Accueil Livres Littérature Romans contemporains L'enfant des neiges, tome 2 : Le rossignol de Val-Jalbert
L'enfant des neiges, tome 2 : Le rossignol de Val-Jalbert
Marie-Bernadette Dupuy
832 pages
Couverture cartonnée
Réf : 567105
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Ebook
Disponible
La belle Hermine prendra-t-elle son envol ?
Résumé
Qu’importent les anciennes blessures et les rigueurs de l’hiver. En ce Noël 1932, Hermine a retrouvé sa mère Laura et son cher village de Val-Jalbert. Épouse et maman comblée, la jeune femme a renoncé à sa passion pour le chant... Peut-être un peu vite ? Tiraillée entre son sens du devoir et sa destinée, Hermine va réveiller les fantômes du passé. 
Pourquoi on l'a choisi
Un vent de romance et d’aventure souffle sur le Québec ! Le hasard se joue d’Hermine et des siens, et les secrets de famille volent en éclats, dans le second volet de cette tumultueuse saga. Un pur bonheur de lecture. 
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :18
Le 19 mai 2010
Tout en beauté
Ayant déja lu le premier livre de cette série (L'enfant des neiges), je me suis jetée sur "Le rossignol de Val Jabert". Tant de beauté, de paysages canadiens, et aussi tant d'amour font de ce livre un roman inoubliable et surtout on attend la suite de la vie d'Hermine, Toschan et tous les autres. Un grand bravo à Marie Bernadette Dupuy. Merci.
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Frednoe13
Le 19 mai 2010
J'ai adoré "L'Enfant des neiges"
Bonjour, Je vais commander ce livre car j'ai tout simplement ADORE et le mot est faible le premier tome : "L'Enfant des neiges". Je vous le conseille d'ailleurs. Puis j'aime beaucoup cette auteur aussi. J'ai lu pas mal de ses livres que j'ai tous adorés. Je garde un souvenir impérissable de : "Le chant de l'océan" qui m'a fait pleurer, je l'avoue. Il y a beaucoup de tendresse, d'émotion, d'humanité, chez cette écrivain. Ses personnages sont pleins de vie et très attachants. J'ai hâte de recevoir ce titre afin de le dévorer comme les autres. Bien sûr je vous dirai ce que j'en ai pensé !
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Pascale
Le 17 juin 2010
Dans le Canada enchanteur
In livre agréable à lire, on est emporté au Canada dans les années 30 avec son sens moral, les mensonges qui empoisonnent leurs vies, le dilemme d'Hermine qui doit choisir entre sa carrière artistique et l'amour de Toschan, la tendresse de ses enfants.
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Eliane
Le 01 juin 2010
Superbe
Magnifique livre, à recommander en commençant par l'enfant des neiges. Un vrai régal pour la lecture de ces deux romans. Bravo à Marie- Bernadette Dupuy.
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Remarque de Eliane Poirier du 04/10/10
Un troisième tome est en vente au Canada. A quand chez France Loisirs ?
Remarque de Eliane Poirier du 24/10/10
Quand paraîtra "LES SOUPIRS DU VENT" roman qui fait suite à ces 2 magnifiques livres ? REPONSE DE FRANCE LOISIRS : Le prochain roman de Marie-Bernadette Dupuy à paraître au Club est "Les fiancés du Rhin", dès la fin novembre.
mimie64
Le 14 août 2010
La magie du Canada
Une histoire très chouette, des personnages très attachants ! Une histoire où mensonge et amour sont présents. On reconnait bien l'écriture de Marie Bernadette Dupuy dans la lignée du "Moulin du Loup" mais cette fois-ci dans un univers magique et enneigé du Canada.
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Citroen
Le 08 septembre 2010
Plein de surprises
On va de surprises en rebondissements ! La vie simple et tranquille de Hermine est régulièrement secouée d'événements qui donnent l'effet d'une douche écossaise. Alors que l'on croit que tout est bien qui finit bien, quelques petits mots en fin de chapitre nous font palpiter d'impatience. Un fameux livre inoubliable. Et pourtant, j'avais trouvé le début de "L'enfant des neiges" un peu niais.
