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Pas ce soir, je dîne avec mon père
Pas ce soir, je dîne avec mon père
Marion Ruggieri
208 pages
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 157619
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 16,90  (prix public)
Disponible
Résumé
C'est bien connu, on n'est pas sérieux quand on a cinquante-cinq ans, surtout de nos jours. Pas de chance pour Marion, jeune trentenaire, c'est l'âge de son "baby-boomer" de père. Comment grandir avec ce géniteur qui ne lui épargne rien de sa "supersexualié" et cultive les nymphettes ? En prenant un amant aussi âgé que lui. Pas sûr...
Pourquoi on l'a choisi
"Mon père, ma croix et mon délice". Rarement on avait croqué avec autant de drôlerie et de cruauté, toute une génération bien décidée à ne pas vieillir quitte à voler leur adolescence à ses propres enfants déboussolés. Méchant et touchant aussi.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :7
Le 01 mai 2009
J'aime pas !
Moi aussi, je n'ai pas du tout accroché ! J'ai du m'arrêter avant le chapitre 10, et je ne le finirais sûrement jamais !!! Trop de flashback, trop de moments "bizarres" dans le récit, très difficile à comprendre... un coup elle a 13 ans, un coup elle en a 30, puis 22...! DUR !
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gallou
Le 25 mars 2009
Faut suivre...
Je n'ai pas accroché du tout avec ce livre. Mélange de présent et de flashback. Tout est rédigé au même temps et sans transitions aucunes, ce qui m'a rendu la compréhension très difficile. A tel point que je n'ai pas réussi à le finir.
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caraibeangal
Le 12 juin 2009
Bof
Je n'ai pas du tout accroché et me suis même emmêlée les pinceaux à un moment.
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odic veronique
Le 26 février 2009
Vieux jeune
Ce livre résume l'égocentricité des personnes de notre société. Le mal-être d'une jeune fille de 30 ans qui se cherche encore entre l'adolescence et le monde adulte. Certainement perturbée de la séparation de ses parents mais surtout du comportement de son père qui a retrouvé une seconde jeunesse !
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doudou23
Le 30 juillet 2009
Nul !!!
Dès le début, je n'ai pas aimé. En effet, trop de flashback, on saute du coq à l'âne sans transitions, trop de mal à suivre. Moi aussi, je n'ai pas pu le terminer.
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meldom
Le 01 octobre 2009
Bof
Je n'ai pas aimé.
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Lutiiine
Le 04 avril 2012
Génial !!!
Alors ce livre est juste trop bien ! Il est vrai que par moment c'est un peu long, au niveau des descriptions, mais franchement le reste prend le dessus !!! Le vous le conseille ! C'est une histoire triste, on se prend au jeu !
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Marion Ruggieri est responsable des pages culture à Elle et chroniqueuse à Paris Première, France Inter et France Info. Elle est également l'auteur, avec Yalda Rahimi, du Journal de Yalda.
Extrait

Chapitre 1


Le problème avec les parents, aujourd'hui, c'est qu'ils ne meurent jamais.
Ou qu'on les aime trop.

— On a vraiment un air de famille, non ? dit- il, en me regardant dans la glace.
Sauf qu'il a la tête coupée en deux : un œil enfantin et l'autre pervers. Moi, je ne sais pas. Parce que je ne peux pas me voir. La seule chose que je puisse dire de lui est que contrairement à beaucoup d'hommes de son âge, il n'a pas pris en ventre ce qu'il a perdu en fesses. Cette espèce de vase conducteur révélateur qui fait que l'être humain, un jour, tourne le dos à l'amour, pour manger ou jardiner. Et comme le monde est bien fait – j'ai lu quelque part que nous avions perdu nos poils de singes pour être plus érogènes et mettre un maximum de chances de survie de notre côté – c'est justement lorsqu'il ne devrait plus se reproduire, que le Bon Dieu donne à l'homme des traits de vieille femme enceinte. Mais lui n'est pas de ceux-là.
— Pas mal, non, pour un type de mon âge ? Touche !
