Accueil Jeunesse Livres 10 ans et plus Chroniques des Temps Obscurs, tome 1 : Frère de loup
Chroniques des Temps Obscurs, tome 1 : Frère de loup
Chroniques des Temps Obscurs, tome 1 : Frère de loup
384 pages
(série en 6 tomes)
Couverture souple. 13,5 x 21,5 cm
Hachette Jeunesse
10 ans et plus
Réf : 179443
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 14,00  (prix public)
Résumé
L'aventure commence il y a six mille ans... L'Esprit du Mal s'est emparé d'un ours. Seul Torak, douze ans, peut le défier. La prophétie est formelle : il est Celui-qui-écoute. Il doit trouver la Montagne de l'Esprit du Monde pour rétablir l'harmonie entre les hommes, la nature et les animaux. Accompagné d'un jeune loup qui lui ressemble comme un frère, Torak s'engage dans la Forêt Profonde.
Alors commence un étonnant périple au cœur d'une nature magique, à la fois fascinante et hostile...
Pourquoi on l'a choisi
Le frère des loups est en marche. Suivez Torak dans sa quête initiatique semée d'embûches, de frissons et de mystère. Vous ne regretterez pas l'aventure !
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
nana
Le 26 novembre 2009
Fils de l'eau
Un excellent roman, frais, dépaysant, rempli de mystère, d'aventure, d'amour et de découvertes sur la nature, les animaux et les hommes en pleine nature. Bien écrit, facile à lire. On a hâte de savourer les autres tomes !
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Lorraite
Le 26 février 2011
Voyage dans le temps et les mystères
J'ai pris le tome premier à la bibliothèque par hasard et finalement en vacances, j'ai emprunté les quatre suivants. C'est un véritable voyage dans le temps et les mystères, mais aussi un voyage initiatique où la nature et la magie ne sont pas en reste. Facile à lire et passionnant, j'offre les deux premiers tomes à mon jeune neveu de 10 ans par l'intermédiaire de France Loisirs et, je pense qu'il va les dévorer.
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Extrait

UN


Torak se réveilla en sursaut. Il n'avait jamais voulu s'endormir.
Devant lui, le feu était presque éteint. Le garçon s'accroupit dans la faible lumière et scruta l'obscurité menaçante de la Forêt. Il ne voyait rien. N'entendait rien. Était-Il revenu ? Était-Il dehors, en ce moment, en train de le fixer de ses yeux brûlants de tueur ?
Torak se sentait vide. Il avait froid. Il savait qu'il avait besoin de se nourrir. Que son bras lui faisait mal. Que ses yeux fatigués le piquaient. Mais il n'éprouvait rien de tout cela. La nuit durant, il avait regardé les épicéas se consumer et son père se vider de son sang. Comment était-ce possible ?
La veille – la veille seulement... –, ils avaient dressé le camp. Le crépuscule bleu de l'automne tombait. Torak avait lancé une plaisanterie ; son père avait éclaté de rire. Et la Forêt avait explosé. Les corbeaux avaient hurlé, les pins craqué. Derrière les arbres, dans l'obscurité, une forme encore plus sombre s'était découpée. Une menace énorme. Déchaînée. Une menace qui avait l'apparence d'un ours.
L'instant d'après, la mort était sur eux. Une frénésie de griffes. Un tonnerre assourdissant, à faire saigner les oreilles. En un éclair, la Créature avait réduit leur abri en morceaux. Puis elle s'était fondue dans la Forêt et s'était dissipée comme un brouillard qui se lève.
Mais quel ours traquait des hommes... puis disparaissait sans même les tuer ? Quel ours jouait avec ses proies ?
Et... où était-Il, à présent ?
Torak ne parvenait pas à voir au-delà de ce qu'éclairait le feu. Cependant, il savait que la clairière était remplie d'arbres brisés et de bruyère piétinée. Il sentait l'odeur de résine de pin. Il sentait l'odeur de la terre retournée. Il entendait le glougloutement doux et triste du ruisseau qui coulait à trente pas de là.
L'Ours pouvait être n'importe où.

