Monet
Monet
ou le triomphe de l'Impressionnisme
Daniel Wildenstein
480 pages
Couverture cartonnée. 24,5 x 32 cm
Réf : 199530
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Prix public*
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Disponible
Résumé
Daniel Wildenstein vous raconte non seulement la vie et l’œuvre de cet artiste de génie, mais aussi la naissance d’un courant pictural jugé “subversif” à l’époque, “le mouvement Impressionniste”. L’origine du mouvement étant l’exposition de 1874, où Monet expose pour la première fois son tableau Impression, soleil levant. Au-delà d’une vie hors du commun, c’est l’esprit de tout une période que nous retrace l’auteur dans cet ouvrage monumental. 572 reproductions en couleur ponctuent la vie et la carrière du peintre jusqu’à sa mort à 86 ans.
Pourquoi on l'a choisi
Une monumentale biographie de celui qui fut la figure de proue de l’impressionnisme. Un destin hors du commun qui dessine les contours d’une époque passionnante. Richement illustré, voici un ouvrage incontournable pour comprendre l’évolution de la peinture.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
Le 28 septembre 2011
Mot net
Extraordinaire ouvrage, très illustré, très complet, très documenté, très solide, dans tous les sens du terme :et pour un prix très modique.
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SOFI Sofiya
Le 26 octobre 2011
Excellent !
Un livre magnifique ! Une plongée hypnotique dans le monde fabuleux de Monet !
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Daniel Wildenstein était historien d'art et membre de l'Académie des Beaux-Arts (Paris) depuis 1971. Il dirigeait depuis 1939 les galeries Wildenstein de New York, Londres et Tokyo et les revues internationales Art (de 1956 à 1962) et Gazette des Beaux-Arts (depuis 1963). Cofondateur de la Fondation Wildenstein en 1970 (rebaptisée Wildenstein Institute en 1984), il a encouragé plusieurs expositions de renommée internationale. Daniel Wildenstein dirigeait également l'élaboration des catalogues raisonnés d'artistes des XVIIIe, XIXe et XXe siècles. Autorité reconnue dans le domaine de l'impressionnisme, il a publié les catalogues de l'œuvre complète de Gauguin, Manet et Monet.
Extrait

Le Triomphe de l'Impressionnisme


Les origines et la naissance

Vers la fin du 18e siècle vivaient à Paris un certain Léon Pascal Monet et son épouse Catherine Chaumerat. Lui, né à Avignon en 1761, passe pour avoir eu des origines dauphinoises par son père Claude Monet. Catherine, qui avait vu le jour à Lyon en 1772, était veuve d'Isidore Gaillard lorsqu'elle devint la femme de Pascal Monet.
Quelque temps après l'installation des époux Monet dans la capitale naît un fils, Claude Adolphe, le 3 février 1800. Après une jeunesse assez mouvementée au cours de laquelle il est inscrit comme « novice » sur les registres de la marine marchande au Havre, Adolphe revient à Paris. Il habite au n° 7 de la rue d'Enghien lors de son mariage avec Louise-Justine Aubrée le 20 mai 1835. Celle-ci, fille d'un employé des finances originaire de Brunoy dans l'Essonne, François-Léonard Aubrée, et de Marie-Françoise Toffard (ou Toffart), est alors dans sa trentième année, étant née le 31 juillet 1805 à Paris. Au moment où Adolphe Monet l'épouse, elle est veuve depuis un peu plus d'un an du rentier Emmanuel Cleriadus Despaux, auprès duquel elle semble avoir joui d'une aisance qu'elle ne retrouvera pas de sitôt.
En 1836, à la naissance d'un premier fils, Léon Pascal, les Monet-Aubrée ont déjà quitté la rue d'Enghien pour le n° 39 de la rue Caumartin. Un nouveau déménagement les conduit au sud de la butte Montmartre où ils occupent un petit logement, au n° 45 de la rue Laffitte, dans la dernière maison avant d'arriver à l'église Notre-Dame-de-Lorette. C'est là que, le 14 novembre 1840, Louise-Justine met au monde un deuxième garçon, Oscar-Claude, que ses parents appellent Oscar et qui s'illustrera sous le nom de Claude Monet.
Au terme de cette esquisse, ce qui est frappant dans les origines du futur maître de l'impressionnisme français, c'est la convergence des deux branches de sa famille vers Paris, où ses quatre grands-parents sont installés aux environs de 1800, c'est-à-dire quarante ans avant sa naissance. Bien mieux, son père et sa mère sont tous deux nés dans la capitale. C'est dire que Claude Monet pourra revendiquer le titre de « Parisien de Paris », devenu si rare par la suite.


