Dans l'ombre de la ville
Dans l'ombre de la ville
James Conan
560 pages
Couverture souple
Réf : 167453
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Au lieu de 22,00  (prix public)
Disponible
Les dessous de Chicago
Résumé
Chicago, 1893. Alors que la ville s’habille de lumière et vit au rythme fastueux de l’Exposition universelle, des jeunes filles sans défense disparaissent mystérieusement et des corps apparaissent sur les rives boueuses du fleuve. Emily, jeune journaliste sans grande expérience mais pleine de fougue et de ressources, est bien décidée à prouver son talent au grand Joseph Pulitzer en levant le voile sur cet étrange affaire... 
Pourquoi on l'a choisi
Sans foi ni loi ! Premier roman sous le pseudonyme de James Conan, deux auteurs chevronnés nous offrent un polar historique des plus sombres qui ne laissera pas de vous surprendre !  
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Traquées
Michael Robotham
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :4
derbré hélène
Le 23 août 2009
Grandiose
Le livre me suivait partout, une intrigue pertinente et originale. Cela ferait un excellent film avec un bon réalisateur et de bons acteurs.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
mimi
Le 18 août 2009
A ne pas manquer
Pas trop mal mais... un peu à l'eau de rose à mon goût.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
sevedu63
Le 16 août 2009
Fascinant
Passionnée par Mary Higgins Clark ou Harlan Coben, je viens de finir ce livre, je l'ai trouvé fascinant, je le conseille à tous les passionnés de livre à suspense.
Il y a 1 commentaire associé à cet avis.
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Remarque de du 06/05/12
Passionné par les mêmes, je l'ai trouvé... fatiguant dans les descriptions de la ville, les traits forcés pour les mauvais comme pour les bons... Une note ? Entre deux et trois étoiles maxi.
mickaro83
Le 21 janvier 2010
Se dévore...
Tient en haleine du début à la fin, un régal !
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Derrière le nom de plume de James Conan se cachent deux auteurs chevronnés :
Helen Rappaport a suivi des études de russe, a joué dans des feuilletons et des films avant de se tourner vers l'écriture d'ouvrages historiques. Sa réputation de spécialiste de l'histoire des femmes au XIXe siècle est parfaitement établie.
William Horwood était chroniqueur pour le Daily Mail lorsqu'il a écrit son premier roman en 1978 qui est devenu un best-seller international : Le Bois Duncton. D'autres ont suivi depuis.
Lu dans la presse
« Captivant et à l'atmosphère enveloppante. »

The Sunday Telegraph


« Un suspense sombre très riche qui allie détails historiques et mystère fascinant. »

The Observer


« Une intrigue serrée qui donne au lecteur un frisson d'angoisse dès les premières pages. »

