Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la ferveur pour le pèlerinage de Saint-Jacques est en plein essor. Recherche d’authenticité, spiritualité, voyage intérieur, chacun trace son propre sillon. Grâce à ce remarquable ouvrage, les différents itinéraires sont décrits étape par étape.
Un trésor pour celui qui veut arpenter ce chemin initiatique, et un outil incontournable, non seulement pour voyager avec le maximum d’informations, mais surtout pour connaître l’histoire de ce parcours spirituel. Comme un bâton de pèlerin supplémentaire ! Lumineux !
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Les pèlerins partent toujours plus nombreux sur les chemins de Compostelle, à pied, selon le mode médiéval, ou bien à cheval ou à bicyclette. Santiago de Compostela : pèlerinage majeur de la chrétienté d'Occident avec Jérusalem et Rome ! Nulle obligation religieuse, mais un acte de foi pour les chrétiens et l'aventure millénaire d'une marche au long cours : déjà au Moyen Âge, le tombeau de saint Jacques attirait vers la Galice, au nord-ouest de l'Espagne, des pèlerins venus de toute l'Europe. Aujourd'hui, on vient du monde entier mettre ses pas dans ceux des anciens, éprouver son corps et son esprit dans la géographie des chemins, puiser aux sources de la culture occidentale, prendre le temps de la rencontre avec les autres et avec soi-même. Quelles que soient les motivations - religieuses, existentielles, sportives, culturelles... -, l'expérience reste unique.
Tout commença un dimanche 25 juillet, au début du IXe siècle, quand l'ermite Pélage, guidé par une étoile, découvrit la sépulture de saint Jacques au lieu-dit Compostela - de compostum, « cimetière » ou, pour la postérité, campus stettae, le « Champ de l'étoile ». La découverte était extraordinaire ! Jacques le majeur, l'un des douze apôtres du Christ, avait eu pour mission d'évangéliser l'Occident ; de retour à Jérusalem, il fut le premier d'entre eux à subir le martyre, par décapitation, en 44. Son corps aurait été miraculeusement transporté dans une barque jusqu'au premier lieu de sa prédication, à Tria Flavia (aujourd'hui Padrón), en Galice, au bout des terres connues.
Saint Jacques, le « fils du tonnerre » de l'Évangile, était déjà présenté comme le défenseur de l'orthodoxie chrétienne et le protecteur de l'Espagne. Peu après la découverte de son tombeau, le roi Alphonse II des Asturies (759-842) se rendit à Compostelle, y fit bâtir la toute première église (terminée vers 835), et, attribuant à saint Jacques ses victoires sur les musulmans, il lui consacra son royaume. Plus tard, l'apparition de saint Jacques chevauchant au secours des chrétiens à la bataille de Clavijo (844) fit de la figure du Matamore, le « tueur de Maures », le soutien indéfectible de la Reconquête.
Compostelle fut érigé en évêché et doté d'une nouvelle cathédrale, plus vaste, consacrée en 899. C'est ce sanctuaire que visita l'évêque du Puy Godescalc, le premier pèlerin non hispanique connu, en 951. La cathédrale, détruite par les troupes d'Al-Mansour, fut reconstruite entre 1075 et 1211 sur le modèle des grandes églises de pèlerinage, telles Saint-Martin de Tours, Sainte-Foy de Conques, Saint Sernin de Toulouse... Ces grands édifices romans, assez vastes pour accueillir de nombreux pèlerins, étaient adaptés au culte des reliques alors en plein essor. Le fameux Livre de saint Jacques, ou Codex Calixtinus, fut constitué à la même époque, au XIIe siècle. Il regroupe des manuscrits consacrés à la légende et au culte de saint Jacques, dont l'un, le Pseudo-Turpin, relate l'épopée légendaire de Charlemagne à qui l'apôtre aurait désigné la Voie lactée comme le chemin menant vers la Galice. Le livre V du recueil, traduit en français sous le titre Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, décrit pour la première fois les itinéraires du pèlerinage à travers la France et l'Espagne. C'est sur cette base qu'ont été redessinés et balisés les chemins d'aujourd'hui passant par Tours, Vézelay, Le Puy et Saint-Gilles.
Pendant des siècles, les pèlerins partirent de chez eux, ralliant les lieux de dévotion locale et les sanctuaires de grand pèlerinage, vénérant les reliques des saints d'étape en étape, trouvant refuge, s'ils étaient pauvres, dans les établissements monastiques et hospitaliers bâtis aux abords des routes. On les reconnaissait à leur chapeau à large bord, à leur manteau - la pèlerine - et à leur équipement, une besace et un bâton de pèlerin - le bourdon. Ils revenaient de Compostelle avec une coquille - la coquille Saint-Jacques, bien sûr -, cinquième attribut du pèlerin.
Si la dévotion à saint Jacques est toujours restée vivante en Espagne, le pèlerinage était presque tombé dans l'oubli au XIXe siècle : en 1867, une quarantaine de pèlerins seulement fêtèrent la Saint-Jacques à Compostelle. Cependant, le goût pour le Moyen Âge, et surtout l'authentification des reliques par le pape, en 1884, amorcèrent sa renaissance. Le renouveau fut sans précédent au cours de la seconde moitié du XXe siècle, avec des pics de fréquentation lors des années jubilaires dites « saintes », quand la fête de saint Jacques, le 25 juillet, tombe un dimanche. En témoigne le nombre de compostelas délivrées aux pèlerins au long cours : quelques centaines par an dans les années 1970, près de 2 000 pour l'année sainte 1982, plus de 100 000 pour l'année sainte 1993 ! On estimé à 200 000 le nombre de pèlerins de l'année sainte 2010, couronnée par la visite du pape Benoît XVI. Sans oublier quelque 10 millions de touristes ou pèlerins... motorisés.
