Contes des Mille et une Nuits
Contes des Mille et une Nuits
Ecoutez Schéhérazade...
D'après la traduction française d'Antoine Galland
376 pages
Couverture cartonnée. 22 x 30 cm. Illustrations
Réf : 228020
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Il était une fois en Perse...
Résumé
Les contes des Mille et une Nuits sont parmi les plus célèbres au monde. Dans ce très beau livre magnifiquement illustré, vous (re)découvrirez une œuvre collective foisonnante, fruit de multiples cultures orientales et méditerranéennes, formée au cours de dix siècles.  
Pourquoi on l'a choisi
Féerique : de superbes illustrations originales et chatoyantes, réalisées spécialement pour cet ouvrage par deux illustrateurs tchèques de renommée internationale. 
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :3
Le 21 septembre 2009
Sublime
Très belle couverture mais même chose pour les illustrations qui reflètent bien les histoires. Au fil des pages on se laisse guider dans un autre univers qu'est celui de l'Orient. Je vous le conseille !
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sharpei
Le 24 février 2010
Merveilleux !
Toute mon enfance, ce livre me faisait rêver, je l'ai offert, et je me le suis offert ! Tout y est superbe, la couverture, la présentation et les illustrations splendides ! C'est un ouvrage dans lequel je me plonge avec délice et bonheur, il n'y a pas d'âge pour lire ce livre.
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Remarque de Bénédicte Legrand du 24/02/10
Merci d'écrire ce genre d'avis, ça donne envie :-)
Nana7
Le 19 mai 2010
Un vrai beau livre !
A l'extérieur comme à l'intérieur, dans l'esthétique comme dans le contenu, ce livre est une merveille. Bien que la traduction de Galland ait censuré certains passages érotiques, elle reste tout de même une très bonne traduction. Si vous ne connaissiez pas réellement ce que sont "Les mille et une nuits", vous serez agréablement surpris. Je le recommande à 100%, pour soi ou pour l'offrir, petits et grands!
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Extrait
LES CHRONIQUES DES SASSANIENS, ANCIENS ROIS DE PERSE, QUI AVAIENT ÉTENDU LEUR empire dans les Indes, dans les grandes et petites îles qui en dépendent, et bien loin au-delà du Gange jusqu'à la Chine, rapportent qu'il y avait autrefois un roi de cette puissante maison qui était le plus excellent prince de son temps. Il avait deux fils : l'aîné, appelé Schahriar, digne héritier de son père, en possédait toutes les vertus, et le cadet, nommé Schahzenan, n'avait pas moins de mérite que son frère.
Après un règne aussi long que glorieux, ce roi mourut, et Schahriar monta sur le trône. Schahzenan, exclu de tout partage par les lois de l'empire, et obligé de vivre comme un particulier, au lieu de souffrir impatiemment le bonheur de son aîné, mit toute son attention à lui plaire. Il eut peu de peine à y réussir. Schahriar, qui avait naturellement de l'inclination pour ce prince, fut charmé de sa complaisance, et, par un excès d'amitié, voulant partager avec lui ses États, il lui donna le royaume de la Grande-Tartarie. Schahzenan en alla bientôt prendre possession, et il établit son séjour à Samarcande, qui en était la capitale.
Il y avait déjà dix ans que ces deux rois étaient séparés, lorsque Schahriar, souhaitant passionnément de revoir son frère, résolut de lui envoyer un ambassadeur pour l'inviter à le venir voir. Il choisit pour cette ambassade son premier vizir. Le roi de Tartarie le reçut avec de grandes démonstrations de joie, et lui demanda d'abord des nouvelles du sultan son frère. Le vizir satisfit sa curiosité, après quoi il exposa le sujet de son ambassade. Schahzenan en fut touché. « Sage vizir, dit-il, le sultan mon frère me fait trop d'honneur, et il ne pouvait rien me proposer qui me fût plus agréable. S'il souhaite de me voir, je suis pressé de la même envie. Le temps, qui n'a point diminué son amitié, n'a point affaibli la mienne. Mon royaume est tranquille, et je ne veux que dix jours pour me mettre en état de partir avec vous. »
Schahzenan, se disposant à partir, régla les affaires les plus pressantes, établit un conseil pour gouverner son royaume pendant son absence, et mit à la tête de ce conseil un ministre dont la sagesse lui était connue et en qui il avait une entière confiance. Au bout de dix jours, ses équipages étant prêts, il dit adieu à la reine sa femme, sortit sur le soir de Samarcande, et, suivi des officiers qui devaient être du voyage, il se rendit au pavillon royal qu'il avait fait dresser auprès des tentes du vizir. Voulant encore une fois embrasser la reine, qu'il aimait beaucoup, il retourna seul dans son palais. Il alla droit à l'appartement de cette princesse, qui, ne s'attendant pas à le revoir, avait reçu dans son lit un des officiers de sa maison. Il y avait déjà longtemps qu'ils étaient couchés, et ils dormaient tous deux d'un profond sommeil.