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Le 14 décembre 2010
Le rossignol de Val Jalbert
On a qu'une envie en lisant ce chef d'oeuvre, c'est de connaitre et d'entendre chanter Hermine......
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Le 09 janvier 2011
Le rossignol
Sublime roman bien ficelé qui nous fait voyager au Québec dans ce joli village de Val-Jalbert, l'héroïne est très attachante, on a pas envie que cela se termine !!
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Lynx84
Le 19 octobre 2010
Très belle histoire, suite de "L'enfant des neiges"
J'ai bien aimé ce livre. Comme chaque fois, je m'engouffre dans l'histoire pour la vivre pleinement. Très bon moment.
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nacre3
Le 03 décembre 2010
Attachant
Superbe récit, personnages passionnants, plein de dépaysement.
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madeli23
Le 05 janvier 2011
Formidable
J'ai dévoré "L'enfant des neiges" et "Le rossignol de Val-Jalbert". A quand la suite ?
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Frednoe13
Le 24 février 2011
A quand la suite ? "Les soupirs du vent"
J'ai adoré les deux premiers romans de cette saga québécoise. Je sais que le 3ème tome est paru, il s'intitule : "Les soupirs du vent". J'aimerais bien savoir quand il sera en vente au club car j'ai trop hâte de le lire. Très bientôt j'espère !
Réponse du modérateur : Bonne nouvelle, "Les soupirs du vent" sera disponible au Club avant la fin Mai 2011.
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Remarque de Frédérique GIANOLLA du 25/02/11
Merci au modérateur pour cette excellente nouvelle ! Je sais que je ne suis pas la seule à attendre sa parution au club.
Le 25 mars 2011
Un deuxième volet très réussi
J'ai adoré le tome 1 "L'enfant des neiges", ce deuxième volet est une pure merveille.
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coconuts
Le 04 mai 2011
Superbe
On attendait une suite, c'est un vrai régal, on est emmené par Hermine et sa famille, des secrets sont avoués et mis à nus. On est toujours subjugué par une telle force de caractère et de courage malgré les épreuves. Félicitations.
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dbdb76
Le 15 juin 2011
Pure merveille
J'ai adoré le 1er, le second tome et j'attends avec impatience de lire le 3ème qui est là !! Et l histoire est merveilleuse et des personnages attachants. J'ai lu le deuxième à une vitesse phénoménale tellement je voulais connaître la suite de l'histoire...Vivement la suite, j'en meurs d'impatience.
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Remarque de Chantal FRANCOIS du 16/08/11
J'ai lu les 4 volumes d'une seule traite ! Ne pouvant me détacher de cette superbe "saga" ! J'attends le 5eme volume à paraitre(?) pour en terminer avec cette "bilocation" au Canada ! Trop trop beau...
Le 15 décembre 2011
Excellent ! Mais...
Tout comme le premier tome, j'ai adoré "Le rossignol de Val-Jalbert". J'ai tellement aimé que j'ai acheté le tome 3 et 4. Pourtant je suis déçue sur la qualité du livre, j'ai constaté de nombreuses erreurs. J'ai lu tous les commentaires et je suis surprise que personne ne l'a signalé. Les personnages sont attachants, et j'aimerai faire partie de ce village , pour découvrir les magnifiques paysages décrits dans toute cette saga canadienne. J'ai découvert cette romancière grâce à la saga du Moulin du Loup (que j'ai lue grâce à ma tante) et j'ai enchainé avec les Fiancés du Rhin (à lire également).
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Le 04 avril 2012
L'enfant des neiges
Excellent, très bien écrit. J'ai dévoré les 4 tomes.
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flobobo
Le 23 septembre 2014
J'adore !
A lire pour se faire du bien.
