Promenades au Louvre
Promenades au Louvre
En compagnie d'écrivains, d'artistes et de critiques d'art
Jean Galard
1232 pages
Couverture cartonnée. 14 x 22,5 cm. Fer à dorer. Signet et tranchefile
Réf : 244772
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 31,00  (prix public)
Epuisé
Résumé
Vos guides ont pour nom Baudelaire, Rodin, Prévert…
Marchez dans les pas des plus grands écrivains, artistes, critiques, penseurs de leur temps et redécouvrez les trésors du musée du Louvre grâce à cet étourdissant catalogue. Sept cents œuvres se dévoilent sous un jour inédit, éclairées par des textes enthousiastes ou réprobateurs, mais toujours pleins de ferveur. Le guide idéal de votre prochaine visite !
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Jean Gallard, philosophe, a été chargé en 1987 de créer au musée du Louvre un service culturel qu'il a dirigé jusqu'en 2002.
Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Visiteurs du Louvre, Les Mots du Louvre, La Beauté à outrance : réflexions sur l'abus esthétique...
Lu dans la presse
« À chaque page, cet épais volume ménage des découvertes, retentit de colères et de jugements émus. Un véritable document, qui rappelle combien l'art a su susciter de passions. Et qui invite à retourner au Louvre – avec ce gros opus en guise de guide. »

Télérama
« ... Quel livre ! que tout amateur de peinture doit posséder.nbsp;»

Valeurs actuelles
« Un catalogue étourdissant.nbsp;»

