Un mariage en héritage
Un mariage en héritage
Ayelet Waldman
576 pages
Couverture cartonnée
Réf : 191114
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Au lieu de 21,00  (prix public)
Disponible

Les choses de la vie
Résumé
Par un beau jour de juillet, Becca et John célèbrent leur mariage. Leur bonheur sera de courte durée : peu après, ils meurent dans un accident de voiture. Comment leurs deux familles brisées et réunies dans ce drame affronteront-elles cette épreuve ? Rien ne sera plus jamais comme avant : des unions vont se défaire, d’autres, surprenantes et belles, vont se nouer...
Pourquoi on l'a choisi
Avec un point de départ aussi tragique, ce livre aurait pu sombrer dans le mélo. C’est tout le contraire. “À quelque chose malheur est bon” pourrait dire l’auteur qui nous offre une comédie humaine optimiste, aux personnages croqués avec humour et cruauté. Un ton vif, une action enlevée, bref, un excellent moment.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
albertini sylviane
Le 17 février 2011
Pas mal
Je n'ai pas été très emballée par ce livre. On est au début un peu perdu parmi la mutlitude des personnages, ce qui rend le tout un peu confus, par moment j'ai dû relire certains passages pour être sûre d'avoir bien tout compris, ce qui fait que la sauce est un peu longue à prendre. Mais on finit par s'attacher aux personnages, on veut savoir ce qui leur arrive, comment ça se termine pour eux. Sans être Le roman du siècle, l'histoire se laisse lire. Ce n'est pas mon roman préféré, mais j'ai tout de même passé un moment agréable.
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sabineq
Le 03 novembre 2010
Quelle coïncidence !!!!!!
Ce livre que vous avez choisi pour moi d'après le choix des couleurs est en fait le livre que j'ai acheté la dernière fois !!! Comme quoi !!!!
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Ayelet Waldman est née en Israël et a grandi à Montréal et dans le New Jersey. Elle est diplômée en droit et anime des cours à l'université de Berkeley. Ayelet Waldman a travaillé trois ans comme avocat commis d'office en Californie avant de se consacrer à l'écriture. Son combat pour la guerre contre la drogue et ses interrogations sur le métier de mère sont ses thèmes de prédilection dans ses romans. En France, elle a publié Mercredi au parc (Robert Laffont 2007).
Ayelet Waldman vit avec son mari, l'écrivain Michael Chabon, et leurs quatre enfants en Californie.
Extrait
Prélude
La petite fille d'honneur avait égaré sa corbeille de pétales de roses et tenait absolument à l'avoir pour la photo. Dans l'ensemble, elle n'avait pas été très brillante dans son rôle. Elle avait oublié de répandre les pétales dans la nef de l'église et ne s'en était souvenue qu'arrivée au niveau de la première rangée. Peut-être s'était-elle laissé distraire par le décor inhabituel, par les bancs de chêne luisants de cire, les appliques de verre étincelantes, leurs longs cierges effilés allumés pour la première fois depuis des années, les volets grands ouverts des vitraux laissant pénétrer la lumière dorée de l'après-midi. Et, partout, des fleurs. Des hortensias mauves et bleus tressés en guirlandes, dessinant d'amples festons drapés entre les rangées de bancs et à l'arrière de l'autel. Des seaux en laiton rutilants débordant de lupins et de feuillages, de part et d'autre des deux escaliers incurvés conduisant à la chaire.