Le roi entra sans bruit, se faisant un plaisir de surprendre par son retour une épouse dont il se croyait tendrement aimé. Mais quelle fut sa surprise, lorsqu'à la clarté des flambeaux, qui ne s'éteignent jamais la nuit dans les appartements des princes et des princesses, il aperçut un homme dans ses bras. Il demeura immobile durant quelques moments, ne sachant s'il devait croire ce qu'il voyait. Mais, n'en pouvant douter : « Quoi ! dit-il en lui- même, je suis à peine hors de mon palais, je suis encore sous les murs de Samarcande, et l'on m'ose outrager ! Ah ! perfide ! Votre crime ne sera pas impuni ! Comme roi, je dois punir les forfaits qui se commettent dans mes États ; comme époux offensé, il faut que je vous immole à mon juste ressentiment. » Enfin, ce malheureux prince tira son sabre, s'approcha du lit, et d'un seul coup fit passer les coupables du sommeil à la mort. Ensuite, les prenant l'un après l'autre, il les jeta par une fenêtre dans le fossé dont le palais était environné.
S'étant vengé de cette sorte, il sortit de la ville comme il y était venu, et se retira sous son pavillon. Il n'y fut pas plus tôt arrivé que, sans parler à personne de ce qu'il venait de faire, il ordonna de plier les tentes et de partir. Tout fut bientôt prêt, et il n'était pas jour encore qu'on se mit en marche au son des timbales et de plusieurs autres instruments qui inspiraient de la joie à tout le monde, hormis au roi. Ce prince, toujours occupé de l'infidélité de la reine, était la proie d'une affreuse mélancolie qui ne le quitta point pendant tout le voyage.
Lorsqu'il fut près de la capitale des Indes, il vit venir au-devant de lui le sultan Schahriar avec toute sa cour. Quelle joie pour ces princes de se revoir ! Ils mirent tous deux pied à terre pour s'embrasser ; et après s'être donné mille marques de tendresse, ils remontèrent à cheval, et entrèrent dans la ville aux acclamations d'une foule innombrable. Le sultan conduisit le roi son frère jusqu'au palais qu'il lui avait fait préparer. Ce palais communiquait au sien par un même jardin ; il était d'autant plus magnifique, qu'il était consacré aux fêtes et aux divertissements de la cour.
Schahriar quitta d'abord le roi de Tartarie, pour lui donner le temps d'entrer au bain et de changer d'habit ; mais, dès qu'il sut qu'il en était sorti, il vint le retrouver. Ils s'assirent sur un sofa, et comme les courtisans se tenaient éloignés par respect, ces deux princes commencèrent à s'entretenir de tout ce que deux frères, encore plus unis par l'amitié que par le sang, ont à se dire après une longue absence. L'heure du souper étant venue, ils mangèrent ensemble ; et après le repas ils reprirent leur entretien, qui dura jusqu'à ce que Schahriar, s'apercevant que la nuit était fort avancée, se retire pour laisser reposer son frère.
