Sublime France
Sublime France
Préface de Jean-Louis Etienne
Texte de Philippe Franchini
432 pages
Couverture cartonnée. 28 x 33 cm. Photos.
Réf : 115302
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 39,90  (prix public)
Résumé
Aller plus haut... et se laisser transporter dans un tourbillon de beauté époustouflant. Chacune des 300 photographies proposées dans ce superbe livre préfacé par Michel Drucker n'ont pas fini de vous surprendre. Vue du ciel, sous l'objectif du talentueux reporter de GEO, Franck Mulliez, la France est tour à tour géométrique, sauvage, mosaïque, fastueuse, ciselée, exotique... Un livre rare et magnifique. 
En savoir plus
Ce livre ambitieux est pour Frank Mulliez l'apogée de cinq ans de travail et le fruit de plusieurs milliers d'heures de vol. Trois cents photographies ont été sélectionnées sur 15 000 clichés. Frank a voulu cette sélection surprenante, spectaculaire mais aussi magique. Car pour lui, chaque vol recèle son lot de surprises, et il nous montre à travers sa sélection toute la richesse et la diversité de la France, sur les plans historique, architectural et esthétique. Un travail où la lumière joue un rôle majeur, où la nature s'offre à nous différemment à l'aube ou au crépuscule.
www.frankmulliez.com
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
sharpei
Le 22 mars 2010
Sublime France !
Tout est dit dans le titre ! Ce livre sur la France est magnifique, riche en superbes photos, un texte intéressant, un classement des sujets bien fait, et en plus un prix très attractif ! Je vais en offrir un à mon filleul québécois, je suis certaine de lui faire plaisir.
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Extrait

L'ART DU DÉMIURGE


La France se présente sur une carte sous forme d'un hexagone bordé par la mer sur trois faces et composé de grandes régions ou pays dont la diversité est un héritage des tourmentes et des chocs telluriques qui ont fondé sa géologie et sa topographie depuis sa formation il y a 4,6 milliards d'années. S'il y a un démiurge - créateur de l'univers -, il ne s'est pas privé de jouer avec son œuvre et de provoquer des heurts entre les masses tectoniques de l'écorce terrestre avant de leur donner des formes et de travailler les détails à la manière d'un sculpteur. Sa prodigieuse invention, évitant la monotonie en allant de la bosse au creux, du plein au vide, du modelé à la cassure, du compact au débridé, a su produire dans la partie qui prendra le nom de France un ouvrage titanesque d'une grande diversité, où la beauté de panoramas grandioses le dispute à une vertigineuse fantasmagorie. Des grottes du Pays basque à la tête de l'Estrop, des criques de Corse aux falaises crayeuses d'Étretat, de la douce vallée de la Loire aux gorges du Verdon, du cap de la Hague au puy de Pariou, l'éventail des paysages couvre à peu près tous les aspects de l'épiderme terrestre. Si l'œuvre géologique de base transparaît aux yeux du savant ou du connaisseur dans la végétation, l'hydrographie, et même l'habitat ancien par la matière dont il est fait, le survol permet au profane d'en avoir une vision plus claire.

LA MAIN DE VULCAIN
Parmi les phénomènes qui affectent la terre, le volcanisme est sans doute l'un des plus impressionnants, même s'il se manifeste aujourd'hui rarement. On sait quels mythes il a engendrés, celui d'une forge où le dieu du Feu, Héphaïstos, et les cyclopes fabriquaient les armes des divinités de l'Olympe, mais les éruptions attribuées à ces travaux ont été assez réelles et tragiques, comme celle du Vésuve à Pompéi en l'an 79, pour en perpétuer l'effroi. En France, le Massif central est l'un des principaux centres volcaniques de l'Europe occidentale, avec notamment la chaîne des Puys d'Auvergne - puy venant du latin podium, éminence. C'est un alignement sur 40 kilomètres de cent dix saillies dues au jaillissement du magma, il y a de cela entre 4 000 à 7 000 ans, et d'un bel éventail de productions éruptives, cônes, dômes, cratères d'explosion appelés maars, coulées de laves appelées cheires. Parmi ces structures, le puy du Pariou est un cône de projection haut de 1 210 mètres, pourvu au sommet de deux cratères enchâssés l'un dans l'autre, dont les bords ont été échancrés par les débordements de laves. Celles-ci, appelées cheires, sont couvertes d'herbe et de genévriers, mais ne sont pas cultivables. La réponse des spécialistes à la question de savoir si les puys sont morts ou en sommeil est qu'un réveil doit être envisagé, mais sans qu'il soit possible d'en déterminer la date.