La petite fille d'honneur était encore un bébé quand elle était arrivée du Cambodge et, malgré les bonnes intentions de sa mère adoptive, c'était la première fois qu'elle participait à une fête de famille de ce genre. Quand elle s'était enfin rappelé sa mission, elle avait écarquillé ses sombres yeux en amande, ramassé une poignée de pétales blancs dans son panier et les avait lancés de toutes ses forces derrière elle, vers le haut de la nef. Ils n'avaient pas dépassé la deuxième rangée, où ils étaient retombés en pluie sur le chignon gris en bataille de la vice-présidente des bibliothécaires bénévoles de Red Hook. Il y avait eu un éclat de rire, et la mariée, qui descendait l'allée centrale à pas comptés, s'était arrêtée net. Les rires avaient reflué. La fiancée serait-elle contrariée qu'on ait troublé sa majestueuse procession, exécutée avec une telle perfection lors de la répétition, la veille au soir ? Ou ferait-elle preuve du sens de l'humour qui était, disait son mari, ce qui l'avait le plus séduit quand ils s'étaient connus, dix ans auparavant ?
La mariée, cheveux de miel, front haut et lisse, yeux d'agate largement écartés, n'avait hésité qu'un instant avant de sourire de toutes ses dents. Les souffles retenus avec angoisse s'étaient échappés des poitrines, et tout le monde avait repris ses activités. Les larmoyantes avaient farfouillé au fond de leurs sacs à main à la recherche de mouchoirs en papier chiffonnés. Les grippe-sous avaient recommencé à calculer ce qu'avaient bien pu coûter les fleurs et les limousines. Les pipelettes avaient tendu le cou pour vérifier qui était ou n'était pas là. Les jeunes femmes avaient soigneusement enregistré la moindre perle, la moindre paillette, la moindre bride, le moindre bouton, sans oublier le métrage de soie de la robe de la mariée, afin de pouvoir les décrire dans le détail à celles qui n'avaient pas eu la chance d'être invitées. Les jeunes gens avaient joué avec leurs clefs au fond de leur poche et avaient attendu avec impatience la fin de la cérémonie pour que la musique commence et que le bar ouvre. Les enfants avaient gigoté. Et les hommes d'un certain âge avaient regardé furtivement leur montre, se demandant si la célébration durerait plus longtemps que le troisième match de série des White Sox, qui se disputait au stade de Fenway.
La messe terminée, debout sur la dernière marche de la charmante église blanche en bardeaux, la petite fille d'honneur pleurait la perte de son panier orné de rubans et de roses, et la mariée lui promettait qu'on ne prendrait pas la photo tant qu'on ne l'aurait pas retrouvé. Deux garçons d'honneur furent envoyés inspecter l'intérieur de l'église. Les demoiselles d'honneur, toutes de mauve vêtues, partirent à la chasse au milieu des tonnelles de roses et dans les allées de gravier blanc du jardin de l'église, où les invités attendaient à l'ombre du haut clocher, admirant le spectacle des voiliers qui traçaient des sillons blancs à travers la petite baie et ignorant les supplications du pasteur qui les priait de ne pas écraser les massifs de fleurs qu'il entretenait avec tant de soin. Le père de la mariée insista pour chercher le panier dans la limousine qui attendait le jeune couple. « Mais la petite n'est jamais montée dedans », lui fit remarquer avec agacement la mère de la mariée. Le père de la mariée ne pouvait le nier, ce qui ne l'empêcha pas d'aller y jeter un coup d'œil. Leur couple fonctionnait ainsi : ils étaient parfaitement d'accord pour penser qu'elle avait toujours raison, mais il ne tenait généralement aucun compte de son avis.
