L'école des saveurs
Top lecteur
L'école des saveurs
Erica Bauermeister
240 pages
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 200871
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 19,00  (prix public)
Disponible
Résumé
Il y a vingt ans, la petite Lilian a sorti sa mère du chagrin provoqué par le départ de son mari grâce à un cacao aux épices. Aujourd’hui, dans son restaurant, Lilian anime un atelier cuisine. Huit élèves de tous âges et tous milieux s’y retrouvent chaque semaine, dévoilant au fil des recettes leurs souvenirs, leurs fêlures, mais aussi leurs espoirs les plus fous. 
Pourquoi on l'a choisi
Ne cherchez pas plus loin la recette du bonheur : elle est ici, entre ces pages remplies de saveurs alléchantes et de personnages aux cœurs cabossés. Cédez à la tentation, c’est tout simplement délicieux ! 
Avis Top Lecteur
« Ce livre est une véritable ode à la cuisine et à la vie. Tout en délicatesse et en poésie, ce récit ne se lit pas, il se goûte comme on goûte un peu de morceau de vie de chaque personnage, se déguste lentement et se savoure jusqu’à la dernière miette de mot. »

Lauriane Fiandino


« Savoureux, il est d’une sensibilité incroyable et réveille chacun de nos sens. »

Stéphanie Tranchant
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :8
laronze caroline
Le 19 octobre 2010
Miam !
J'ai adoré, dégusté, savouré cette belle lecture qui parle aux sens et au cœur. J'aime cuisiner pour toucher les gens et je me suis retrouvée dans cette école des saveurs. Lilian, un chef pas comme les autres et des élèves avec des bleus à l'âme qui se soignent doucement dans les fourneaux de son restaurant... Un vrai délice !
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JeudiProchain
Le 25 octobre 2010
Un petit trésor avec des pépites de chocolat
Ne vous fiez pas à sa couverture, ce livre est une vraie perle. Entre ses pages, des bouffées d'épices, des volutes crémeuses, des surprises piquantes... Il donne envie de se concocter une vie à la hauteur d'une certaine idée de la beauté du monde et des relations humaines, sans oublier un seul ingrédient. Belle plongée dans les émotions qui vont droit de la bouche au coeur.
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stef93330
Le 06 juillet 2010
Délicieux
Ne passez pas votre chemin !! Voilà un livre doux comme du sirop : vous n'allez pas le lire, vous allez le déguster ! Ce livre est magnifiquement écrit : l'auteur use des figures de style avec finesse, la force des sentiments égale celle des épices. Pas d'action, mais des personnages profonds et attachants. Une fois refermé, vous ne pourrez pas faire autrement que de le passer à vos amis, comme on partage un bon petit plat !
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petitesouris87
Le 18 octobre 2010
J'ai adoré
Trouver des solutions via la cuisine, pourquoi pas ? Lilian nous amène dans son monde. En le lisant, il m'est arrivé plusieurs fois de prendre un instant pour fermer les yeux et d'imaginer les couleurs, les odeurs et même le goût ! Vraiment très agréable à lire ! Je le recommande !
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caro1792
Le 14 février 2011
Ode à la cuisine
Grâce à ce livre, je me suis souvenue pourquoi j'aime la cusine. Même, notre vision de la vie évolue au fur et à mesure des pages... Une saveur peut nous rappeler tant de choses oubliées... Merci à l'auteur. J'ai savouré ce livre, et j'en ai repris.
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bull744
Le 02 janvier 2011
Réjouissant
Un petit livre sans prétention mais qui se lit d'une traite, à moins que l'on ne préfère le déguster comme un millefeuille ! Du bonheur en pages !
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Le 17 juillet 2011
Succulent !
Un livre plein de douceur, où l'on découvre chaque personnage... dont le lien est le chef Lilian.
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yety
Le 15 avril 2012
A deguster sans modération
Ce livre me fait penser à une brioche à qui on doit donner le temps de lever et qui une fois prête se dévore d'un seul coup.
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Erica Bauermeister a longtemps enseigné la littérature et l'écriture à l'université de Washington. Auteur de deux ouvrages consacrés à la littérature féminine, L'École des saveurs est son premier roman.
Extrait

