Napoléon Bonaparte
Napoléon Bonaparte
Préface de Jean Tulard
408 pages
Couverture cartonnée. 19,5 x 24 cm. Illustrations.
Réf : 141768
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Au lieu de 22,00  (prix public)
Disponible
Résumé
De son enfance dans l’île de Beauté aux derniers jours de Sainte Hélène, ce véritable récit raconte l’épopée napoléonienne dans toute sa complexité. Les combats politiques, la vie de l’empereur, mais aussi les transformations profondes de la société française et la naissance de nos institutions modernes.  
Le regard de Patrick Poivre d'Arvor
« La première grande biographie illustrée de Napoléon, préfacée par l'expert en la matière, Jean Tulard, président d'honneur de l'Institut Napoléon. Pour moi la connaissance et surtout la transmission de la connaissance sont essentielles. Dans cette optique, je trouve ce livre remarquable : grâce à son abondante iconographie, il place Napoléon à la portée de tous, historiens ou non-initiés. »

Patrick Poivre d'Arvor
Extrait

La jeunesse 1769


Le sang des Bonaparte

UN ÉTRANGE PRÉNOM
Napoléon est un nom de baptême assez répandu en Italie et en Corse mais on ne connaît aucun véritable saint qui l'ait porté. C'est Napoléon lui-même qui fait de sa date de naissance un jour férié, en son honneur et en l'honneur du saint patron qu'on lui trouva : un saint Neopolis, martyr mort pour la foi à Alexandrie au début du IVe siècle. Durant tout le premier Empire (et le second Empire) on fêtera la Saint-Napoléon, le 15 août pour commémorer ce saint Neopolis qui n'a jamais existé. L'étymologie de Napoléon est incertaine, certains chercheurs ont pensé au grec « Ne-Appolyon », ce qui signifierait « le véritable guerrier ». Il semble en effet que ce prénom soit de formation grecque, ce qui confirmerait une lointaine ascendance hellénique. Ce qui est sûr c'est qu'il se rencontre régulièrement dans la généalogie des Buonarparte. Ainsi, Charles, le père de Napoléon, avait un oncle, prénommé Napoleone, qui, fervent patriote corse, a combattu les Français avant de mourir à Corte au mois d'août 1769. D'après certains historiens, Letizia aurait dit : « C'est en souvenir de ce héros que j'ai transmis ce prénom à mon deuxième fils. »

