1940, de l'abîme à l'espérance
1940, de l'abîme à l'espérance
Max Gallo
400 pages
Couverture souple
Réf : 232947
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Disponible
Revivez la Seconde Guerre mondiale
Résumé
C’est avec une plume vibrante et passionnée que Max Gallo nous raconte l’année charnière qui a scellé le sort de la France et de l’Europe. L’ouvrage, talentueux et accessible, brosse un tableau très vivant des situations et des hommes impliqués dans ce vaste écroulement. 
Pourquoi on l'a choisi
Max Gallo n’a pas son pareil pour nous raconter les moments-clés de l’histoire de France. Cette fois-ci, il nous offre un regard inédit et passionnant sur les événements capitaux d’un conflit qui a changé le monde.
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Max Gallo est né en 1932 à Nice. Agrégé d'histoire, docteur ès lettres, maître-assistant à la faculté de Nice, il signe en 1968, sa première biographie Maximilien Robespierre, histoire d'une solitude. Il entre à l'Express en 1969, adhère au Parti socialiste en 1974.
En 1976, il publie sa première "suite romanesque", La Baie des anges, qui se vend à plus de 600 000 exemplaires. D'autres suivront : La Machinerie humaine (10 tomes), de 1992 à 1999, Bleu, Blanc, Rouge (3 tomes) en 2000 et Les Patriotes (4 tomes) en 2001.
En 1981, il est élu député socialiste des Alpes-Maritimes. En 1983-1984, il est secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement Mauroy. Il quitte le Parti socialiste en 1992 pour se rapprocher de Jean-Pierre Chevènement. En 1994, il abandonne son engagement politique pour se consacrer entièrement à l'écriture.
En 1997, il publie, en quatre tomes, la vie de Napoléon (800 000 exemplaires vendus), puis en 1998, celle de Charles de Gaulle, en 2001, un Victor Hugo en 2 tomes et, en 2002, Les Chrétiens en 3 tomes.
Max Gallo a été élu à l'Académie française en 2007.
Lu dans la presse
« On connaît la manière de Max Gallo : une science historique sûre, servie par un art inné de la narration et la passion de faire comprendre aux Français leur passé. Une fois de plus, cette technique réussit superbement. D'emblée, le lecteur est rendu témoin direct du drame, tant dans les antichambres ministérielles que sur les routes de l'exode. »

Le Figaro Littéraire


« Un livre furieux et haletant, un roman vrai [ ...] emporté par une verve impitoyable et douloureuse. »

Le Point
Autres titres de Max Gallo
Extrait

PROLOGUE
D'une guerre à l'autre
1914 - 1939


Ils avaient eu vingt ans en 1914.
En ce mois d'août de cette année-là, ils n'imaginaient pas qu'on les jetait dans une guerre où périraient dix millions d'hommes - 1 300 000 pour la seule France -, où d'autres par millions seraient blessés, défigurés, « gueules cassées », aveuglés, gazés, morts en sursis. Qu'ils seraient marqués à vie, dans leur âme, dans leur mémoire, dans leur corps par cette Première Guerre mondiale.
Et que l'Europe, l'étal de cette boucherie de quatre années, n'en sortirait pas apaisée, mais lourde de nouveaux affrontements, d'une Deuxième Guerre mondiale qui éclaterait en septembre 1939, à peine vingt-cinq années plus tard.
Les anciens combattants de 1914-1918 auraient à peine quarante-cinq ans.

