Les 7 de Spandau
Les 7 de Spandau
Les secrets révélés des derniers criminels nazis
432 pages
+ cahier photos
Couverture souple
Réf : 109880
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Résumé
De 1947 à 1987, 7 criminels nazis dont Rudolf Hess et Albert Speer purgent leur peine à Spandau. Seuls autorisés à leur parler, douze pasteurs aumôniers qui pendant 40 ans recevront leurs confessions, écouteront leurs obsessions. Aujourd’hui, et pour la première fois, deux d’entre eux témoignent. Un choc. 
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
sonia295
Le 09 novembre 2008
Vraiment très déçue
J'ai vraiment été très déçue par cet ouvrage, les critiques ont vraiment exagéré sur la qualité de ce livre. Malgrè le fait que soit très facile à lire, on en apprend pas beaucoup sur ce que les prisonniers ont fait exactement sous ce régime, on ne nous donne pas leurs avis ou opinion après 20 ans de prison, rien. En fait "Les 7 de Spandau" aurait du s'intituler "La vie à Spandau" car à part ce qu'ils avaient le droit de faire ou pas, on en sait pas plus.
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Extrait
Introduction

1 - Le jugement de Nuremberg


Le mardi 1er octobre 1946, le président du tribunal militaire international de Nuremberg et juge britannique sir Geoffrey Lawrence prend la parole pour la dernière fois dans l'immense prétoire plein à craquer. Depuis la veille jusqu'à l'aube, des voitures blindées abritant des hommes de la police militaire américaine ont pris position autour du vieux bâtiment lézardé et encore criblé d'impacts de balles1. Chacune de ses pièces a été scrupuleusement fouillée et des tireurs se sont postés sur les toits du quartier. En réalité, toute la ville de Nuremberg, presque en ruine pourtant, est envahie de véhicules militaires. Chaque route y menant a été fermée par des barricades. Personne ne pénètre dans la salle sans laissez-passer. À l'entrée du palais de justice, mille hommes en armes - essentiellement issus des services de renseignements et de l'armée US - ont passé en revue un à un les visiteurs, célèbres ou anonymes, venus assister à l'énoncé des sentences contre les vingt-deux criminels nazis jugés ici depuis le 20 novembre 1945. La journée du 30 septembre n'y a pas suffi. Toute la matinée et une partie de l'après-midi ont été consacrées à la description du nazisme, de ses méfaits et de ses crimes, puis aux charges retenues contre les accusés. L'acte d'accusation, riche de vingt-cinq mille mots, repose sur quatre points :
— Le complot ou plan concerté.
— Les crimes contre la paix, soit la planification, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d'une guerre d'agression ou d'une guerre en violation des traités, assurances ou accords internationaux.
— Les crimes de guerre, violations des lois et coutumes de la guerre comme définis par les accords internationaux de la convention de La Hague de 1899 et 1907 et la convention de Genève de 1929.
— Les crimes contre l'humanité, définis comme l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux.
Depuis le début du procès, les vingt et un accusés présents2 dans le box ont plaidé non coupables. Ils sont pourtant tous d'anciens dignitaires nazis, proches d'Hitler, responsables à différentes échelles des crimes perpétrés. Assis sur la première rangée de bancs, de gauche à droite, voici Hermann Goering, ancien maréchal du Reich et commandant en chef de la Luftwaffe, Rudolf Hess, secrétaire et adjoint d'Hitler jusqu'en 1941, Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères, Wilhelm Keitel, chef du haut commandement de la Wehrmacht, Ernst Kaltenbrunner, chef de la sécurité du Reich et des camps de concentration, Alfred Rosenberg, théoricien de l'antisémitisme et ministre des Territoires occupés de l'Est, Hans Frank, gouverneur général de Pologne, Wilhelm Frick, ministre de l'Intérieur, Julius Streicher, directeur du journal antisémite Der Stürmer, Walther Funk et Hjalmar Schacht, tous deux ministres de l'Économie et présidents de la Reichsbank. Derrière eux, il y a encore les grands amiraux Karl Dönitz et Erich Raeder, commandants en chef de la marine, Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes et Gauleiter (chef de district) de Vienne, Fritz Sauckel, commissaire général à la main-d'o&eulig;vre, le général Alfred Jodl3, chef du bureau des opérations du commandement de la Wehrmacht, Franz von Papen, ancien chancelier du Reich, le diplomate Arthur Seyss-Inquart, commissaire du Reich dans les Pays-Bas occupés, Albert Speer, architecte d'Hitler et ministre de l'Armement et de la Production de guerre, Konstantin von Neurath, ministre des Affaires étrangères jusqu'en 1938, et Hans Fritzsche, responsable de la presse au ministère de la Propagande, adjoint de Goebbels.
