'était un aristocrate, il fallait qu'il tienne son rang ; alors quand il a eu quinze ans, son père et ses oncles l'ont obligé à les accompagner dans une expédition de six semaines en Roumanie.
— Chez nous, bubbeh ? Le géant est venu ici ?
— Au nord du pays, kaddishel. Dans les forêts noires. Mais les hommes de la famille Czardu ne venaient pas chasser le sanglier, l'ours ou l'élan, non. Ils étaient là pour le loup, l'emblème de la famille, qui figurait sur leurs armoiries. Un chasseur, lui aussi. Ils disaient que la viande de loup leur donnait force et courage, et le père espérait qu'elle soignerait aussi les faibles muscles du jeune maître.
— Et alors ?
— Le voyage fut long, pénible, freiné par le mauvais temps, et Jusef dut lutter de toutes ses forces. C'était la première fois qu'il sortait de son village, et les regards des inconnus lui faisaient honte. Une fois dans la forêt sombre, il eut l'impression que la nature était vivante. Les animaux rôdaient la nuit par meutes entières comme des réfugiés chassés de leur cachette, leur antre, leur terrier ou leur tanière. Ils étaient si nombreux que, la nuit, ils empêchaient les chasseurs de dormir. Quelques-uns voulurent s'en retourner mais l'aîné des Czardu était obsédé ; rien d'autre n'avait d'importance à ses yeux. On entendait les loups pousser leur plainte dans la nuit, et il tenait par-dessus tout à en tuer un pour son fils, son fils unique dont le gigantisme pesait comme une malédiction sur la famille. Il fallait laver la maison Czardu de ce fléau et lui trouver une épouse, pour qu'il engendre de nombreux héritiers sains.
» Et voici qu'en pistant un loup, au crépuscule du deuxième jour, le père se retrouva isolé de ses compagnons. Ceux-ci l'attendirent toute la nuit et, dès l'aube, se déployèrent à sa recherche. Mais, à la fin de la journée, on s'aperçut qu'un cousin de Jusef manquait lui aussi à l'appel. Et ainsi de suite, comprends-tu.
— Et alors, bubbeh ?
— Pour finir, il n'en resta qu'un : le jeune géant. Le lendemain, il se mit en route et, dans un coin qu'on avait pourtant fouillé, trouva le cadavre de son père, puis ses oncles et ses cousins gisant tous à l'entrée d'une grotte souterraine. Les crânes étaient réduits en bouillie mais les corps n'avaient pas été dévorés ; il en déduisit qu'ils avaient été tués par un monstre d'une force exceptionnelle, mais qui n'avait ni peur ni faim. Alors pourquoi ? Il ne comprenait pas – sauf que lui-même se sentait observé, peut-être même scruté, par quelque créature tapie dans la caverne.
» Le seigneur Czardu emporta les corps l'un après l'autre pour les enterrer profondément, loin de la grotte. Cela lui coûta ses dernières forces. Il était épuisé, farmutshet. Pourtant, il avait beau être seul, effrayé, exténué, ce soir-là il retourna à la grotte affronter l'être maléfique qui sortait la nuit, afin de venger les siens au péril de sa vie. On le sait par le journal qu'il tenait, et qu'on retrouva dans les bois bien des années plus tard. Ce fut la dernière chose qu'il y écrivit.
Abraham la regarda bouche bée (et vide).
— Mais qu'est-ce qui lui est arrivé, bubbeh ?
— Nul ne le sait avec certitude. Chez lui, en Pologne, au bout de six semaines, puis huit, puis dix sans nouvelles, on crut que les chasseurs avaient péri. On entreprit de vaines recherches. Puis, une nuit de la onzième semaine, un carrosse arriva au manoir, tous rideaux tirés. C'était le jeune maître. Il s'enferma dans une aile – désormais inoccupée –, et on ne le revit plus... ou presque. En ce temps-là, des rumeurs coururent sur son compte. Les rares personnes à l'avoir aperçu affirmaient – mais ces témoignages sont-ils bien dignes de foi ? – qu'il était guéri de ses infirmités. On murmurait même qu'il était revenu des forêts noires doté d'une force surhumaine, en harmonie avec sa haute taille. Mais son chagrin était si grand après la perte de son père, de ses oncles et cousins, qu'il ne paraissait plus jamais le jour. Il donna congé à la plupart de ses domestiques. Il y avait des allées et venues au château la nuit – on voyait par les fenêtres rougeoyer des feux dans les cheminées – mais, peu à peu, la grande demeure se dégrada faute d'entretien.
» Seulement, des gens prétendaient que, la nuit, ils entendaient le géant marcher dans le village. Les enfants, en particulier, se racontaient que résonnait dans les rues le pic-pic-pic de sa canne, sur laquelle il ne prenait plus appui mais dont il se servait pour les appeler, les tirer du lit et leur offrir bonbons et petits jouets. Aux incrédules, on montrait les trous laissés dans la terre – notamment sous les fenêtres des chambres à coucher – par la fameuse canne à tête de loup.
