Miss Silver entre en scène
Miss Silver entre en scène
336 pages
Couverture souple. 12,5 x 20 cm
Réf : 081466
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Résumé
Vous aimez l'atmosphère des salons de thé, les romans d'Agatha Christie en général et Miss Marple en particulier, alors vous allez adorer Patricia Wentworth, l'autre reine du crime, et Miss Maud Silver, son héroïne. Institutrice à la retraite et détective privée, experte en tricots et en nature humaine, elle a raison des plus ténébreuses affaires. Ici la mort de Lessiter, revenu fortune faite, dans son petit village de Melling...
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :3
jujuramp
Le 24 janvier 2009
Digne héritière d'Agatha Christie !
A l'heure du thé, entre un petit nuage de lait et un meurtre atroce, Miss Silver utilise ses petites cellules grises pour découvrir le meurtrier ! Ca vous rappelle un certain Hercule Poirot, c'est normal, Miss Silver pourrait être la soeur de Miss Marple ! A découvrir absolument pour tous les fans d'Agatha Christie !
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moulin laure
Le 20 avril 2009
Où est Miss Marple???
Déçue par ce livre. Je n'ai pas retrouvé en Miss Silver, Miss Marple.
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Le 16 août 2009
Charme désuet
Comme un film en noir et blanc des années 50, une intrigue conventionnelle, des bons sentiments, un respect de la morale, pas de scène gore, pas d'exibition amoureuse, tout dans la mesure et la dignité ! So british !! Mais un bon moment de lecture à accompagner de thé Earl Grey et de scones.
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Extrait

Chapitre 1

Mary Stuart a écrit : « Ma fin est inscrite dans mon début. » Il est beaucoup plus facile d'être d'accord avec elle que de déterminer ce qu'il convient d'entendre par le début et par la fin. Lorsque miss Silver se rendit à Melling pour rendre visite à une très vieille amie d'école, elle se trouva plongée dans une histoire dont le début remontait à bien des années et dont la fin est peut-être encore obscure. Car le passé est voué à influer sur le présent et à tracer une voie pour l'avenir. Il est toujours possible de s'écarter de cette voie toute tracée qui représente parfois une solution de facilité. Mais la facilité est toujours séduisante.
Est-il possible de fixer une date précise au début de cette histoire ? Est-ce vingt-cinq ans auparavant, lorsque deux jeunes filles firent au bal la connaissance d'un jeune homme ? La blonde s'appelait Catherine Lee et la brune, Henrietta Cray. Âgées toutes deux de dix-huit ans, Catherine et Rietta étaient condisciples, cousines éloignées et amies intimes. James Theodulph Lessiter venait quant à lui de fêter ses vingt et un ans. Peut-être est-ce là le début de notre histoire. Peut-être est-il nécessaire de remonter encore plus loin dans le temps, à l'époque où trois générations de Lessiter avaient pris l'habitude de ne se priver de rien en ce bas monde. Leur capital, soumis à rude épreuve, se rétrécissait comme une peau de chagrin jusqu'à ce qu'enfin le dernier de la lignée se retrouvât avec pour toute fortune un patrimoine singulièrement appauvri, une vieille demeure familiale en piteux état et la conviction atavique que le monde entier lui appartenait.
Cette histoire pourrait donc commencer là ou bien un peu plus tard, quand James Lessiter réalisa que pour lui le monde entier avait moins d'importance que Rietta Cray. Il lui en fit l'aveu dans le verger de Melling House par une nuit de pleine lune au mois de mai. Elle avait dix-neuf ans et lui vingt-deux. Elle le confia à Catherine qui lui répondit : « Tu sais, chérie, ils sont au bord de la ruine et tante Mildred sera furieuse. » En raison d'une lointaine parenté et de longues relations amicales, les deux jeunes filles avaient coutume d'appeler Mrs. Lessiter « tante Mildred ». Pourtant ni l'une ni l'autre ne pouvait espérer devenir qu'une belle-fille fort importune dans le meilleur des cas, et les cordons de la bourse étaient encore solidement tenus par Mildred Lessiter. James n'y avait pas accès. Il partit donc, débordant d'ambition, conquérir le monde et faire fortune. À vingt-trois ans, Catherine avait épousé Edward Welby et quitté Melling. Rietta pour sa part était restée auprès de sa mère infirme et avait pris en charge l'éducation de son neveu, Carr Robertson, depuis que sa sœur Margaret avait accompagné son mari en Inde. Margaret y mourut et après un laps de temps suffisant pour le respect des convenances, le commandant Robertson se remaria. Il envoyait de l'argent pour l'éducation de Carr, mais il ne revint jamais en Angleterre et au fil des ans il cessa pratiquement d'écrire. À la mort de son père, Carr avait quinze ans.
Le vrai début de cette histoire est peut-être dans le ressentiment du jeune homme contre un monde où il n'avait pas sa place. Il peut également être dans le retour au pays de Catherine Welby, veuve et sans enfants. Mildred Lessiter était encore en vie à cette époque. Catherine lui rendit aussitôt visite, donna libre cours à ses larmes et reçut en échange l'autorisation de s'installer à Gate House contre paiement d'un loyer de pure forme.
— Tu sais, Rietta, c'est vraiment un amour de petite maison avec ses murs recouverts de petites roses. Et puis, habiter dans le parc de Melling House, ça compte, non ? Tante Mildred m'a promis aussi qu'Alexander ferait un effort pour moi et s'occuperait du jardin. Ah, elle est vraiment adorable. Comme ça je pourrai vivre sans pratiquement rien dépenser, ce qui tombe très bien car je n'aurai plus un sou quand tout sera réglé. Tu ne peux pas savoir le choc que j'ai reçu en prenant connaissance des comptes d'Edward. Et puis, tu sais, quand on a pris l'habitude d'avoir tout ce que l'on désire, c'est vraiment très pénible d'être à un penny près, tu ne crois pas ?
Rietta lui adressa un sourire fugace.
— Je ne sais pas, Cathy, mais il faut dire que je n'ai jamais eu...
Elle s'interrompit un instant puis reprit : « Tout ce que je désirais. »
C'est quinze ans après cette scène que miss Silver vint à Melling rendre visite à sa vieille amie Mrs. Voycey.


