Prix public   : 19,90 
16,95 €
Délivrez-nous du Mal
Délivrez-nous du Mal
Romain Sardou
Disponible
500 pages
Couverture cartonnée
Réf : 239272
Le regard de Patrick Poivre d'Arvor
« Félicitons Romain Sardou, l'un des rares auteurs français à maîtriser l'art du thriller historique. Une fois encore, il se repose sur une documentation impressionnante pour créer une géniale intrigue médiévale, haletante de bout en bout. »

Patrick Poivre d'Arvor
Résumé
Hiver 1288. Des hommes en noir s'abattent sur une paisible paroisse du Quercy et s'emparent du petit Perrot. Le père Aba part à sa recherche. Il sait que Perrot n'est pas un enfant ordinaire. Au même moment, à Rome, l'éminent enquêteur Bénédict Gui est confronté à un mystère sanglant : plusieurs cardinaux ont été assassinés, retardant d'autant l'élection du nouveau pape. Dans l'ombre, quelque chose se prépare... 
Pourquoi on l'a choisi
Entre Bien et Mal, science et superstition, simulacres et vrais miracles, un roman fort et sombre dans un Moyen Âge fascinant.
Les internautes ayant commandé Délivrez-nous du Mal ont également choisi
Miserere
Jean-Christophe Grangé
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Les avis des internautes
Moyenne des avis :Nombre d'avis :10
Le 03 juillet 2009
130 adhérents sur 232 ont trouvé cet avis utile.
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Intrigue avec l'Eglise
Ce livre nous plonge dans une époque où la corruption et les intrigues dominent. Le pouvoir de l'Eglise est démesuré. Les personnages sont attachants et nous poussent à tourner les pages pour connaitre leur destinée. Suspense haletant, je me suis régalée avec ce livre de Romain Sardou et avec le précédent aussi d'ailleurs.
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moulin laure
Le 03 août 2009
89 adhérents sur 184 ont trouvé cet avis utile.
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Captivant
C'est le premier livre que j'achète de Romain Sardou. Captivant dès la première page. Je le recommande.
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Le 23 août 2009
65 adhérents sur 117 ont trouvé cet avis utile.
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Délivrez-nous du Mal
C'est la première fois que je lis un livre de Romain Sardou, j'ai bien aimé l'intrigue, captivant, je le recommande à tous ceux qui comme moi aime l'histoire en général.
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Le 24 août 2009
55 adhérents sur 117 ont trouvé cet avis utile.
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Du pur plaisir !
J'ai lu tous les romans de Romain Sardou et je suis devenue une inconditionnelle ! Dommage que France Loisirs ne les proposent que trop de temps après leurs parutions... Je n'ai pas le temps d'attendre !
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Le 16 septembre 2009
43 adhérents sur 92 ont trouvé cet avis utile.
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A vous couper le souffle
Un suspense qui vous tient en haleine depuis le premier mot jusqu'au dernier ; on en espère une suite.
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Le 02 octobre 2009
40 adhérents sur 84 ont trouvé cet avis utile.
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Bravo Mr Sardou !
Une intrigue excellente, des personnages attachants, un rythme soutenu, une fin qui pour une fois ne gâche pas le reste de l'oeuvre, bref, du polar comme on l'aime. A lire absolument.
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Le 28 octobre 2009
35 adhérents sur 73 ont trouvé cet avis utile.
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L'Art de l'Intrigue
Un décor bien planté, une histoire bien ficellée, des personnages aussi différents que nécessaires : la formule gagnante. Ce roman est captivant ! Deux enquêtes menées en parallèle par deux (anti) héros aboutiront à ce qu'on n'aurait oser croire. Ce qui plait dans l'écriture de Romain Sardou, c'est que tout n'est pas clair et ne se finit pas toujours bien... si vous voulez comprendre, il faudra le lire !
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Le 29 septembre 2009
34 adhérents sur 73 ont trouvé cet avis utile.