Le Magazine littéraire
Extrait

HISTOIRE DU PALAIS ET DU MUSÉE





L’histoire avérée du Louvre commence à la fin du XIIe siècle. Auparavant, Louvre est un lieu-dit. Mais personne ne sait plus ce que le mot voulait dire, ni ce qu’il y avait en ce lieu.
Peut-être des loups ? Dans l’Encyclopédie dirigée par d’Alembert et Diderot, deux articles rédigés par le chevalier de Jaucourt, l’un sur Paris, l’autre sur le Louvre, proposent cette étymologie pour le nom du « palais auguste des rois de France dans Paris et le principal ornement de cette capitale » : nos rois ayant toujours aimé la chasse, la première « maison » appelée « Louvre » pourrait avoir été destinée aux équipages employés à chasser le loup ; ainsi lui serait venu le nom de lupara qui signifie louveterie en bas latin, ou celui de luperia, c’est-à-dire chenil pour la chasse au loup.
Une interprétation antérieure, qui avait cours au XVIIe siècle, fait dériver « louvre » de leovar ou lower, mot saxon signifiant un lieu fortifié : le premier Louvre serait une tour sommaire édifiée contre les Normands, ou par eux, aux abords de la ville qu’ils assiégeaient. Autre interprétation encore : par la transformation d’une seule lettre, « louvre » pourrait venir de « rouvre », le chêne…
Tandis que la première signification du mot « Louvre » risque de demeurer pour toujours incertaine, la construction initiale ainsi nommée, dont il nous reste encore les vestiges, est assez précisément datable. Philippe le Second, plus tard appelé Philippe Auguste, roi de France de 1180 à 1223, la fit édifier pour protéger Paris du côté de la menace représentée par les Plantagenêts ou d’autres envahisseurs potentiels. Les bourgeois devaient se charger d’entourer la ville, sur la rive droite du fleuve, d’une haute et épaisse muraille. Le roi, quant à lui, ferait bâtir devant ce rempart une forteresse quadrilatère, entourée de douves et munie de dix tours propices aux tirs croisés. Au centre de la forteresse : un donjon massif, de plus de quinze mètres de diamètre, haut de trente mètres, renfermant un puits et une citerne, donc autonome et inexpugnable.
Nouvelle incertitude : on ignore si Philippe Auguste fit construire cet ouvrage militaire avant son départ en croisade, en juillet 1190, ou après son retour à la fin de l’année 1191. Dans la première hypothèse, il est intéressant de songer que Philippe Auguste, prenant ses précautions face aux Anglo-Normands, édifiait son château fort dans le même temps que Salah el-Din (Saladin), avec plus d’ampleur mais dans un état d’esprit analogue, renforçait la fameuse citadelle du Caire, pour lutter plus tranquillement contre les croisés. Dans la seconde hypothèse, il est permis d’imaginer que Philippe Auguste ait rapporté de Palestine un vif souvenir des beaux châteaux qu’il y avait vus… Rêveries. Ce qui est vraisemblable, c’est que la construction s’étendit sur plusieurs années. Et l’on sait qu’au tout début du XIIIe siècle le donjon était terminé : un document de 1202-1203 mentionne la « Tour de Paris » comme un exemple à imiter. Le roi n’habita pas ce rude bâtiment de défense hors les murs. Quand il était à Paris, il résidait dans le palais de la Cité. En aval, près du fleuve, le Louvre veillait sur la ville et offrait un refuge en cas de besoin.
Le donjon du château de Philippe Auguste, longtemps nommé la « Grosse Tour » du Louvre, reposait sur une base qui a été repérée dès le XIXe siècle, lors des sondages effectués par Adolphe Berty en 1866. Les fouilles de 1984-1985, dans la cour Carrée, ont permis de dégager ces vestiges médiévaux. Depuis 1989, les visiteurs du Louvre peuvent faire le tour de la partie basse du vieux donjon, en marchant dans le fossé dallé qui le circonscrivait.
Au cours du XIIIe siècle, la Grosse Tour abrite le Trésor royal et sert de cachot pour les prisonniers importants. Autour de ce donjon, le château fort, qui a un rôle militaire, contient peu d’espace pour les logis. Il possède néanmoins une belle salle Basse, aujourd’hui visitable, dite salle Saint-Louis : les transformations ultérieures en ont laissé subsister, en partie, les colonnes, les chapiteaux, les débuts de voûtement. Au-dessus, une Grande Salle (que l’actuelle salle des Cariatides a remplacée au XVIe siècle) se prêtait à des assemblées politiques ou judiciaires, voire à des banquets comme celui que Philippe le Bel, en 1313, offrit en l’honneur de ses trois fils adoubés chevaliers.
Cependant, le temps passant, la ville s’est étendue, notamment à l’ouest. Si bien que le Louvre a perdu son importance stratégique en même temps que sa position avancée. Sous le règne de Charles V, de 1364 à 1380, Paris est doté d’une nouvelle enceinte et celle-ci enserre à la fois le Louvre et tout le quartier qui s’est développé alentour. Du coup, la forteresse, prestigieuse mais obsolète, peut être transformée en résidence. Le roi a cédé le palais de la Cité aux magistrats. Pour ne pas devoir se contenter de l’hôtel Saint-Paul, jugé peu sûr, et parce que Vincennes n’est encore qu’en projet, il fait aménager ce nouveau séjour.
Par rapport à la vieille forteresse, le Louvre de Charles V est surélevé. Il est doté d’une surface habitable élargie, grâce aux ailes construites au nord et à l’est, et grâce aux étages ajoutés. Raymond du Temple, « sergent d’armes et maçon du roi », est chargé de cette transformation. Il invente le célèbre escalier extérieur, la « grande vis », qui donne un accès d’apparat aux appartements du roi. Les tours, tourelles et poivrières se multiplient, de longues cheminées s’élèvent, les hauts toits, coniques ou très pentus, sont couverts d’ardoises, des fenêtres sont ouvertes partout. Une des tours, celle de la Fauconnerie, sur trois étages, est aménagée pour la « librairie » du roi, riche d’un millier de volumes. En janvier 1378, quand l’empereur germanique Charles IV, qui est l’oncle de Charles V roi de France, vient de Prague pour s’entretenir avec son neveu, la visite du Louvre, de ses tours, de sa grande vis, de sa bibliothèque est au programme du séjour. Si irréel qu’il paraisse, le château qu’on voit resplendir dans la lumineuse miniature réalisée par les frères de Limbourg, entre 1413 et 1416, pour le mois d’octobre des Très Riches Heures du duc de Berry, n’est pas bien différent finalement de celui dont la recherche historique et archéologique a patiemment fouillé les aspects et les recoins. C’est celui dont on parcourt aujourd’hui les fossés extérieurs, du côté nord et du côté est, au niveau dit « entresol » de la région Sully. Au-dessus de ces fortes murailles, en revanche, tout a changé.