Chapitre 2

Au moment où le train s'immobilisait en gare de Lenton, miss Maud Silver referma sur son tricot et sur le porte-monnaie d'où elle venait d'extraire son billet de train, un sac à main de dimensions respectables. Puis, ayant descendu un marchepied d'une hauteur excessive, elle parcourut le quai des yeux, à la recherche d'un porteur et de Mrs. Voycey. Elle ne cessait de se demander si elle serait capable de la reconnaître, après toutes ces années qui auraient très bien pu effacer toute ressemblance avec la jeune fille dont elle gardait le souvenir. Cissy Christopher était devenue Cecilia Voycey, et les deux amies qui s'étaient connues à l'école étaient devenues des femmes d'âge mûr.
Miss Silver, quant à elle, estimait n'avoir guère changé. En contemplant, ce matin-là, avec un brin de nostalgie, une photographie prise juste avant de quitter l'école pour aller occuper son premier poste de gouvernante, elle s'était dit que même après tout ce temps, il n'y avait guère de différences. Sa chevelure était maintenant saupoudrée de gris, mais une bonne partie était encore très brune et le resterait probablement longtemps encore. Elle se coiffait d'ailleurs exactement de la même manière, avec une frange sagement protégée par une résille. L'érosion du temps n'avait eu aucune prise sur ses traits fins. Sa peau douce et laiteuse avait vieilli sans rien perdre de sa douceur opaline. Ses vêtements n'étaient évidemment pas les mêmes, mais elle restait fidèle au même style vestimentaire : le manteau noir avait déjà accompli cinq ans de bons et loyaux services, la petite écharpe de fourrure était plus vieille, moins fournie et avait en dix ans perdu de son lustre, mais elle était toujours aussi douillette et agréable à porter. Miss Silver ne s'en séparait jamais, même en été, une longue expérience lui ayant appris à quel point le temps, dans un village, peut devenir froid et venteux du jour au lendemain. Son chapeau était la copie presque conforme de celui de la photographie, avec un amas de nœuds de rubans sur l'arrière et un ravissant bouquet de myosotis et de pensées sur le côté gauche. Cette fidélité à ce qui, pour elle, représentait une simplicité de bon goût, devait faciliter la tâche de son amie. Quant à Cissy Christopher... eh bien, en toute franchise, on pouvait s'attendre à tout de sa part. L'image d'une grande fille maigre au visage en saillie, à la langue de vipère et aux pieds énormes lui revint en mémoire.
Soudain, miss Silver ferma les yeux qu'elle tenait fixés sur le quai, comme pour essayer de chasser une vision, car juste là, avançant à sa rencontre, était apparue une silhouette massive vêtue d'un ensemble à carreaux en tweed épais et rehaussée d'un chapeau légèrement bosselé porté très en arrière. Ce n'était pas Cissy Christopher, depuis longtemps disparue, mais il ne pouvait s'agir que de Cecilia Voycey, empourprée, empressée, qui lui souhaitait chaleureusement la bienvenue.
Avant de bien comprendre ce qui lui arrivait, miss Silver sentit qu'on lui plaquait deux baisers sonores sur les joues.
— Maud ! Je t'aurais reconnue n'importe où ! Oh, bien sûr, nous avons pris quelques années... nous ne dirons pas combien, n'est-ce pas ? Remarque, ça ne me dérange pas. Je prétends toujours que la maturité est l'âge d'or de la vie. Nous en avons terminé avec toutes ces bêtises assommantes telles que tomber amoureuse ou s'interroger sur l'avenir. On s'est fait des amis, on a fait sa vie, et tout est très bien ainsi. Hawkins... par ici ! - Elle tendit le bras et saisit par la manche un porteur qui passait. - Madame a des bagages. Dis-lui à quoi ils ressemblent, Maud, et il les portera jusqu'à la voiture.
En quittant la cour de la gare dans la petite voiture qui épousait parfaitement les formes plantureuses de sa propriétaire, Mrs. Voycey exprima sans retenue sa joie de ces retrouvailles si ardemment désirées.