L'infortuné Schahzenan se coucha ; mais si la présence du sultan son frère avait été capable de suspendre pour quelque temps ses chagrins, ils se réveillèrent alors avec violence. Au lieu de goûter le repos dont il avait besoin, il ne fit que rappeler dans sa mémoire les plus cruelles réflexions. Toutes les circonstances de l'infidélité de la reine se présentaient si vivement à son imagination, qu'il en était hors de lui-même. Enfin, ne pouvant dormir, il se leva, et se livrant tout entier à des pensées si affligeantes, il parut sur son visage une impression de tristesse que le sultan ne manqua pas de remarquer. « Qu'a donc le roi de Tartarie ? disait-il. Qui peut causer ce chagrin que je lui vois ? Aurait-il sujet de se plaindre de la réception que je lui ai faite ? Non : je l'ai reçu comme un frère que j'aime, et je n'ai rien là-dessus à me reprocher. Peut-être se voit-il à regret éloigné de ses États ou de la reine sa femme. Ah ! si c'est cela qui l'afflige, il faut que je lui fasse incessamment les présents que je lui destine, afin qu'il puisse partir quand il lui plaira, pour s'en retourner à Samarcande. » Effectivement, dès le lendemain il lui envoya une partie de ces présents, composés de tout ce que les Indes produisent de plus rare, de plus riche et de plus singulier. Il ne laissait pas d'essayer de le divertir tous les jours par de nouveaux plaisirs ; mais les fêtes les plus agréables ne faisaient qu'irriter ses chagrins.
Un jour, Schahriar ayant ordonné une grande chasse à deux journées de sa capitale, dans un pays où il y avait particulièrement beaucoup de cerfs, Schahzenan le pria de le dispenser de l'accompagner, en lui disant que l'état de sa santé ne lui permettait pas d'être de la partie. Le sultan ne voulut pas le contraindre et partit avec toute sa cour pour aller prendre ce divertissement. Après son départ, le roi de la Grande-Tartarie, se voyant seul, s'enferma dans son appartement. Il s'assit à une fenêtre qui avait vue sur le jardin. Ce beau lieu et le ramage d'une infinité d'oiseaux qui y faisaient leur retraite lui auraient donné du plaisir, s'il eût été capable d'en ressentir ; mais, toujours déchiré par le souvenir funeste de l'action infâme de la reine, il arrêtait moins souvent ses yeux sur le jardin qu'il ne les levait au ciel pour se plaindre de son malheureux sort.
Un objet attira toute son attention. Une porte secrète du palais du sultan s'ouvrit tout à coup, et il en sortit vingt femmes au milieu desquelles marchait la sultane. Cette princesse, croyant que le roi de la Grande-Tartarie était aussi à la chasse, s'avança avec fermeté jusque sous les fenêtres de l'appartement de ce prince, qui, voulant par curiosité l'observer, se plaça de manière qu'il pouvait tout voir sans être vu. Il remarqua que les personnes qui accompagnaient la sultane se découvrirent le visage et quittèrent de longs habits qu'elles portaient par-dessus d'autres plus courts. Mais il fut dans un extrême étonnement de voir que dans cette compagnie qui lui avait semblé toute composée de femmes, il y avait dix Noirs qui prirent chacun leur maîtresse. La sultane, de son côté, ne demeura pas longtemps sans amant ; elle frappa des mains en criant : « Masoud ! Masoud ! » et aussitôt un autre Noir descendit du haut d'un arbre, et courut à elle avec beaucoup d'empressement.
La pudeur ne me permet pas de raconter tout ce qui se passa entre ces femmes et ces Noirs. Il suffit de dire que Schahzenan en vit assez pour juger que son frère n'était pas moins à plaindre que lui. Les plaisirs de cette troupe amoureuse durèrent jusqu'à minuit. Ils se baignèrent tous ensemble dans une grande pièce d'eau, qui faisait un des plus grands ornements du jardin ; après quoi, ayant repris leurs habits, ils rentrèrent par la porte secrète dans le palais du sultan ; et Masoud, qui était venu du dehors par-dessus la muraille du jardin, s'en retourna par le même endroit.
Comme toutes ces choses s'étaient passées sous les yeux du roi de la Grande-Tartarie, elles lui donnèrent lieu de faire une infinité de réflexions. « Que j'avais peu de raison, disait-il, de croire que mon malheur était si singulier ! C'est sans doute l'inévitable destinée de tous les maris, puisque le sultan mon frère, le souverain de tant d'États, le plus grand prince du monde, n'a pu l'éviter. Cela étant, quelle faiblesse de me laisser consumer de chagrin ! » En effet, dès ce moment il cessa de s'affliger ; et, comme il n'avait pas voulu souper qu'il n'eût vu toute la scène qui venait d'être jouée sous ses fenêtres, il fit servir alors, et mangea de meilleur appétit qu'il n'avait fait depuis son départ de Samarcande.
