Accueil Livres Littérature Récits régionaux Le Moulin du Loup, tome 3 : La vallée des Eaux-Claires
Le Moulin du Loup, tome 3 : La vallée des Eaux-Claires
832 pages
(série en 5 tomes)
Couverture cartonnée
Réf : 261294
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Drames et passions au Moulin du Loup
Résumé
La vie n’est pas un long fleuve tranquille dans cette vallée des Eaux-Claires, théâtre des passions les plus tumultueuses ! La guerre est finie et, en cette année 1918, le Moulin du loup voit revenir ses hommes que les champs de bataille n’ont pas épargnés. Faustine, devenue institutrice, est promise à Denis alors que son cœur ne réclame que Mathieu. Claire voit Jean s’éloigner et son précieux moulin menacé de ruine... 
Pourquoi on l'a choisi
La saga romanesque en terroir de Charente se poursuit ! Marie-Bernadette Dupuy nous communique tout l'amour qu'elle porte à sa région et à ses personnages. Intrigues, drames et amours, une nouvelle fois au rendez-vous !
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :17
Le 31 mai 2009
Génial
J'ai lu les deux autres tomes, avec un plaisir immense, tous ses personnages sont devenus comme une sorte de famille, je suis super contente de les retrouver, je le souhaitais vivement. A ne pas rater surtout !!!
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sylvie
Le 03 juin 2009
Dévoré
J'ai dévoré ce livre comme tous les livres du terroir car on apprend que malgré notre confort on ne sait pas apprécier la vie et que dans ces années là ils savaient profiter de tout ce que la vie offrait. Et moi je suis très nostalgique de la vie d'avant. J'ai 48 ans.
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Remarque de sinon39 du 27/10/11
Je suis du même avis que toi concernant les livres du terroir, avec la même nostalgie ! J'ai 48 ans aussi ! Comme quoi !!!!!
marino
Le 31 mai 2009
Très attachant
Lorsque j'ai acheté "Le chemin des falaises" je ne savais pas qu'il s'agissait de la suite "Le moulin du loup"... Superbe... J'attendais le 3e tome avec impatience. Je crois qu'il y aura également un 4e tome. J'aime beaucoup les livres de M. Bernadette DUPUY, les personnages sont tous très attachants.
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Pascale
Le 12 juin 2009
L'amour est le plus fort
C'est un roman passionnant, on est emporté dans un tourbillon de sentiments, la cruauté, les instincts sadiques mais aussi la tendresse, la générosité, la sollicitude et l'amour qui brise tous les obstacles.
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KTI
Le 22 juillet 2009
Excellent
J'ai dévoré ce 3e tome. Pendant toute cette lecture je me suis mise dans la peau des personnages : Faustine, Claire. J'aurais tant voulu vivre à cette période qui certe ne devait pas être facile tous les jours. Mais les gens étaient heureux, on a toujours l'impression d'avoir une atmosphère de paix, d'entraide, de convivialité et aussi d'amour !!!!!!!!!!! Faites qu'il y en ai un quatrième.
Le tome 4 paraîtra chez France Loisirs en décembre 2009 sous le titre "La grotte aux fées".
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sim
Le 13 août 2009
Magnifique
J'ai lu les trois livres à la suite, passionnément ! Lorsque l'on commence, on ne peut plus s'arrêter et j'ai même envie de découvrir ce lieu à côté d'Angoulême, cela doit être magnifique tout comme ce roman ! On voudrait encore une suite...
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misssourie
Le 10 octobre 2009
Magnifique
Les 3 ouvrages du Moulin de Loup sont excellents... une fois que l'on commence on ne peut plus s'en détacher... tant de rebondissements, d'histoires d'amour, Claire (l'héroïne) est un phénomène à elle seule... simplement magnifique... Avis aux lecteurs romantiques : lisez-les, vous ne serez pas déçus !
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Le 20 juillet 2009
Passionnant
Bien que n'ayant pas lu les deux tomes précédents, ce livre m'a captivée du début à la fin.
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albertini sylviane
Le 24 septembre 2009
La fin !!!
Finalement, on finit par savoir comment se termine cette saga, qui se marie avec qui, et en fin de compte, tout est bien qui finit bien. Du vrai Marie-Bernadette Dupuy, plein de bons sentiments, et on termine ce roman le sourire aux lèvres.