Je baisse les yeux et regarde au sol ses traces de pas mouillés qui décolorent le parquet. Il porte une serviette blanche nouée à la hâte autour de la taille. Ses cheveux noirs luisent sous la lumière de l'entrée. Le soleil a bruni ses lèvres. Une bouche démesurée, comme le front, l'arcade sourcilière, et le nez. Il a les traits forts, la silhouette gracieuse, l'air fiévreux. Un physique romantique. Un jour, à propos de sa fille de dix-sept ans, un ami m'a dit ceci : « Je n'ose même plus la regarder. » Cela fait des années que je n'ose plus le regarder, et qu'il me force à le voir. Alors je tape furtivement son bras bronzé, encore humide, du bout des doigts. Comme un docteur en consultation ou comme si l'on jouait à chat. Le muscle est dur, mais la peau, plus fine que la mienne, fait moins corps.
- Ouais...
— Entre, tu vas pouvoir me passer de la crème hydratante.
Je ferme la porte et le suis le long du couloir sombre qui dessert par ordre d'apparition la cuisine, l'unique chambre et le salon. Sans rien demander à personne, il a abattu toutes les cloisons. Transformé un petit appartement familial et bourgeois en une vaste garçonnière.
Mon père appartient à cette génération qui sous prétexte qu'elle est née après guerre et en plein progrès a décidé que son combat d'une vie serait de ne pas mourir. De ne pas mourir, donc de ne pas vieillir. D'arrêter le temps. Au début, je croyais qu'il était le seul atteint. Et puis j'ai vu d'autres spécimens, dans la rue, à la télé, tout près, je les ai parfois côtoyés : les faux jeunes. J'en ai même joué. Au début, je croyais que le syndrome ne touchait que les hommes de son âge, les éternels « baby-boomers », puis je me suis aperçue que la génération suivante était pire. Déjà faux jeunes à quarante ans. Je les repère au premier coup d'œil : un tee-shirt, une fiancée pré-pubère, une play-list. Au début, enfin, je pensais qu'il s'agissait d'une épidémie locale, jusqu'à ce que je me retrouve à l'anniversaire d'un Chinois de Los Angeles. Impossible de dire son âge, cinquante-quatre ans. La tenue, les cheveux, l'allure : il arborait simplement cette même dégaine occidentale de l'homme qui ne veut pas mourir. Voilà le problème. Les gens ne veulent plus mourir. Alors ils volent la vie de leurs enfants. Ce sont des ogres.
La crème hydratante est pour le dos. Le reste, il y arrive seul. Il me tend le tube, un produit pharmaceutique dont le nom colle au palais rien qu'à le prononcer. Je projette quelques pâtés blancs sur ses omoplates noires de taches de rousseur – cela fait du bruit. J'étale la chose du plat de la paume, à la truelle, en en laissant traîner partout. Exactement comme le fait un homme quand il s'enduit d'écran solaire, et qu'il lui en reste accroché dans les sourcils, dans la barbe, sur le nez, comme si ça faisait pédé de bien étaler ou qu'il attendait une âme émue, une mère, pour finir ce qu'il a commencé. Je m'acquitte de la tâche au plus vite.
— Tu n'oublies pas les épaules, hein ? (...) Tu devrais aussi t'hydrater la peau, Big. Le docteur m'a dit que j'avais l'élasticité d'un jeune homme de trente ans.
Moi j'ai une peau de crocodile, la souplesse d'une grabataire, et j'aime ça.
Evidemment, je n'ose pas dire à mon père qu'il est un ogre, qu'il mange ma vie et que je ne tiens plus qu'à un fil. Après tout, je laisse faire et il en pleurerait, de me tuer. Quoique. Je ne l'ai vu pleurer qu'une fois. Nous habitions encore tous les trois. Il regardait par la fenêtre, les yeux embués. Ma mère se tenait dans la pièce d'à côté. Elle ne l'aimait plus, je le sentais. Mon père la trompait, mais elle faisait pire : il l'indifférait. Pour la première fois de ma vie d'enfant, j'avais plus de peine pour quelqu'un d'autre que pour moi. Et pourtant, j'en passais des heures à me regarder pleurer dans la glace. A imaginer mes parents morts, mon air digne et dévasté, et à ausculter la couleur de mes yeux, glisser du brun au vert. Mais là, j'en aurais tué ma mère. Je savais que leurs longues disputes n'avaient plus lieu d'être. C'était mort. Vingt ans plus tard, il n'a pas changé. Comme si le temps l'avait saisi là, derrière sa vitre, pétrifié. Beaucoup de gens se fossilisent ainsi, après un choc ou, inversement, une période qui leur sied, qu'ils considèrent comme leur apogée.