Le regard de la grand-mère s'assombrit. Elle lança coup d'œil au bol d'Abraham : il était presque vide.
— C'est alors que des enfants de fermiers ont commencé à disparaître. Même dans les villages voisins, disait-on. Et jusque dans le mien. Eh oui, Abraham, quand elle était petite, ta bubbeh habitait à une demi-journée de marche du manoir de Czardu. Je me rappelle deux sœurs dont on a retrouvé les corps dans une clairière en pleine forêt.
Elles étaient blanches comme la neige autour d'elles, et le gel avait déposé sur leurs yeux grands ouverts une fine pellicule de glace. Je l'ai moi-même entendu un soir, pas très loin de moi, ce pic-pic-pic – un bruit régulier, puissant. J'ai remonté la couverture par-dessus ma tête, en serrant bien pour ne plus l'entendre, mais je n'en ai pas dormi pendant des jours.
Abraham goba la fin de l'histoire avec ses dernières gouttes de soupe.
— Le village de Czardu a fini par être pratiquement abandonné. On disait que c'était un endroit maudit. Quand ils passaient par là avec leurs roulottes, pour vendre leurs marchandises venues de lointaines contrées, les Tziganes racontaient qu'il se passait des choses étranges aux abords du château, qu'il était hanté par des apparitions, ou par un géant qui rôdait au clair de lune tel un dieu de la nuit. Ce sont eux qui nous ont avertis : « Mangez bien, devenez grands et forts, sinon Czardu vous attrapera. » Voilà pourquoi c'est important, Abraham. Ess gezunterheit. Mange pour devenir costaud. Allez, finis-moi ce bol. Sinon, « il » va venir te prendre !
La vieille dame s'arracha à ses ténébreux souvenirs et son regard s'anima.
Pic-pic-pic ! Czardu va venir !
Du coup, Abraham avala jusqu'au dernier morceau de betterave filandreuse. La soupe était terminée, l'histoire aussi, mais le petit avait la panse et la tête pleines. Quand il mangeait, cela faisait plaisir à sa bubbeh, dont le visage exprimait à ses yeux tout l'amour du monde. En cet instant d'intimité autour de la table branlante, tous deux communiaient par-delà les générations en partageant la nourriture du cœur et de l'âme.

Dix ans plus tard, la famille Setrakian fut chassée de son atelier de menuiserie, de sa maison et de son village, mais par les Allemands, et non par Czardu. Un officier cantonné chez eux et qui partageait leur pain autour de la même table branlante fut ému par leur profonde humanité. Un soir il les mit en garde : le lendemain, on leur ordonnerait le se rassembler à la gare avec les autres villageois. Il ne fallait surtout pas qu'ils obéissent, mais qi'ils filent sans attendre.
Ce qu'ils firent – toute la famille au sens large, à savoir huit personnes. Ils prirent tout ce qu'ils pouvaient emporter et s'enfoncèrent dans la campagne. Mais bubbeh freinait leur progression. Pire, elle le savait. Elle comprenait que sa présence mettait toute la famille en danger et maudissait se vieilles jambes. Les autres finirent par partir en avant, sauf Abraham, qui entre-temps était devenu une jeune homme vigoureux et plein de promesses. Passé maître graveur malgré son jeune âge, il menait parallèlement des études talmudiques et s'interessait tout particulièrement au Sefer Ha Zohar, le livre des secrets de la mystique juive. Il resta donc à ses côtés, et quand la nouvelle leur parvint qu'en atteignant la bourgade suivante le reste de la famille avait été arrêté et contraint d'embarquer dans un train pour la Pologne, la vieille dame ne put surmonter son sentiment de culpabilité. Elle supplia Abraham de la laisser se rendre aux Allemands, pour que lui-même puisse sauver sa vie.
— Il faut t'enfuir, Abraham ! Fuis les nazis comme tu fuirais Czardu. Il faut leur échapper.
Mais il ne voulut rien savoir. Pas question d'aba¬donner sa bubbeh.
Au matin, dans la chambre que leur avait prêtée un paysan compatissant, il la retrouva morte par terre. Conséquence de la mort-aux-rats qu'elle avait ingérée, ses lèvres noires comme le charbon pelaient et sa gorge était violacée. Avec la gracieuse permission de ses hôtes, Abraham Setrakian l'enterra sous un bouleau argenté en fleur. Il grava patiemment une belle stèle ornée de fleurs et d'oiseaux, tout ce qui avait jadis donné de la joie à sa grand-mère. Il pleura longtemps, puis s'enfuit comme elle l'en avait prié.
Il fuyait les nazis, mais ce qu'il entendait dans son dos, c'était pic-pic-pic...
Et le mal n'était pas loin derrière.