Lillian


Lillian avait quatre ans lorsque son père les avait quittées et que sa mère, sous le choc, s'était réfugiée dans les livres. Elle l'avait regardée s'immerger et disparaître, percevant instinctivement, malgré son jeune âge, que cette décision avait été prise par instinct de survie, et elle s'était adaptée à l'univers qui allait désormais être le sien.
Dans cette nouvelle vie, la figure de sa mère se transforma en une série de couvertures de livres à la place habituelle des yeux, du nez et de la bouche. Lillian ne tarda pas à comprendre que les couvertures pouvaient annoncer une humeur au même titre que les expressions du visage : sa mère s'enfonçait à tel point dans les profondeurs de ses lectures que la personnalité du personnage principal la nimbait comme un parfum appliqué sans discernement. Lillian ne savait jamais qui elle allait trouver à la table du petit déjeuner, bien que le peignoir, les cheveux et les pieds soient toujours les mêmes. C'était comme si elle avait une magicienne pour mère, à une différence près : Lillian soupçonnait les magiciens qu'elle voyait aux goûters d'anniversaire de rentrer chez eux et d'y redevenir des hommes corpulents, pères de trois enfants, avec une pelouse à tondre. Tandis que sa mère, elle, se contentait de finir un livre avant de passer directement au suivant.
Pour sa mère, lire n'était pas une occupation totalement silencieuse. Bien avant le départ de son père, bien avant que Lillian apprenne que les mots avaient un sens au-delà de leur musique, sa mère lui faisait la lecture tout haut. Et elle ne lui lisait pas des livres en carton, avec leurs illustrations en couleurs primaires et leurs rimes monosyllabiques ; ceux-là, elle les ignorait tel un contrôleur de la qualité qui a peu de temps et beaucoup de produits à inspecter.
« Pourquoi manger des pommes de terre, Lily, disait-elle, quand on peut déguster un repas avec entrée, plat, fromage et dessert ? »
Et elle commençait la lecture.
Pour la mère de Lillian, chaque élément du livre était magique, mais ce qui la ravissait le plus, c'étaient les mots eux-mêmes. Elle recherchait les phrases exquises et les rythmes compliqués, les descriptions qui coulaient en ondulant sur la page comme de la pâte à gâteau dans le moule ; elle lisait à voix haute pour poser les mots dans l'air, où elle pouvait les entendre mais aussi les voir.
« Oh, Lily, disait-elle, écoute-moi celui-là. Il sonne vert, tu ne trouves pas ? »
Et Lillian, qui était trop jeune pour savoir que les mots n'étaient pas des couleurs et que les pensées n'étaient pas des sons, écoutait les syllabes fondre doucement sur elle et se disait : Alors c'est ça, le son du vert.
Mais, après le départ de son père, les choses changèrent, et Lillian en vint à se percevoir de plus en plus comme l'assistante muette et complaisante d'une collectionneuse de mots et de tournures ou, lorsqu'elles étaient en public, comme l'alibi de sa mère en société.
Les gens souriaient devant cette femme qui nourrissait l'imagination littéraire de sa fille, mais Lillian ne s'y trompait pas. Dans son esprit, sa mère était un musée de mots ; elle, Lillian, était une annexe, nécessaire lorsque la place venait à manquer dans le bâtiment principal.
Pas étonnant, donc, qu'en atteignant l'âge d'apprendre à lire elle se soit braquée. Ce n'était pas seulement par défi, même si, dès ses premiers jours au jardin d'enfants, elle avait été prise de bouffées d'agressivité envers les livres, qui la laissaient à la fois désemparée et animée d'une légère sensation de puissance. Mais il n'y avait pas que ça. Dans le monde de Lillian, les livres étaient des couvertures, et les mots, du son et du mouvement, pas des formes. Elle n'arrivait pas à faire le lien entre les rythmes qui s'étaient insinués dans son imagination et ce qu'elle voyait sur le papier. Les lettres gisaient sur la page, disposées avec une précision impitoyable. Il n'y avait aucune magie sur le papier, Lillian le voyait bien ; or, si cela ne faisait qu'accroître le respect qu'elle avait pour les capacités de sa mère, cela ne stimulait en rien son intérêt pour la lecture.

