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Les enquêtes d'Enola Holmes, tome 2 : L'affaire Lady Alistair
Top lecteur
Les enquêtes d'Enola Holmes, tome 2 : L'affaire Lady Alistair
Nancy Springer
272 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
Nathan
10 ans et plus
Réf : 188991
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 13,90  (prix public)
Disponible
Résumé
Ceux qui disent que Sherlock Holmes est le meilleur détective du monde ignorent encore l'existence de sa sœur : Enola Homes ! Suivez-la dans sa deuxième enquête : elle doit retrouver la jeune lady Cecily Alistair disparue dans les dangereux bas-fonds de Londres... Mais Enola a plus d’un tour dans son sac ! 
Avis Top Lecteur
« Les aventures d’Enola Holmes sont destinées à tous ceux qui aiment résoudre des énigmes et mener des enquêtes. »

Fanny Reina
Lorsque Nancy Springer était enfant, sa mère avait les œuvres complètes de sir Arthur Conan Doyle. Elle se souvient des innombrables lectures et relectures de ces dix volumes reliés d'un tissu brun, qui ne se terminèrent que lorsqu'il ne resta plus d'histoires de Sherlock Holmes qu'elle n'ait mémorisées.
Nancy Springer développa ainsi le désir de créer un personnage féminin fort, qui aurait les mêmes capacités à résoudre des énigmes passionnantes que le plus célèbre des détectives. C'est ainsi que naquit Enola Holmes, la sœur cadette de son héros favori. Le premier tome de cette série, La Double Disparition, a recueilli de nombreuses critiques enthousiastes.
Spécialiste du détournement de personnages, Nancy Springer est aussi l'auteur de romans racontant les exploits de Rowan Hood, qui n'est autre que... la fille de Robin des Bois ! Elle a également écrit deux romans inspirés de l'épopée du roi Arthur, sur le personnage de Morgan. Elle a obtenu deux fois le prix Edgar dans la catégorie Meilleur Roman policier pour jeune adulte.
Nancy Springer est professeur de littérature à l'université de York et habite à East Berlin, en Pennsylvanie.
Extrait
LONDRES
(FUMOIR D'UN CLUB PRIVÉ)

