Russie
Russie
Catherine Zerdoun
Agnès Boutteville
272 pages
Couverture souple. 25 x 25 cm. Photos.
Réf : 230527
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Un carnet de voyage pas comme les autres...
Résumé
De Moscou, la Rome asiatique aux édifices orientaux, à Vladivostok, terminus du Transsibérien en passant par les réserves du Caucase, les paysages lunaires de Sibérie Orientale ou Saint-Pétersbourg, ce magnifique album vous fait traverser en images un pays de neige riche en héritage culturel contrasté. Là, les fleuves sont des géants que le froid paralyse, dans les résidences des tsars, l’or est omniprésent, il remplace le soleil au cours des hivers interminables, les églises sont parées de pierres semi-précieuses... Laissez-vous envahir par l’appel du froid et de la couleur.
Historienne de formation et journaliste, Catherine Zerdoun collabore régulièrement à des ouvrages touristiques et encyclopédiques. Spécialiste des pays de l'Est et de l'ex-URSS, elle est notamment l'auteur, chez Hachette, du guide Évasion Moscou et Saint-Pétersbourg et du guide Un grand week-end à Saint-Pétersbourg, et coauteur du guide Évasion Pologne.
Photographe spécialisée dans le tourisme et l'art de vivre, Agnès Boutteville parcourt le monde depuis plus de quinze ans pour nous faire partager images, couleurs et sensations dans différents magazines féminins comme Avantages ou Gala... Elle a aussi illustré des livres de Marie-Dominique Perrin sur les chambres d'hôtes et hôtels de charme.
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Extrait

« L'idée que ces pierres n'ont rien de commun
avec le présent et encore moins avec le futur
procure une étrange consolation. »

Joseph Brodsky


« Par la Grâce de Dieu, Nous, Alexandre Second, Empereur et Autocrate de toutes les Russies, de Moscou, Kiew, Wladimir, Novgorod, Tsar de Casan, Tsar d'Astrakhan, Tsar de Pologne, Tsar de Sibérie, Tsar de la Chersonèse Taurique, Tsar de la Géorgie, Seigneur de Plescow et Grand Duc de Smolensk, de Lithuanie, Volhynie, Podolie et de Finlande ; Duc d'Estonie, de Livonie, de Courlande et Sémigalle, de Samogitie, Bialostock, Carélie, Twer, Jugorie, Perm, Viatka, Bolgarie et d'autres ; Seigneur et Grand Duc de Novgorod-inférieur, de Czernigow, Riasan, Polotzk, Rostow, Jaroslaw, Béloosersk, Oudor, Obdor, Condie, Witebsk, Mstislaw, Dominateur de toute la contrée du Nord ; Seigneur d'Ibérie, de la Cartalinie, de la Cabardie et de la province d'Arménie ; Prince héréditaire et Souverain des Princes de Circassie et d'autres Princes montagnards, Successeur de Norvège, Duc de Schleswig-Holstein, de Stormarn, de Dithmarsen et d'Oldenbourg, et caetera [sic], décidons que... »
Quoi qu'il ait décidé, un tel homme ne pouvait être qu'obéi. Son petit-fils Nicolas II, le dernier empereur, n'est pas moins puissant. Il règne sur le plus grand pays du monde, un immense territoire qui s'étend de la Pologne au Pacifique, de la Finlande aux confins de l'Inde, un espace où cohabitent plus de cent nationalités — Baltes blonds, Tatars descendants des Mongols de la Horde d'Or, nomade Evenks qui parlent une langue mandchoue... —, soit quelque 125 millions d'âmes. Il est l'héritier d'une histoire qui a pris un véritable tournant avec le couronnement d'Ivan IV le Terrible, premier tsar de Russie, en 1542, et s'est poursuivie avec l'établissement de la dynastie des Romanov, ses ancêtres. Sa cour et ses palais n'ont rien à envier à ceux des plus grandes monarchies de son temps. Son aïeul Pierre le Grand (1672-1225) s'est employé à faire sortir la Russie du Moyen Âge pour l'élever au rang d'une nation européenne. Inlassablement, il a parcouru l'Europe pour retenir ce qu'elle pouvait offrir de meilleur. Urbanistes, architectes, paysagistes, ingénieurs ont été recrutés en France, en Italie, en Allemagne, en Écosse pour participer à la construction de Saint-Pétersbourg, la nouvelle capitale bâtie de toutes pièces en bordure du golfe de Finlande. Compositeurs, musiciens, maîtres de ballet, acteurs, modistes et couturiers, cuisiniers et gouvernantes ont suivi pour donner le vernis nécessaire à la nouvelle « bonne société ». Les modèles ne tarderont pas à être dépassés.
Lorsqu'il fait bâtir, dans les environs de Saint-Pétersbourg, Petrodvorets (Peterhof), sa première résidence d'été, Pierre le Grand a en tête le château de Versailles qu'il a visité quelques années auparavant et qui l'a fortement impressionné. Il fait d'ailleurs appel à des Français pour réaliser les jeux d'eau du domaine. Quatre cascades, cent quarante-quatre fontaines et des kilomètres de tuyaux plus loin, le résultat est formidable. En 2003, un responsable des Eaux de Versailles visitant les installations avouait : « Ils nous ont copiés... Ils ont fait mieux que nous ! » On pourrait multiplier les exemples à l'envi. À quelques kilomètres de là, une autre résidence d'été a eu elle aussi pour vocation d'éclipser Versailles : le palais impérial de Tsarskoïe Selo possède une façade théâtrale, surchargée d'ornements — sculptures, pilastres, colonnes, atlantes musclés, autrefois dorés à l'or fin. Rien n'était trop beau ! Dans une inévitable émulation, les quelque deux mille familles princières de l'Empire ont tenté de suivre. Les Ioussoupov étaient, paraît-il, plus riches que le tsar. Leur palais du quai de la Moïka, à Saint-Pétersbourg, parle pour eux. À tel point que les bolcheviks l'ont converti entre 1918 et 1922 en un musée destiné à montrer au peuple ce qu'était la vie de l'aristocratie d'avant la Révolution. Une visite édifiante, hier comme aujourd'hui.
Depuis le XVIIIe siècle, les Romanov ont vécu et se sont presque tous fait enterrer à Saint-Pétersbourg, cette capitale bien isolée du reste de leur Empire. Installés dans le vaste palais d'Hiver, ils sont cependant toujours venus chercher leur légitimité à Moscou, capitale historique, en se faisant couronner dans la cathédrale de l'Assomption, à l'abri des murs de briques rouges crénelés du Kremlin, selon un rite immuable.
Dans la Russie contemporaine, tout le monde n'a pas la même idée de l'incarnation des fastes perdus de l'Empire. En son temps, Pierre le Grand avait entraîné le pays sur la voie d'un développement à l'occidentale, la seule possible à ces yeux. Aujourd'hui, le revival impérial fait plutôt appel à l'imagerie traditionnelle qu'il a rejetée : caftans et chemises brodées, architecture « fleurie » et bulbes colorés. Boyards contre barons, kokochniki contre crinolines : la voie slave en quelque sorte.