Parfois, j'aimerais qu'il perde ses cheveux, qu'il mette des pantalons en velours côtelé, qu'il écoute de la musique classique, qu'il planifie ses vacances d'été ou prenne des places « pour » Luchini ; j'aimerais qu'il soit comme certains pères de mes amies, qu'il ait son âge, rangé des placards, à la retraite, de l'arthrite ; ou qu'il soit comme ma mère, une mère, avec des jupes en dessous des genoux, de la dignité à revendre, et, surtout, pas de sexualité, du moins pas à ma connaissance. Autrefois, me semble-t-il, les géniteurs, à quelques exceptions notables, se retiraient. Pas forcément de bon gré, mais bon, ils ne pouvaient pas faire autrement : ils étaient Vieux, un peu gâteux, bientôt morts. Et c'était comme ça. On les foutait dehors. Et c'était normal. Parce que l'on ne peut pas être deux. On ne peut pas se superposer. C'est obscène. Quelqu'un doit s'effacer. Pour l'instant, c'est moi.
D'ailleurs, devant la glace, je ne ressemble à rien. Je n'existe pas. J'ai été ratatinée, compressée, par l'accélération de l'histoire. Je suis une fausse jeune de bientôt trente ans. Alors qu'à treize ans, je faisais de louables efforts pour m'habiller comme une pute, maintenant que je pourrais, je me déguise en ado mal dégrossie. J'ai toute la panoplie : jean, baskets, tee-shirt. J'ai décidé d'abandonner mon vieux sac à dos le jour de mes trente ans. La supercherie se voit moins que chez mon père ou que chez ces quadragénaires, qui, décomplexés par les critiques émises contre la génération d'avant, sont encore plus caricaturaux et désinhibés que leurs aînés. Mais le résultat est là, j'ai l'âge d'être une femme, avec du rouge et des talons, au lieu de ça...
— Tentez de faire moins jeune, m'avait un jour lancé l'épouse d'un philosophe, elle-même spécialiste du floutage de cadran, alors que je m'éloignais, au petit trot, avec ma queue-de-cheval et mon sac à dos. Elle avait vu juste et sous ses airs fantasques m'avait courtoisement rappelée à ma condition.
J'ai commencé très tôt à vouloir faire jeune. Vingt et un ans, je crois. Le jour où je suis sortie avec un vieux. En y repensant, je suis peut-être la fille qui a voulu faire jeune le plus tôt de toute l'histoire de l'humanité. Mais dans un monde où l'on vit de plus en plus tard, c'est la moindre des choses d'être vieux de plus en plus jeune et que la fraîcheur soit une denrée rare. Comme ça, on a la vie entière pour réfléchir à la cruauté du progrès et de finir en maison de retraite, comme un coucou tombé du nid, les yeux croûtés, le cheveu en bataille, la peur au ventre, à se demander où l'on est. Pour disparaître, certains ne mangent plus. Moi, je ne bois pas – et je pourrais écrire une thèse dessus, tant cela paraît suspect –, je ne fume pas, je ne me drogue pas, je ne me reproduis pas, je ne me maquille pas. Je suis intouchable. Transparente. Un pur esprit. Rien à voir avec toutes les filles qui passent par ici. Sans vouloir entrer dans une analyse qui ennuierait tout le monde, à commencer par moi qui ne l'ai pas faite, disons que rester une adolescente a été la seule manière de préserver entre mon père et moi cet espace, cette distance vitale, ces milliers d'années d'histoire, qu'il a décidé d'effacer pour s'en accorder dix ou vingt de plus. Et c'est du bout de mes ongles rongés que je m'accroche à mon enfance en attendant qu'il avance. Il ne veut pas vieillir ? Moi non plus. On verra bien qui lâche le premier.
— Franchement, Big, je ne remercierai jamais assez ta grand-mère et le Bon Dieu de m'avoir fait si beau garçon !
Je connais le discours par cœur.
— Parce qu'en matière de filles, Big, j'ai eu plus que ma part du gâteau, j'ai eu le gâteau, la pâtisserie...
