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La mystérieuse affaire de Styles / Les quatre
La mystérieuse affaire de Styles / Les quatre
Agatha Christie
546 pages
Couverture souple. 12,5 x 20 cm
Réf : 193083
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Disponible
Résumé
La mystérieuse affaire de Styles
Grace à la fumée d’un feu, une empreinte de pas et une tasse de café, Hercule Poirot arrachera les aveux du meurtrier de Mme Inglethorp. Autant le dire tout de suite, ce n’est pas celui qu’on croyait. Déjà tout le talent d’Agatha Christie dans son premier roman.

Les quatre
Quatre criminels veulent instaurer une dictature sur le monde entier, rien que ça ! Voilà des adversaires à la mesure d’Hercule Poirot, petit par la taille, certes, mais inégalable quant au génie de la déduction. D’ailleurs, c’est lui-même qui le dit.
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
lulubelle82
Le 10 janvier 2012
Un régal
A recommander et à lire puis relire pour les Quatre ! On découvre un Poirot que je ne connaissais pas encore ! Dommage qu'il n'existe pas à ma connaissance une adaptation télé de ce roman !
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Romancière britannique, auteur de quatre-vingts ouvrages, pour la plupart policiers, d'une vingtaine de pièces de théâtre et de plusieurs recueils de nouvelles et de poèmes, Agatha Christie (1890-1976), née à Torquay en Angleterre, de mère anglaise et de père américain, représente un des plus grands succès littéraires du XXe siècle.
Elle a contribué à fixer les règles du roman policier de type classique où le meurtre et l'enquête se déroulent en lieu clos et dont les détectives, Hercule Poirot comme Miss Marple, résolvent l'énigme par la rigueur du raisonnement et la pénétration psychologique.
La complexité de l'intrigue, l'ingéniosité de la machination criminelle et le caractère inattendu de la solution du problème, malgré les indices dont le texte, jusque dans sa lettre, est saturé, contrastent avec le cadre souvent familial et traditionnel des maisons anglaises où se déroulent ses drames ; cela confère à ses romans tous les aspects d'un divertissement intellectuel.
Elle meurt en 1976, en Angleterre, après avoir pris soin de faire mourir son fameux détective, Hercule Poirot.
Extrait
1
JE ME RENDS À STYLES

Le vif intérêt que suscita dans le public ce qu'on appela, à l'époque, « L'Affaire de Styles » est aujourd'hui quelque peu retombé. Cette histoire connut néanmoins un tel retentissement que mon ami Poirot et la famille Cavendish elle-même m'ont demandé d'en rédiger le compte rendu. Nous espérons ainsi mettre un terme aux rumeurs extravagantes qui continuent de circuler. Je vais donc relater, sans m'étendre, les circonstances qui me valurent de m'y trouver mêlé.
Blessé et rapatrié du front, on venait de m'accorder — à l'issue d'un séjour de quelques mois dans une maison de repos plutôt sinistre — un mois de permission. Sans parents proches ni amis, je me demandais ce que je pourrais bien faire lorsque je rencontrai par hasard John Cavendish. Je l'avais quasiment perdu de vue depuis des années. En réalité, je ne l'avais jamais beaucoup fréquenté : bien qu'il ne parût pas ses quarante-cinq ans, il était de quinze ans mon aîné. Mais, dans mon enfance j'avais effectué de nombreux séjours à Styles, la résidence de sa mère dans le comté d'Essex.
Nous bavardâmes assez longuement du bon vieux temps. Et, pour finir, il m'invita à passer ma permission à Styles.
— Mère sera enchantée de vous revoir après tant d'années, ajouta-t-il.
— Comment se porte-t-elle ? demandai-je.
— À merveille ! Vous savez sans doute qu'elle s'est remariée ?
Je ne parvins pas à cacher mon étonnement. Lorsqu'elle avait épousé le père de John, un veuf avec deux enfants, Mrs Cavendish était une belle femme d'un certain âge, pour autant que je m'en souvienne. Elle ne pouvait donc guère avoir moins de soixante-dix ans aujourd'hui. Je me rappelais sa personnalité énergique et autoritaire. Tout à la fois mondaine et jouant volontiers les dames patronnesses, elle cultivait sa notoriété en inaugurant des fêtes de bienfaisance et en s'adonnant aux bonnes œuvres. Possédant un grand fond de bonté véritable — et une immense fortune personnelle —, elle usait avec prodigalité de celle-ci pour satisfaire celle-là.