The Daily Telegraph
Extrait
Premier jour

Jeudi 19 octobre 1893


1

La Bouillonne


Chicago, 6 h 37

Il ne fait pas toujours bon jeter un cadavre dans Bubbly Creek, la Bouillonne, appellation locale du bras inférieur de la Chicago River. L'hiver, les eaux gèlent, le corps demeure pile là où il est tombé. L'été ne vaut pas mieux : en l'absence de courant, les odeurs méphitiques vous découragent d'approcher. Celui qui s'y hasarde comprend vite à quoi les lieux doivent leur surnom : au bouillon de culture que forment les squelettes et autres rejets des abattoirs fermentant et pourrissant à l'envi sous la surface.
L'idéal, c'est le printemps et l'automne. Là, il y a du courant, surtout après la pluie. Un courant qui se charge d'entraîner lentement la preuve du crime loin des regards — et des préoccupations du meurtrier.
Enfin, s'il a de la chance.
Par un matin brumeux d'octobre 1893, un corps vint s'échouer devant la fabrique de colle Armour, au niveau de Benson Street, à deux cents mètres environ de la fourche où la Bouillonne rejoint le cours de la Chicago River. Ce corps s'y immobilisa, se recouvrant peu à peu de suie : celle des hauts fourneaux de l'Illinois Steel Company situés à l'autre bout de la rue.
À six heures, un immigré se dirigeant vers les abattoirs en quête d'embauche pour la journée remarqua le cadavre mais secoua la tête d'un air las en poursuivant son chemin. Son premier souci était de trouver du travail.
Finalement, un petit va-nu-pieds qui pataugeait dans la boue, cherchant des objets à récupérer parmi les détritus drossés le long de la berge, vint toucher le dos puis le visage de la morte du bout de son orteil.
Il la scruta de plus près, en retenant son souffle. Il se rapprochait encore, à l'affût de biens de valeur, quand soudain le cadavre ouvrit un œil.
— Bon sang, c'est vivant ! hurla le gosse en basculant les quatre fers en l'air dans la boue.
Plusieurs hommes accoururent pour hisser le corps sur la chaussée, mais ensuite ce furent des femmes qui prirent le relais. Elles chassèrent les représentants du sexe masculin, enfants comme adultes. Les demoiselles eurent le droit de rester si elles le voulaient, mais à distance.
Il s'agissait d'une jeune fille, couverte d'une couche de fange et vêtue d'une robe crasseuse, en lambeaux. Un bas déchiré s'enroulait autour de sa cheville, son autre jambe était nue. Ses cheveux sombres se réduisaient à un amas gluant de vase.
Nul besoin d'être médecin pour deviner qu'elle était plus morte que vive, ni riverain de longue date pour se douter qu'elle avait passé du temps dans ce cloaque, dont l'eau s'était infiltrée dans ses chairs : elle allait forcément attraper un mal qui la tuerait à petit feu, s'il ne la foudroyait pas séance tenante.
Rien dans son apparence ne fournissait le moindre indice quant à son identité, aux raisons de sa présence ni à ce qui lui valait d'être toujours en vie. Les femmes rassemblées autour d'elle ne parvinrent pas à lui soutirer une parole sensée. Le galimatias qu'elle leur servit en réponse à leurs questions relevait du délire.
Elles envoyèrent un enfant chercher un îlotier sur la 31e Rue. Lorsque le policier se présenta, il n'eut besoin que d'un regard en direction de la rescapée pour repartir au poste de police de Harrison Street et télégraphier qu'on envoie le fourgon.
Vers huit heures et quart, un véhicule noir surélevé à grosses roues fit son apparition. On aurait dit un panier à salade, mais c'était pire que ça, chacun le savait. Quelques mères firent rentrer leurs enfants en leur disant que croiser une telle voiture dans les parages constituait un mauvais présage.
Un homme en uniforme descendit du marchepied tandis que le conducteur – le chef – partait examiner la femme. La plupart des habitants des alentours connaissaient Padraic O'Banion, dit « Donko ». Il tenait le volant du fourgon dans la journée. Le soir, il travaillait dans un bouge du quartier de la Digue.
— Elle a dans les vingt ans, indiqua Donko. Et on l'a rouée de coups.
— Elle est allée faire trempette, commenta son acolyte.
— Tu parles. Sûrement un de ses michés qui aura voulu la trucider.
Avec son adresse habituelle, Donko manœuvra le fourgon, dirigeant l'avant du véhicule vers le carrefour de la 31e Rue et de Throop Street. Les badauds détournèrent les yeux puis repartirent à leurs affaires, tandis que le jeune garçon qui avait découvert la femme restait planté là, contemplant le fourgon et son inscription à demi effacée.
Il ne savait pas lire, mais il devinait. Asile d'aliénés du comté de Cook.
— C'est là qu'on l'emmène ? s'enquit l'homme qui avait été le premier à repérer la femme ce matin-là et qui rentrait à présent par le même chemin.
Il habitait depuis peu dans le quartier. Il avait la barbe hirsute, la tenue et l'accent des immigrés d'Europe de l'Est. Son regard trahissait les affres du tâcheron qui n'a pas trouvé le moyen de gagner sa pitance.
— Pas tout de suite, répondit Donko. Elle doit d'abord passer par l'infirmerie du dépôt.
— Oui, intervint une femme. Et là, si c'est une tentative de suicide, ce qui m'a l'air plus que probable, elle passera devant le juge.
— Alors, elle est bonne pour Dunning. On la reverra jamais, conclut le gosse en crachant sa chique de tabac sur le trottoir, à l'endroit précis où l'on avait déposé le corps plus tôt.
Ils restèrent là près d'une minute, à contempler en silence le fourgon noir. Chacun ici savait ce que cela signifiait d'être envoyé à Dunning - chez les fous. Après quoi l'homme partit de son côté, le jeune garçon de l'autre. Là où s'était échouée la femme anonyme, au bord de la Bouillonne, ne demeurait plus qu'une tache de sang virant au marron dans la boue.