Quant au père du marié, il s'était faufilé derrière l'église pour fumer une cigarette dont il avait grand besoin. Lorsque le photographe voulut rassembler tout le monde sur les marches de l'église, il fallut se rendre à l'évidence : le père du marié avait apparemment rejoint la corbeille de pétales dans les limbes nuptiaux. Son absence, quand on la remarqua, provoqua quelque émoi, surtout de la part de sa petite amie du moment qui s'était imposée, non sans toupet pensaient certains, sur la photographie. Son ex-épouse, la mère du marié, se tourna vers le plus jeune de ses fils, le témoin, et lui dit : « Va chercher ton père. Il est derrière, en train de fumer. » Elle se tourna vers le photographe : « S'il le faut, nous commencerons sans lui. Ça ne sera pas la première fois. »
Le photographe s'affaira autour du jeune couple, ajustant les bretelles du corsage pailleté de la mariée pour dissimuler les marques de bronzage de son maillot de bain, faisant tourbillonner sa longue traîne de soie autour de ses pieds, et arrangeant de façon seyante son voile de tulle brodé de perles sur son épaule droite. Il détacha une unique boucle blonde et l'enroula autour de son doigt afin qu'elle se mette en place souplement, encadrant et adoucissant le modelé de la joue. Il consacra quelques instants à son luxuriant bouquet, écartant les iris violets, les lobélies et les pervenches pour mettre en évidence les lupins, les tout derniers de la saison et, lui avait-on dit, la fleur préférée de la mariée. Quelques minutes auparavant, il avait pris un joli cliché du couple qui sortait de l'église sous une averse de confettis en filin plastique argenté et doré. Le soleil de la fin d'après-midi se reflétait dans ces paillettes, et il avait pressé sur le déclencheur au moment où les jeunes mariés riaient aux éclats et se baissaient sous une voûte irisée. De minuscules pointes de feu se nichaient dans les volutes de la coiffure de la-mariée et dans les mailles de tulle de son voile, tandis que des éclats de lumière constellaient les épaules du marié.
Parfait, pensa le photographe. L'adorable jeune femme et le séduisant marié, les deux familles sur leur trente et un devant les lignes accusées de l'église blanche en bardeaux, la mer de saphir à peine visible sur les marges du cadre. Si seulement ils pouvaient se tenir tranquilles.
« Vous voulez les retirer ? » demanda le photographe en désignant les lunettes à monture métallique du marié.
Le marié se tourna vers la mariée, qui hocha la tête. Il voulut glisser les lunettes dans la poche de sa veste, mais le vêtement était flambant neuf, et la poche encore cousue. « Donne-les-moi », lui dit sa mère. Il lui tendit les lunettes et ses yeux bleu pâle cillèrent. Sans elles, son visage semblait plus tendre, plus enfantin, ses traits pleins de douceur sous son hâle de marin, avec son nez qui pelait - il avait presque l'air vulnérable, comme si sa monture d'aviateur démodée avait été une sorte d'armure, une visière protectrice. Devant son air fragile, la mariée lui sourit tendrement, et il lui déposa une bise rapide sur la joue. « Attention au maquillage, lança le photographe.
— C'est bon », dit la mariée.
Le père de la mariée revint après avoir vainement fouillé la limousine, et le photographe lui trouva une, place sur les marches, veillant à dissimuler ses pieds. Au début de l'après-midi, le père de la mariée s'était assis au bord du vieux lit de fer, dans la chambre à coucher de leur maison de vacances, pour enfiler ses chaussures noires habillées. Il les avait prises en main et avait dit : « Merde. »
Sa femme se trouvait devant son miroir en train de retirer le fond de teint qu'elle s'était maladroitement étalé sur le visage. Elle s'était retournée
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Sans un mot, il avait brandi deux Oxford noires, presque mais pas tout à fait identiques, deux souliers de même pied.
« Bonté divine ! » s'était exclamée sa femme. Elle avait failli lui dire que décidément, il aurait toujours deux pieds gauches - la remarque s'imposait presque -, mais elle s'était retenue.
Ils n'avaient plus le temps de filer au magasin de chaussures le plus proche, qui était tout de même à cinquante kilomètres, et tous ceux qui auraient pu lui prêter une paire de souliers habillés assistaient au mariage ou n'avaient aucune raison d'en avoir emporté pour venir passer l'été dans le Maine. Sa femme ayant opposé un veto absolu à tout ce que contenait sa penderie de vacances (des Birkenstock et des sabots de jardin bouton-d'or), il arborait des chaussures de tennis avec son costume. Il porterait exactement la même tenue deux jours plus tard, mais, à ce moment-là, plus personne ne se soucierait de ses chaussures.