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LEMAIRE ALEXIA
Le 26 septembre 2009
Après tomes 1, 2, l'incontournable suite
J'ai eu la chance de ne pas devoir attendre la parution des tomes, je les ai lu tous à la suite et j'ai passé un agréable moment. D'ailleurs je ne sais pas quoi lire maintenant j'ai peur d'être décue.
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Le 26 août 2009
Remarquable !
Pourvu qu'il y ait une suite ! Très beaux livres (trilogie), bien écrits : personnages attachants et remarquables, les descriptions très finement relatées. Surtout, ne pas laisser passer cette trilogie ! Merci Marie-Bernadette Dupuy.
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moony
Le 12 octobre 2009
Une merveille !!!!
Quelle saga ! Quelle auteure, mille félicitations et surtout ne vous arrêtez pas... Nous voulons connaître la suite à chaque fois...
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gete39
Le 23 septembre 2009
Vivement la suite
Superbe ce 3ème tome, pas de longueur, passionnant d' un bout à l' autre, on pleure, on rit et on est impatient de lire la suite. Je viens de m' apercevoir que le tome 4 est déjà en vente au Québec depuis février 2009. Comment se fait-il que les canadiens aient la primeur d' une femme écrivain française et pourquoi ce tome 4 n' est-il pas encore paru en France, c' est le monde à l' envers !!!
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Didine
Le 11 novembre 2009
Meilleure saga de l'année
Venant de finir le 3eme tome, je viens de m'apercevoir qu'il y en avait un quatrième. Je vais m'empresser d'aller le chercher. J'ai trop aimé les trois premiers avec la vie de Claire et ensuite Faustine et plein d'autres personnages qui nous font oublier où nous sommes lorsque nous sommes plongés dedans. Il y a longtemps que je n'ai pas lu de saga aussi captivante. Ce sont des ouvrages à recommander à tout le monde. Bravo à l'auteur.
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arlette12
Le 28 mai 2010
Un super roman
Super suite, super roman, à lire absolument. Une très belle histoire, avec des personnages captivants que l'on a du mal à quitter. Heureusement qu'il y a encore une suite. Laissez-vous prendre par cette formidable saga et vous ne le regretterez pas.
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mimie64
Le 13 octobre 2010
Vraiment merveilleux
A l'occasion de la sortie du 5eme tome, j'ai décidé de reprendre la saga dès le début car ayant lu beaucoup d'autres livre depuis la fin du 4, je voulais bien tout me remettre en tête. J'ai relu avec autant de plaisir que la première fois, aucune lassitude, même si je me rappelais bien de beaucoup de choses j'ai aimé le relire comme si c'était la première fois ! Encore bravo à Marie Bernadette Dupuy qui sait nous tenir en haleine du début à la fin !!
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vanille1811
Le 17 août 2011
Le moulin du loup saga
J'ai lu toute la saga du Moulin du loup, j'ai presque regretté que cela s'arrête. Vraiment, M.-B. Dupuy a le don de nous tenir en haleine jusqu'à la dernière page, vraiment excellent.
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Extrait

1

Cauchemars

Vallée des Eaux-Claires, 21 novembre 1918


Jean plongea sa main dans un des cageots de pommes entreposés sous le hangar. Il porta un fruit à sa bouche et croqua un morceau qu'il recracha. La chair était jaunie et âcre.
« Trop tard, ça n'aura servi à rien, tout ce boulot... »
Claire avait tenu à sauver la récolte de l'année, certaine qu'il rentrerait à temps pour relancer la fabrication des « Cidres Dumont ». C'était une belle preuve d'amour.
« Elle pensait me faire plaisir... et moi, j'ai du mal à m'intéresser à tout ça, maintenant. »
Il jeta un coup d'œil désabusé sur le pressoir et les fûts alignés. Travailler ses parcelles de terre, obtenir des vignes et du verger le meilleur rendement, cela l'avait passionné des années. Depuis, il y avait eu la guerre.