Des millions d'entre eux seraient de nouveau mobilisés.
Ils avaient cru que la Première Guerre mondiale serait, comme ils l'espéraient, la « der des der », et voilà qu'on leur distribuait uniformes, casques, armes, et qu'ils marchaient au pas aux côtés de leurs fils !
Ils défilaient devant les monuments aux morts de leurs villes et de leurs villages, sur lesquels les noms de leurs camarades, tombés à Verdun, au Chemin des Dames, sur les bords de la Baltique ou sur les rives de la Vistule, s'entassaient comme des corps dans une fosse commune européenne.
Eux ne les avaient pas oubliés, ces camarades enfouis dans la boue des tranchées.
Mais les gouvernants n'en parlaient plus ou alors ils les invoquaient pour justifier la nouvelle guerre. Mais eux, les anciens combattants de la Première Guerre mondiale, ils marchaient sans enthousiasme, comme dans un cauchemar. Il fallait donc « remettre ça », la guerre, le massacre. Ils songeaient à ces camarades tombés dans des offensives inutiles puisque tout recommençait :
Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s'efface
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri1.
Et pourtant, au mois de novembre 1918, quand le lundi 11 avait retenti le clairon de l'armistice, ils avaient hurlé, comme si enfin ils étaient libérés de cette angoisse qui depuis quatre ans les avait habités chaque jour.
Les rues et les places de Paris, de Londres, avaient été envahies par une foule en liesse.
On chantait, on dansait, on s'embrassait. La paix était là, et à Paris, à Londres, elle était victorieuse. On entourait les soldats des États-Unis venus par centaines de milliers livrer en France les derniers combats contre l'Allemagne qui avait enfin capitulé.
On oubliait l'amertume des combattants allemands, on ignorait celle d'un caporal décoré de la croix de fer de première classe, Adolf Hitler, et de millions de ses camarades humiliés et rageurs.
Ils avaient combattu sur le sol français. Jamais ils n'avaient vu leur patrie souillée par l'ennemi et voilà qu'ils étaient vaincus !
Ils pensaient trahison et déjà revanche.
Certains créaient, alors qu'on n'avait pas encore signé la paix (elle le serait à Versailles, en 1919), des Freikorps, des corps francs, qui allaient combattre pour empêcher qu'on arrachât à l'Empire allemand vaincu les terres colonisées jadis par les chevaliers Teutoniques.

La France victorieuse dessinait les frontières : les populations allemandes des Sudètes devenaient tchécoslovaques, citoyennes de ce nouveau pays, la Tchécoslovaquie, que la diplomatie française faisait surgir des ruines de l'Empire austro-hongrois.
À Vienne, on regrettait déjà la splendeur impériale, on acceptait mal de n'être que l'Autriche, et non plus l'empire des Habsbourg. Et certains regardaient vers Berlin.
Mais comment résister ? Les Français vainqueurs imposaient le Diktat de Versailles.
On ouvrait un «  corridor » en terre allemande, pour que la Pologne pût accéder à la mer Baltique. Et tant pis si la ville allemande de Dantzig se trouvait devenir une enclave germanique, isolée en territoire polonais.

La joie régnait à Londres et à Paris, mais la violence surgissait à Berlin, à Vienne, dans toutes les villes de Russie, entraînées dans la guerre civile qui depuis la révolution de novembre 1917 embrasait ce qui n'était plus l'empire des tsars mais le pays des soviets, là où, par la terreur déjà, s'enracinait ce que Lénine et les siens, Trotski, Staline appelaient le « socialisme ».
Et l'on rêvait de révolution communiste, à Berlin, à Munich, à Rome.
Ainsi, la guerre mondiale à peine close accouchait-elle du rêve de la révolution bolchevique mondiale.
On regardait le  soleil » de l'Égalité se lever à l'est, on fondait dans tous les pays des partis communistes. On voulait renverser ces pouvoirs, ce système capitaliste, qui avaient provoqué la guerre mondiale.

Face à ce projet, un autre camp, celui de l'ordre, de la défense de la patrie, se raidissait.
Dès 1919, un agitateur socialiste italien, Benito Mussolini, fondait le Parti fasciste, patriote, regroupant des dizaines de milliers d'anciens combattants.
En octobre 1922, au terme d'une Marche sur Rome, il devenait chef du gouvernement.
Il créait le premier État fasciste, « totalitaire » - ce mot inventé par les Italiens.
À Munich, le 9 novembre 1923, Adolf Hitler et son parti national-socialiste tentaient un putsch, qui échoua.