Styles Court, leur maison de campagne, avait été acheté par Mr Cavendish au début de leur mariage. Et ce brave homme était à ce point subjugué par sa femme qu'il lui en avait, à sa mort, laissé l'usufruit ainsi que la majeure partie de ses revenus — disposition qui, à l'évidence, lésait ses deux enfants. Mais Mrs Cavendish s'était toujours montrée fort généreuse envers ses beaux-fils. En outre, ils étaient encore très jeunes à l'époque du remariage de leur père — et ils l'avaient toujours considérée comme leur propre mère.
Lawrence, le cadet, avait été un adolescent fragile. Après des études de médecine, il avait renoncé à exercer et était revenu vivre à Styles Court où il avait tenté de se lancer dans la carrière littéraire — ses vers, hélas ! n'avaient jamais remporté le moindre succès.
Après quelques années de barreau, John, l'aîné, avait abandonné la carrière d'avocat au profit de l'existence plus aimable — et plus convenable ! — de gentilhomme campagnard. Il s'était marié deux ans plus tôt et avait emménagé à Styles avec sa jeune épouse. Néanmoins, je soupçonnais qu'il eût préféré recevoir de sa belle-mère une pension plus importante, qui lui aurait permis de vivre ailleurs. Mais Mrs Cavendish avait pour habitude d'établir ses propres plans et d'attendre que l'on s'y rallie de bonne grâce. Dans le cas précis, elle possédait un atout majeur : elle tenait les cordons de la bourse.
John remarqua mon étonnement lorsque j'appris le remariage de sa mère et eut un sourire lugubre.
— Un sale petit gommeux ! fit-il avec rage. Je peux bien vous l'avouer, Hastings, sa présence nous complique pas mal l'existence. Quant à Evie... Vous vous souvenez d'Evie ?
— Non.
— Elle n'était peut-être pas encore là de votre temps. C'est la gouvernante de Mère, sa dame de compagnie... et son homme à tout faire ! Une fille formidable, cette brave Evie. Pas particulièrement jeune ni jolie, mais un cœur d'or.
— Mais qu'alliez-vous me dire sur...
— Ah oui ! sur cet « individu » ! Il a débarqué d'on ne sait où. Officiellement, c'est un cousin éloigné ou un vague parent de notre bonne Evie bien qu'elle ne semble pas enchantée de ce lien de famille. Il n'est pas du même monde que nous, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Il a une longue barbe noire et porte des bottines vernies par tous les temps ! Il a tout de suite tapé dans l'œil de Mère, et elle l'a engagé comme secrétaire. Vous savez qu'elle s'occupe toujours d'une multitude d'œuvres en tous genres ?
Je me le rappelais en effet.
— Bien sûr, celles-ci se sont multipliées avec la guerre. Pas de doute que ce type l'ait beaucoup aidée. Mais imaginez notre stupeur quand, il y a de cela trois mois, elle nous a annoncé ses fiançailles avec son Alfred ! Cet individu a au moins vingt ans de moins qu'elle ! C'est du maquereautage ostensible. Mais, que voulez-vous : Mère n'en a jamais fait qu'à sa tête, et elle l'a épousé.
— Ça a dû vous créer une situation pénible.
— Pénible ? Infernale, oui !
C'est ainsi que, trois jours plus tard, j'arrivais à Styles Saint-Mary, petite gare absurde et sans raison d'être apparente, plantée au milieu de prairies verdoyantes et de chemins vicinaux. John Cavendish m'attendait sur le quai et nous nous dirigeâmes vers son automobile.
— Nous arrivons encore à obtenir trois gouttes d'essence, m'expliqua-t-il. Surtout grâce aux œuvres de Mère.