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Le 10 novembre 2009
32 adhérents sur 60 ont trouvé cet avis utile.
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Juste un nom... et un titre
Une maîtrise aléatoire de l'écrit, inexistante de l'intrigue... Une réelle déception. Cela m'est d'autant plus regrettable que France Loisirs avait clairement plébiscité l'ouvrage. Je suis surpris de voir que les commentaires virent tous au dithyrambe. Les personnages sont improbables (même pour un roman !), l'auteur tend à la «sur-description» de tous les personnages et verse dans pléthore de détails aussi inutiles qu'inintéressants. Une énumération, un étalage de connaissance. Bien Monsieur Sardou, vous avez appris l'histoire médiévale... Moi aussi, et après ? C'est d'un roman dont il devait être question, ce livre n'en mérite pas l'appellation. J'en suis le premier navré.
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Le 14 février 2010
0 adhérents sur 4 ont trouvé cet avis utile.
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Un thriller historique captivant
Après "Pardonnez nos offenses", déjà très réussi, Romain Sardou revient avec un thriller médiéval encore plus captivant que le précédent. Il est difficile de fermer ce livre tant l'intrigue est passionnante. Celles et ceux qui ont aimé le premier peuvent acheter celui-ci les yeux fermés, ils ne seront pas déçus.
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Romain Sardou, fils de Michel et Babette, est né en 1974, à Boulogne-Billancourt. Issu d'une longue lignée d'artistes, chanteurs, comédiens, écrivains, il se passionne très jeune pour l'opéra (à 9 ans, il veut écrire des opéras "comme Wagner" !). Cet engouement précoce le conduit à la découverte du théâtre, puis à celle de la littérature qui prend rapidement le pas sur la musique. Il se met à dévorer les classiques, si bien qu’il quitte le lycée deux mois avant son bac... pour entrer dans une école de comédiens.
Lors de son service militaire, ses amis le surnomment Dostoïevski parce qu'il lit ses œuvres complètes ! Il part ensuite aux États-Unis écrire des scénarios de dessins animés pour les enfants.
De retour en France, il se marie et se lance dans l'écriture de son premier roman, Pardonnez nos offenses, un formidable polar médiéval, sorti en 2002. En 2004, il publie L'Éclat de Dieu, ambitieux roman sur le thème du temps. Ces titres connaissent tous deux un très grand succès avec chacun plus de 500 000 exemplaires vendus en France et une parution dans quinze pays étrangers.
On lui doit également :
    Personne n'y échappera
    Une seconde avant Noël
    , 2005
    Sauver Noël, 2006
Romain Sardou est père de deux enfants.

Visitez le site officiel de Romain Sardou.
Lu dans la presse
« Délivrez-nous du Mal est un thriller médiéval qui s'inscrit dans la lignée de Pardonnez nos offenses. Biberonné aux romans populaires du XIXe siècle, fervent défenseur d'une littérature d'évasion, Romain Sardou confirme sa générosité en matière d'assassinats commandités, de complots politico-religieux et de rebondissements spectaculaires. Une imagination foisonnante qui se développe sur un solide terreau documentaire, le trentenaire se montrant intarissable sur le XIIIe  siècle. »

Anna Bitton, Le Point
Extrait

1


En ce 9 janvier 1288, le père Guillem Aba s'éveilla avant le jour.
Il égrena consciencieusement son rosaire avant de quitter sa chambre à l'étage du presbytère, toujours enroulé dans les couvertures qui l'avaient gardé au chaud pendant la nuit.
Au pied de l'escalier, il écarta de son passage les deux moutons et le porcelet qui partageaient son toit pour la saison. Il alluma une lampe à huile avec une pierre à fusil et de l'amadou.
La pièce à vivre s'éclaira : un plafond bas, d'épaisses poutres pliant sous le poids qu'elles portaient, deux entrées, une fenêtre bouchée avec du papier huilé, une longue table, un poêle, des fagots et une échelle dont les degrés servaient de tablettes à une quinzaine d'ouvrages rangés à plat.