JANVIER 1889

« NOUS NE SERIONS PAS dans cette situation déplorable, déclare le plus jeune et le plus longiligne des deux messieurs en grande discussion dans ce petit salon feutré, si vous ne vous étiez mis en tête, à toute force, de la placer dans un pensionnat ! »
Sec comme un coup de trique, les traits taillés à la serpe, il arpente le parquet ciré à longues enjambées d'échassier. Son costume noir de la tête aux pieds — jaquette à queue de pie, pantalon à pli, souliers étincelants — fait de lui un grand héron sévère.
« Mon très cher frère... » Douillettement enfoncé dans les capitons d'un fauteuil de cuir pleine peau, le plus âgé des deux — et le plus plantureux — lève bien haut des sourcils pareils à des broussailles en hiver. « Pourquoi tant d'âpreté ? Cela ne vous ressemble guère. »
Il s'exprime en toute placidité, car ce lieu est son club, son territoire attitré, son espace pour échanges privés. Et c'est en salivant d'avance à la pensée de l'excellent rosbif qui va suivre qu'il poursuit, affable :
« Même s'il est indéniable que la jeune écervelée se trouve seule dans ce grand chaudron de ville et qu'elle pourrait fort, à l'heure qu'il est, s'être déjà fait dépouiller de tous ses biens, si ce n'est pire, je ne vois là aucune raison de vous laisser emporter par vos émotions.
— Et le moyen de faire autrement ? » Pivotant sur ses jambes sans fin, l'arpenteur jette à son aîné un regard d'aigle. « C'est notre sœur !
— Certes. Et l'autre représentante du sexe faible portée manquante est notre mère. Et alors ? Est-ce que vous démener comme un diable dans un bénitier fera avancer les choses ? Si quelqu'un est à blâmer, ajoute le gentleman au fond de son fauteuil, croisant les mains sur la rondeur stomacale qui tend son gilet de soie, c'est notre mère. C'est sur elle que vous devriez diriger votre ire. »
Posément, en logicien, il énumère ses raisons :
« C'est Mère qui a laissé cette enfant grandir en sauvageonne, courir la campagne en knickers1 et monter à bicyclette, au lieu de lui procurer l'éducation d'une jeune fille de bonne famille. C'est elle qui a passé le plus clair de son temps à peindre des fleurettes tandis que notre jeune sœur grimpait aux arbres. C'est elle qui a détourné les fonds destinés à pourvoir sa fille d'une gouvernante, d'un maître de danse, de tenues décentes et autres nécessités. Et pour couronner le tout, c'est elle qui l'a abandonnée.
— Le jour de ses quatorze ans, marmotte le grand héron d'un ton sombre.
— Anniversaire ou jour de l'An, quelle différence ? » Clairement, l'aîné commence à se lasser. « C'est Mère qui a abdiqué toute responsabilité, jusqu'à la désertion complète, et par là-dessus...
— Et par là-dessus vous imposez votre volonté à cette enfant au cœur brisé. Vous la sommez de s'arracher à l'unique monde qu'elle connaissait, et qui déjà tremblait sous ses pieds...
— Parce que c'était le seul moyen — le seul moyen rationnel — de lui instiller ne fût-ce qu'un début de féminité ! Et vous devriez être le premier à voir la logique de cet...
— La logique n'est pas tout.
— Tiens donc ! Voilà bien la première fois que je vous entends dire pareille chose. » Sa sérénité en péril, l'aîné s'extrait du fond de son fauteuil et, en appui sur les accoudoirs, il pose à plat sur le parquet ses bottes lacées, gainées de demi-guêtres immaculées. « Mais enfin, que vous arrive-t-il ? Pourquoi vous laisser affecter à ce point ? En quoi retrouver notre jeune sœur, rebelle à toute discipline et en fugue manifeste, serait un problème différent de n'importe quel autr...
— En ce qu'elle est notre sœur !
— Une sœur tellement plus jeune qu'en tout et pour tout, dans votre vie, vous avez dû la voir deux fois ! »
L'échassier s'arrête net.
« Une fois aurait suffi. »
Sa voix s'est radoucie. Ce n'est pas son aîné qu'il regarde, mais le lambris de chêne ou plutôt, par-delà le lambris, un point invisible, quelque part dans l'espace et le temps. Et il reprend à mots lents : « Elle me rappelle l'adolescent que j'étais à son âge. Tout en bras et jambes. Trop de nez, trop de menton. Gauche et solitaire, à sa place nulle part...
— Ridicule ! Elle est de sexe féminin. Son intellect est peu développé, elle a besoin de protection... Votre comparaison ne vaut pas. » Pareille insulte au sens commun assombrit l'homme d'autorité, mais, en fin diplomate, il se fait conciliant. « Interroger le passé de la sorte ne sert rigoureusement à rien, croyez-moi. La seule question de bon sens à se poser pour l'heure est celle-ci : comment comptez-vous la retrouver ? »
Avec un effort manifeste, le cadet s'arrache à sa contemplation lointaine et ses yeux gris perçants se tournent vers son aîné. Après un silence, il dit sobrement. « J'ai un plan.
— Je n'en attendais pas moins. Peut-être même allez-vous m'en faire part ? »
Silence.
L'aîné se renfonce dans son fauteuil avec un sourire pincé. « Toujours ce besoin de vous draper de mystère, hein, Sherlock ? »
Alors le cadet — que d'aucuns nomment « le grand détective » — hausse les épaules éloquemment. Il a recouvré son flegme, plus coriace encore que celui de son aîné.
« Il ne rimerait à rien de vous révéler quoi que ce soit à ce stade, mon cher Mycroft. Si j'ai besoin de votre aide, je la solliciterai, soyez-en certain.
— En ce cas, pourquoi donc être venu me voir ?
— Pour vous dire le fond de ma pensée, Mycroft ; pour changer.
— Mais est-ce vraiment votre pensée qui s'exprime là, mon cher frère ? Il me semble qu'en la circonstance vos processus mentaux manquent un peu de discipline. Vous laissez vos sentiments prendre le dessus, Sherlock. Vous m'avez l'air à bout de nerfs.
— Mieux vaut être à bout de nerfs que sans nerfs du tout. »
Résolument, Sherlock Holmes reprend ses gants, son chapeau, sa canne et se tourne vers la porte.
« Bonsoir, Mycroft.
— Tous mes vœux de succès pour votre plan, mon cher frère. Bonsoir. »


1. Culotte légèrement bouffante, serrée au-dessus du genou.