L'installation au Havre

Le premier événement de la vie du petit Oscar-Claude est son baptême célébré le 20 mai 1841 à Notre-Dame-de-Lorette. L'inscription au registre paroissial nous apprend que le parrain Claude-Pascal Monet est venu spécialement de Nancy, où il est négociant, en compagnie de son épouse Antoinette-Reine Fresson, laquelle fait office de marraine.
L'enfant grandit bercé par les chants d'une mère musicienne, cependant que son père se livre à des occupations sur lesquelles on est très imparfaitement renseigné. La mention « propriétaire », alors très courante, qui suit le nom d'Adolphe Monet dans les actes officiels, est trop vague pour fournir une indication utile.
Ses affaires ne semblent pas très florissantes, car il quitte Paris pour Le Havre, où toute la famille va se retrouver, y compris les grands-parents Monet-Chaumerat. On ne connaît pas la date exacte de l'installation définitive, qu'on peut situer vers 1845.
Le choix du Havre s'explique par la présence d'une demi-sœur d'Adolphe, Marie-Jeanne Gaillard, que Catherine Chaumerat avait eue de sa première union. Par son mariage avec Jacques Lecadre, « épicier en gros, approvisionneurs de navires », Marie-Jeanne est en mesure d'offrir à son demi-frère une situation dans la maison de commerce de son mari. C'est elle « la tante Lecadre » qui va jouer un rôle déterminant dans la vie de Claude Monet.
Adolphe Monet, de plus en plus étroitement associé à la gestion de l'établissement de son beau-frère Jacques Lecadre, est installé avec les siens dans le quartier d'Ingouville, au nord du Havre, où il occupe, 30, rue d'Epréménil, une maison d'une certaine importance, dans laquelle il peut accueillir des locataires. De son domicile, il lui est facile de se rendre à la maison de commerce des Lecadre dont l'entrée principale se trouve 13, rue Fontenelle ; une annexe est installée à proximité, au n° 71 du quai d'Orléans, lequel longe le vénérable bassin du Commerce.
Comme la plupart des bourgeois havrais, les Lecadre possèdent une résidence à Sainte-Adresse, ancienne bourgade de pêcheurs en passe de devenir, grâce à Alphonse Karr, une station balnéaire réputée, largement ouverte sur l'estuaire de la Seine et sur la Manche. C'est à Sainte-Adresse que Pascal Monet, le grand-père paternel de Claude, s'éteint le 27 avril 1851. Son beau-fils « en loi », Jacques Lecadre, figure comme témoin sur l'acte de décès. L'autre témoin est le clerc de l'église, « ami du défunt ».
Par leur parenté avec les Lecadre, les Monet sont alliés à une grande famille du Havre, qui compte dans ses rangs plusieurs négociants et un docteur ; celui-ci exerce, 7 et ensuite 9, rue du Chillou, la médecine avec un bonheur tel qu'une rue de la ville porte encore aujourd'hui le nom du Docteur-Lecadre.