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Née à Angoulême en 1952, Marie-Bernadette Dupuy est un auteur qui aime la diversité. C'est au décès de sa mère qu'elle décide de se consacrer à l'écriture et publie Femmes impériales. Elle a déjà écrit plus d'une vingtaine d'ouvrages, abordant avec la même aisance les biographies historiques, le mystère du surnaturel et les intrigues policières, sans oublier les romans d'amour.
Elle est également responsable de Promenades, un magazine qui a pour but la découverte et la mise en valeur du patrimoine charentais. Un département voisin ou presque, la Corrèze, la fascine. Marie-Bernadette s'est lancée dans le roman de terroir après avoir étudié de nombreux documents et fait des rencontres bouleversantes.
Parmi ses romans, citons :
    L'Orpheline du Bois des Loups
    Le Chant de l'océan
    Le Refuge aux roses
    Le Val de l'espoir
    Le Moulin du Loup (en 6 tomes)
    Le Chemin des falaises
    La Vallée des Eaux Claires
    Les Occupants du domaine
    L'Enfant des neiges (en 6 tomes)
    Les Marionnettes du destin
    Angelina
Autres titres de Marie-Bernadette Dupuy
Le chant de l'océan
Marie-Bernadette Dupuy
Extrait

1

Des cris dans la nuit


Val-Jalbert, 26 décembre 1932
Hermine ouvrit ses larges yeux bleus, encore envahie par l'intense peur ressentie dans son rêve.
— Quelle horreur ! s'exclama-t-elle, encore toute tremblante.
La jeune femme s'éveilla tout à fait et passa ses mains dans la masse opulente de ses cheveux d'un blond lumineux. Elle essaya de chasser de son esprit la vision cauchemardesque qui l'obsédait. Une frêle silhouette se débattait contre le blizzard, poursuivie par des ombres menaçantes, des sortes de créatures mi-humaines mi-bêtes féroces. Hermine savait en son for intérieur qu'il s'agissait d'une fillette.
Son regard se posa sur le petit Mukki, couché au milieu du lit. Le bébé, âgé de deux mois et dix jours, dormait paisiblement. Mais la place de Toshan était vide. Cette constatation l'attrista. Son mari aurait su la consoler et même lui expliquer la signification de son rêve. Né d'une Indienne montagnaise et d'un chercheur d'or de souche irlandaise, Clément Toshan Delbeau jonglait avec les deux cultures qui avaient contribué à son éducation. Il était catholique et baptisé, mais fortement imprégné par la spiritualité de ses ancêtres montagnais. Ainsi, pour lui, les songes avaient une grande importance.
— Il est déjà levé ! soupira Hermine. Mais quelle heure est-il donc ?
Des exclamations lui parvinrent, montant du rez-de-chaussée de la grande maison. Après des mois passés dans des conditions de vie bien plus rudes, son confort l'enchantait. Elle reconnut les intonations de sa chère Mireille, la gouvernante. Elle l'aimait beaucoup avec sa voix forte et son franc-parler. Elle crut même sentir l'arôme du café brûlant.
« C'est vrai qu'en cette saison, la nuit n'en finit pas ! se dit-elle. Toshan a dû sortir prendre l'air, il n'est pas habitué à la chaleur du chauffage central ni aux édredons moelleux. Mais je suis sûre que maman n'est pas encore descendue ! »
Hermine s'étira. Elle dévora de nouveau son fils du regard. Jocelyn Delbeau, surnommé Mukki par sa grand-mère Tala¹, avait une peau dorée et des cheveux noirs. Solide nourrisson, il jouissait d'un caractère calme et avait déjà gratifié ses parents de gracieux sourires angéliques.
