Le roman d'une princesse
Le roman d'une princesse
Meg Cabot
516 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
Hachette Jeunesse
12 ans et plus
Réf : 189035
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Au lieu de 12,00  (prix public)
Article disponible dans les 8 jours
Un amour de chevalier
Résumé
Et oui cela devait arriver, Mia Thermopolis qui tenait son journal a enfin été éditée ! Découvrez le premier roman de votre princesse préférée : tout commence avec Hugo Fitzstephen, comte de Stephensgate, qui revient de croisade après dix ans d’absence... qui se fait kidnapper "à la Robin des Bois" par Finnula, une jouvencelle... Ni le chevalier séduisant et frivole ni la farouche fille du meunier n’avaient prévu que l’amour serait au rendez-vous... 
Meg Cabot est née dans l'Indiana en 1967. C'est là qu'elle a grandi et fait ses études. Diplômée de l'académie des Beaux-Arts, elle a d'abord choisi d'être illustratrice, avant de se tourner vers l'écriture. En 2001, son premier roman Journal d'une Princesse est salué par une presse et un public enthousiastes. Les studios Disney ont immédiatement acheté les droits de cinéma et le film, réalisé par Garry Marshall (Pretty woman) est sorti en 2001 sous le titre Princesse malgré elle. Le livre est resté n° 1 des meilleures ventes aux États-Unis durant 3 ans.
Meg Cabot a aussi écrit la série de romans policiers Missing qui a inspiré la série télévisée du même nom. Actuellement, elle vit à New York avec son mari et sa chatte borgne, Henrietta.
Extrait