Les jours suivants il fut de très bonne humeur ; et lorsqu'il sut que le sultan était de retour, il alla au-devant de lui, et lui fit son compliment d'un air enjoué. Schahriar d'abord ne prit pas garde à ce changement ; il lui parla du grand nombre de cerfs et d'autres animaux qu'il avait pris, et enfin du plaisir qu'il avait eu. Schahzenan, après l'avoir écouté avec attention, prit la parole à son tour. Comme il n'avait plus de chagrin qui l'empêchât de faire paraître combien il avait d'esprit, il dit mille choses agréables et plaisantes.
Le sultan fut ravi de le voir si gai. « Mon frère, lui dit-il, je rends grâces au ciel de l'heureux changement qu'il a produit en vous pendant mon absence ; j'en ai une véritable joie, mais j'ai une prière à vous faire, et je vous conjure de m'accorder ce que je vais vous demander.
— Que pourrais-je vous refuser ? répondit le roi de Tartarie. Vous pouvez tout sur Schahzenan. Parlez ; je suis dans l'impatience de savoir ce que vous souhaitez de moi.
— Depuis que vous êtes dans ma cour, reprit Schahriar, je vous ai vu plongé dans une noire mélancolie, que j'ai vainement tenté de dissiper par toutes sortes de divertissements. Je me suis imaginé que votre chagrin venait de ce que vous étiez éloigné de vos États ; j'ai cru même que l'amour y avait beaucoup de part, et que la reine de Samarcande, que vous avez dû choisir d'une beauté achevée, en était peut-être la cause. Je ne sais si je me suis trompé dans ma conjecture ; mais je vous avoue que c'est particulièrement pour cette raison que je n'ai pas voulu vous importuner là-dessus, de peur de vous déplaire. Cependant, sans que j'y aie contribué en aucune manière, je vous trouve à mon retour de la meilleure humeur du monde. Dites-moi, de grâce, pourquoi vous étiez si triste, et pourquoi vous ne l'êtes plus. »
À ce discours, le roi de la Grande-Tartarie demeura quelque temps rêveur, comme s'il eût cherché à y répondre. Enfin il repartit dans ces termes : « Vous êtes mon sultan et mon maître ; mais dispensez-moi, je vous supplie, de vous donner la satisfaction que vous me demandez.
— Non, mon frère, répliqua le sultan, il faut que vous me l'accordiez ; je la souhaite, ne me la refusez pas. » Schahzenan ne put résister aux instances de Schahriar. « Eh bien, mon frère, lui dit-il, je vais vous satisfaire, puisque vous me le commandez. » Alors il lui raconta l'infidélité de la reine de Samarcande ; et lorsqu'il eut achevé le récit : « Voilà, poursuivit- il, le sujet de ma tristesse ; jugez si j'avais tort de m'y abandonner.
— Ô mon frère ! s'écria le sultan, quelle horrible histoire venez-vous de me raconter ! Avec quelle impatience je l'ai écoutée jusqu'au bout ! Je vous loue d'avoir puni les traîtres qui vous ont fait un outrage si sensible. On ne saurait vous reprocher cette action : elle est juste ; et pour moi, j'avouerai qu'à votre place j'aurais eu peut-être moins de modération que vous. Je ne me serais pas contenté d'ôter la vie à une seule femme ; je crois que j'en aurais sacrifié plus de mille à ma rage. Je ne suis pas étonné de vos chagrins. Ô ciel ! quelle aventure ! Non, je crois qu'il n'en est jamais arrivé de semblable à personne qu'à vous. Mais enfin il faut louer Dieu de ce qu'il vous a donné de la consolation ; faites-moi la confidence entière. »
Schahzenan fit plus de difficulté sur ce point que sur le précédent, à cause de l'intérêt que son frère y avait ; mais il fallut céder à ses nouvelles instances. « Je vais donc vous obéir, lui dit-il, puisque vous le voulez absolument. Je crains que mon obéissance ne vous cause plus de chagrin que je n'en ai eu ; mais vous ne devez vous en prendre qu'à vous-même, puisque c'est vous qui me forcez à vous révéler une chose que je voudrais ensevelir dans un éternel oubli.
