Accueil Jeunesse Livres 10 ans et plus Ulysse Moore, tome 4 : L'île aux masques
Ulysse Moore, tome 4 : L'île aux masques
Ulysse Moore, tome 4 : L'île aux masques
Pierdomenico Baccalario
320 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
Bayard
10 ans et plus
Réf : 044429
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 10,90  (prix public)
Disponible
Résumé
Jason, Julia et Rick embarquent pour de nouvelles aventures... Direction : la Venise du XVIIIe siècle ! Ils sont à la recherche de Peter Dedalus, l'horloger de Kilmore Cove. Lui seul connaît le moyen de contrôler toutes les portes du temps. Il se cache quelque part dans la Cité des Doges. Vite ! L'impitoyable Olivia Newton est déjà sur ses traces...
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
PINA delphine
Le 15 février 2009
Passionnant
Ma fille à 8 ans, elle a lu les deux premiers livres. Le deuxième en une semaine. C'est simple, quand elle commence je ne peux plus l'en décoller. Il lui reste les deux autres qui je suis sûre l'intéresseront autant. Vivement que le 5<sup>e</sup> tome arrive, car elle sera impatiente de savoir la suite. Je les conseille à tous les lecteurs aimant l'aventure et les énigmes.
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Pierdomenico Baccalario, alias Ulysse Moore, est né en Italie en 1974. Avocat puis journaliste, il réalise ensuite des jeux de rôle, de table et des jeux vidéo.
Extrait

Chapitre 1

— DES CHEVALIERS AU GRENIER —


Le phare de Kilmore Cove s'alluma dans un bruit sourd, perturbant soudain la quiétude nocturne. Un cône de lumière blanche se mit à pivoter lentement sur lui-même et à sonder l'obscurité. Le faisceau balaya la haute mer, surfant sur la crête des vagues et tailladant le ciel. Puis il caressa le toit des maisons, avant d'aller importuner, là-haut sur la colline, les lapins de garenne et les chouettes, figés sur son passage.
Il atteignit enfin les arbres séculaires du parc de la Villa Argo et filtra à travers les persiennes en bois.
Au grenier, trois silhouettes étaient penchées au-dessus d'une vieille malle dont le couvercle, encore fermé, était sérieusement cabossé et portait les marques de différentes étiquettes.
— Ce n'est que Léonard..., fit Nestor, le jardinier, d'un ton rassurant.
— Il a allumé le phare, précisa Julia à son frère.
Jason ne l'avait jamais vu briller jusque-là : la veille au soir, il était en Égypte, dans le pays de Pount. Il s'approcha de la fenêtre de toit et regarda par l'interstice.
— Waou ! s'exclama-t-il lorsque, pour la deuxième fois, les combles furent éclairés comme en plein jour.
L'ombre du garçon s'allongea et envahit tout l'espace : ses moindres recoins, ses vieux meubles bâchés de draps blancs, ses toiles abandonnées...
— Il fonctionne tous les soirs ?
— Seulement quand Léonard y pense, répondit Nestor en toussant.
Dans la pièce flottaient des effluves de peinture.
Julia sourit : cela faisait deux jours de suite que le gardien du phare était fidèle à son poste. La nuit précédente, ce grand œil blanc inquisiteur lui avait tenu compagnie, alors que la tempête sévissait et que Manfred tentait de défoncer les portes de la villa.

