Trompe-l'oeil
Trompe-l'oeil
220 pages
Couverture souple
Réf : 192830
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Au lieu de 20,00  (prix public)
Les nouveaux héros de Patricia Cornwell
Résumé
Les affaires refroidies peuvent s'avérer brûlantes quand on s’avise de les déterrer. Chargé d’enquêter sur un crime attribué à l’Étrangleur de Boston, Win Garano tombe vite sur un os : sa propre chef en train de le doubler. À quoi joue-t-elle en mettant ainsi leurs vies en danger ? 
Pourquoi on l'a choisi
Encore un best-seller réglé au millimètre par Patricia Cornwell dont la maîtrise fait merveille. Un style concentré, une intrigue fouillée, dans laquelle on retrouve Garano son nouvel héros, séduisant et angoissé, face à Lamont, sa patronne que tout le monde aime détester. Un duo au suspense excitant. 
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
COURT CELINE
Le 14 novembre 2010
Déçu
Je suis très déçue par ce livre, surtout que j'adore Patricia Cornwell. Je n'ai pas du tout accroché, ce livre ne lui ressemble pas.
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Remarque de MamanAD du 07/11/11
Bon à savoir, je souhaitais l'offrir à ma maman pour Noël...
Lu dans la presse
« Avec le talent qu'on lui connaît, Patricia Cornwell nous plonge dans un bain de suspense ! »

Carrefour des savoirs


« Trompe-l'œil est au roman noir ce que Criminal Minds et Cold Case sont aux séries TV ! »

La Nouvelle République


« Percutant ! »