— Ce que vous me dites, interrompit Schahriar, ne fait qu'irriter ma curiosité ; hâtez- vous de me découvrir ce secret, de quelque nature qu'il puisse être. » Le roi de Tartarie, ne pouvant plus s'en défendre, fit alors le détail de tout ce qu'il avait vu du déguisement des Noirs, des débordements de la sultane et de ses femmes, et il n'oublia pas Masoud. « Après avoir été témoin de ces infamies, continua-t-il, je pensai que toutes les femmes y étaient naturellement portées, et qu'elles ne pouvaient résister à leur penchant. Cette réflexion m'en fit faire beaucoup d'autres ; et enfin je jugeai que je ne pouvais prendre un meilleur parti que de me consoler. Il m'en a coûté quelques efforts, mais j'en suis venu à bout ; et, si vous m'en croyez, vous suivrez mon exemple. »
Quoique ce conseil fût judicieux, le sultan ne put le goûter. Il entra même en fureur. « Quoi, dit-il, la sultane des Indes est capable de se prostituer d'une manière si indigne ! Non, mon frère, ajouta-t-il, je ne puis croire ce que vous me dites si je ne le vois de mes propres yeux. Il faut que les vôtres vous aient trompé ; la chose est assez importante pour mériter que j'en sois assuré par moi-même.
— Mon frère, répondit Schahzenan, si vous voulez en être témoin, cela n'est pas fort difficile : vous n'avez qu'à faire une nouvelle partie de chasse et la nuit nous reviendrons tous deux seuls dans mon appartement. Je suis assuré que le lendemain vous verrez ce que j'ai vu. » Le sultan approuva le stratagème.
Le jour suivant, les deux princes partirent avec toute leur suite. Ils arrivèrent où ils devaient camper, et ils y demeurèrent jusqu'à la nuit. Le lendemain de bon matin, ils s'allèrent placer à la même fenêtre d'où le roi de Tartarie avait vu la scène des Noirs. En s'entretenant, ils jetaient souvent les yeux du côté de la porte secrète. Elle s'ouvrit enfin ; et la sultane parut avec ses femmes et les dix Noirs déguisés ; elle appela Masoud ; et le sultan en vit plus qu'il n'en fallait pour être pleinement convaincu de sa honte et de son malheur. « Ô Dieu ! s'écria-t-il, quelle indignité ! quelle horreur ! L'épouse d'un souverain tel que moi peut-elle être capable de cette infamie ? Après cela, quel prince osera se vanter d'être parfaitement heureux ? Ah ! mon frère ! poursuivit-il en embrassant le roi de Tartarie, renonçons tous deux au monde. Abandonnons nos États et tout l'éclat qui nous environne. Allons dans des royaumes étrangers traîner une vie obscure et cacher notre infortune. » Schahzenan n'approuvait pas cette résolution ; mais il n'osa la combattre dans l'emportement où il voyait Schahriar. « Mon frère, lui dit-il, je n'ai pas d'autre volonté que la vôtre ; je suis prêt à vous suivre partout où il vous plaira ; mais promettez-moi que nous reviendrons si nous pouvons rencontrer quelqu'un qui soit plus malheureux que nous.
— Je vous le promets, répondit le sultan, mais je doute fort que nous trouvions personne qui le puisse être.
— Je ne suis pas de votre sentiment là-dessus, répliqua le roi de Tartarie ; peut-être même ne voyagerons-nous pas longtemps. » En disant cela, ils sortirent secrètement du palais, et prirent un autre chemin que celui par où ils étaient venus. Ils marchèrent tant qu'ils eurent du jour assez pour se conduire, et passèrent la première nuit sous des arbres. S'étant levés dès le point du jour, ils continuèrent leur marche jusqu'à une belle prairie sur le bord de la mer, où il y avait, d'espace en espace, de grands arbres fort touffus. Ils s'assirent sous un de ces arbres. L'infidélité des princesses leurs femmes fit le sujet de leur conversation.