Le village de Styles Saint-Mary se trouvait à trois bons kilomètres de la gare, et Styles Court quinze cents mètres plus loin. C'était une belle journée de juillet. Devant ces plaines bucoliques de l'Essex qui s'étendaient sous le chaud soleil de l'après-midi, il était difficile d'imaginer que là-bas, pas si loin, une guerre se poursuivait. J'eus la soudaine impression de pénétrer dans un autre univers.
— J'ai bien peur que vous ne trouviez la vie ici quelque peu monotone, Hastings, me dit John tandis que nous franchissions les grilles du parc.
— Mon cher ami, je ne cherche rien d'autre.
— Bah ! c'est assez agréable si on a envie de couler une existence oisive. Je m'entraîne avec les volontaires deux fois par semaine, et à l'occasion je donne un coup de main aux fermiers. Ma femme travaille régulièrement « sur le terrain ». Tous les jours, elle se lève à 5 heures du matin pour traire les vaches, et elle ne dételle pas jusqu'au déjeuner. Ce serait somme toute la belle vie — s'il n'y avait pas ce fichu Alfred Inglethorp !
Il ralentit et jeta un coup d'œil à sa montre.
— Je me demande si nous avons le temps de passer prendre Cynthia... Non. À cette heure-ci, elle a déjà quitté l'hôpital.
— Cynthia ? Ce n'est pas votre femme ?
— Non. C'est une protégée de Mère. La fille d'une de ses anciennes amies de pensionnat. Elle avait épousé un avocat véreux, lequel a fait faillite. Quand Cynthia s'est retrouvée orpheline et sans le sou, Mère l'a prise sous son aile. Cynthia vit à Styles depuis bientôt deux ans. Elle travaille à l'hôpital de la Croix-Rouge de Tadminster, à une douzaine de kilomètres d'ici.
Nous étions arrivés devant la superbe vieille demeure. Une femme vêtue d'une jupe de tweed épais était penchée sur un massif de fleurs. Elle se redressa à notre approche.
— Salut, Evie ! Je vous présente notre blessé de guerre : l'héroïque Mr Hastings... miss Howard.
Miss Howard me gratifia d'une poignée de main franche et presque trop vigoureuse. Je fus frappé par le bleu intense de ses yeux qu'accentuait le hâle de son visage. D'un physique agréable, elle pouvait avoir une quarantaine d'années. Elle parlait d'une voix profonde, presque masculine, et ses pieds chaussés de lourdes bottes de travail donnaient la mesure d'un corps solidement charpenté. Je découvris bientôt qu'elle s'exprimait volontiers en style télégraphique.
— Mauvaises herbes — poussent comme du chiendent. Impossible en venir à bout. Tâcherai de vous mobiliser. Méfiez-vous.
— Je serai enchanté de me rendre utile, répondis-je.
— Dites pas ça. Jamais. Après, on regrette.
— Vous êtes cynique, Evie, dit John en riant. Où prenons-nous le thé aujourd'hui ? Dedans ou dehors ?
— Dehors. Trop beau pour rester cloîtré.
— Venez. Vous avez fait assez de jardinage pour aujourd'hui. Toute peine mérite salaire, et vous avez besoin de vous rafraîchir.
Miss Howard ôta ses gants de jardinage.
— À tout prendre, j'aurais assez tendance à être d'accord avec vous sur ce point, acquiesça-t-elle — et ce fut la phrase la plus longue qu'elle ait probablement jamais prononcée.
Elle nous fit faire le tour de la maison et nous conduisit jusqu'à la table de jardin où le thé était servi sous un sycomore majestueux.
Une jeune femme se leva d'un fauteuil en osier et vint à notre rencontre.
— Hastings... ma femme, dit John en guise de présentations.
Jamais je n'oublierai cette première rencontre avec Mary Cavendish. Sa silhouette élancée se découpait dans la lumière éclatante du soleil. Ses beaux yeux fauves — des yeux tels que je n'en avais jamais vu chez aucune femme — brillaient comme un feu sous la braise ; et, derrière son extraordinaire sérénité apparente, on devinait qu'un caractère indomptable habitait ce corps aux proportions exquises. Tout ceci reste gravé au fer rouge dans ma mémoire. Et je ne l'oublierai jamais.