ORGUES ET DEMOISELLES
Ce passé volcanique a laissé d'autres vestiges dans la région, tels que les orgues formés par l'effritement des coulées basaltiques et les dykes, pitons de lave sculptés par l'érosion. C'est du sommet de l'un de ces derniers que le château d'Arlempdes, construit entre les XIIe et XIVe siècles par la famille Montlaur, commande la vallée de la Loire au creux de laquelle se tapit le village du même nom. Les orgues sont également sculptés en d'autres matières que le basalte. Celles d'Ille-sur-Têt dans le Roussillon sont des groupes de murailles et de tours qui proviennent du creusement de la masse de sables et d'argiles que les fleuves ont arrachés à la chaîne pyrénéenne lors du soulèvement de cette dernière à l'ère tertiaire. L'ouvrage est loin d'être achevé, car le travail d'usure se poursuit et continuera jusqu'à la probable destruction de ces monuments. Tout aussi éphémères, sinon davantage, sont ces demoiselles de Théus, étranges silhouettes de pierre plus ou moins friables qui semblent faire tapisserie dans la vallée de la Durance et qui sont nées du ravinement des eaux de pluie et de ruissellement dans les moraines ou les dépôts fluvio-glaciaires. L'abrasion ayant provisoirement épargné les pierres les plus dures, celles-ci ont formé des sortes de chapeaux à l'abri desquels ont pu subsister ces « cheminées de fée », avant qu'elles ne soient décoiffées et ainsi vouées à un inéluctable effritement.

DENTELLES
Sculptées elles aussi par l'érosion, mais dans un calcaire dur, les Dentelles de Montmirail sont une œuvre moins surprenante, mais plus majestueuse. L'origine latine du nom en exprime bien la beauté, puisque Mons mirabilis signifie « Mont merveilleux ». Elles s'élèvent à une altitude de 750 mètres au-dessus de la vallée du Rhône et en contrebas du rocailleux mont Ventoux. Les parcourir permet de humer les senteurs d'une végétation méditerranéenne de plantes aromatiques, de chênes verts, de pins d'Alep, et de baguenauder, sinon de s'attarder, dans le vignoble de Gigondas. Plus au sud, la montagne Sainte-Victoire, masse de calcaires durs et d'argiles rouges, s'érige en emblème de la Provence historique, surtout depuis que Cézanne en a fait un des motifs privilégiés de sa peinture. D'une altitude de 1011 mètres en son sommet, elle est orientée d'est en ouest et présente, au sud, une face abrupte qui domine le bassin de l'Arc tandis qu'au nord, elle s'abaisse doucement en une série de plateaux vers la plaine de la Durance. Toujours en Provence, mais plus haute encore, est la tête de l'Estrop, le sommet le plus élevé de l'arrière-pays de Digne qui culmine à 2961 mètres d'altitude. Elle abrite sur son versant nord-ouest le glacier de la Blanche, le plus méridional de France. Sa silhouette puissante, partie du massif des Trois-Évêchés, domine la haute Provence et marque l'extrémité des Grandes Alpes.

GORGES ET FALAISES
Dans une sculpture classique, les formes pleines ne peuvent s'apprécier pleinement que dans leurs rapports plastiques avec les vides ou les creux. Le démiurge a su user de cette gouge efficace qu'est l'eau pour creuser dans la masse de calcaire dur d'un plateau dont la surrection fut une conséquence des puissants mouvements tectoniques liés à la formation des Alpes et des vertigineuses gorges du Verdon, un canyon d'une vingtaine de kilomètres. Le fleuve prend sa source près du col d'Allos, dans le massif précité des Trois-Évêchés, pour rejoindre la Durance. Il s'encaisse entre de gigantesques falaises de roches calcaires qui le dominent parfois de 700 mètres au milieu d'espaces naturels riches en faune et flore, et ponctués de villages nichés au bord de la faille. Sans quitter la haute Provence, on peut suivre la vallée du Bes, principal affluent de la Bléone, qui coule également en profondeur à travers des bancs verticaux, également de calcaire, jusqu'aux clues de Barles et de Verdaches, clues signifiant gorges dans le langage local. En se frayant un chemin dans la rocaille, la rivière Cèze s'est constitué un lit où alternent des chenaux, des crevasses appelées « marmites de géants », qui se modifient sous l'action des galets, et des cascades. Dans le Gard provençal, si celles du Sautadet offrent un spectacle moins vertigineux que l'artère ouverte du Verdon, elles n'en possèdent pas moins un charme bucolique propice à la sieste et que berce le bruissement des eaux.