La maison curiale était, avec l'église proche, le seul bâti de pierre du village. Aucun fidèle ne la lui enviait pour autant : ses murs étaient glacés et humides, mal isolés par du torchis pauvre en paille.
Le père Aba activa les braises de son poêle à l'aide d'un pique-feu. Il se dirigea ensuite vers la sortie, emportant un profond récipient d'étain.
D'ordinaire il descendait jusqu'au ruisselet qui sifflait sous l'église pour se fournir en eau, mais cette année, le lit pris par le gel, il n'était plus possible de s'y approvisionner. Aba se contenta d'amasser de la neige dans son récipient. L'hiver 1288 était parmi les plus rudes que d'aucuns eurent à passer depuis bien longtemps.
Le ciel était encore noir. Tout se taisait. Aba devinait cependant quelques maisonnées alentour, elles aussi illuminées de l'intérieur. Deux nouvelles habitations étaient en construction.
Aussi étrange soit-il, cette pauvre paroisse, isolée du reste du monde, était en pleine expansion.
Le village de Cantimpré était situé sur le plateau de Gramat, dans le Quercy ; il ne comptait qu'une vingtaine de toits anciens entourés d'arbres chenus et de pâturages d'altitude, dominant un défilé étroit.
Cela faisait huit ans que le père Aba y exerçait son ministère, venu à pied de Paris (la « nouvelle Babylone » honnie par les gens d'ici) où il suivait les cours de philosophie de la petite Sorbonne. De son plein gré, il avait renoncé aux études pour embrasser la responsabilité d'un petit peuple fruste, à la simplicité laborieuse, difficile à émouvoir, craignant Dieu pour Dieu-même et non pour ses représentants.
Membre du tiers ordre de Saint-François, Aba ne s'était jamais repenti de son choix.
Ce qui étonna le plus les habitants de Cantimpré à l'arrivée de Guillem Aba fut son âge. Il leur parut inconcevable que la petite église du village puisse revenir à un homme de moins de trente ans.
Cependant il était très beau. Des yeux bruns et intelligents, un front haut, le nez mince et droit, la tonsure parfaite. Ses traits étaient sans irrégularités, un peu féminins. Son visage se distinguait agréablement : « angélique » dirent les femmes. De mémoire de bonnes chrétiennes, on n'avait jamais vu si bel homme, pas même sur les images.
Les mains engourdies par le froid, le père Aba se releva, son récipient empli de neige, et retourna s'abriter.
Pendant sa courte sortie, un jeune homme s'était introduit dans le presbytère par la porte du fond.
C'était Augustodunensis, son unique auxiliaire, fraîchement arrivé à Cantimpré du village de Dammartin dans le Nord.
L'évêché de Cahors avait accueilli favorablement la demande d'Aba de disposer d'un homme supplémentaire à la paroisse et lui avait envoyé ce jeune frère, bon garçon, compréhensif et bien morigéné. Augustodunensis était grand, les épaules frêles, le visage encore juvénile, mais doté d'un air déterminé dans tout ce qu'il entreprenait.
Il résidait au village depuis seulement deux semaines, logeant au-dessus de la resserre à bois.
— Bonjour, Auguste, lui dit le prêtre en refermant sa porte.
— La nuit a été bonne, mon père ?
— Non. Un peu de fièvre, sans doute. Elle m'aura suscité de mauvais rêves.
Il haussa les épaules :
— N'en parlons pas. Nous avons plus pressé. C'est aujourd'hui mercredi !
— Je ne l'ai pas oublié.
Augustodunensis montra la grosse jatte de lait fumant qu'il venait d'apporter. Il la déposa sur le poêle. Le prêtre y joignit son récipient empli de neige.
Après quoi le jeune vicaire saisit un faisceau de brindilles et une pelle et déblaya les excréments des trois animaux. Il répandit ensuite de la cendre et des aiguilles d'épicéa sur le sol afin de chasser les mauvaises odeurs.