Le 15 août 1769, jour de la Sainte-Marie, patronne de l'île, Letizia Buonaparte, malgré sa grossesse, tient absolument à assister aux fêtes de l'Assomption. Vers midi, la jeune fille de dix-huit ans rentre précipitamment de la messe, ne peut atteindre sa chambre à coucher et se jette sur un canapé du salon. Là, immédiatement, elle donne le jour, à un garçon, Napoléon. La légende voudrait que ce soit sur un des vieux tapis antiques du salon représentant des combats de l'Iliade d'Homère. Napoléon prenant vie sur le portrait d'Achille... Pourtant, quand plus tard on interrogeait Madame Mère, elle répondait en haussant les épaules : « Chez nous il n'y avait pas de tapis ! »
Napoléon vient au monde sur une île qui est française depuis un an. En effet, après cinq siècles de domination, la république de Gênes, lassée d'une suzeraineté sur une terre en constante ébullition, vend par le traité de Versailles du 15 mai 1768 ses droits à la France. Le nouveau-né appartient à une des familles les plus anciennes de l'île, issue de la petite noblesse toscane. Les auteurs et les romanciers ont tout imaginé sur ses origines ; les délires les plus farfelus abondent. Certains ont prétendu que les Buonaparte descendaient des empereurs de Byzance, d'autres qu'ils se nommaient en réalité Bonpart et avaient pour ancêtre... le Masque de fer.
En fait, les Buonaparte sont installés en Corse depuis la première moitié du XVIe siècle. À cette date, un certain Francesco Buonaparte émigre à Ajaccio et devient membre du Conseil des Anciens, charge particulièrement honorable et respectée. Ils constituent une des familles les plus en vue de l'île. En 1757, ils obtiennent la reconnaissance authentique de consanguinité avec les Buonaparte restés en Toscane. Cette branche jouit des privilèges de l'aristocratie en vertu des « lettres de noblesse » délivrées par le grand duc de Toscane. En 1771, le conseil supérieur de la Corse reconnaît la famille Buonaparte de noblesse prouvée au-delà de deux cents années et l'autorise à jouir de tous les droits et privilèges liés à cet état. Les armes des Buonaparte portent « deux barres d'or accompagnées de deux étoiles d'azur sur champ de gueules ».
NAPOLÉON EST-IL NÉ FRANÇAIS ?
Certains auteurs affirment que Napoléon n'est pas né le 15 août 1769 à une époque où la Corse est définitivement occupée par les Français depuis trois mois. Chateaubriand assure qu'il est né le 5 février 1768. Or, à cette date, la Corse n'est toujours pas incorporée à la France. D'autres optent pour le 5 janvier 1768, jour de la naissance de Joseph Buonaparte. Leur père, Charles, aurait en fait substitué les certificats de baptême de Joseph et de Napoléon pour permettre à ce dernier d'entrer à l'école de Brienne avant l'âge requis. Aujourd'hui, les historiens sérieux ont mis fin à ces bavardages. Quoi qu'il en soit, il est certain que l'éducation donnée au petit Bonaparte est assez peu française pour ne pas comporter la langue de Molière. On lui apprend l'italien mais il s'exprime habituellement en dialecte corse.



Une famille corse patriote

FRIVOLE ET GALANT
CHARLES BONAPARTE

Né en 1746 à Ajaccio, le père de Napoléon est un homme grand, au physique avantageux, intelligent et parfaitement bien élevé. Bel esprit goûtant les Lettres, il s'essaye aux vers et à la prose. Les événements que traverse la Corse lui permettent de jouer un certain rôle lors du soulèvement de 1768. Il a alors vingt-deux ans et est l'un des lieutenants de Paoli. Après la défaite de Ponte-Novo, en 1769, le roi Louis XV ordonne de favoriser la réconciliation et d'éviter toutes représailles. Charles est l'un des premiers nobles à rejoindre les Français, et, à partir de ce jour, son ralliement sera sans faille. Après des études de droit à Pise, où se trouve l'une des meilleures universités d'Italie, il devient avocat à Ajaccio. Toutefois, dans un pays pauvre comme la Corse, ce métier est d'un rapport insignifiant. Comme les autorités françaises expriment le désir d'associer les Corses à l'administration de l'île, il obtient la charge de juge assesseur au tribunal royal d'Ajaccio. Hélas, Charles est aussi homme de plaisir, aimant le luxe et les femmes, désirant éblouir et dépenser. Le gouverneur de l'île, M. de Marbeuf, remarque vite ce notable corse qui parle parfaitement le français. Il devient député de la noblesse en 1777. « Mon père était bon », dira Napoléon à Sainte-Hélène, « Il affectait un peu trop la politesse ridicule du temps, il était enclin à aimer les femmes. Il eût mangé toute sa fortune si ma mère ne l'eut retenu... »