Tous les germes des conflits futurs sont semés.
Le rêve de paix et de Société des Nations - une institution à laquelle les États-Unis refuseront d'adhérer et qui a été créée pour empêcher que les conflits ne donnent naissance à la guerre - s'éloigne.
Clemenceau, qui avait à partir de 1917 dirigé le gouvernement français, l'avait dit en 1918 : « Et maintenant il faut gagner la paix. C'est peut-être plus difficile que de gagner la guerre. Il faut que la France se ramasse sur elle-même, qu'elle soit forte et disciplinée. »
Clemenceau ajoutait, s'adressant aux Anglais et aux Américains :
« Il faut que l'Alliance dans la guerre soit suivie de l'indéfectible alliance dans la paix ! »

Il suffit de quelques mois, pour que, dès les années vingt, les souhaits de Clemenceau ne soient plus que cendres.
La France se divise.
Clemenceau, candidat à la présidence de la République en 1920, est battu par un Paul Deschanel à la santé mentale fragile, qu'on découvrira marchant seul en pyjama le long de la voie ferrée sur laquelle circule le train présidentiel.
Clemenceau avait déclaré avant d'être battu :
« N'abandonnons pas nos querelles d'idées mais ne les poursuivons pas si le sort de la France peut en souffrir... Soyons frères et si on nous demande d'où vient cette pensée, répondons par ces seuls mots : "La France le veut, la France le veut." »

En fait les oppositions se durcissent. Issu de la majorité du Parti socialiste, un parti communiste a été créé en décembre 1920.
Il souscrit aux vingt et une conditions édictées par Lénine et dont l'approbation est nécessaire pour adhérer à l'Internationale communiste, le Komintern.
Voici les militants communistes enrôlés dans cette Internationale dirigée par Lénine et après sa mort (en 1924) par Staline. Les communistes français deviennent les fidèles exécutants de la politique internationale de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

Or, la politique de la Russie soviétique, c'est de s'entendre avec l'Allemagne vaincue et qui ne pense qu'à reconstituer une force militaire prête à la revanche.
Les généraux de la Reichswehr contournent les clauses du traité de Versailles et dès les années vingt-trente, vont entraîner leurs troupes - leurs escadrilles, leurs chars - en Union soviétique, à l'abri des regards des observateurs de la Société des Nations.
Et la France est démunie devant cette entente Berlin-Moscou. Cependant que les communistes français prêchent la révolution, la lutte contre le capitalisme, et dénoncent les mœurs politiques, les scandales financiers qui se multiplient.

La situation française est d'autant plus préoccupante que d'autres forces politiques regardent elles aussi vers les expériences étrangères.
L'Italie fasciste de Mussolini apparaît comme un modèle, un allié, à l'ambitieux parlementaire qu'est Pierre Laval.
Le régime autoritaire italien fascine en effet une partie des conservateurs, soucieux de faire contrepoids à l'Allemagne et à l'Union soviétique.
Car l'Angleterre joué sa carte. Elle est pour le redressement de l'Allemagne. Les États-Unis se sont retirés de la scène européenne et, devenus isolationnistes, ne font pas partie de la Société des Nations.
Mais comme les Anglais, ils soutiennent les Allemands, qui refusent de verser à la France les réparations fixées par le traité de Versailles.
« Le Boche paiera », avaient répété les politiciens français. Mais Berlin se dérobe, et la crise économique et financière de 1929 libère des ferments de violence, déjà présents dans tous les pays européens.

En fait, la Première Guerre mondiale a ébranlé tous les continents, détruit les règles morales.
On a tué pendant quatre ans. En masse et sauvagement.
Les hommes, sous l'uniforme, ont appris à vivre en « rang », à marcher au pas, à partager la violence, le meurtre légal.
Le fascisme et le nazisme sont sortis de ce chaudron de sorcières qu'est la guerre.
Dès les années vingt, les adhérents des partis fasciste et nazi, mais aussi ceux des partis socialistes, comme les membres des associations d'anciens combattants défilent en « uniforme ». C'est le temps des chemises noires, brunes, rouges, bleues... Les anciens combattants recherchent la fraternité des tranchées. Ceux qui ont été en première ligne forment en France le mouvement des Croix-de-Feu.
On se bat contre les communistes. La guerre civile est une hypothèse réaliste.


1. Aragon, La guerre et ce qui s'en suivit, Le Roman inachevé, 1956.