Accueil Jeunesse Livres 10 ans et plus Ulysse Moore, tome 5 : Les gardiens de pierre
Ulysse Moore, tome 5 : Les gardiens de pierre
Ulysse Moore, tome 5 : Les gardiens de pierre
Pierdomenico Baccalario
336 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
Bayard
10 ans et plus
Réf : 178695
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 10,90  (prix public)
Disponible
Résumé
Jason, Julia et Rick avancent dans leur enquête sur le mystère de Kilmore Cove. Cette fois-ci, ils sont à la recherche de Black Volcano, l'ancien chef de gare. Il se serait volatilisé avec la fameuse Première Clef, celle qui permet d'ouvrir et de verrouiller toutes les portes du temps...
Le regard de Patrick Poivre d'Arvor
« Les aventures trépidantes des jumeaux Jason et Julia et de leur ami Rick Banner font partie de cette "nouvelle vague" de livres qui font enfin lire les enfants et les adolescents. Ulysse Moore a une petite touche en plus, les livres oscillent entre chasse au trésor, carnet de voyage et jeu de piste. Et on le sait, l'interactivité est aujourd'hui la clé du succès ! Une idée cadeau que je conseille aux parents ! »

Patrick Poivre d'Arvor
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
geagmm7913
Le 18 novembre 2009
Tomes 1, 2, 3, 4
Ma fille a adoré.
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Remarque de martine fuard du 04/10/11
J'ai un fils de 12 ans qui ne veut pas lire et j'ai réussi avec Ulysse Moore, je les lis aussi, livre très bien fait pour les ados.
Pierdomenico Baccalario, alias Ulysse Moore, est né en Italie en 1974. Avocat puis journaliste, il réalise ensuite des jeux de rôle, de table et des jeux vidéo.
Extrait