« Que je suis heureuse ! se dit la jeune femme. Toshan m'a fait un merveilleux cadeau de Noël en me ramenant dans mon village, à Val-Jalbert, là où les eaux tourbillonnent. Nous avons été si bien accueillis. Je n'oublierai jamais la joie de maman et surtout comme elle m'a serrée fort dans ses bras ! »
Depuis leur mariage clandestin à l'ermitage de Lac-Bouchette, le couple habitait une cabane de belle taille, au bord de la rivière Péribonka, bien plus au nord. Les fourrures et les provisions ne manquaient pas, mais l'humble construction ne pouvait se comparer à la superbe demeure édifiée par le surintendant Lapointe à l'époque de l'âge d'or de Val-Jalbert, celui où la pulperie faisait travailler des centaines d'ouvriers qualifiés².
Il leur avait fallu plusieurs jours d'une course rapide pour arriver chez Laura Chardin, la mère d'Hermine, juste avant Noël. Cette expédition dans le grand vent et la neige, que l'ardeur et l'endurance des chiens de traîneau avaient rendue possible, n'avait pas été sans channe.
Hermine ferma les yeux, somnolente. Elle n'avait aucune envie de quitter le refuge douillet de son lit. La journée à venir lui causait une légère appréhension. Une fois passée l'allégresse des retrouvailles et des repas de fête, une conversation avec sa mère s'imposait.
« Il faut bien que je lui apprenne comment mon père est mort ! Jocelyn, premier du nom ! Je ne le connaîtrai jamais. Quel dommage ! Enfin, maman va épouser Hans. Ils semblent vraiment épris l'un de l'autre. »
Un passé tout proche revenait à l'esprit d'Hermine. Hans Zahle l'accompagnait au piano quand elle chantait au Château Roberval, un grand hôtel de luxe. Ce timide trentenaire d'origine danoise avait d'abord été amoureux d'elle, avant de céder au charme de Laura.
« Et j'ignorais que la mystérieuse dame en noir assise au fond de la salle était ma mère. Cette mère qui m'avait tant manqué lorsque j'étais petite fille. Heureusement qu'elle a retrouvé la mémoire et qu'elle m'a cherchée. Maintenant il n'y a plus aucun secret entre nous, plus de rancœur. Elle m'a prouvé son amour et je compte la chérir pendant de longues années encore. Tout s'est arrangé. Je ne suis plus orpheline et, surtout, je suis mariée avec Toshan. J'ai un bébé à mon tour, un merveilleux bébé que nous élèverons tous les deux. »
Elle ajouta à voix basse :
— Je voudrais bien vivre ici, à Val-Jalbert ! Ma belle-famille indienne est très gentille, mais je me sens mieux dans mon village.
Afin de se conforter dans son désir, Hermine évoqua les visages de ceux qu'elle chérissait et dont elle avait partagé l'existence durant des années : sa nourrice Élisabeth Marois, une jolie femme de trente-six ans, mince et bien faite, aux frisettes d'un châtain mordoré, ses fils Armand, Edmond et la petite dernière prénommée Marie. Quant à Joseph Marois, malgré ses colères, ses humeurs changeantes et un penchant pour la bouteille, il n'était pas si mauvais bougre que ça.
— Il y a aussi ma gentille Charlotte ! murmura-t-elle, émue. En plus, elle a retrouvé la vue grâce à maman et à sa fortune. On a beau dire, l'argent ne fait peut-être pas le bonheur, mais il peut fortement y contribuer.
Soudain Hermine eut un frisson. La fillette de son rêve, c'était Charlotte. Elle n'avait pas pu détailler ses traits, mais son cœur savait. Sur le qui-vive, à présent, elle avait la certitude d'entendre crier le prénom de l'enfant, dehors, sous les fenêtres. Aussitôt, un son de cloche s'ajouta a ces appels.
— Cela vient du couvent-école ! se dit-elle, le souffle suspendu. Mais ce sont les vacances, l'institutrice n'est même pas là ! Que se passe-t-il³ ?
Elle se leva avec précaution et enfila une robe de chambre en laine rouge. Mukki n'avait pas bronché. Elle prit soin de bien caler le bébé dans son petit lit d'enfant, car c'était un nourrisson remuant.