La plupart de ces hommes ont perdu de leur superbe, excepté peut-être Hermann Goering, la figure emblématique du IIIe Reich, qui, pénétré d'une pitoyable volonté héroïque, a dicté leur attitude aux autres accusés et s'est, depuis le début, défendu avec une vigueur agressive. En dix mois, les visages se sont creusés. Beaucoup portent des lunettes noires. Les regards sont apeurés, empreints d'une panique mal dissimulée.
Pourtant, deux jours plus tôt, lors de leurs dernières déclarations avant les délibérations, aucun de ces criminels n'a accepté de reconnaître sa responsabilité personnelle dans les crimes effroyables commis par le régime hitlérien. Fritz Sauckel et Hans Frank ont pleurniché, Hermann Goering, bien qu'ayant cessé de rire et d'insulter témoins et coaccusés, a défendu « le sacrifice du peuple et son courage ». À la surprise générale, Rudolf Hess a pris la parole. Une fois de plus, il a divagué, parlant de prédictions et d'influence maléfique. Prétextant son mauvais état de santé, il a demandé à faire sa déclaration assis, ce qui lui a été accordé. « Il parlait à une telle vitesse qu'il devait parfois reprendre son souffle. Goering et Ribbentrop, installés à côté de lui, n'arrêtaient pas de le pousser du coude et de le supplier de se taire4. » Au bout de vingt minutes totalement incohérentes, à la demande expresse de sir Lawrence, il a fini par conclure sur ces mots : « Il m'a été permis de travailler, durant de nombreuses années, sous les ordres du fils le plus génial que mon pays ait vu naître au cours des mille ans de son histoire. Même si je le pouvais, je ne voudrais pour rien au monde effacer de ma vie cette période. Peu importe ce qu'en décideront les hommes, un jour, je me présenterai devant le tribunal de l'Éternel. C'est à Lui que je rendrai compte de mes actes et j'ai la conviction profonde qu'Il me déclarera innocent. »
Seuls Albert Speer et, dans une moindre mesure, Baldur von Schirach ont reconnu la responsabilité collective de tout un régime. « La jeunesse allemande a été trompée », a dit Schirach. Speer a préféré lancer un appel à l'humanité et exalter le bien-fondé de ce procès qui, selon lui, doit « contribuer à jeter les fondements de règles d'existence dans une société humaniste ». S'il est allé jusqu'à reconnaître l'obligation d'accepter une culpabilité commune, à aucun moment il n'a évoqué ses propres actes et ne s'est mis personnellement en cause. Comme ses coaccusés, il sait qu'il joue sa tête et a fait montre de résignation. La plupart, d'ailleurs, semblent indifférents, regrettant juste d'avoir été vaincus.
Il est à peine dix heures, ce 1er octobre, quand la Cour pénètre pour la dernière fois dans la salle numéro 600. Le silence est épais et plus solennel qu'il ne l'a jamais été au cours des quatre cent trois séances de ce procès qui a duré dix mois. La salle et la galerie réservées à la presse sont pleines à craquer. Flanqués de deux militaires casqués, les accusés pénètrent un à un dans le box par intervalle d'une minute à peine, tandis que sir Lawrence commence à égrener les charges retenues contre eux en suivant l'ordre de l'acte d'accusation. Certains des prisonniers ont accepté les écouteurs de traduction simultanée. D'autres, comme Rudolf Hess, les ont repoussés. Goering est immobile, la tête penchée en avant, l'écouteur plaqué contre son oreille. « Coupable des quatre chefs d'accusation. » Il sait ce que cela signifie. Pourtant, derrière ses lunettes noires, son visage reste impassible. Comme en attestent les images de l'époque, il abaisse l'appareil de traduction et, les lèvres serrées, donne un coup de coude à Rudolf Hess qui, l'air absent, griffonne quelque chose sur une feuille de papier. Le verdict à son encontre - coupable des chefs d'accusation 1 et 2 - semble le laisser de marbre. Il continue d'écrire.
À raison de deux minutes par accusé, la séance se poursuit. Les juges prennent la parole à tour de rôle. Après sir Lawrence, à la fois président et juge britannique, voilà que s'élève la voix du Soviétique Iona Nikitchenko, de l'Américain Francis Biddle, puis du Français Henri Donnedieu de Vabres.
« Albert Speer, coupable des chefs d'accusation 3 et 4 », « Baldur von Schirach, coupable du chef d'accusation 4 »...
Au final, sur les vingt et un accusés présents dans le box, trois sont acquittés : Franz von Papen, Hans Fritzsche et Hjalmar Schacht. Comme le prévoit le tribunal, les trois hommes sont libérables immédiatement. À la suspension de l'audience en début d'après-midi, ils sont séparés de leurs anciens compagnons de détention et ramenés à la prison, où ils commencent à faire leurs bagages.