Après la sombre période des règnes de Charles VI et de Charles VII, après le confinement du Louvre en d’obscures fonctions (prison, arsenal, tribunal des officiers de la prévôté) sous Louis XI, Charles VIII et LouiseXII, quand les rois lui préféraient leurs châteaux du Val de Loire, il faut attendre le retour de François Ier, libéré par Charles Quint de sa prison de Madrid, en 1526, pour que le Louvre sorte de son délaissement. Défait à Pavie, captif dans une tour à Madrid pendant six mois, soumis ensuite à de dures conditions de paix, François Ier juge adroit de montrer son attachement aux Parisiens. Il déclare aux échevins son intention de demeurer « la plupart du temps » dans sa bonne ville et cité de Paris et de loger en son chastel du Louvre. Aussi décide-t-il de « faire réparer et mettre en ordre ledit chastel ». Pour commencer, en 1528, on abat l’antique donjon de Philippe Auguste, construction encombrante, sinistre, obscurcissant tout l’intérieur du château. La « mise en ordre » devait être assez avancée, en 1533, puisque c’est au Louvre qu’ont lieu les fêtes données à l’occasion du mariage du duc de Longueville et de Mlle de Guise. En janvier 1540, le château était suffisamment embelli pour que Charles Quint lui-même y fût reçu dignement. Mais l’acte décisif pour l’avenir du Louvre, sous François Ier, fut la résolution prise par le roi de faire reconstruire le château dans un style nouveau, dont il avait pris le goût en Italie, et d’en confier la conception à Pierre Lescot, seigneur de Chailly, architecte lettré, ami de Ronsard.
François Ier est mort le 31 mars 1547, moins d’un an après l’annonce de ce chantier considérable qui consistait à édifier un « corps d’hôtel » (l’aile Lescot d’aujourd’hui) là où était l’ancienne Grande Salle. Il se trouve que le fils de François Ier, accédant au trône sous le nom d’Henri II, confirma la mission confiée à Lescot. Celui-ci, associé au sculpteur Jean Goujon, éleva sur trois niveaux, entre 1548 et 1556, un bâtiment dont la façade orientée vers le soleil levant est animée de grandes fenêtres, d’avant-corps, de colonnes et de pilastres, de bas-reliefs, de corniches et de frises. C’est, chronologiquement, la première partie de la cour Carrée telle qu’elle existe de nos jours. La vaste salle du rez-dechaussée, ornée des quatre puissantes cariatides soutenant une tribune pour les musiciens, fut inaugurée le 19 avril 1558 par le festin de noces du dauphin François et de la reine Marie Stuart. Après la mort accidentelle d’Henri II en juin 1559 et durant les règnes successifs de ses fils, François II, Charles IX et Henri III, des réceptions d’ambassadeurs, des bals, des banquets – des intrigues aussi et des complots – eurent lieu dans cette salle célèbre, ainsi que dans la salle du haut qui donnait accès aux appartements du roi.
Dans le palais où s’imbriquaient anarchiquement les éclatants bâtiments nouveaux et les restes du château médiéval, la reine mère, Catherine de Médicis, veillait impérieusement à tout mais se sentait étroitement logée. Elle décida de prendre ses aises dans un autre palais, qu’on construirait à distance du Louvre, au lieu-dit les Tuileries, ce qui offrait la possibilité d’aménager en même temps, sous ses fenêtres, du côté ouest, un vaste jardin à la manière florentine. Ainsi fut fait, en partie, par Philibert Delorme et son successeur Jean Bullant.
Vinrent les difficultés politiques. Le pays était violemment divisé entre catholiques et protestants. En 1588, le roi Henri III se trouva suspect aux yeux des deux partis à la fois. Le 12 mai, Paris se soulève et se couvre de barricades destinées à empêcher les troupes royales de maîtriser la ville. Le lendemain, Henri III s’enfuit à cheval avec quelques compagnons. Le 2 août de l’année suivante (Catherine de Médicis est morte depuis six mois), tandis qu’il assiège Paris, Henri III est assassiné par le moine Jacques Clément. Henri de Navarre, protestant, se convertit à la religion catholique pour réconcilier tout le monde et, sous le titre d’Henri IV, entre solennellement dans Paris le 22 mars 1594. C’est alors que le Louvre va connaître un de ses plus grands développements.
D’abord, on reprend l’idée qu’avait déjà eue Henri II de quadrupler la surface du château gothique, en démolissant ce qu’il restait des remparts et en entourant une grande cour intérieure (l’actuelle cour Carrée) d’ailes qui seront construites suivant la matrice du bâtiment de Lescot. Le talentueux Sully, nommé surintendant des Finances en 1598, s’emploie à favoriser ce projet à long terme, qui ne connaîtra son achèvement qu’avec la construction de l’aile de la Colonnade, sous le règne de Louis XIV (un achèvement bien incomplet, puisque la toiture allait manquer longtemps). D’autre part, une galerie longue de quatre cent cinquante mètres, la galerie du Bord-de-l’Eau, va relier le Louvre et les Tuileries, ce qui est commode, comme l’explique Henri IV, « pour pouvoir se promener et voir ce qui se passe sur la Seine qui coule le long du palais ».
Le « Grand Dessein » d’Henri IV est imposant. Il ne garantit sans doute pas la même sécurité que l’ancien château, mais qu’importe ? Quand le roi est assassiné, en 1610, ce n’est justement pas dans le Louvre  : Ravaillac a commis son forfait dans une rue obstruée de voitures, proche du palais, celle de la Ferronnerie. Les portes des châteaux ne protègent pas les rois de la mort  : Malherbe l’avait bien dit, des années plus tôt.
En 1600, après l’annulation de son mariage avec Marguerite de Valois (la reine Margot), Henri IV a épousé Marie de Médicis, fille du grand-duc de Toscane. Au cours du voyage de Florence à Paris de cette intéressante héritière, François de Malherbe avait eu l’occasion de saluer l’entrée de Marie de Médicis à Aix par une Ode à la reine pour sa bienvenue en France. Après quoi Henri IV reçut le poète à Paris, en 1605, lui commanda un poème de célébration de ses campagnes, s’en trouva fort satisfait et décida de garder l’auteur près de lui comme gentilhomme ordinaire de la Chambre. Malherbe n’était donc pas encore un familier de la Cour, en 1598, quand il écrivit sa Consolation à Monsieur Du Périer, poème qui inclut un vers fameux sur le Louvre. En vérité, il n’était pas nécessaire de vivre à Paris pour savoir qu’aucun palais, ni même aucune « grosse tour », ne protégeait quiconque de la mort.