En 1764, le père de Napoléon, Charles Bonaparte prend fait et cause pour le chef des partisans de l'indépendance, Pascal Paoli. Il rejoint à Corte l'homme qu'il admire depuis longtemps et devient l'un de ses aides de camp. Durant un voyage qu'il fait à Ajaccio cette même année, il rencontre Letizia Ramolino, la nièce du chanoine de la cathédrale. Ce dernier se trouve être un ami de l'oncle de Charles, Lucien Bonaparte qui est archidiacre d'Ajaccio. Charles a dix-huit ans, elle, quatorze à peine. Le mariage est organisé par leur famille respective. Outre le fait qu'elle soit « la plus belle femme de l'île », elle est aussi un beau parti et d'une famille égale à la sienne. Les époux résident à Corte où Charles, en dehors de ses fonctions auprès de Paoli, est un membre influent de la Consulte nationale.
Pascal Paoli n'admet pas que le peuple corse n'ait pas été consulté au sujet de l'annexion par la France. Il dénonce le traité de Versailles, organise la lutte et implore l'aide intéressée des Anglais. Néanmoins, les patriotes corses sont écrasés le 8 mai 1769 à Ponte-Novo par l'armée du roi Louis XV, commandée par le comte de Vaux. Fuyant devant l'avancée de l'armée française, les derniers opposants se réfugient avec femmes et enfants dans les montagnes, au Monte-Rotondo. Parmi les fugitifs, Charles et sa jeune épouse enceinte de six mois, avec dans ses bras leur premier enfant, Joseph. Lors de cette retraite précipitée Letizia aurait dit : « Le fils que j'attends sera le "vengeur" de la Corse. » Finalement, le comte de Vaux loue le courage des fuyards et leur promet la protection du roi. Charles comprend que la cause de l'indépendance est perdue et accepte la proposition du comte. Avec sa famille, il regagne Ajaccio au mois d'août 1769, où Letizia met au monde son deuxième fils : Napoléon.
UNE ÂME FORTE À LA MAIN LESTE :
LETIZIA RAMOLINO

« Ma mère était belle comme le jour » dira l'Empereur, et il semble ne pas avoir exagéré. Petite mais admirablement bien faite, les traits fins, le visage emprunt de dignité, Letizia ressemble aux Romaines de Plutarque. Elle dirige tout son petit monde avec poigne et sévérité, « elle avait la main leste » dira encore son fils. Elle est née en 1750 à Ajaccio. Son père était inspecteur des Ponts et Chaussées de la Corse, c'est dire qu'il n'était guère riche. Sa mère, devenue veuve s'est remariée avec le capitaine François Fesch dont elle eut un fils, le futur cardinal Fesch. Letizia ne connaît pas le français, et, au moment où son fils devient empereur, elle le parle encore très mal, s'attirant les risées de la cour des Tuileries. Devenue veuve à trente-cinq ans, elle élève ses enfants avec beaucoup de courage. Toute son existence, elle garde sur eux, notamment sur Napoléon, une grande autorité. Pendant l'Empire, elle mène une vie simple et discrète avec le titre de Madame Mère.


LA CORSE, UNE ÎLE EN EFFERVESCENCE
Durant tout le XVIIIe siècle, Gênes doit affronter une série de soulèvements, et dès 1737, le ministre Fleury, soupçonnant l'Angleterre de vouloir s'installer en Corse signe avec les Génois un accord, qui autorise de façon officieuse les Français à les aider à soumettre l'île. En 1755, le patriote Pascal Paoli prend la tête d'une insurrection générale au terme de laquelle il est partiellement vainqueur : si les Génois restent maîtres des villes de la côte, il contrôle les cantons de l'intérieur. En principe vassale de la république de Gênes, la Corse devient en réalité quasi indépendante pendant quatorze ans. Choiseul, ministre de Louis XV, veut obtenir de Gênes qu'elle cède ses droits sur l'île. Peu à peu, se forme en Corse un parti pro-français favorable à l'acquisition. Ne pouvant rembourser à la France les sommes dont elle lui est redevable pour ses longues interventions, Gênes cède ses droits, le 15 mai 1768 par le traité de Versailles. Le jour même, louis XV proclame la réunion de la Corse au royaume. Mais la résistance corse soutenue par l'Angleterre, continue et après une défaite des Français à Borgo en octobre 1768, c'est la victoire de Ponte-Novo sur les milices corses. La pacification durera jusqu'en 1774.