Chapitre 1

La baie aux baleines


Cela faisait des années qu'on n'avait pas vu de cétacés dans les eaux de Kilmore Cove. La baie aux Baleines avait pourtant conservé son nom, en souvenir du passé... C'était une longue étendue de sable délimitée à l'ouest par le port, à l'est par l'imposante falaise de Salton Cliff. Là-haut, perchée sur son promontoire escarpé, la tourelle de la Villa Argo dominait le paysage, toutes fenêtres éteintes. À ses pieds, les vagues se jetaient avec fracas contre les rochers, projetant leur écume blanche.
C'était le soir. Comme tous les jours impairs en été, Gwendoline Mainoff, la coiffeuse du village, faisait son jogging sur la plage. La jeune femme était accaparée par ses pensées et abasourdie par la musique diffusée par ses vieux écouteurs. Le soleil était couché depuis une heure environ, et ce petit coin de Cornouailles était plongé dans le silence. Les premières lampes brillaient dans les maisons en pierre ; les rares réverbères qui jalonnaient la route côtière s'allumaient les uns après les autres. Les badauds attroupés devant l'unique hôtel du village étaient rentrés chez eux. À cette heure, ils ressassaient, déçus, les événements de la journée. Le bruit avait couru qu'Ulysse Moore, l'ancien propriétaire de la Villa Argo, était de retour au pays et logeait à l'auberge Au Grand Large, mais la rumeur n'était en fait pas fondée : on l'avait confondu avec le déménageur de M. et Mme Covenant, les nouveaux acquéreurs de la maison.
Concentrée sur sa respiration et sa foulée, la jolie brunette ne prêta pas tout de suite attention à la masse sombre échouée sur le sable. Elle passa devant sans même la remarquer.
Ce n'est qu'après avoir traversé toute la baie et fait demi-tour pour rentrer au village que Gwendoline repéra la curieuse forme. Elle s'arrêta net, fronça les sourcils et arracha son casque :
— Qu'est-ce que c'est que ça ? Ce n'est quand même pas un baleineau !
La jeune femme s'approcha. Elle chercha d'une main tremblante le bouton de son baladeur et coupa le son. Malgré sa bonne volonté, elle avait du mal à garder son sang-froid.
Là, devant elle, un homme était étendu, face contre terre, jambes et bras écartés. Une salopette en jeans élimée lui collait à la peau.
On aurait dit un cadavre rejeté par le ressac.
La coiffeuse posa son regard sur la mer, tentant d'y puiser un peu de courage. Mais l'océan n'était plus qu'une immensité grise gagnée par l'obscurité. Tétanisée, Gwendoline hésitait à examiner le corps de plus près.
Soudain, le noyé toussa.
— Ouf ! Il est vivant ! s'exclama la jeune femme, soulagée, tout en triturant le fil de ses écouteurs.
Elle parcourut les quelques mètres qui la séparaient de l'inconnu.
Pris d'une nouvelle quinte de toux, l'homme agita bras et jambes, comme s'il cherchait à nager la brasse.
— Vous êtes blessé ? osa enfin lui demander Gwendoline, accroupie à ses côtés.
Il était trempé jusqu'aux os et affichait un teint bleuté. Malgré les algues empêtrées autour de ses chevilles, ses pieds continuaient de battre mécaniquement.
— Monsieur, monsieur ! Tout va bien ?
L'homme se redressa tant bien que mal sur ses genoux, cracha ses poumons puis s'immobilisa, les yeux fermés. Gwendoline avait le sentiment de l'avoir déjà vu. Une immense cicatrice lui barrait le cou.
— Je peux vous aider ? insista la jeune femme, en lui posant une main sur l'épaule.
L'homme dodelina de la tête :
— Hum, humm...
— Vous pouvez marcher ? Venez, laissez-vous faire ! Et la coiffeuse le tira par la manche.
Sans ouvrir les yeux, l'homme suivit docilement les instructions de la jeune femme. Cinq minutes plus tard, il se retrouva debout, appuyé sur elle.
— Allez, encore un petit effort C'est par là..., l'encouragea Gwendoline, qui titubait sous le poids de l'individu.
— Hum, humm..., répondit Manfred, tenant à peine sur ses jambes.
Dans un semi-brouillard, il vit danser au loin les lumières de Kilmore Cove puis se tourna pour tenter d'identifier la personne venue lui porter secours.
Dès qu'il l'aperçut, il referma les paupières.
« Une sirène ! s'écria-t-il en son for intérieur. J'ai été sauvé par une sirène ! »



