UN ÉTRANGE PRÉNOM
Napoléon est un nom de baptême assez répandu en Italie et en Corse mais on ne connaît aucun véritable saint qui l'ait porté. C'est Napoléon lui-même qui fait de sa date de naissance un jour férié, en son honneur et en l'honneur du saint patron qu'on lui trouva : un saint Neopolis, martyr mort pour la foi à Alexandrie au début du IVe siècle. Durant tout le premier Empire (et le second Empire) on fêtera la Saint-Napoléon, le 15 août pour commémorer ce saint Neopolis qui n'a jamais existé. L'étymologie de Napoléon est incertaine, certains chercheurs ont pensé au grec « Ne-Appolyon », ce qui signifierait « le véritable guerrier ». Il semble en effet que ce prénom soit de formation grecque, ce qui confirmerait une lointaine ascendance hellénique. Ce qui est sûr c'est qu'il se rencontre régulièrement dans la généalogie des Buonarparte. Ainsi, Charles, le père de Napoléon, avait un oncle, prénommé Napoleone, qui, fervent patriote corse, a combattu les Français avant de mourir à Corte au mois d'août 1769. D'après certains historiens, Letizia aurait dit : « C'est en souvenir de ce héros que j'ai transmis ce prénom à mon deuxième fils. »
NAPOLÉON EST-IL NÉ FRANÇAIS ?
Certains auteurs affirment que Napoléon n'est pas né le 15 août 1769 à une époque où la Corse est définitivement occupée par les Français depuis trois mois. Chateaubriand assure qu'il est né le 5 février 1768. Or, à cette date, la Corse n'est toujours pas incorporée à la France. D'autres optent pour le 5 janvier 1768, jour de la naissance de Joseph Buonaparte. Leur père, Charles, aurait en fait substitué les certificats de baptême de Joseph et de Napoléon pour permettre à ce dernier d'entrer à l'école de Brienne avant l'âge requis. Aujourd'hui, les historiens sérieux ont mis fin à ces bavardages. Quoi qu'il en soit, il est certain que l'éducation donnée au petit Bonaparte est assez peu française pour ne pas comporter la langue de Molière. On lui apprend l'italien mais il s'exprime habituellement en dialecte corse.
FRIVOLE ET GALANT
CHARLES BONAPARTE
Né en 1746 à Ajaccio, le père de Napoléon est un homme grand, au physique avantageux, intelligent et parfaitement bien élevé. Bel esprit goûtant les Lettres, il s'essaye aux vers et à la prose. Les événements que traverse la Corse lui permettent de jouer un certain rôle lors du soulèvement de 1768. Il a alors vingt-deux ans et est l'un des lieutenants de Paoli. Après la défaite de Ponte-Novo, en 1769, le roi Louis XV ordonne de favoriser la réconciliation et d'éviter toutes représailles. Charles est l'un des premiers nobles à rejoindre les Français, et, à partir de ce jour, son ralliement sera sans faille. Après des études de droit à Pise, où se trouve l'une des meilleures universités d'Italie, il devient avocat à Ajaccio. Toutefois, dans un pays pauvre comme la Corse, ce métier est d'un rapport insignifiant. Comme les autorités françaises expriment le désir d'associer les Corses à l'administration de l'île, il obtient la charge de juge assesseur au tribunal royal d'Ajaccio. Hélas, Charles est aussi homme de plaisir, aimant le luxe et les femmes, désirant éblouir et dépenser. Le gouverneur de l'île, M. de Marbeuf, remarque vite ce notable corse qui parle parfaitement le français. Il devient député de la noblesse en 1777. « Mon père était bon », dira Napoléon à Sainte-Hélène, « Il affectait un peu trop la politesse ridicule du temps, il était enclin à aimer les femmes. Il eût mangé toute sa fortune si ma mère ne l'eut retenu... »
UNE ÂME FORTE À LA MAIN LESTE :
LETIZIA RAMOLINO
« Ma mère était belle comme le jour » dira l'Empereur, et il semble ne pas avoir exagéré. Petite mais admirablement bien faite, les traits fins, le visage emprunt de dignité, Letizia ressemble aux Romaines de Plutarque. Elle dirige tout son petit monde avec poigne et sévérité, « elle avait la main leste » dira encore son fils. Elle est née en 1750 à Ajaccio. Son père était inspecteur des Ponts et Chaussées de la Corse, c'est dire qu'il n'était guère riche. Sa mère, devenue veuve s'est remariée avec le capitaine François Fesch dont elle eut un fils, le futur cardinal Fesch. Letizia ne connaît pas le français, et, au moment où son fils devient empereur, elle le parle encore très mal, s'attirant les risées de la cour des Tuileries. Devenue veuve à trente-cinq ans, elle élève ses enfants avec beaucoup de courage. Toute son existence, elle garde sur eux, notamment sur Napoléon, une grande autorité. Pendant l'Empire, elle mène une vie simple et discrète avec le titre de Madame Mère.
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LA CORSE, UNE ÎLE EN EFFERVESCENCE Durant tout le XVIIIe siècle, Gênes doit affronter une série de soulèvements, et dès 1737, le ministre Fleury, soupçonnant l'Angleterre de vouloir s'installer en Corse signe avec les Génois un accord, qui autorise de façon officieuse les Français à les aider à soumettre l'île. En 1755, le patriote Pascal Paoli prend la tête d'une insurrection générale au terme de laquelle il est partiellement vainqueur : si les Génois restent maîtres des villes de la côte, il contrôle les cantons de l'intérieur. En principe vassale de la république de Gênes, la Corse devient en réalité quasi indépendante pendant quatorze ans. Choiseul, ministre de Louis XV, veut obtenir de Gênes qu'elle cède ses droits sur l'île. Peu à peu, se forme en Corse un parti pro-français favorable à l'acquisition. Ne pouvant rembourser à la France les sommes dont elle lui est redevable pour ses longues interventions, Gênes cède ses droits, le 15 mai 1768 par le traité de Versailles. Le jour même, louis XV proclame la réunion de la Corse au royaume. Mais la résistance corse soutenue par l'Angleterre, continue et après une défaite des Français à Borgo en octobre 1768, c'est la victoire de Ponte-Novo sur les milices corses. La pacification durera jusqu'en 1774. |