La traque des nazis
La traque des nazis
de 1945 à nos jours
Isabelle Clarke
Beate Klarsfeld
Serge Klarsfeld
Daniel Costelle
200 pages
Couverture cartonnée. 26 x 26 cm
Inclus : 1 DVD de 90 min.
Réf : 223784
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 39,00  (prix public)
La suite d'Apocalypse
Résumé
Ce livre complète le documentaire diffusé sur France 2 (le DVD est inclus) réalisé par les créateurs d’Apocalypse avec Mathieu Kassovitz comme récitant. Il conte les soixante ans d’enquête, de rebondissements, de procès et de drames qui ont parsemé la longue traque des nazis, de 1945 à nos jours.
En savoir plus
Voici l'histoire, dans toute son horreur, de la longue traque des nazis, de 1945 à nos jours. Soixante ans d'enquêtes, de rebondissements, de procès et de drames, essentiellement l'œuvre de trois personnages hors du commun : l'Autrichien Simon Wiesenthal et le couple franco-allemand Beate et Serge Klarsfeld.
Simon Wiesenthal, rescapé des camps de la mort, a poursuivi ses bourreaux sans relâche, depuis les kapos jusqu'à Mengele, le médecin d'Auschwitz.
Fils d'un déporté juif assassiné, l'avocat et historien Serge Klarsfeld a consacré sa vie à la traque des plus hauts responsables nazis encore en fuite. Il a épousé Beate, une Allemande non juive qui dénonce le silence de son peuple et les lois qui permettent l'impunité de ces criminels. Ensemble, ils vont démasquer et juger des tueurs de la Gestapo comme Kurt Lischka, Herbert Hagen ou Klaus Barbie.

Cet ouvrage réunit d'une part les images et le commentaire du documentaire exceptionnel d'Isabelle Clarke et Daniel Costelle La Traque des nazis et d'autre part des documents d'archives (textes, entretien, photographies extraites de l'Album d'Auschwitz et du Mémorial de la Shoah ...) de Beate et Serge Klarsfeld.
Des témoignages exceptionnels, trois destins admirables qui font de ce livre une œuvre incontournable.
Pourquoi on l'a choisi
Une foule de témoignages éclaire cette période sombre et surtout ceux de trois personnages hors du commun : Beate et Serge Klarsfeld ainsi que Simon Wiesenthal, rescapés des camps de la mort qui poursuivirent leurs bourreaux, depuis les kapos jusqu’à Mengele.
Daniel Costelle est né le 11 mai 1936 à Livry Gargan. Documentariste et auteur, il a réalisés de nombreux documentaires pour la télévision, ainsi qu'un long métrage, Apparitions, en 1991.
Le 17 juin 2003, il reçoit les insignes de chevalier de la légion d'honneur. Lors de cette distinction, il a tenu à préciser que : « à travers lui, ce sont tous ceux qui se préoccupent de conserver les archives filmées de ce siècle qui sont récompensés ».
Extrait

Pour aller plus loin


L'événement déclencheur de l'action de Serge et Beate Klarsfeld est le refus du Bundestag de ratifier l'accord franco-allemand de 1971 devant rendre à l'Allemagne la compétence de juger des affaires non classées en France et rendant donc possibles des procès en contournant l'obstacle de l'impossibilité, inscrit dans la loi fondamentale allemande, d'extrader ses ressortissants.
Ils concentrent leur action sur une vingtaine de personnes constituant l'état-major de la police en France, les criminels nazis qui avaient opéré en France et en Belgique contre les juifs et qui se sont recyclés dans la vie normale en Allemagne à des postes importants. Mais ils mènent aussi un certain nombre d'actions symboliques pour susciter des scandales et dénoncer la présence d'anciens nazis dans l'administration et le gouvernement allemand et autrichien (Waldheim, Kiesinger) et plus généralement l'impunité d'anciens responsables.
Beate fait de la prison à plusieurs reprises. Le couple subit deux attentats.