« Quelle engeance ! pesta-t-il. Quatre ans loin de sa famille, à se demander si on la reverra un jour. Quatre ans à croire que l'on va mourir le lendemain, et puis non, je suis encore là... »
À l'aube de ses quarante-deux ans, Jean Dumont aurait dû se réjouir d'avoir survécu à l'enfer des tranchées et des champs de bataille. Tant d'autres ne respiraient pas le parfum de la pluie, ne sentaient plus ni le froid ni le chaud. Des camarades d'un soir, des inconnus qui, le temps de leur agonie, lui étaient devenus proches.
— Qu'est-ce que j'ai à broyer du noir ? ajouta-t-il tout haut. Mon copain Léon est vivant, lui aussi, et il ne se pose pas tant de questions. Dix jours que je suis de retour, et je tourne comme un lion en cage.
Il décocha un coup de pied dans une caisse en planches. Il sortit au grand air. Rien n'avait changé : les falaises dressaient leurs murailles grises, les saules bordant la rivière étaient exactement à la même place, ainsi que les toits du Moulin du Loup. La vallée s'étendait, déployant sa toilette d'automne aux tons roux gris et roux.
« Je ferais mieux de rentrer, se dit-il en marchant vers sa bicyclette. Claire devait me rejoindre, mais il vente dur. Autant lui éviter le chemin... »
Claire. Son esprit lui renvoya en une seconde le beau visage de son épouse. Fidèle, amoureuse comme au premier jour de leur rencontre, elle était la seule capable de lui offrir des instants d'oubli, grâce aux délices retrouvées de son corps, de sa tendresse. Il allait rentrer le plus vite possible, l'attirer dans la chambre et tirer le verrou.
« On se blottira sous l'édredon, tout nus, pensa-t-il. Il n'y a que ça de vrai, sa peau contre la mienne, sa chair toute douce. »
Jean boutonna sa veste et enfonça sa casquette. À hauteur de la cabane qu'il avait construite une dizaine d'années plus tôt, un bruit insolite l'arrêta. Cela ressemblait à des gémissements, à des plaintes.
« Tiens, on dirait qu'il y a une bête prisonnière là- dedans ! »
Avec un soupir, il reposa sa machine et contourna la bâtisse à la peinture verte écaillée. La porte était entrebâillée de quelques centimètres.
« Où est passé le cadenas, bon sang ? J'ai mes outils à l'intérieur. »
Il resta planté sur le seuil. Râteau, fourche, bêche étaient rangés contre la cloison. La petite table, les deux tabourets, le matériel de pêche étaient disposés au fond. La cabane semblait en ordre, cependant Jean perçut nettement une respiration rapide. Il marcha jusqu'au lit en fer, où il faisait parfois la sieste.
Un cri aigu résonna à ses pieds, suivi d'un sanglot. Jean se jeta à genoux et se pencha. Une fillette était cachée sous le sommier. Elle le fixait d'un air hagard, de grosses larmes coulant sur son visage.
— Qu'est-ce que tu fais là, petite ? Voyons, n'aie pas peur, je ne vais pas te gronder ! Tu m'as entendu venir et tu t'es cachée ?
Il lui tendit la main. Elle ferma les yeux, se recroquevillant davantage contre le mur. Jean attendit un peu.
« Elle a peur, très peur... Je ne dois pas la brusquer... » pensa-t-il.
Des images revenaient, d'une précision effarante : un gamin de dix-huit ans, le ventre ouvert, qui appelait sa mère, cramponné à son bras... qui lui criait, le regard fou : « Dis, Jean, j'vais pas crever, hein, Jean, faut que je rentre à la maison... J'ai la trouille, aide-moi, conduis-moi à l'hôpital ! »
Mais l'hôpital était bien trop loin, les infirmiers également. Les obus pleuvaient, l'air vibrait de détonations, la mort frappait au hasard. La gosse sous le lit avait le même regard terrifié.
— Petite, cet endroit m'appartient, j'habite au Moulin du Loup, tu le connais, le Moulin ? Ma femme, c'est Claire Roy. De quoi as-tu si peur ? Dis-le-moi, je te défendrai, va !
Il s'étendit à même le plancher pour mieux regarder la fillette. Elle scrutait son visage. Il lui sourit.
— On peut discuter comme ça, mais on serait mieux debout. Tu veux bien me dire ton prénom ? Moi, c'est Jean.
— Pia !
— Pia ? Tu ne serais pas une enfant des Italiens logés à Chamoulard, chez le vieux Vincent ?
— Si, monsieur... Je la connais, madame Claire.