Le réseau des chemins de Saint-Jacques est apparu comme un vecteur majeur de la construction de l'identité culturelle européenne dans le passé et pour notre temps. Le pape Jean-Paul II, infatigable pèlerin, avait lancé un appel à l'Europe depuis Compostelle, en 1982 : « Découvre tes origines, ravive tes racines. » Devant le parlement de Strasbourg, en 1988, il citait Goethe : « L'Europe est née en pèlerinage et le christianisme est sa langue maternelle. » Il entraîna les jeunes à Compostelle lors des journées mondiales de la jeunesse de 1989.
Proclamé « Premier Itinéraire culturel européen » (1987) par le Conseil de l'Europe, puis « Grand Itinéraire culturel européen » (2004), le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle est également inscrit sur la liste du patrimoine mondial, tant dans ses tracés espagnols (1993) que français (1998), ainsi que la vieille ville de Saint-Saint-Jacques-de-Compostelle (1985).
Voie de circulation historique à travers l'Europe, chemin de rencontre, le chemin de Saint-Jacques est en lui-même un monument, que jalonne une myriade de chefs-d'œuvre.
Le chemin du Puy, via Podiensis
C'est le chemin de Saint-Jacques le plus fréquenté en France par les nouveaux pèlerins de Compostelle, et l'une des quatre voies historiques mentionnées par Le Guide du pèlerin au XIIe siècle. Son tracé se confond avec le sentier de grande randonnée GR 65, bien balisé du Velay aux Pyrénées depuis les années 1970. Sur ce très beau parcours, pas moins de dix-huit édifices et sept tronçons du chemin sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.
Un chemin mythique
La via Podiensis emprunte son nom à la ville du Puy-en-Velay, centre d'un grand pèlerinage marial dont la tradition remonterait à beaucoup plus de mille ans : Le Puy est donc, fondamentalement, un but. Pour les pèlerins de Saint-Jacques, c'est aussi un point de ralliement et une tête de route. Déjà, selon l'auteur du Guide médiéval, « les Bourguignons et les Teutons » cheminant vers Compostelle passaient par la cathédrale Notre-Dame du Puy, la basilique Sainte-Foy de Conques et l'abbaye Saint-Pierre de Moissac. Ce sont là autant de sanctuaires ancrés dans l'histoire de l'évangélisation de la Gaule, « étapes » dont la puissance évocatrice est antérieure à la découverte même du tombeau de l'apôtre Jacques en Calice.
Le souvenir de deux évêques du Puy ajoute encore au prestige de la via Podiensis. Le premier, Godescalc, se rendit à Compostelle en 951. Quel que fût son itinéraire, il est le premier pèlerin de Saint-Jacques non hispanique avéré et fait donc figure d'« ancêtre ». Le second, monseigneur Martin (1891-1976), également jacquet, apposa dans ses armes épiscopales les emblèmes jacquaires éminents que sont la coquille et les étoiles de la Voie lactée ; il contribua, de plus, à faire connaître son lointain prédécesseur.
Grâce à la multiplication des études et des publications depuis plusieurs décennies, cette voie du Puy - certainement mieux connue des pèlerins contemporains que des anciens - revêt dans les esprits un caractère immémorial et authentique qui la désigne comme le chemin idéal pour entreprendre la longue marche vers Compostelle.
La « route haute » de l'Europe centrale (Oberstrasse)
Sans doute n'y eut-il jamais un seul chemin du Puy, car son réseau combine des voies de passage anciennes et nouvelles - voies romaines (la via Agrippa), routes commerciales, chemins -, remontant loin à l'intérieur de l'Europe centrale, y compris par voie fluviale. Les récits anciens révèlent ainsi de grands axes depuis la Pologne et la Hongrie, qui convergent à travers la Bohême et l'Allemagne, l'Autriche, le nord de l'Italie et la Suisse. La route de Cracovie (via Prague et Nuremberg) et celle de Hongrie (via Budapest, Vienne et Salzbourg) fusionnent à Bâle et poursuivent par Besançon, Chalon-sur-Saône, Mâcon, Lyon et Saint-Étienne pour atteindre Le Puy. La route du col du Brenner offre une alternative supplémentaire au départ de Salzbourg (Autriche), par la Suisse et par Lyon. Aujourd'hui même, un tronçon du GR 65 remonte jusqu'à Genève.
Un émerveillement quotidien
Alliant richesse géographique et culturelle, le parcours de la via Podiensis fait succéder aux paysages volcaniques du Velay les forêts du Gévaudan et le plateau de Margeride, les monts désolés et magnifiques de l'Aubrac, le Rouergue et la vallée du Lot, le Quercy et les vignobles de Cahors, les collines verdoyantes de Gascogne et l'Armagnac, le Béarn et la Basse-Navarre... Et, partout, l'histoire et les arts s'inscrivent au cœur des territoires traversés, montrant un patrimoine monumental admirable, de villages médiévaux en chapelles isolées et autres joyaux de l'architecture romane.