Chapitre 2

Mauvaises rencontres


Jason attendit que la voiture de son père ait disparu au coin de la rue avant de se retourner vers sa sœur :
— J'y vais. Je compte sur toi pour me couvrir...
— Ça ne va pas ! protesta sa jumelle. Tu es complètement dingue !.
Le garçon lança des regards inquiets à la dérobée :
— Je me dépêche. Je serai de retour dans un quart d'heure...
— Réfléchis, Jason ! Tu sais très bien que c'est impossible, le phare est loin d'ici. Tu vas mettre un temps fou à pied.
— Oui, mais je rentrerai à vélo. Je l'ai laissé là-bas. Écoute, je le récupère et je reviens tout de suite. Je dois absolument y aller maintenant.
— Tu peux très bien le faire après l'école !
Jason secoua énergiquement la tête, et deux minuscules plumes blanches s'échappèrent de ses cheveux blonds. Elles avaient résisté à la toilette que sa mère lui avait fait subir la veille au soir, à son retour de Venise. Le garçon avait encore les yeux rougis et gonflés, suite à l'incendie de la maison de Peter Dedalus sur l'île aux Masques, auquel il avait réchappé de justesse.
Julia tenta une dernière fois de raisonner son frère. Elle désigna le porche du collège de Kilmore Cove de l'autre côté de la place :
— Ça va bientôt sonner. Qu'est-ce que je vais raconter à Mlle Stella ?
— Tu n'as qu'à trouver une excuse ! répliqua Jason. Après tout ce qui nous est arrivé, tu ne vas pas te laisser impressionner par un prof ! Je voudrais seulement...
— Qu'est-ce que tu mijotes encore ? insista Julia.
Elle connaissait son jumeau mieux que quiconque et savait qu'il avait une idée derrière la tête. Cette histoire de bicyclette n'était qu'un prétexte fallacieux pour retourner au phare, elle le pressentait. Jason détestait ce vélo fuchsia avec son guidon en forme de papillon et ses clochettes suspendues aux pédales. C'était un modèle pour femme, le vélo de la fille des Bowen qu'on lui avait prêté en dépannage.
Pourtant, Julia avait beau se creuser la tête, elle avait du mal à deviner la raison qui poussait son frère à s'obstiner.
Jason l'implorait du regard :
— S'il te plaît, Julia... Tu dois m'aider !
— OK, à condition que tu m'expliques pourquoi tu veux y retourner et pourquoi ça ne peut pas attendre la fin des cours !
Le jeune homme soupira bruyamment, avant d'admettre :
— Parce que, premièrement, papa nous attend à la sortie et nous remonte directement à la maison. Deuxièmement, les parents ne vont pas nous lâcher d'une semelle. Si l'on sort, il faudra se justifier. Tu vois un autre moyen de t'y prendre, toi, avec tout ce qu'on a à faire ?
Julia se mordit les lèvres. Depuis que Nestor leur avait décerné les titres de Gardiens de la Porte du Temps et de Chevaliers de Kilmore Cove, elle mesurait chaque jour davantage l'ampleur de leurs nouvelles responsabilités :
— C'est vrai que la présence de papa et maman ne nous facilite pas la tâche...
— Et tu oublies le déménageur qu'ils ont ramené avec eux !
— À mon avis, il vaut mieux éviter de rôder autour de la porte du petit salon en pierre pendant quelque temps.
— Ah, non, je ne suis pas d'accord ! protesta Jason. On ne peut pas se le permettre. Surtout, maintenant que Peter m'a dit que la Première Clef, celle qui ouvre toutes les portes du temps, se trouvait à la Villa Argo ! Et puis, je te signale qu'Olivia est elle aussi en train de la chercher.
— Mais, si on s'approche de la porte, maman va tout de suite le remarquer.
— Eh bien, on court le risque ! Il faut qu'on s'active, Julia, et vite !
— Bon... Quel est ton plan ?
— Voilà ! Moi, je vais voir Léonard...
Jason extirpa de sa poche une vieille photo en noir et blanc à moitié calcinée et mit le doigt sur la silhouette du gardien du phare immortalisée aux côtés de Peter Dedalus.
— ... et je lui demande s'il est bien Ulysse Moore.
Julia, nerveuse, surveillait du coin de l'œil l'horloge au-dessus de la porte de l'école :
— Parce que tu crois qu'il va te répondre : « Eh oui, mon garçon, c'est moi, Ulysse Moore » ? raillat-elle.
Jason resta silencieux. Il revoyait le gardien du phare, la veille, à la barre du Métis, traversant la mer du temps avec lui. Il avait bravé le vent et la tempête, il avait guidé le navire comme un vrai capitaine.
— Un capitaine ne ment jamais à son équipage, affirma le garçon. Il ne dit pas forcément tout mais il ne raconte pas de balivernes...
Le regard de Jason se fit plus ressant, et Julia finit par céder :
— D'accord, tu fais sauter la première heure du cours de français... Mais tu reviens pour la deuxième, OK ?
Son frère prit à peine le temps d'acquiescer, tourna les talons et décampa.
Dès qu'il eut disparu, Julia se prépara à affronter Mlle Stella. Au moment où elle gravissait les marches du perron, la cloche de l'école sonna.

