Althalus est enfin sorti de la Maison au Bout du Monde ! Il a appris à lire et même à apprivoiser Émeraude, la petite féline aux yeux verts. Mais quelque deux mille cinq cents ans ont passé ! Daeva entend toujours ramener l'univers au chaos originel... et seul Althalus peut l'en empêcher. Le voilà parti dans une nouvelle aventure où ses talents de voleur lui seront bien utiles !
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Je me suis régalée à la lecture de ces deux tomes. Le seul regret est qu'il n'y en ait pas un troisième. Le ton est léger, amusant, et l'histoire captivante. Un vrai moment de plaisir !
— Non ! cria Andine.
Elle courut vers son amoureux, se laissa tomber à genoux et le serra contre elle.
— Éloigne-la de lui, Althalus ! dit la voix de Dweia dans la tête du voleur. Elle ne fera qu'aggraver les choses.
— Il est toujours vivant ? demanda Althalus.
— Évidemment ! Allez, bouge-toi !
Althalus écarta la jeune fille hystérique d'Éliar.
— Arrête ça, Andine, lui dit-il en se forçant au calme. Il n'est pas mort, mais gravement blessé, alors ne le secoue pas comme ça.
— Laisse-moi la place, Althalus, ordonna Dweia. Je dois parler à Leitha. (Il la sentit le bousculer mentalement.) Leitha, dit-elle à voix haute, c'est moi. Je veux que tu fasses exactement ce que je te dirai.
— Un piège ! J'aurais dû me douter que c'était trop facile !
— Nous n'avons pas le temps de pleurnicher. J'ai besoin de connaître la gravité de la blessure d'Éliar.
— J'ai échoué, Dweia ! Tout ce qui entourait cette caverne était une embuscade, et je me suis jetée dedans tête la première.
— Arrête ! Il faut que tu pénètres dans le cerveau d'Éliar. Je dois savoir ce qui se passe là-dedans.
Le regard de Leitha se fit distant.
— Il n'y a rien, rapporta-t-elle. Son esprit est totalement vide.
— J'ai parlé de son cerveau, Leitha, pas de son esprit. Va plus profond. Dépasse ses pensées et continue à creuser. Comme ça.
Des images incompréhensibles défilèrent dans l'esprit d'Althalus.
— C'est possible ? souffla Leitha, abasourdie.
— Fais-le. Ne perds pas de temps à discuter avec moi. Je dois connaître la gravité de sa blessure.
Leitha se concentra. Althalus entendit sa propre voix dire « pas comme ça », et d'autres images se succédèrent dans sa tête.
— Oh, je vois, lâcha Leitha. Je n'avais jamais fait ça avant. (Elle se détendit.) Du sang, constata-t-elle. Tout est sombre, mais il saigne à l'arrière du cerveau.
— Beaucoup ? Est-ce que ça bouillonne ?
— Pas exactement, mais ça fait plus que de suinter.
— C'est bien ce que je craignais. Il va falloir le déplacer, sergent Khalor. Sortons-le de cette tranchée et conduisons-le dans un endroit chaud et bien éclairé.
— Vous n'êtes plus Althalus, hein ? demanda Khalor à son ami.
— C'est moi, Khalor, Dweia. Je dois me servir d'Althalus comme intermédiaire, parce que je n'ai pas le temps de me déplacer en personne. Allez chercher des hommes pour transporter Éliar. Dites-leur de ne pas trop le secouer.
— Vous pouvez le guérir, ma dame ? Cette vilaine sorcière lui en a fichu un bon coup.
— Pas assez bon : il a tourné la tête juste au moment où elle le frappait. Mais nous devons agir vite. Emmenons-le dans un endroit où nous pourrons nous occuper de lui.
— Gebhel a fait dresser une tente sur cette colline derrière la tranchée, dit Albron. Il s'en est servi de poste de commandement pendant que ses hommes creusaient de ce côté.
— Ça devrait aller, approuva Khalor. De toute façon, il n'y a rien d'autre dans les parages. Je vais aller chercher des hommes.
— Il se passe des choses que je ne comprends pas, avoua Albron en jetant un regard intrigué à Althalus.
— Dweia nous parle en se servant de la bouche d'Althalus, expliqua Bheid. Elle est à la Maison, et nous ici. Elle pourrait sans doute s'y prendre d'une autre manière, mais c'est plus rapide — et beaucoup moins perturbant pour les gens qui nous entourent — qu'elle le fasse ainsi. Une voix jaillissant de nulle part risquerait d'attirer l'attention. Elle nous parle à travers Althalus depuis que nous avons fait sa connaissance.
— J'espère qu'elle peut réellement soigner Éliar, parce que, sans ses portes, nous n'aurons pas la moindre chance. (Albron fronça les sourcils.) C'était ça le but de la manœuvre, pas vrai ? Les Ansus ivres morts et la caverne remplie d'hommes et de chevaux, c'était un truc pour nous attirer ici et tuer Éliar afin que nous ne puissions plus nous défendre.