— Alors, viens donc, je suis le père de Faustine, tu peux me faire confiance.
Jean tendit à nouveau la main. Cette fois, les doigts de Pia s'y agrippèrent. Il l'aida à s'extirper de sa cachette. Son cœur manqua un battement devant le gilet maculé de boue, le corsage déchiré, la jupe tachée de sang. C'était une enfant maigre, aux longs cheveux bruns et raides, au visage étroit mangé par de grands yeux noirs.
— Qui t'a fait mal ? Un homme ?
Pia fit signe que oui d'un hochement de tête véhément. Elle claquait des dents, les bras croisés devant sa poitrine à peine formée, dans l'espoir de la dissimuler. Ce triste spectacle bouleversa Jean.
— Pauvre mignonne, tu as froid ! Je vais t'emmener au Moulin ; Claire te soignera. Il y a César et Thérèse, là-bas. Tu les connais, ils vont à l'école du bourg.
— Oui, monsieur ! répondit-elle d'un ton rassuré. Il ôta sa veste fourrée et en enveloppa Pia qui se remit à pleurer.
— J'ai plus mon gilet... Maman me grondera.
— Je reviendrai le chercher, ne t'inquiète pas.
Il parlait d'une voix paisible et rassurante, malgré la colère prête à l'envahir tout entier. Quel type était assez malade, dans la région, pour s'en prendre à une fille si jeune... Il n'osa pas l'interroger.


Claire étalait de la pâte à tarte. Des chansons lui venaient aux lèvres, des refrains d'amour. Le retour de Jean la rendait ivre d'une joie profonde. Après dix jours, elle ne s'était pas encore calmée. Elle avait envie de cuisiner, de briquer chaque meuble, de se lancer dans des lessives inutiles, la maison étant impeccable du grenier au cellier. C'était une belle femme aux longs cheveux bruns, au teint de pêche. Son regard noir brillait d'une vive tendresse pour ceux qu'elle aimait, pour les bêtes et les plantes. Sa bouche couleur cerise se fendait d'un sourire extasié. De taille moyenne, elle paraissait mince et vive malgré une poitrine arrogante et des hanches rondes.
« Nous avons eu tant de chance ! se répétait-elle. Matthieu et Denis ont été blessés, mais rien de grave. J'ai mon Jean, et Raymonde a enfin retrouvé son Léon... »
Raymonde, sa servante depuis des années, était bien plus que ça : c'était presque une sœur. Aussi blonde que Claire était brune, un blond nuancé de châtain, elle avait séduit par son rire audacieux, son joli minois et son corps plantureux le meilleur ami de Jean, Léon. Ce joyeux drille au grand cœur occupait des fonctions diverses, tour à tour palefrenier, bûcheron ou jardinier. Sa silhouette dégingandée, sa longue figure mobile et sa tignasse rousse n'en faisaient pas forcément un beau garçon, mais il avait l'art de se rendre sympathique et de mêler la gentillesse à une sagesse toute populaire.
Lui, ses années de guerre s'étaient passées au fond de la campagne allemande, comme employé agricole dans une porcherie. Les prisonniers, d'après son récit, avaient une « sacrée veine ». Léon mangeait à sa faim, loin de la ligne de feu.
Le matin où Jean et Denis étaient revenus ensemble au Moulin, deux jours après l'armistice, Raymonde avait dû faire bonne figure afin de ne pas gâcher la liesse des retrouvailles. Toute la famille s'était évertuée à la rassurer, lui répétant que Léon ne tarderait pas à rentrer, puisque la guerre était finie. Les enfants du couple, César, un garçon fort et avisé pour ses treize ans, et Thérèse, une fillette de huit ans - le portrait de Raymonde au même âge - guettaient le retour de leur père du matin au soir.
Le petit miracle avait eu lieu deux jours auparavant, pendant le repas de midi. Fidèle à sa nature malicieuse, Léon s'était introduit dans la maison par le cellier et il en avait surgi les bras chargés de bûches, surprenant tout le monde avec sa mine réjouie des jours heureux, comme si rien ne s'était passé. Surprise, Raymonde avait failli le gifler de saisissement, avant de se mettre à pleurer toutes les larmes de son corps, blottie contre son homme.