Chapitre 1


Angleterre, 1291

Le faucon était revenu.
Finnula le vit à l'instant où elle poussa les volets en bois de sa chambre pour s'assurer que le shérif et ses hommes étaient déjà partis. L'énorme rapace brun au regard malfaisant, perché sur le toit en chaume du poulailler, était impassible. Il avait occis deux des poules favorites de Mellana, la semaine précédente, et il en épiait une troisième, celle que Mel appelait Greta. Le volatile moucheté grattait le sol boueux à la recherche de reliefs de nourriture. En dépit du crachin glacial et persistant qui gouttait sur son plumage, le faucon restait aussi immobile qu'une statue. Finnula le savait prêt à fondre sur sa proie, pourtant.
Aussi vive que n'importe quel archer du comté, Finnula s'empara du carquois suspendu à une colonne du lit et visa le prédateur. La pièce était mansardée, et les poutrelles étaient si basses au niveau de la fenêtre qu'elles la déséquilibraient légèrement. Tirant la corde élimée de son arc, Finnula concentra son esprit sur la cible en contrebas : quelques plumes ébouriffées sur la poitrine de l'oiseau meurtrier. Elle n'entendit ni le pas de sa sœur qui grimpait jusqu'à cette chambre qu'elles partageaient autrefois, ni le craquement de la porte lorsqu'elle l'ouvrit en grand.
— Finn !
Les accents d'épouvante dans la voix de Christina surprirent tant Finnula qu'elle relâcha la corde trop tôt. Avec un bruit sec, la flèche s'envola par la fenêtre ouverte pour aller se planter aux pieds du faucon, dans le chaume. Toute inoffensive qu'elle fût, elle provoqua le cri indigné du prédateur et son envol.
— Va au diable, Christina ! jura Finnula en se redressant d'un bond et en pointant un index accusateur vers la cour. C'était une très bonne flèche ! Comment vais-je la récupérer ? Elle est fichée dans le toit du poulailler !
Christina était adossée au chambranle de la porte. L'ascension de l'étroit escalier avait rougi ses joues replètes, et l'une de ses mains reposait sur son large buste qui se soulevait à un rythme effréné.
— Palsambleu, Finnula ! haleta-t-elle lorsqu'elle eut enfin retrouvé l'usage de sa voix. Ne réfléchis-tu donc jamais ? Le shérif n'est point parti depuis cinq minutes que tu tires déjà sur de pauvres oisillons innocents !
— Innocents ! Pour ta gouverne, il s'agissait du faucon qui attaque les poules de Mellana !
Finnula fit glisser sur son épaule la lanière en cuir tanné de son carquois.
— As-tu donc perdu la tête ? Si le shérif avait vu la flèche sortir de cette chambre, il aurait rebroussé chemin pour venir t'arrêter sur-le-champ.
— Fi donc ! rétorqua-t-elle moqueusement. Arrêter une douce jouvencelle comme moi ! Il deviendrait aussitôt l'homme le plus haï du Shropshire.
— Que nenni ! Tu oublies le cousin du comte...
Maintenant qu'elle en était à son huitième mois de grossesse, Christina ne parvenait plus à se mouvoir avec son agilité coutumière, et elle s'affala en soupirant sur le lit que ses cadettes partageaient ; les boucles auburn qui s'étaient échappées de sa coiffe rebondirent.
— Pourquoi refuses-tu d'entendre raison, Finn ? Monseigneur sait pertinemment que c'est toi qui braconnes dans ses bois...
— Ah oui ? Dois-je te rappeler que Hugo Fitzstephen est en Terre sainte depuis dix ans et que personne n'a eu de ses nouvelles depuis la Saint-Michel ? Depuis que ce dégoûtant personnage qui lui sert de bailli a appris qu'il avait été fait prisonnier par les Sarrasins.
— Quand cesseras-tu de manquer de respect à nos maîtres ? Reginald Laroche est le cousin de Sir Hugo, et il veille sur le domaine des Fitzstephen en son absence. Comment oses-tu le traiter ainsi ? Tu sais pourtant que nous lui devons les mêmes égards que s'il était notre seigneur. Comment oses-tu...
— Tu parles de respect ? Il n'aura droit au mien que lorsqu'il le méritera. En attendant, ne me demande pas de lui donner du monseigneur. Car aucun suzerain digne de ce titre ne traiterait ses vassaux avec tant de...
Christina soupira derechef, cette fois d'exaspération, et interrompit sa sœur, à la langue si bien pendue :
— À ta guise, Finnula. Je sais qu'il ne sert à rien de débattre avec toi. Songe un peu, pourtant : Reginald Laroche a dit au shérif qu'il avait de bonnes raisons de te soupçonner d'être à l'origine de la disparition du meilleur gibier de Sir Hugo. Il ne lui reste qu'à trouver une preuve, et tu finiras aux oubliettes.
Finnula décocha avec humeur un coup de pied dans le coffre de bois sis au pied du lit. Il contenait les bliauds qu'elle troquait volontiers contre le confort de chausses en cuir vieilli et d'une tunique en laine usée.
— Ce n'est pas comme si j'agissais de la sorte pour mon plaisir, grommela-t-elle. Si Hugo Fitzstephen était dans les parages et s'il voyait avec quelle négligence ce diable de Laroche traite ses serfs, il n'ergoterait pas sur la viande que je leur fournis.
— Là n'est pas la question, Finn.
Christina parlait d'une voix lasse. La querelle datait. Elle remontait peu ou prou au jour où leur frère aîné, Robert, avait mis un arc entre les mains de Finnula, alors âgée de quatre ans, et lui avait, par pur jeu, enseigné l'art du tir. Sa première flèche avait atterri en plein dans l'arrière-train de sa nourrice, Aggie, et depuis cet incident, nul n'avait pu lui arracher son arc.
— De surcroît, poursuivit Finnula comme si elle n'avait pas entendu les derniers mots de sa sœur, le shérif ne trouvera aucune preuve. Je ne rate jamais ma cible. Il est impossible qu'il mette la main sur l'une de mes flèches pour m'identifier. Sa visite de tantôt est due à un autre motif : il est amoureux de Mellana.
— Tu déraisonnes, Finn. Le sieur Laroche a informé le shérif de Brissac qu'un autre cerf avait disparu des terres du comte.
— Ça m'étonnerait ! lança Finn, alors que les coins de sa bouche voluptueuse s'étiraient en un sourire. Le cerf n'a point quitté le manoir de Stephensgate. Simplement, il se trouve désormais dans l'estomac de certains vassaux de Sir Hugo.
Christina était ébahie par l'impétuosité de sa sœur. Si elle abandonnait ses tenues excentriques pour revêtir une des robes de soie qu'on lui avait achetées à l'époque de son funeste mariage, et si elle prenait soin de sa magnifique chevelure auburn au lieu de la nouer en tresse, elle ferait une belle femme. De l'avis de Christina, ce n'était pas Mellana qui attirait le shérif dans la maison du meunier, mais Finnula en personne. Et pas uniquement à cause de son braconnage. Seulement, Finnula n'en avait guère conscience, et elle récuserait sans doute aucun cette hypothèse si quiconque osait l'évoquer devant elle.
Christina soupira une troisième et ultime fois, puis, s'aidant d'une colonne du lit, elle se hissa maladroitement sur ses pieds.
— Eh bien, j'aurai fait mon possible. Robert ne pourra point m'accuser de ne pas avoir essayé.
Le sourire toujours aux lèvres, Finnula caressa l'épaule replète de sa sœur.
— Pauvre Christina, lâcha-t-elle doucement. Je suis sincèrement désolée d'être une telle source d'inquiétude pour ton cher Bruce et pour toi. Je ne puis te promettre de changer, mais je te donne ma parole : je ne serai jamais prise et je ne t'embarrasserai jamais devant tes beaux-parents.