Du fond de son armoire, Aba défit une croûte de pain enveloppée dans un torchon.
Le vicaire rompit le silence :
— Je dois me rendre à l'église préparer l'office de prime. Passez un bon moment avec les petits, mon père !
Le prêtre promit de n'y pas manquer et Augustodunensis disparut par la porte du fond.
Aba se félicitait que la providence lui eût envoyé ce jeune homme : il était actif, ne rechignait jamais à la besogne, savait son psautier par cœur et nourrissait un agréable tempérament optimiste. Aba était lassé de ces membres de l'Église qui annonçaient la fin du monde pour la saison prochaine.
Le prêtre disposa une douzaine de bols en bois sur la table avec un couteau dont le gros manche lui servit à fendre la croûte noircie du pain.
Il récupéra l'exemplaire de L'Introduction à l'Évangile éternel de Jean de Parme qu'il lisait la veille au soir près du poêle et le remit à sa place sur l'échelle.
Puis il attendit, surveillant le lait d'Augustodunensis qui fumait sur le feu.
Bientôt la porte d'entrée principale s'ouvrit brutalement. Une petite tête blonde apparut dans le chambranle : un garçon de cinq ans.
— Bonjour, père Aba.
Il entra, suivi presque aussitôt par une ribambelle d'autres enfants : douze au total, âgés entre quatre et huit ans, dont deux filles, plus blonds, plus roses, plus frais les uns que les autres.
Aba versa l'eau tiède pour qu'ils se nettoient les mains et se décrassent le visage. Les bancs autour de la table furent investis et les regards suspendus à la jatte de lait et aux tranches de pain blanc.
Le père Aba remplit chaque bol à proportion égale.
On récita les remerciements au Seigneur pour la nourriture, puis le signal du début du repas fut donné.
Des éclats de joie fusèrent de toutes parts.
Le père Aba sourit : c'était un adorable spectacle que ces petits enfants. Ils étaient le « miracle » de son village...

Tout avait commencé avec son prédécesseur.
Cinquante ans durant, le père Evermacher avait été l'âme et la vie du village de Cantimpré. Exerçant les vertus chrétiennes jusqu'à l'héroïsme, il avait traversé les décennies de troubles de son pays sans dommage.
Evermacher fut un catholique exemplaire. Sa pureté d'âme avait préservé ses ouailles des tentations de l'hérésie qui proliférait grâce à la dénonciation des mœurs corrompues du clergé.
La chasse aux cathares et aux vaudois qui dévastait la région avait épargné sa petite paroisse. Des frères prêcheurs vinrent bien en 1240, 1258 et en 1274 opérer une petite inquisition des lieux, mais sans trouver personne à condamner.
Or çà, et bien que la population se soit toujours sentie privilégiée sous le ministère d'Evermacher, elle allait encore plus s'émouvoir des bienfaits qui suivirent la venue de son jeune successeur.
Le cas des nouveau-nés préluda à tout.
Les villages isolés comme Cantimpré enduraient une forte mortalité infantile et un nombre important de disparitions des accouchées. Néanmoins, sans que rien ni personne puisse se l'expliquer, quelques mois après l'arrivée d'Aba, mères et nourrissons se mirent à survivre. Le premier enfant fut fêté comme un signe favorable envoyé du Ciel pour le nouveau prêtre, le deuxième, le troisième, et tous les autres enfin, inspirèrent stupéfaction puis ferveur.
On dut se rendre à l'évidence : on ne mourait plus avant l'âge à Cantimpré !
La multiplication des enfants métamorphosa la physionomie du village. Aujourd'hui encore, cet élan de vie ne donnait aucun signe de fléchissement : cinq femmes étaient enceintes, dont une proche de son terme.