Jason revint sur ses pas et s'agenouilla auprès de la malle. Il aida sa sœur jumelle à faire sauter la dernière serrure et saisit le couvercle bombé. Un lambeau d'étiquette permettait encore de déchiffrer l'écriture minutieuse et anguleuse d'Ulysse Moore, l'ancien propriétaire des lieux : Venise, souvenirs divers.
— Ça y est ! s'écria le garçon blond, impatient. Il souleva le battant, et un nuage de poussière envahit la pièce. La lumière du phare revint inonder le grenier.
— Regarde ! lança Julia en caressant un pan de tissu rouge, sur lequel on avait négligemment jeté des baies parfumées.
Une précaution pour éloigner mites et rongeurs, selon toute vraisemblance.
— On dirait un manteau..., hasarda son frère.
Il le prit délicatement. L'étoffe, brochée de motifs floraux, chatoyait. On avait l'impression qu'elle avait été tissée avec quelques fils d'argent. Le vêtement était abîmé, et l'ourlet, défait en plusieurs points.
Le coffre renfermait trois compartiments, tous désignés par un médaillon différent. Ils abritaient chacun un masque en papier mâché blanc.
— Des masques vénitiens ! s'écria Julia.
Elle en sortit précautionneusement un et l'admira sous toutes les coutures : il s'agissait d'un visage au nez pointu, avec deux trous à la place des yeux. Il était coiffé d'un curieux chapeau, une sorte de tricorne, selon toute vraisemblance.
Sous chaque masque, on avait plié de longs manteaux noirs, refermés à l'encolure par des épingles en nacre.
Les enfants alignèrent en silence le contenu du coffre sur le parquet, sous le regard amusé de Nestor.
Ils trouvèrent encore des mouchoirs brodés aux initiales d'Ulysse et de Pénélope, une paire de gants en dentelle, une immense écharpe en laine, une broche en forme de lévrier, un monocle de théâtre, une canne au pommeau en laiton et une carte de Venise du XVIIIe siècle, dont les couleurs et les légendes s'étaient en partie effacées avec le temps. Elle était tellement fragile que Jason faillit la déchirer en essayant de la déplier. Ils dénichèrent enfin les livrets d'une comédie italienne et les invitations correspondantes, glissées dans des enveloppes jaunies. On pouvait y lire : « Théâtre de Saint-Ange ».
Les jumeaux se passèrent les objets un à un et tentèrent d'en deviner l'usage. Nestor leur raconta le peu de chose qu'il savait sur les fêtes et la vie quotidienne dans la cité des Doges à cette époque. Il tenait ces précieuses informations de M. et Mme Moore en personne. Bercés par la voix du jardinier, le frère et la sœur oublièrent le cadre poussiéreux dans lequel ils se trouvaient et se crurent, l'espace d'un instant, dans la République sérénissime à son apogée, dans ses salles de bal animées, au milieu de ses masques, de sa musique baroque, de ses rires, de ses intrigues et secrets.
Le sommeil se chargea de les ramener à la réalité. Après une série de bâillements de moins en moins discrets, Nestor conclut en toussant :
— Je crois qu'il est temps d'aller au lit, les enfants. N'oubliez pas que vous avez classe demain.
Jason s'empara d'un des masques et se le plaqua sur le visage. Il se retourna brusquement vers sa sœur en poussant un cri effrayant.
— Aaaaah ! hurla sa jumelle. Ce n'est pas drôle du tout, je te signale !




Chapitre 2

— LE COMTE DES CENDRES —


Une brume épaisse flottait au-dessus des eaux endormies et enveloppait les palais de la cité d'un voile gris. À cette heure tardive, les gondoliers se reposaient, bien calés au fond de leur embarcation noire, emmitouflés dans des couvertures en laine. Ils avaient appris à ne pas prêter attention aux bruits environnants. La nuit, à Venise, c'était bien connu, seuls les masques erraient dans les rues.
L'un d'entre eux, pourtant, les intrigua. C'était une silhouette violette et longiligne, qui remontait d'un pas circonspect les canaux du quartier du Vieux Ghetto. Gêné par ses talons aiguilles, il arborait la démarche gauche d'un échassier.
Le pavement n'était que très faiblement éclairé, et les rares indications peintes sur les murs des maisons étaient en partie effacées ou écaillées. Cela n'arrêta pas pour autant l'étrange individu. Il ne pouvait ralentir la cadence. Il avait un rendez-vous de la plus haute importance.
Il essaya de se repérer. La tâche n'était pas facile : calle signifiait « ruelle », tout comme ruga, ramo, merceria ou vicolo ! Ici, un même nom de rue pouvait se retrouver dans plusieurs quartiers, et les numéros des habitations ne se suivaient pas.
Il fallait par ailleurs éviter les trottoirs maudits, qui portaient malheur, ainsi que les recoins sombres, dans lesquels aimaient se tapir les brigands.
Mais ce drôle de passant ne semblait guère effrayé par la perspective d'une mauvaise rencontre. Il avait l'air pressé, très pressé.
Après avoir traversé un énième pont, l'inconnu tourna à droite et s'arrêta. Il avait atteint son but : un passage étroit, plongé dans l'obscurité, coincé entre de vieux palais croulants, rongés par l'humidité. Pas une lumière ne s'échappait des fenêtres.
Il était arrivé calle dei Morti, la ruelle des morts...