Les sentences

À 14 h 50, dans la grande salle du tribunal est arrivée l'heure des sentences. L'atmosphère est totalement différente de celle qui régnait encore le matin même : le prétoire baigne dans une lumière presque tamisée, les projecteurs qui ont accompagné jusque-là chacune des séances ont été éteints. En effet, les juges ont interdit que les accusés soient filmés ou photographiés, même par les cameramen officiels5. Ils ont estimé qu'il était normal de leur accorder un peu d'intimité à l'instant où leur destin allait basculer. Une réelle intensité dramatique semble s'être emparée des lieux et du public. Les visages sont graves. Les avocats, les interprètes, les sténographes, les juges et leurs assesseurs ont l'œil fixé sur la porte du box des accusés, pour l'heure vide de ses occupants. Dans quelques instants, ces derniers vont pénétrer dans le prétoire, à tour de rôle, pour entendre la sentence qui leur est personnellement réservée. En coulisses, le colonel Andrus, commandant de la prison de Nuremberg, les a exhortés à accepter leur condamnation avec dignité et courage. Néanmoins, il a également réquisitionné un infirmier et un médecin pour parer à tout éventuel malaise. Un autre membre du corps médical se tient au pied de l'ascenseur qui conduit directement les prisonniers de leur cellule à la salle du tribunal. Dans la cabine, deux soldats montent la garde avec une camisole de force et un brancard. À cet instant, il est prévu que « chaque détenu soit emmené séparément dans l'ascenseur, escorté jusqu'à la salle, puis laissé seul dans le box - qui est gardé à chaque extrémité par un militaire portant des gants et un casque blancs6 ».


1. Après la guerre, le palais de justice, la prison, l'hôtel de ville et le Grand Hôtel sont quasiment les seuls édifices de Nuremberg encore debout.
2. Martin Bormann, conseiller d'Hitler qui l'a accompagné durant les derniers jours du Reich dans son bunker, est jugé par contumace. À l'époque, on le pense en fuite. Il sera formellement reconnu mort par un tribunal ouest-allemand en avril 1973, après la découverte de son cadavre à Berlin lors de travaux.
3. En 1953, un tribunal de dénazification allemand révisera son dossier et l'acquittera à titre posthume.
4. Article du New York Herald Tribune, 31 août 1947, cité dans The Nuremberg Trial d'Ann et John Tusa, Londres, Papermac, 1984, p. 468.
5. En juin 1945, l'équipe dirigée depuis le début de la guerre par le célèbre réalisateur John Ford a été chargée de filmer les audiences du tribunal militaire international de Nuremberg.
6. The Nuremberg Trial, op. cit., p. 470.