... et la pâtissière, je sais. Tandis qu'il continue de gazouiller dans la salle de bains, encore pleine de buée, je furète dans la cuisine, ma pièce préférée, la seule à être meublée, avec sa longue table en bois couverte de sacs, les courses du dîner, pleins à craquer. Trop, peut-être. Mais ça n'est pas pour me déplaire. J'ai horreur des frigos vides, des repas où il n'y a pas assez à manger, des gens qui piquent dans mon assiette. Plus généralement, je n'ai aucun humour avec la nourriture et mes parents. Aujourd'hui, mon père a cinquante-cinq ans et, bien qu'il ne les fasse pas, nous allons fêter ça, tous les deux, en amoureux. J'arrache l'extrémité de la baguette de pain, un principe, et file au salon, le croûton pendu à la bouche comme un vieux mégot. A hauteur de la chambre, je détourne le regard, trop tard pour ne pas entrevoir le lit béant qui occupe toute la pièce, la couverture à moitié par terre, les draps en vrac. Plus loin, le salon est vide ou presque. Les rares meubles, reliquats du divorce, se tiennent au garde-à-vous le long des murs vierges, entrecoupés par des piles de livres, des rangées de DVD, des journaux éventrés, une chaîne stéréo, la télé, des rideaux qui n'ont jamais été ni ouverts, ni fermés, ni même détachés, et un unique canapé rouge et profond, sur lequel je ne m'assois qu'à regret. Mon père passe une première fois, sur la pointe des pieds, sa serviette autour de la taille, à la recherche du pantalon qu'il a laissé là où il l'avait sans doute enlevé : au pied du canapé. Il me sourit.
— Toujours aussi sexy, Big, à ce que je vois. Puis, une deuxième fois, en quête de ses chaussettes :
— Eh, mon Big, fais gaffe à pas trop te mettre en valeur, surtout.
Puis, une troisième, pour ses baskets :
— Nan, on ne sait jamais, tu pourrais attirer les regards... Je lui rends son sourire, vaincue. Il ne porte jamais de caleçon, trop bourgeois, comme les cloisons.
— Quelle chemise je mets, Big ?
(...)
— Viens voir s'il te plaît !
Non, il ne me plaît pas. Si je vais voir, il me faudra entrer dans la chambre, où se trouve le placard, ignorer le lit qui m'a déjà fait tourner de l'œil, enjamber les draps et les oreillers, tout ça pour choisir entre une chemise blanche et une autre chemise blanche. Je reste arrimée à mon canapé, perdue dans la contemplation du mur d'un grand magasin qui, derrière les fenêtres et de l'autre côté du jardin, obstrue l'horizon.
— « Biiiiig ».
Parfois, je me demande s'il le fait exprès.
Je me lève avec une mauvaise grâce adolescente, traîne des pieds et tente encore de bifurquer au dernier moment sur un journal ouvert à la page « Fait divers » qui me permettrait de changer de sujet. « Big ? » Mais rien n'y fait. J'entre dans la pièce, ignore le lit, ce qui n'est pas chose aisée, comme je l'ai dit. Et là, je n'en crois pas mes yeux :
— Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
Au-dessus du lit trône un gigantesque crucifix. Je m'approche, mais pas de doute : c'est bien une croix avec un Christ dessus, qui porte lui aussi un pagne autour des hanches. Il a la même silhuette à demi évanouie que celle de mon père, vingt ans auparavant, quand il regardait par l'embrasure de la fenêtre et qu'une douce lumière allait l'immortaliser à jamais dans mon cœur. Sauf que mon père, depuis sa première communion, n'a jamais remis les pieds dans une église ou un quelconque lieu de culte autrement qu'à des fins touristiques. Lui, si prompt à enfourcher toutes les modes, a même fait l'impasse sur la vague bouddhiste et ne semble manifester aucune curiosité pour la vie après la mort – nous n'en serions pas là –, préférant de loin mettre à profit celle qu'on lui a donnée. Et pourtant, il y a bien quelqu'un qui s'est hissé sur ce lit pour fixer au mur un crucifix, avec un marteau et un clou, qui plus est, deux objets impossibles à trouver dans les parages et même dans le quartier depuis que le grand magasin voisin a fermé son sous-sol au bricolage pour le remplacer par des peluches, des beaux livres et des DVD. Alors ? Je l'imagine mal en train d'expier ses péchés tous les soirs, un genou à terre, les coudes joints sur l'oreiller. Pas plus que je ne le vois en train de chiner cette beauté chez un brocanteur du quartier : « Tiens, ce serait joli ce crucifix en bois rustique au-dessus du lit. » Et si c'est un jeu d'ordre sexuel, JE NE VEUX PAS LE SAVOIR. Alors quoi ?
— Oh ça, c'est le crucifix de Fallen, ma nouvelle fiancée. Elle est catholique pratiquante, tu sais. Mais tu vas pouvoir la rencontrer, elle vient dîner.