La traque officielle

En pleine civilisation, en se servant de procédés méthodiques, la cruauté raciale nazie a atteint son paroxysme. Six millions de juifs ont succombé dans les conditions les plus atroce, à ce mélange de mystique barbare et d'esprit administratif.
Les crimes de Himmler, Heydrich, Eichmann atteignaient toutes les régions asservies au Reich. Leurs circulaires aspiraient les juifs au fond de l'univers concentrationnaire. Les convois de déportation provenaient de Drancy, de Prague, de Malines, de Westerbork, d'Oslo, de Vienne. Il n'a fallu que quelques jours pour que les juifs de l'île de Rhodes arrêtés en pleine Méditerranée traversent la mer et l'Europe et se retrouvent sur la sinistre rampe d'arrivée à Birkenau, à quelques pas des chambres à gaz où ils allaient être exterminés. Les rafles s'opéraient simultanément à Budapest, Toulouse, Minsk ou Mantoue, dans les villages de Thrace ou dans ceux de Dordogne. L'équipe des organisateurs du massacre sillonnait l'Europe : après avoir persécuté les juifs allemands en 1939, le lieutenant d'Eichmann, Dannecker, installa en 1940 la réserve de Nisko en Pologne, puis prépara la déportation des juifs de France jusqu'à l'été 1942. On le trouve ensuite à Sofia, où il négocie la déportation des juifs bulgares, puis à Prague. À Budapest, il coopère avec Eichmann à la déportation de plusieurs centaines de milliers de juifs hongrois, et finit sa carrière en déportant les juifs de l'Italie du Nord. Un autre des plus efficaces lieutenants d'Eichmann, Brunner, a opéré successivement à Vienne, à Berlin, à Salonique, à Paris et en Slovaquie.
Ce crime parfait, le mieux préparé, le mieux organisé, le mieux exécuté, témoigne de l'envergure effrayante avec laquelle ses auteurs l'ont conçu et réalisé.
Ce n'est pas un crime isolé, l'œuvre d'une petite équipe autonome. C'est un crime de masse qui a nécessité d'abord la coopération de diverses administrations allemandes : il a fallu des convois ferroviaires et des négociations avec le ministère des Transports. Pour obtenir la livraison des juifs de nationalités relevant de pays neutres, ou alliés de l'Axe, ou bien soumis au Reich, mais à ménager, il a fallu le concours de la diplomatie hitlérienne, qui, le plus souvent, l'a donné sans réserve.
Il a fallu aussi le concours de l'armée allemande pour que les groupes spéciaux d'extermination, les Einsatzgruppen, puissent accomplir efficacement leur besogne de tueurs. Plus d'un million et demi de juifs furent massacrés par ces SS appartenant à la police politique, mais dont l'entretien était assuré par la Wehrmacht en termes d'approvisionnement, de transport, de munitions, de moyens de transmission - tout ce qui leur était nécessaire pour anéantir les juifs de l'Union soviétique.
Il a fallu, de plus, l'exploitation de la main-d'œuvre concentrationnaire par la grande industrie allemande qui a réalisé de fabuleux bénéfices en louant à bas prix aux SS ces esclaves qu'elle n'avait ni à ménager ni à nourrir décemment. Lorsque rapidement ils perdaient leur capacité de travail, les industriels allemands les rendaient aux SS qui les faisaient passer à la chambre à gaz.
Il a fallu aussi, ne l'oublions pas, la complicité des antisémites locaux - de la Pologne à l'Ukraine, de la Roumanie aux pays baltes -, ainsi que la complicité des régimes mis en place ou soutenus par le IIIe Reich - Slovaquie, Croatie, Vichy, République de Salò - et qui soit ont massacré eux-mêmes leurs juifs, soit les ont livrés à l'occupant hitlérien.

Ainsi, de 1940 à 1945, le nazisme a tué ou fait tuer deux tiers du peuple juif vivant en Europe, et par des méthodes variées : les exécutions sommaires par petits groupes ou dans les grandes fosses comme celle de Babi Yar ; la sous-nutrition des ghettos ; les chambres à gaz ambulantes des territoires de l'Est ; le surmenage et la sous-alimentation dans les mines, les carrières ou les usines de IG-Farben ou de Krupp ; les coups de bâton dans les pogroms provoqués ; enfin, dans les chambres à gaz de Chelmno, de Treblinka, de Majdanek, de Belzec, de Sobibor, de Stuthoff, d'Auschwitz. Un médecin SS, le Dr Kramer, a dit avoir observé par le hublot comment les juifs du convoi de Drancy parti le 31 août 1942 ont été gazés : « En comparaison, l'enfer de Dante m'apparaît presque comme une comédie. Ce n'est pas pour rien qu'Auschwitz est appelé camp d'extermination. »
Cette colossale entreprise d'extermination, par sa nature et par ses dimensions, n'a jamais eu d'équivalent. Pour être menée à bien par l'État d'un peuple appartenant dans son ensemble au christianisme et connu pour être l'un des plus civilisés du monde occidental, il a fallu deux catégories de criminels :
— ceux qui perpétraient directement les assassinats massifs, la base de cette hiérarchie du crime ;
— et ceux qui tuaient de derrière leurs bureaux, c'est-à-dire qui donnaient des ordres de tuer ou dont les activités contribuaient à l'organisation du crime.
Les uns et les autres sont coupables car, sans leurs agissements conjugués, il n'y aurait pas eu ces millions de victimes dont, sans doute, plus d'un million d'enfants.

À ce crime inexpiable devait correspondre une impérative exigence de justice. À travers la personne physique des agents qui l'ont incarné, c'est l'État nazi qui devait être sans cesse poursuivi, jugé et condamné pour ce génocide, afin que soit rejetée à jamais l'idéologie raciste.

Dès janvier 1942, à Londres, les huit gouvernements européens en exil plus le comité national de la France libre se réunissent. Ils mettent au point une déclaration stigmatisant les crimes allemands. Il faut noter que, déjà, se fait sentir, mais sans succès, une volonté juive de prévenir le crime antijuif en mettant ce dernier en évidence. En effet, sous la pression du Congrès juif mondial, la section britannique de celui-ci insiste - en vain - pour que cette déclaration comprenne une partie spécifique sur les crimes perpétrés contre les juifs.
Dans cette déclaration et dans celles qui suivirent, le crime antijuif ne fut pas, hélas ! distingué des autres crimes. S'il en avait été autrement, si les Alliés avaient menacé explicitement les Allemands de représailles contre ce crime raciste, peut-être le zèle des tueurs en eût-il été tempéré.