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles  ;
On a beau la prier,
La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois  ;
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N’en défend point nos rois.
François de MALHERBE,
Consolation à Monsieur Du Périer, gentilhomme d’Aix-en-Provence, sur la mort de sa fille, dans Œuvres, t. I, p. 43
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Le Louvre du XVIe siècle et de la première moitié du XVIIe est libéralement ouvert aux courtisans, aux visiteurs, aux fournisseurs, au tout-venant. Il y a foule, quotidiennement dans l’entrée, dans les escaliers, dans les antichambres. Montaigne, qui a fait quelques séjours à Paris, en 1562, en 1571, en 1588, et qui déclare n’être nullement ennemi de l’agitation des cours (« pourvu que ce soit par intervalle »), trouve toutefois dans la solitude une « liberté inusitée », c’est-à-dire paradoxale, grâce à laquelle il s’ouvre au monde, tandis que dans la foule il se « resserre ». Le Louvre est l’exemple qu’il donne de cette « presse » qui le referme en soi.

La solitude locale, à dire verité, m’estand plustost et m’eslargit au dehors  ; je me jette aux affaires d’estat et à l’univers plus volontiers quand je suis seul. Au Louvre et en la foule, je me resserre et contraincts en ma peau  ; la foule me repousse à moy, et je ne m’entretiens jamais si folement, si licentieusement et particulièrement qu’aux lieux de respect et de prudence ceremonieuse.
Michel de MONTAIGNE,
« De trois commerces », Essais, III, 3, p. 425.

Au Louvre, l’agitation est partout. Dedans et dehors. De tous côtés. À l’est, c’est la ville aux ruelles encombrées. À l’ouest, des hôtels particuliers ont été construits à la fin du XVIe siècle. De 1590 à 1610, des demeures aristocratiques s’édifient entre la rue Fromenteau et la rue Saint-Thomas, entre celle-ci et la rue Saint-Nicaise. En outre, sous la longue galerie qui relie le Louvre et les Tuileries, Henri IV a autorisé l’aménagement de logements à l’entresol et de boutiques au rez-de-chaussée. C’est là qu’il décide d’installer à demeure « quantité des meilleurs ouvriers et plus suffisants maîtres qui se pouvoient recouvrer tant en peinture, sculpture, orfèvrerye, orlogerie, insculpture en pierres qu’aultres de plusieurs et excellents arts », et même, en 1608, de leur permettre d’y travailler, non seulement pour son service, mais aussi pour des particuliers. Une vingtaine de logements-ateliers sont disposés au rez-dechaussée de la moitié est de la galerie du Bord-de-l’Eau, pour des artistes et artisans qui se trouvent ainsi affranchis des corporations et qu’on appelle aussitôt les « Illustres ». Des générations d’artistes, avec leurs familles, vont avoir au Louvre leur domicile, leur atelier et leur boutique.
Le jour, toute l’enceinte du palais est ouverte sans contrôle. La cour intérieure est particulièrement animée. Certains personnages sont autorisés à y entrer en carrosse. C’est ce qu’on appelle avoir l’« honneur du Louvre », ainsi que l’explique le chevalier Louis de Jaucourt dans un article de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.