PONT ET CIRQUE
Autres gorges, celles de l'Ardèche qui sont une partie du profond canyon que cette rivière a creusé entre de hautes parois percées de grottes. Il est resté de ce travail une arche naturelle de plus de 30 mètres de hauteur, le pont d'Arc. Haut lieu de la préhistoire, il abrite un petit village qui renferme de nombreuses peintures rupestres, révélant des aspects de la vie des hommes préhistoriques - qui peuplaient les gorges de l'Ardèche il y a environ 35 000 ans. L'imagination peut y vagabonder à loisir comme dans les Grands Causses, où la rivière Vis coule dans des gorges très encaissées traversant les plateaux calcaires du Blandas et du Larzac. Les flots roulent ici en cascade pour déferler 300 mètres plus bas près du village de Navacelles, bâti sur des rochers aux abords d'un méandre asséché depuis 6 000 ans. Les éboulis y forment un majestueux amphithéâtre, le cirque du même nom, dont les gradins sont constitués par les barres rocheuses qui ornent son pourtour.

RUÉE VERS L'OCRE
Un retour en Provence fait découvrir dans le Vaucluse ce qu'on pourrait prendre pour une fantaisie picturale du grand sculpteur tellurique, ce qu'on appelle le Colorado provençal, royaume de l'ocre, roche ferrique utilisée depuis les temps immémoriaux comme pigment colorant. À la fin du XVIIe siècle, Jean-Étienne Astier, originaire de Roussillon, village situé au pied des monts du Vaucluse, fit décanter dans des bassins du sable extrait des falaises et des carrières voisines pour en dégager l'ocre. Il s'ensuivit une exploitation des gisements résiduels laissés par le retrait de la mer qui s'est produit quelques millions d'années plus tôt. Elle s'étendit ailleurs, dans le Cher, la Drôme, le Gard, la Dordogne, l'Yonne, et se développa pour atteindre un maximum en 1929, avant que les colorants synthétiques ne provoquent le déclin puis la ruine de la quasi-totalité des sites d'extraction. Indépendamment de l'aspect économique, les carrières d'ocre font jouer les multiples nuances du rouge au brun en passant par le jaune pour donner au paysage du Colorado et même plus loin, à celui du Luberon, des teintes dont l'intensité est mise en valeur par l'environnement verdoyant des pinèdes, le bleu du ciel et l'ensoleillement du Midi.

DRAGONS ET DAUPHINS
Azur et soleil assurent la séduction de la Méditerranée toute proche. Émergent de cette mer à l'humeur changeante et à l'histoire tumultueuse les îles du Frioul, Ratonneau et Pomègues, au large de Marseille et de son Vieux-Port. Reliées par une digue, elles ont un aspect aride et en regardant cette dernière du ciel, on ne peut s'empêcher de voir en cette forme de calcaire gris, blanc, et nu, avec des bords déchiquetés en une multitude d'anfractuosités, le corps de quelque dragon, seigneur des eaux, qui aurait été pétrifié par on ne sait quel prodige du démiurge. Plus loin encore des côtes de Provence, c'est un autre dragon, monumental celui-là, qui s'est figé dans une mer d'un bleu profond, mais sans s'être détaché de la masse terrestre d'où il semble avoir voulu sortir. C'est Scandola, un des sites les plus beaux de la Corse qui n'en manque pourtant pas. Si, on renonce à tout écart imaginaire, on reste impressionné par cette immense sculpture de granit et de tonalité rougeoyante qui a été créée il y a 250 millions d'années par une explosion de feu et de laves incandescentes à l'époque où l'île était rattachée aux massifs des Maures et de l'Esterel. Aujourd'hui, cet ancien ensemble volcanique mué en presqu'île est intégré dans le parc naturel régional de la Corse constitué en 1972 et confié au Conservatoire de l'espace littoral créé en 1976. Elle est à la fois un conservatoire du milieu originel, un observatoire pour la faune et la végétation, un laboratoire d'étude des espèces et de leurs évolutions. Si, on peut y voir sous une eau limpide des bancs d'algues et des herbiers à posidonies, au large des dauphins, et dans les airs des cormorans huppés, des aigles à ventre blanc, des balbuzards, il n'est plus possible de surprendre des phoques-moines, qui ont disparu des grottes, mais l'ensemble, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, reste un trésor minéral, aquatique et végétal hors pair.