Deuxième jour

Vendredi 20 octobre 1893


2

Le boulanger

New York, 11 h 47

Anna Jelena Zemeckis, fille unique de Janko Zemeckis, un boulanger letton de New York, n'avait plus donné signe de vie depuis le 7 septembre 1893 à treize heures trente-cinq.
Elle avait quitté la brasserie de Mme Clark, au 145, Wabash Avenue, pour aller rencontrer une amie sur le site de l'Exposition universelle de Chicago - le quartier de Jackson Park, à une dizaine de kilomètres au sud du centre-ville. Elle ne s'était jamais présentée à ce rendez-vous.
Anna était une jeune femme discrète d'à peine vingt et un ans, sociable et brillante. Quatre mois plus tôt, elle servait encore de bras droit à son père dans la petite boulangerie florissante qu'il possédait à Manhattan, dans le Lower East Side. Elle tenait alors les comptes tout en occupant un emploi à temps partiel à la bibliothèque publique Aguilar, sur la 5e Rue.
Le départ d'Anna pour Chicago avait surpris son monde : nul dans leur entourage n'aurait cru qu'un père aussi aimant et aussi protecteur l'autoriserait à partir, surtout vers une ville à ce point monstrueuse. La jeune fille elle-même proclamait souvent son aversion pour les grandes métropoles et son désir de s'installer sur l'exploitation agricole de sa tante Inga, à Lac du Bonnet, au Canada, mais Zemeckis ne considérait pas ce projet d'un bon œil : la rudesse de la vie paysanne que la famille de sa défunte épouse connaissait aujourd'hui près de Winnipeg, après l'avoir vécue en Lettonie, c'était précisément ce qu'il avait voulu abandonner derrière lui en émigrant. Il avait refusé à plusieurs reprises de laisser sa belle-sœur accueillir Anna. Non, en homme entreprenant et soucieux de l'avenir, il tenait à ce que sa fille se rende en son nom à Chicago afin de constater ce que l'Exposition universelle avait à offrir en termes de modernisation à son entreprise modeste mais prospère.
Au mois d'avril 1893, à l'occasion du vingt et unième anniversaire de sa fille, Janko avait donc procédé à une annonce solennelle au temple, devant ses amis luthériens.
« J'envoie Anna à Chicago, avait-il déclaré. Mon beau-frère Hendriks m'a confirmé par écrit qu'elle pourrait demeurer chez lui aussi longtemps qu'elle le souhaiterait, afin de voir tout ce qu'il y a à voir à la grande Exposition. Elle aura le temps de découvrir des choses et de s'instruire tout en travaillant à mi-temps à la bibliothèque publique de Chicago. Chaque famille de ce pays devrait envoyer un de ses membres à cet événement grandiose. Comme notre commerce ne peut pas se passer de moi, Anna ira à ma place ! »
Abasourdie et enchantée à la fois, Anna avait fondu en larmes. Son père et elle s'étaient embrassés. Janko était un brave homme qui se gardait d'ordinaire de toute effusion en public.
Hendriks Markulis était le frère de la mère d'Anna. Si leur sœur avait épousé un rude gaillard de souche paysanne avant même d'émigrer au Canada, Hendriks, plus ambitieux, avait trouvé femme aux États-Unis, dans une famille industrieuse arrivée d'Allemagne. Le couple dirigeait à présent une quincaillerie au nord de Chicago. Ils avaient effectué deux séjours à New York chez Anna et son père. Des gens honnêtes. Liesel Markulis appartenait à une ligue de tempérance. Janko était certain qu'Anna se sentirait parmi eux comme chez elle et y serait chaperonnée à tout moment.
« Ce ne sont pas des vacances, mais du travail, Anna, l'avait-il prévenue. Cette grande Exposition présentera toutes les nouveautés que nous devons connaître en matière de techniques comme d'instruction. C'est toi qui t'y rendras. La boutique peut se passer de ta présence deux ou trois mois. Ton poste à la bibliothèque de Chicago pourvoira à tes besoins, mais tu pars surtout pour t'instruire - je dis bien : t'instruire. »
Si Anna avait sangloté dans les bras de son père, c'était de joie. Quant à Janko, il avait souri avec fierté, parce qu'après l'avoir longtemps - trop longtemps, peut-être - gardée auprès de lui pour la protéger, il avait le sentiment de prendre la bonne décision en la laissant partir.