— Ça changera dès que nous l'aurons remis sur pied, promit Althalus.
— Et si nous n'y arrivons pas ?
— Ne commencez pas avec les « et si ? », chef Albron. Nous avons assez d'ennuis comme ça.
Le poste de commandement de Gebhel était une grande tente meublée de plusieurs lits de camp, d'un poêle rudimentaire et d'une table jonchée de cartes et de diagrammes. La demi-douzaine d'Arums que le sergent Khalor avait réquisitionnée transporta Éliar à l'intérieur et le déposa sur un des lits de camp.
— Viens ici, Leitha, murmura mentalement Dweia à la jeune femme blonde. Althalus et toi allez devoir travailler ensemble. Le cerveau d'Éliar saigne, et il n'a pas de moyen d'évacuer tout ce fluide. Il aurait mieux valu que Gelta lui donne un coup de hache : si elle lui avait ouvert le crâne, le sang pourrait s'écouler. Là, il n'a pas d'endroit où aller, donc il fait pression sur le cerveau. Si ça dure trop longtemps, Éliar mourra.
— Veux-tu dire que nous allons devoir lui enlever l'arrière du crâne ? demanda Althalus, incrédule.
— Ne sois pas ridicule ! Tout ce qu'il faut pour soulager la pression, c'est faire un ou deux petits trous. Dès que Leitha t'aura indiqué l'emplacement exact de l'hémorragie, tu utiliseras un mot du Grimoire pour les forer.
— Et c'est tout ? Ça m'a l'air affreusement mécanique, comme d'installer un conduit d'évacuation.
— C'est un peu l'idée.
— Et ça suffira à le guérir ?
— Pas entièrement, mais ce sera un bon début. Nous nous occuperons du reste après avoir soulagé la pression sur son cerveau. Dépêchons-nous : chaque minute compte. La première chose dont nous aurons besoin, c'est de lumière. Utilise « Leuk » . Nous voulons que le plafond de la tente luise de la même façon que le dôme de la tour.
— Très bien. Autre chose ?
— Demande à quelqu'un d'aller chercher un des bergers. Il nous faudra une certaine plante pour faire un cataplasme, et d'autres encore pour préparer une décoction. Les bergers connaissent mieux la végétation locale que les Arums.
— Gher, appela Althalus à voix haute, va me chercher ce jeune berger aux cheveux roux, Salkan, et ramène-le ici. Vite !
— J'y vais, dit l'enfant en prenant ses jambes à son cou.
— Nous allons devoir raser l'arrière du crâne d'Éliar avant de commencer, dit Dweia.
— Bheid, ton rasoir est-il bien affûté ? demanda Althalus.
— Évidemment.
— Parfait. Dweia veut que tu rases l'arrière du crâne d'Éliar.
— Althalus ! cria Andine.
— Endors-la, Althalus, ordonna abruptement Dweia. Utilise « Leb ». Elle nous gênerait, et de toute façon, inutile qu'elle voie ça.
— D'accord, dit Althalus. (Puis, à voix haute :) Andine ?
— Oui ?
— Leb.
Les yeux de la jeune fille roulèrent dans leurs orbites, et elle s'affaissa dans ses bras. Il la porta de l'autre côté de la tente et l'allongea doucement sur un des lits vides.
— Comment allons-nous procéder, Dweia ? demanda Leitha.
— Dès que Bheid aura fini de raser l'arrière du crâne d'Éliar, tu localiseras l'endroit exact où son cerveau saigne, et tu poseras ton doigt dessus pour le montrer à Althalus. Puis il découpera de petites ouvertures dans la boîte crânienne d'Éliar avec le mot « Bher ». Ça permettra au sang de s'écouler pour diminuer la pression.
— Quelqu'un a-t-il déjà tenté ce genre d'opération ? demanda Leitha, sceptique.
— Pas souvent. La plupart des gens qui se prétendent guérisseurs sont des charlatans — ou pire — qui ont une connaissance très limitée de la façon dont fonctionne le corps humain. De temps à autre, il naît un guérisseur vraiment doué. Mais il ne dispose généralement pas des bons outils, et comme il ne mesure pas le risque d'infection, il néglige de nettoyer ses instruments avant de s'en servir pour creuser des trous dans la tête de son patient. Althalus ne va pas se servir d'un marteau et d'un ciseau de sculpteur : il utilisera un mot du Grimoire, et le cataplasme que nous fabriquerons devrait désinfecter la plaie.
— J'ai entendu quelques « devrait » et « peut-être », fit remarquer Althalus. Si je devais parier sur le résultat, quelles seraient mes chances ?
— Une sur deux environ. Mais nous n'avons pas vraiment le choix.
— Je suppose que non.