Cartable au dos, Jason descendit au pas de course jusqu'à l'auberge Au Grand Large. Arrivé en bas du village, il se plaqua contre le mur latéral de l'hôtel de Kilmore Cove et pencha discrètement la tête. Une série d'étals de poisson étaient installés devant la façade défraîchie de l'établissement. Nulle trace de la voiture de son père dans les parages.
Rassuré, le jeune homme blond commença à longer la place William -V pour aller rejoindre la route côtière. Soudain, une irrésistible odeur de viennoiserie le freina.
Jason relativisa l'urgence de sa mission.
« Et si je me payais une brioche ? » se dit-il.
Il fouilla ses poches nerveusement et exhiba, victorieux, une pièce argentée.
« Une livre sterling ! Super ! »
Il traversa la place du village à toute allure, bravant la peur d'être repéré par son père, et poussa la porte du magasin.
Il fut accueilli par un bouquet d'arômes : cela sentait la cannelle, la vanille, le caramel et le chocolat.
L'eau à la bouche, Jason s'approcha du comptoir et posa son sou sur le marbre. Les yeux rivés sur le tablier bleu de la commerçante, il demanda deux énormes Bath Buns, les brioches aux écorces confites et aux raisins qui faisaient la renommée de l'établissement.
— À emporter, s'il vous plaît... C'est pour ma sœur et moi, se justifia-t-il, sans oser croiser son regard.
En réalité, il n'avait nullement l'intention d'en garder une pour Julia.
— Attention, elles sont encore brûlantes, l'avertit la pâtissière.
— C'est parfait, au contraire.
Jason prit le paquet et rejoignit la sortie.
Soudain, il s'arrêta net, le souffle coupé. Là, dehors, à une dizaine de mètres, son père, accompagné d'un homme au visage vaguement familier, se dirigeait vers la pâtisserie.
La patronne venait de regagner l'arrière-boutique. En un éclair, Jason se faufila entre les tables du coin « Salon de thé » puis se glissa derrière un rideau écossais.
Quelques secondes plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit et la voix de M. Covenant retentit dans le magasin.

Depuis sa cachette, Jason, immobile, entendit son père commander deux thés au lait et deux scones... « Avec de la crème et de la confiture de fraise, s'il vous plaît ! »
— C'est très aimable à vous d'être venu réceptionner nos affaires, monsieur Homer..., poursuivit M. Covenant. Croyez-moi, je suis sincèrement désolé pour l'incident d'hier soir.
Ça y est ! Jason se souvenait : c'était le gérant de l'entreprise de déménagement qui était venu superviser la dernière phase des opérations. Il écarta un pan du rideau : il l'avait effectivement aperçu hier, dans le jardin de la Villa Argo, à la tombée de la nuit.
— Et si nous étudiions le futur emplacement de vos meubles, monsieur Covenant ? proposa M. Homer.
L'homme s'assit à une petite table, déplia les plans de la maison et les noircit d'annotations, en se lançant dans de grandes explications sur le cubage attendu et le volume des pièces. Tout en surveillant la scène du coin de l'œil, Jason entama sa brioche.
« Ils vont en avoir pour un moment », finit-il par comprendre. Je ne vais pas pouvoir sortir incognito. Il va falloir que je trouve une autre issue... »
Le garçon se retourna. Derrière lui partait un couloir sombre et poussiéreux ; on avait l'impression qu'un glaçage s'était déposé au fil du temps sur ses parois poisseuses. Le sol était recouvert du même parquet sombre que le salon de thé.
Le corridor comportait deux portes. La première conduisait à des WC. La petite pièce couleur miel était dotée d'une lucarne qui donnait sur la cour intérieure de l'établissement.
La seconde était fermée.
Jason tenta de l'ouvrir, mais elle n'avait pas de poignée.
Il s'agenouilla pour l'examiner et sentit un courant d'air glacé lui souffler sur les chevilles.
— Non ! Ce n'est pas vrai ! murmura-t-il incrédule, en fourrant le reste de sa brioche dans le sachet.
Le battant en bois qu'il avait sous les yeux était en tout point identique à celui qui était caché derrière l'armoire de la Villa Argo... et à la porte de la cave de Mme Biggles sous laquelle filtrait parfois un peu de sable du désert égyptien. Il ressemblait également à s'y méprendre à celui qui se trouvait dans le sous-sol de la Maison aux miroirs et qui reliait Kilmore Cove à la Venise du XVIIIe siècle.
C'était une autre porte du temps.