Ce fut au cours de ses premiers accrochages avec la lecture que Lillian découvrit la cuisine. Depuis le départ de son père, le ménage était devenu pour sa mère une destination de voyage rarement atteinte, la lessive, cette amie qu'on oublie toujours d'appeler. Lillian apprit comment s'acquitter de ces tâches en suivant les mères de ses copines d'une pièce à l'autre de leurs maisons : l'air de rien, les mamans lâchaient une information sur l'eau de Javel ou la façon de changer un sac d'aspirateur, comme s'il s'agissait de jeux d'enfants parmi tant d'autres. Lillian enregistrait et, bientôt, sa maison — du moins jusqu'à un mètre quarante du sol — bénéficia de certaines habitudes ménagères.
Mais ce qui fascinait Lillian, chez ses amies, c'étaient les préparatifs de cuisine — ces arômes qui l'appelaient juste au moment où elle devait rentrer à la maison, le soir. Certaines odeurs étaient pointues comme un claquement de talons hauts sur un parquet de bois dur. D'autres évoquaient la chaleur qui flotte dans l'air à la fin de l'été. Lillian observait la façon dont une odeur de fromage en train de fondre attirait les enfants hors de leurs chambres, tout alanguis, dont l'ail leur déliait la langue et leur faisait raconter leur journée à partir d'une simple plaisanterie. Lillian trouvait bizarre que les mères ne soient pas toutes conscientes de ces choses-là — celle de Sarah, par exemple, préparait toujours du curry quand elle était fâchée avec sa fille adolescente, et l'odeur sillonnait la maison avec la force d'un défi. Mais Lillian se rendit vite compte que beaucoup de gens ne comprenaient pas ce langage des odeurs qui lui paraissait, à elle, d'une limpidité totale.
Peut-être, songeait Lillian, que les odeurs étaient pour elle ce que les mots étaient pour d'autres, quelque chose de vivant, qui grandit et évolue. Pas seulement la senteur du romarin dans le jardin, mais sa persistance sur ses mains quand elle en avait cueilli pour la mère d'Elizabeth, son arôme qui se mêlait dans le four à la lourde odeur de graisse de poulet et d'ail, ses relents sur les coussins du canapé le lendemain. Et puis Elizabeth, qui resterait toujours associée au romarin dans ses souvenirs, avec son visage rond plissé par le rire quand Lillian lui avait mis sous le nez la petite branche hérissée d'aiguilles.
Lillian aimait réfléchir aux odeurs, de même qu'elle aimait le poids de la grosse casserole de la mère de Mary dans sa main ou la façon dont l'arôme de la vanille se diffusait dans le lait chaud. Elle repensait souvent au jour où la mère de Margaret l'avait laissée l'aider à préparer une sauce béchamel, revivant cet instant comme certains enfants essaient de reconstituer, détail après détail, les différents moments de leur goûter d'anniversaire préféré. Margaret avait fait la tête parce que, avait-elle affirmé, elle n'était jamais autorisée à aider à la cuisine, elle, mais Lillian avait refoulé tout sentiment de solidarité pour grimper sur la chaise. Debout, elle avait regardé le beurre fondre dans la casserole comme une vague lointaine qui se déroule et se répand sur le sable, puis la farine s'y mêler, en masse hideuse qui détruisait le tableau, ensuite, à force de tours, le mélange beurre-farine devenir lisse, très lisse (la main de la mère de Margaret freinant celle de Lillian sur la cuillère de bois, quand elle était tentée d'écraser les grumeaux, pour lui faire décrire des cercles lents et souples), puis une nouvelle fois le tableau se défaire sous le lait, et la sauce enfler pour absorber le liquide... Chaque fois Lillian pensait que la sauce ne pouvait en contenir davantage, qu'elle allait se scinder en solide et liquide, mais cela ne se produisait jamais. À la dernière minute, la mère de Margaret éloignait de la casserole la tasse de lait et Lillian regardait la sauce pareille à un champ de neige vierge, dégageant une odeur qui ressemblait à la sensation paisible de fin de maladie, quand le monde redevient doux et accueillant.