« Ah, ce brave Léon, il nous a fait une belle peur, mais il est enfin là lui aussi... » ajouta Claire qui se demandait une fois de plus pourquoi sa famille avait été épargnée, alors que la guerre avait fait des millions de morts. Son jeune frère, Matthieu, blessé à une hanche, boitait un peu, mais il était auréolé du prestige des soldats décorés d'une médaille militaire.
« Denis a été mobilisé tardivement, Dieu merci ! Faustine s'inquiétait tant. »
Claire songea à son voisin Bertrand Giraud, le père de Denis. C'était le plus atteint. Il avait perdu un œil et souffrait des poumons.
« Nous sommes une grande famille, à présent. Faustine et Denis vont se fiancer au printemps ! se dit-elle. L'époque des inimitiés entre les Giraud et les Roy sera bien terminée. Ma cousine a épousé Bertrand, elle lui a donné une adorable petite fille. C'est son tour d'être la dame du domaine de Ponriant. Elle, au moins, s'y plaît, ce qui n'était pas mon cas. »
Les souvenirs amers du passé affluaient. Les quatre ans de guerre avaient causé indirectement le suicide de son père. Le maître papetier Colin Roy reposait au cimetière, en compagnie de sa première femme, Hortense, du vieux Basile Drujon, le plus cher ami de Claire, mais aussi de Frédéric Giraud, l'homme qu'elle avait dû épouser vingt ans plus tôt pour sauver le Moulin de la faillite. Cette union l'avait amenée à vivre à Ponriant, où elle dépérissait, incomprise et brutalisée par un mari jaloux qui s'adonnait aussi à la boisson.
La jeune femme commença à garnir la pâte de compote. Elle voulait tirer un trait sur les drames révolus, et surtout être heureuse. Cela l'empêchait de s'alarmer des expressions tragiques de Jean qui, comme des vagues soudaines, ternissaient d'un coup l'éclat de ses beaux yeux bleus et conféraient un pli amer à sa bouche. La nuit dernière, il s'était éveillé en sueur, haletant.
« Il revient de l'enfer, comme il dit... Bientôt, ça ira mieux. Ce doit être difficile de reprendre la vie ordinaire, même entouré de l'affection des siens. »
Loupiote se rua vers la porte en aboyant. À dix ans, la louve était d'une taille imposante. Son poitrail s'ornait d'un jabot de fourrure grise. Gardienne redoutable, elle se montrait plus vigilante depuis que son vieux père, Sauvageon, peinait à se déplacer. Claire considérait les deux bêtes comme des chiens ordinaires, malgré leur sang de loup. Tout le monde, au bourg et dans la vallée, connaissait leur histoire. Sauvageon était né des amours de Moïse, le chien du Moulin, avec une louve. La bête fauve, abattue par Frédéric Giraud une nuit de neige, laissait un rejeton que Claire avait adopté et élevé. Entre l'animal et la jeune fille, des liens uniques s'étaient tissés. Des années plus tard, le chien coupé de loup avait pris une louve pour compagne. Des petits avaient vu le jour, dans une grotte proche du Moulin, mais là encore un seul devait survivre. La mère avait été tuée par le garde champêtre. Révoltée, Claire avait recueilli une boule de poils gris, une femelle que les enfants avaient baptisée Loupiote.
— Sois sage, ma belle ! Couchée !
L'animal obéit aussitôt. Deux minutes plus tard, Jean entra, tenant contre lui une fillette.
— Mais c'est Pia ! s'écria la jeune femme.
Claire s'approcha et ôta avec délicatesse la veste de Jean. Ce qu'elle comprit à la vue des vêtements la fit pâlir.
— J'ai préféré te l'amener, elle s'était réfugiée sous le lit de la cabane. Elle parlera mieux, sans doute, avec toi !
— Tu as bien fait, je connais ses parents. Pia, viens avec moi dans la salle de bains et je te prêterai une ancienne robe de Faustine.
— Oui, madame...
Ce n'était qu'un souffle timide. Jean s'étonna :
— Pourquoi es-tu seule, Claire ? Où sont les autres ? Thérèse, César ? Il n'y a pas école, aujourd'hui, pourtant !
— Raymonde et les enfants sont partis à Puymoyen, et Léon a pris le car pour Angoulême. Je t'expliquerai plus tard, ce n'était pas prévu.