LA BIEN NOMMÉE
Les îles et les dragons ne manquent pas non plus sur d'autres façades maritimes, comme en Bretagne celui que représente Belle-Île-en-Mer, la plus grande émergence insulaire de Bretagne. Longue de 17 kilomètres sur 9 kilomètres de large, elle est plutôt plate et sillonnée de plusieurs cicatrices. La roche schisteuse, friable et peu résistante à l'érosion marine, lui fait des contours très déchiquetés, mais Belle-Île la bien nommée jouit d'un climat et d'un ensoleillement exceptionnels aux hivers doux. Il y pousse des plantes méditerranéennes telles que palmier, vigne, figuier qui se cultivent dans les vallons et aussi les côtes du Nord-Est tournées vers le continent et abritées du vent, où se déploie la plage des Grands Sables et où s'ouvrent les deux ports du Palais et de Sauzon.

LE PLEIN ET LE CREUX
L'un des matériaux préférés du grand sculpteur est certainement la craie à en juger par les ouvrages qu'il modèle sur le littoral de la Manche et du pays de Caux. La Côte d'Albâtre, qui y aligne quelque 150 kilomètres de falaises d'une hauteur moyenne de 100 mètres, entrecoupées de vallées, est une véritable exposition de pleins et de creux dont les spécimens les plus remarquables sont ceux d'Étretat, site touristique et station balnéaire parmi les plus fréquentés de Normandie. Les couches de craie peuvent atteindre jusqu'à 500 mètres d'épaisseur et se perçoivent sur les falaises, dont les éboulements laissent à leur pied des plages de galets en silex. Le recul de ces murailles n'est pas causé par la seule érosion marine, il est surtout dû au travail de sape interne des eaux d'infiltration. Quoi qu'il en soit, on ne saurait s'étonner en parcourant l'exposition que de nombreux peintres soient venus y jouer du pinceau, comme Gustave Courbet ou Claude Monet, et des écrivains y chercher des motifs d'inspiration ou un décor de roman comme Maupassant ou Flaubert.

DIVINE LIQUEUR
Des falaises encore agrémentent le site de Fécamp, qui s'enorgueillit de ce paysage attrayant et d'une légende : le tronc de figuier contenant le sang du Christ qu'avait recueilli Joseph d'Arimathie se serait échoué là au Ier siècle. Une fontaine y aurait jailli, libérant le Précieux Sang et transformant le lieu en un centre de pèlerinage. Un autre titre de gloire, très historique cette fois, est l'acte fondateur de Guillaume Longue-Épée accompli huit siècles plus tard, en 932. Alors qu'il venait de recevoir le Cotentin et l'Avranchin du roi de France auquel il avait fait allégeance, il bâtit un château fort qui devint la résidence des ducs de Normandie jusqu'en 1204. Fécamp fut ainsi la ville natale de son fils Richard Ier, puis de Richard II. Sur un plan plus pragmatique, le port se consacra aux XIXe et XXe siècles à la pêche à la morue, devenant même le premier en France et, ce jusque dans les années 1970, mais on ne saurait oublier un autre titre de renom, à coup sûr non le moindre : dom Bernardo Vincelli, un moine d'origine vénitienne de l'abbaye de Fécamp y inventa vers l'an 1510 la liqueur Bénédictine par un mélange savant de vingt-sept plantes régionales et épices orientales, dont il avait pu humer les arômes sur les quais de Venise, où accostaient les navires en provenance d'Orient. Cette recette fut perdue pendant la Révolution, mais l'âme du moine dut secouer les instances du Ciel car elle fut retrouvée en 1863 par Alexandre Legrand dans un vieux grimoire.