*
* *

À côté de Torak, P'pa grogna. Lentement, il ouvrit les yeux et regarda son fils sans le reconnaître.
Le cœur du garçon se serra.
- C'est moi, P'pa..., murmura-t-il. Comment ça va ?
Le visage de son père, maigre et buriné, était convulsé par la douleur. Sur ses joues grisâtres, les tatouages du clan se voyaient à peine. De la sueur maculait sa longue chevelure sombre.
La blessure était si profonde que, lorsque Torak nettoya le ventre de son père avec un peu de mousse, il aperçut une partie de ses entrailles qui brillaient à la lueur des flammes. Il dut serrer les dents pour retenir un haut-le-cœur. Il espéra que P'pa n'avait rien remarqué. Mais P'pa avait remarqué. Évidemment. C'était un chasseur. Il remarquait tout.
- Torak..., lâcha-t-il dans un souffle.
Il tendit la main. Ses doigts chauds agrippèrent ceux de Torak. Il avait réagi comme un enfant. Le garçon déglutit. C'était aux fils de prendre la main de leurs pères. Pas l'inverse.
Il essaya d'être logique : puisque son père se comportait en enfant, lui allait se comporter comme un homme. Pas comme un petit garçon.
- J'ai encore des feuilles d'achillée, déclara-t-il en fouillant dans son sac à remèdes avec sa main libre. Peut-être réussiront-elles à arrêter le...
- Garde-les. Tu saignes, toi aussi.
- Mais je n'ai pas mal, moi, affirma Torak.
Il mentait. L'Ours l'avait projeté contre un bouleau. Ses côtes étaient touchées. Son avant-bras gauche était largement entaillé.
- Torak... Pars. Maintenant. Avant qu'Il ne revienne.
Torak fixa son père. Il ouvrit la bouche. Aucun son n'en sortit.
- Il le faut, insista P'pa.
- Non. NON ! Je ne peux pas te...
- Je me meurs, Torak. Quand le soleil se lèvera, je ne serai plus là.
Torak serra son sac à remèdes contre lui. Un rugissement s'éleva en lui.
- P'pa...
- Donne-moi ce dont j'ai besoin pour le Voyage mortuaire. Puis prends tes affaires. Et va-t'en.
- Le Voyage mortuaire... Non ! NON !
Mais le visage de l'homme était sévère.
- Mon arc, dit-il. Trois flèches. Garde le reste pour toi. Là où je vais... la chasse est facile.
Les jambières en peau de daim que portait Torak étaient déchirées au niveau des genoux. Le garçon planta un ongle dans sa chair. C'était douloureux. Il se força à se concentrer sur cette souffrance.
- Pour la nourriture..., continua son père. Tu... Tu emportes tout.
Le genou de Torak s'était mis à saigner ; et le garçon continuait d'y enfoncer son ongle. Il essayait de ne pas imaginer son père lors du Voyage mortuaire. Il essayait de ne pas s'imaginer seul dans la Forêt. Il n'avait que douze étés¹. Il ne survivrait pas tout seul. Il ne savait pas comment on survivait seul.
- Dépêche-toi, Torak ! lança P'pa.
Le garçon cligna des yeux avec vigueur pour ne pas pleurer. Il saisit les armes de son père et les déposa à son côté. Il divisa les flèches. Passa les doigts sur les pointes acérées en silex. Puis glissa son arc et son carquois sur son dos et inspecta les débris, à la recherche de sa petite hache noire en basalte. Son paquetage en bois de noisetier avait été détruit dans l'attaque. Il devrait porter le reste dans son gilet – ou alors l'attacher à sa ceinture.
Il tendait la main vers son sac de couchage en peau de daim quand son père l'arrêta :
- Prends le mien. Tu n'as jamais... réparé le tien... Et prends... prends plutôt mon couteau...
Torak était horrifié :
- Pas ton couteau ! Tu vas en avoir besoin !
- Moins que toi. Laisse-moi le tien. Comme ça je... j'aurai quelque chose de toi... pour le Voyage...
- P'pa... S'il te plaît... Ne p...
Dans la Forêt, une branche craqua.
Torak se retourna d'un bond.
L'obscurité était complète. Où qu'il regardât, il voyait des silhouettes d'ours se détacher dans la pénombre.
Pas un souffle de vent.
Pas un chant d'oiseau.
Juste le crépitement du feu et le tambour de son cœur. La Forêt elle-même retenait sa respiration.
Le père de Torak lécha la sueur sur ses lèvres.
- Il n'est pas là. Pas encore. Bientôt, Il... Il reviendra me chercher... Vite ! Les couteaux !
Le garçon ne voulait pas échanger leurs couteaux. Ce serait le début de la fin. Mais son père le regardait avec une intensité qui ne lui permit pas de refuser.
Torak serra la mâchoire si fort qu'elle lui fit mal. Il se décida, saisit son couteau et le plaça dans la main de P'pa. Ensuite, il ôta le fourreau en peau de daim attaché à la ceinture de son père.
Le couteau de P'pa était magnifique et redoutable. La lame était en ardoise bleue et avait la forme d'une feuille de saule. Le manche était taillé dans la ramure d'un élaphe, qu'on avait recouverte d'un tendon d'élan afin d'assurer une meilleure prise.
Lorsque Torak le regarda, la vérité le frappa de plein fouet. Il se préparait à vivre sans P'pa.
- Je ne te quitterai pas ! s'écria-t-il. Je Le combattrai, je...
- NON ! Personne ne peut combattre cet Ours.
Des corbeaux fendirent l'air.
Torak en oublia de respirer.
- Écoute-moi, lâcha son père. Un ours... n'importe quel ours... c'est le plus terrible chasseur de la Forêt... Tu le sais... Mais cet Ours-ci... est beaucoup, beaucoup plus fort...
Torak eut la chair de poule. Il plongea ses yeux dans ceux de son père ; vit les veinules écarlates sur les bords, et, au centre, le noir insondable de l'iris.
- Que veux-tu dire ? chuchota-t-il. Que...
- Il est... possédé..., souffla P'pa.
Son visage était grimaçant. Il ne lui ressemblait plus. Pourtant, P'pa poursuivit :
- Un démon... qui vient de l'Autremonde... possède cet Ours... et il a fait de lui un tueur...
Une braise éclata. Les ombres des arbres semblèrent s'approcher pour écouter le mourant.
- Un démon ? répéta Torak.
P'pa ferma les yeux et rassembla ses forces. Enfin, il réussit à répondre :
- Oui, un démon... Son seul but, c'est tuer... Et, chaque fois qu'il tue, il devient plus fort... Il attaquera tout ce qu'il trouvera sur son chemin... Les proies... Les clans... Et tous mourront... La Forêt mourra, et...
Sa voix se brisa.
- Dans une lune..., parvint-il à émettre. Dans une lune, il sera trop tard... Le démon... sera trop fort...
- Une lune ? Mais qu'est-ce qui...
- Réfléchis, Torak... Quand le Grand Œil Rouge est au plus haut, la nuit, dans le ciel... c'est alors que les démons sont les plus puissants... Tu le sais, ça aussi... Et c'est alors que l'Ours deviendra... invincible...


1. Un été équivaut à un an.