Nôtre Temps magazine
Extrait

1

Win Garano dépose deux cappuccinos sur une table de pique-nique devant l'école de sciences politiques de l'université Harvard. En cet après-midi ensoleillé de la mi-mai, Harvard Square est bondé. Il s'assoit à califourchon sur un banc. Trop bien habillé, il transpire dans son costume Armani et ses chaussures en cuir noir Prada, quasiment certain que leur premier propriétaire est mort.
Il a eu un pressentiment quand la vendeuse du dépôt-vente lui a annoncé qu'il pouvait avoir cet ensemble « à peine porté » pour 99 dollars. Ensuite, elle lui a sorti des costumes, des chaussures, des ceintures, des cravates et même des chaussettes : DKNY, Hugo Boss, Gucci, Hermès, Ralph Lauren. Tout cela avait appartenu à « la même personne célèbre dont je ne peux pas vous dire le nom », et Win s'était souvenu que peu de temps auparavant, un joueur de l'équipe des Patriots s'était tué dans un accident de voiture. Quatre-vingt-dix kilos, un mètre quatre-vingts, musclé sans être un bœuf. Autrement dit, la corpulence de Win.
Assis seul à cette table de pique-nique, il se sent de plus en plus mal à l'aise. Des étudiants, des professeurs, l'élite - en jean ou en short pour la plupart, avec des sacs à dos -, sont rassemblés autour des autres tables, absorbés dans des conversations ne faisant guère référence à la conférence ennuyeuse que le procureur Monique Lamont vient de donner au Forum. Le thème : Aucun voisin abandonné. Win lui avait bien dit que c'était un titre déroutant, sans parler du sujet, d'une banalité incongrue dans un lieu nimbé d'une telle aura politique. Elle refusera sans doute de reconnaître qu'il avait raison. Il n'apprécie pas qu'elle lui ait enjoint de venir ici aujourd'hui, son jour de congé, pour pouvoir lui donner des ordres, le rabaisser. Noter ceci. Noter cela. Appeler Untel et Untel. Aller lui chercher un café. Au Starbucks. Cappuccino avec lait écrémé et sucrettes. Et il doit l'attendre dehors, en pleine chaleur, pendant qu'elle fraye à l'intérieur du Littauer Center climatisé.
L'air renfrogné, il la regarde sortir du bâtiment de briques, escortée par deux officiers en civil de la police de l'État du Massachusetts, où Win est inspecteur de la brigade criminelle, actuellement détaché auprès du service d'enquêtes du procureur du comté de Middlesex. Autrement dit, auprès de Lamont, qui l'a appelé chez lui hier soir pour lui annoncer que le transfert prenait effet immédiatement ; il était dispensé de ses tâches courantes. « Je vous expliquerai après ma conférence au Forum.
Rendez-vous à quatorze heures. » Sans plus de détails.
Elle s'arrête pour donner une interview au correspondant local de la chaîne ABC, puis à une station de radio. Elle s'adresse ensuite à des journalistes du Boston Globe et d'Associated Press, et à cet étudiant de Harvard, Cal Tradd, qui écrit dans le Crimson et se prend pour un reporter du Washington Post. La presse adore Lamont. La presse adore la détester. Nul n'est indifférent à la puissante et belle femme procureur, qui aujourd'hui ne passe pas inaperçue dans son tailleur vert éclatant. Escada. Dernière collection printemps-été. Elle semble boulimique des dépenses depuis quelque temps ; elle porte une nouvelle tenue quasiment chaque fois que Win la voit.
Elle continue à discuter avec Cal tandis qu'elle traverse d'un pas assuré l'esplanade de briques, en passant devant d'imposantes jardinières d'azalées, de rhododendrons, de cornouillers roses et blancs. Blond, les yeux bleus, Cal le beau gosse, toujours si cool et serein, si sûr de lui, jamais paniqué, jamais un froncement de sourcils, toujours si agréable. Il dit quelque chose tout en écrivant dans son carnet, et Lamont hoche la. tête ; il ajoute autre chose et elle continue à hocher la tête. Win aimerait tant que ce type fasse une connerie, qu'il se fasse virer de Harvard. S'il se faisait recaler, ce serait encore mieux. Quelle plaie !
Lamont congédie Cal, fait signe à ses gardes du corps en civil qu'elle a besoin d'intimité et s'assoit en face de Win, les yeux masqués par des verres gris réfléchissants.
— Je crois que ça s'est bien passé.
Elle prend le gobelet de cappuccino sans même dire merci.
— Il n'y avait pas grand monde. Mais vous avez été entendue, semble-t-il.
— Visiblement, la plupart des gens, vous compris, n'ont pas conscience de l'ampleur du problème. (Ce ton sec qu'elle utilise quand son narcissisme vient d'être insulté !) Le déclin de la vie de quartier est potentiellement aussi destructeur que le réchauffement de la planète. Les citoyens n'ont aucun respect pour la loi, ils ne cherchent plus à s'entraider. Le week-end dernier, j'étais à New York, je me promenais dans Central Park et j'ai aperçu un sac à dos abandonné sur un banc. Croyez-vous que quelqu'un a songé à prévenir la police en pensant qu'il y avait peut-être un engin explosif à l'intérieur ? Non. Les gens passaient leur chemin, en se disant sans doute que si ça sautait, ce n'était pas leur problème du moment qu'ils n'étaient pas touchés.
— Le monde va très mal, Monique.
— Les gens ont sombré dans l'autosatisfaction et on va y remédier. J'ai planté le décor. Maintenant, on va mettre en scène le drame.
Chaque jour passé avec Lamont est un drame.
Elle joue avec son cappuccino ; elle regarde autour d'elle pour voir qui la regarde.
— Comment attirer l'attention ? reprend-elle. Comment inciter des personnes blasées et insensibles à s'intéresser à la criminalité ? À tel point qu'elles décident de s'impliquer au niveau le plus élémentaire ? Ça ne peut pas être une histoire de gangs, de drogue, de carjacking, de vol ou de cambriolage. Pourquoi ? Parce que les gens veulent un crime qui, soyons honnêtes, fait la une des journaux, mais ne les concerne pas directement.
— J'ignorais que les gens voulaient absolument un crime.
Win remarque une jeune femme maigre, avec de drôles de cheveux rouges, qui traîne près d'un érable du Japon, non loin de là. Habillée comme la poupée Raggedy Ann, jusqu'aux collants rayés et aux godillots. Il l'a déjà vue la semaine dernière, dans le centre de Cambridge, en train de zoner autour du palais de justice, sans doute en attendant de passer devant le juge. Pour un crime mineur, genre vol à l'étalage.
— Un meurtre sexuel jamais résolu, dit Lamont. Le 4 avril 1962 à Watertown.
— Je vois. Cette fois, ce n'est même pas une affaire enterrée, c'est une affaire décomposée, dit Win sans quitter Raggedy Ann des yeux. Je m'étonne que vous sachiez seulement où se trouve Watertown.
Dans le comté de Middlesex, sa juridiction, comme une soixantaine d'autres municipalités modestes dont elle n'a rien à faire.
— Superficie : onze kilomètres carrés ; population : trente-cinq mille habitants. Structure ethnique très diversifiée, récite-t-elle. Il se trouve que le crime parfait a été commis dans le microcosme parfait pour mon projet. Le chef de la police locale s'arrangera pour que vous fassiez équipe avec son inspectrice principale... Vous savez, celle qui conduit une monstrueuse fourgonnette équipée pour les scènes de crime. Oh, zut, comment est-ce qu'ils l'appellent ?...
— Stump. « Le Moignon. »
— Exact. Parce qu'elle est petite et grosse.
— Elle a une prothèse ; elle a été amputée sous le genou, dit-il.
— Les flics sont parfois cruels. Je crois que vous vous êtes connus à l'épicerie du coin, où elle a un deuxième boulot. C'est un bon départ. Ça sert d'être ami avec quelqu'un en compagnie de qui on va passer pas mal de temps.
— Elle tient une épicerie fine très chic, ce n'est pas juste un deuxième boulot et nous ne sommes pas amis.
— Vous semblez sur la défensive. Vous êtes sortis ensemble et ça n'a pas marché ? Dans ce cas, ça pourrait poser un problème.
— Nous n'avons aucun lien personnel, je n'ai même jamais mené d'enquête avec elle, dit Win. Contrairement à vous, je suppose, vu que les crimes sont légion à Watertown et qu'elle est là depuis aussi longtemps que vous.
— Pourquoi dites-vous ça. ? Elle vous a parlé de moi ?
— Généralement, on ne parle pas boulot.