Avec cela, on se mit à guérir de bien des maux. La scrofule et la teigne disparurent, une fille aux poumons mutilés depuis la naissance put s'ébattre dans les bois, les sanies se clarifièrent et les vieillards reverdirent. La pâte du pain leva toujours et rapidement. De mois en mois, si une légende avait prédit que la Sainte Vierge visiterait Cantimpré, cela n'aurait plus surpris personne.
L'étrange restait que ces miracles se trouvaient sans objet de vénération : il n'y avait pas de saint voué à Cantimpré, aucune source païenne prodigieuse à christianiser, l'église n'était jamais le théâtre des merveilles et le bon curé Evermacher avait souhaité être enterré dans le village natal de sa mère, à Spalatro en Italie. De sorte qu'on n'avait ni relique ni personnage sur qui reporter sa gratitude, hormis Guillem Aba. Mais celui-ci se récria. Au cours d'un prône qui fit date dans le cœur des villageois, il attribua les bénédictions récentes à la « belle communauté d'âmes » de Cantimpré. Ce ne fut que pour contenter leur goût d'un lointain paganisme qu'il accepta d'associer - hors ses prêches - l'esprit de feu Evermacher à la félicité de ses fidèles.
N'était la belle vertu de ses habitants, Cantimpré ne pouvait être reconnu comme un lieu de miracles chrétiens et rien n'embarrassait plus l'Église.
Toutefois plusieurs familles du pays délaissèrent leur lieu de naissance pour rejoindre les habitants comblés de Cantimpré.
Une telle fortune faisait dire à certains - mais à mi-voix surtout, pour ne point rompre le charme - que Cantimpré était un village « béni de Dieu ».

Confronté à la soudaine prolifération de jeunes enfants, le père Aba dut ajuster son sacerdoce et imaginer une nouvelle conception de l'enseignement des petits. Il remit à plus tard les paraboles du dogme et les abrégés de l'Histoire sainte pour leur inculquer, à la place, de petits adages.
— Apprendre un dicton, c'est aussitôt pouvoir le traduire en acte, professait-il.
Il s'inspirait de maximes antiques, favorisant des formules qui sauraient frapper la jeune imagination de son auditoire :
Il n'y a pas de place pour deux pieds dans une même chaussure.
Quand le feu est à la maison de ton voisin, la tienne est en danger.
Il vaut mieux avoir l'œuf aujourd'hui que la poule demain.
Cracher contre le ciel, c'est se cracher au visage.

Aba était convaincu que de tels consommés de sagesse logés quelque part dans une tête, même sans lumières, pouvaient à terme ne produire que du bien.
Sur la douzaine d'enfants présents ce matin devant lui, l'un d'eux se faisait remarquer par sa réserve. Alors que chacun dévorait sa portion de pain, lui restait mesuré, étranger à l'excitation qui l'environnait.
Son nom était Perrot.
Il portait un sarrau neuf vert-de-gris. Blond, les yeux très bleus, il captait toujours l'attention du père Aba tant il comprenait mieux et plus soudainement que les autres. C'était un enfant mystérieux, prometteur, fils unique de Jerric le menuisier et de sa femme Esprit-Madeleine, dite la « boiteuse ». Il était le favori du prêtre, fasciné par ses aptitudes naturelles.
Aujourd'hui, sans raison apparente, Perrot se montrait taciturne et inquiet. Aba se promit de l'interroger à la fin de la leçon.
— Silence ! lança-t-il sitôt les écuelles vidées et le pain disparu.
Les enfants quittèrent la table et jouèrent des coudes pour occuper la meilleure place auprès du poêle.
Le professeur avait choisi pour ce matin un dicton qu'il savait promis à un beau succès :
Nul n'est dégoûté de sa propre mauvaise odeur.
Dès qu'il l'eut énoncé, ce fut un tonnerre d'éclats de rire. Et l'on commença d'échanger des plaisanteries sur tel ou tel du village.
Aba conduisait insensiblement les petits vers les fins morales recherchées ; il était un excellent conteur et un pédagogue né.