Le collégien

À l'âge de dix ans, au terme d'une scolarité élémentaire dans une pension privée, le petit Claude entre le 1er avril 1851 au collège communal du Havre, où un neveu du Dr Lecadre l'avait précédé avec succès. Les bâtiments du collège, terminés en 1837, donnaient rue de la Mailleraye, laquelle descend jusqu'à l'avant-port. De construction assez récente, mais trop modeste malgré ses deux étages pour contenir aisément les 197 élèves que le directeur, Félix Dantu, inscrit pour l'année 1851-1852, le collège renferme, en plus des classes d'enseignement classique (avec latin et grec dès le 6e), un cours commercial et une école municipale de dessin.
Quarante-cinq internes végètent dans un dortoir dont les dispositions ne sont guère conformes aux prescriptions réglementaires. Habitant dans le quartier relativement proche d'Ingouville, Monet peut rentrer coucher chez ses parents. Il prend probablement le repas de midi au collège en qualité de demi-pensionnaire. L'exiguïté des locaux favorise les bousculades dans les réfectoires et dans la « grande cour » de récréation qu'éclaire, en hiver, un seul et unique « candélabre à gaz ».
À la rentrée d'octobre, le petit Oscar fait ses débuts dans la division de grammaire en classe de 6e dont le professeur est M. Blanchard ; M. Ochard enseigne le dessin. « J'étais un indiscipliné de naissance, racontera Monet un demi-siècle plus tard, on n'a jamais pu me plier, même dans ma petite enfance, à une règle... Le collège m'a toujours fait l'effet d'une prison et je n'ai jamais pu me résoudre à y vivre, même quatre heures par jour ». Ces « quatre heures » correspondent exactement à l'horaire du collège, qui prévoit deux classes d'un peu plus de deux heures chacune, l'une le matin, l'autre l'après-midi.
À l'en croire, Monet passait le plus clair de son temps en dehors, « quand le soleil était invitant, la mer belle et qu'il faisait si bon courir sur les falaises, au grand air, ou barboter dans l'eau » . En fait, si le port et la plage du Havre se trouvent à deux pas de la rue de la Mailleraye, les falaises de Sainte-Adresse sont distantes de plus de trois kilomètres. Libérale par ailleurs - ainsi elle proscrit les châtiments corporels - l'administration du collège se montre intraitable sur le chapitre des absences : répétées sans motif, elles entraînent l'exclusion. Et comment passer inaperçu avec sur le dos la tunique réglementaire et sur la tête le képi qui vient de remplacer depuis peu le « tuyau de poêle » ? Le jeudi, le dimanche, en revanche, externes et demi-pensionnaires sont libres, comme le sont tous les élèves au moment des vacances.
L'atmosphère qui règne chez les Monet pendant les grandes vacances est connue grâce à la location qu'ils font d'une partie de leur maison d'Ingouville à un fonctionnaire. Le neveu de celui-ci, venu passer une semaine chez son oncle durant l'été 1853, se souvient dans son journal d'avoir vu « Monsieur Monet, sa femme douée d'une voix exceptionnelle, leurs deux fils, dont le second, bien qu'il s'appelât alors Oscar, est devenu célèbre sous le nom de Claude Monet ». Témoignage révélateur non seulement du talent de Mme Monet, mais du climat qui règne à Ingouville : « Cette courte villégiature fut pour moi très agréable. Dans la journée, promenades et bains de mer, le soir, concerts et bals improvisés, tout concourait à égayer cette maison dont les hôtes étaient du reste disposés à prendre joyeusement la vie ».
Après les beaux jours, Claude doit retourner en classe pour apprendre « tant bien que mal [les] quatre règles avec un soupçon d'orthographe », ce qui ne l'empêchera pas, devenu adulte, d'écrire correctement, de compter en homme d'affaires et de faire preuve d'un niveau de culture plus qu'honnête. Au collège, on conservera de lui le souvenir d'une « excellente nature très sympathique à ses condisciples ». Il n'était pas homme à disputer aux « forts en thème » les premières places à la distribution des prix, excepté en dessin, matière que l'on méprisait par snobisme.


L'élève d'Ochard - les premiers essais

Au collège du Havre, le dessin est enseigné, depuis 1829, et jusqu'à sa mort en 1870, par Jacques-François Ochard. Né en avril 1800 à Saint-Valéry-en-Caux, cet ancien élève de David a exposé des portraits au Salon en 1835 et 1837, et un paysage de Bretagne en 1841. Pour l'église Saint-François du Havre, il a exécuté deux tableaux, dont une Adoration des Mages de grandes dimensions qu'il serait allé copier à Anvers d'après Rubens. Professeur avant tout, il partage son temps entre l'école municipale de dessin, les principales institutions privées de la ville et le collège. Pédagogue habile, réputé pour sa patience, il intéresse ses élèves et forme un certain nombre de disciples tout au long de sa carrière ; parmi eux le peintre d'histoire Adolphe Yvon et Charles-Marie Lhullier, plus connu sous le nom de Lhuillier, qui représentera vers 1861 Claude Monet en Militaire.
De l'apprentissage méthodique du dessin auquel il se livre sous la direction d'Ochard, Monet ne souffle mot lorsqu'il évoque ses souvenirs. Selon lui, sa vocation serait toute spontanée et orientée dans un tout autre sens : « J'enguirlandais la marge de mes livres, je décorais le papier bleu de mes cahiers d'ornements ultrafantaisistes, et j'y représentais, de la façon la plus irrévérencieuse, en les déformant le plus possible, la face ou le profil de mes maîtres ». Le crayon, la plume lui servent tour à tour. Enhardi par le succès, il détache les pages de son cahier et les offre « bien cordialement » à ses camarades.
La majeure partie des dessins anciens de Monet parvenus jusqu'à nous se trouvent dans un carnet qui contient non seulement des essais de caricatures encore frustes pour la plupart, mais également des croquis de personnages, de bateaux et surtout de paysages de facture assez classique, dont plusieurs sont datés de 1857. L'apprentissage personnel du portrait-charge s'effectue donc parallèlement à celui du dessin.
Monet affirme avoir arrêté ses études vers quatorze ou quinze ans, soit vers la fin de l'année scolaire 1855-1856, mais il a tendance à se rajeunir dans l'évocation de ses souvenirs de jeunesse, et il est très possible qu'il soit resté élève du collège et d'Ochard en 1856-1857. Toutefois les croquis n'ont pas été réalisés dans le cadre normal d'un cours du collège, car ceux qui portent des mentions précises de lieu et de date ont été exécutés un dimanche, du moins pendant les six premiers mois de 1857, sans qu'on puisse savoir si le jeune Monet a choisi seul les motifs qu'il représente.