« Mon Dieu ! Il est arrivé un malheur ! » répétait-elle en dévalant l'escalier.
Un aréopage féminin l'attendait dans le hall, composé de sa mère, Laura, d'Élisabeth Marois en larmes et de Mireille, la gouvernante. Cette dernière la fixait bouche bée, les joues rouges.
— Allez-vous me dire ce qu'il y a ? s'inquiéta Hermine, affolée de les trouver toutes les trois dans le même état de confusion.
— Charlotte a disparu ! répondit Laura d'une voix tremblante.
— Oui, autant dire qu'elle est morte ! s'exclama Élisabeth, une main sur la poitrine. Je pense qu'elle a dû s'enfuir hier soir. Avec le froid, la neige, nous avons peu de chances de la retrouver en vie.
— Comment ? s'exclama Hermine. As-tu perdu l'esprit, Betty ? Et d'abord, pourquoi m'avez-vous laissée dormir ?
— Les émotions coupent le lait des femmes qui nourrissent ou, du moins, elles le gâchent ! déclara la gouvernante, une petite personne rebondie coiffée d'un casque de cheveux raides et argentés coupés court. On ne voulait pas courir ce risque !
— Quelle heure est-il ? répliqua-t-elle en jetant un coup d'œil anxieux vers la porte d'entrée.
— Juste sept heures ! gémit Élisabeth. Charlotte a emporté quelques affaires, dans un baluchon, sûrement. Je me doute de ce qui l'a poussée dehors, la pauvre !
Laura entoura Hermine d'un bras protecteur. Elle paraissait très affligée. Cependant, elle demeurait élégante dans sa robe de chambre en lainage rose, qui ravivait sa carnation laiteuse. Elle avait de jolis yeux bleus, comme sa fille. Sa chevelure soyeuse, teinte en blond platine, était retenue par un turban assorti. Bien qu'elle approchât la quarantaine, on la prenait parfois pour la sœur aînée d'Hermine, qui venait de fêter ses dix-huit ans.
— Viens boire un bon café, nous n'avons plus qu'à patienter. Les recherches s'organisent. Toshan est parti le premier. Je lui ai conseillé de monter à la cabane à sucre des Marois. Charlotte aime bien cet endroit.
— Non, maman, je ne veux pas de café, je veux comprendre ! coupa la jeune femme. Pourquoi Toshan a-t-il su, lui, sans que je me réveille ?
— Il a l'ouïe plus fine que toi, sans doute ! précisa Laura. Élisabeth est venue frapper dès qu'elle a trouvé le lit de Charlotte vide. Nous avons tous sauté du lit. C'est le branle-bas de combat ! Hans rassemble les hommes du village.
Hermine secoua la tête, envahie par un brusque désespoir. Tout cela lui faisait l'effet d'un cauchemar. Encore une fois, un de ses rêves se révélait bien proche de la réalité. Cela s'était déjà produit par le passé.
— Mais pourquoi Charlotte s'est-elle enfuie ? hurla- t-elle. Betty, tu la traitais comme ta propre fille et elle n'était plus infirme. Hier matin, elle me disait sa joie d'avoir pu admirer le sapin de Noël et l'intérieur de l'église, à Chambord. Pendant la messe, je la voyais assise près de vous tous et son beau sourire me comblait de fierté. Elle n'avait aucune raison de s'en aller comme ça !
Toutes les quatre échangèrent un regard désolé, incrédule. Hermine avait chanté le jour de Noël pour le ravissement des derniers habitants de Val-Jalbert, qui suivaient désormais les offices à Chambord, leur église ayant été démolie au cours de l'année4. « Le Rossignol des neiges est de retour parmi nous ! » avait annoncé monsieur le curé en accueillant Hermine devant l'autel.
— Betty ! reprit la jeune femme. Qu'est-ce qui a poussé Charlotte dehors ? Joseph ? Il a encore fait des siennes, n'est-ce pas ?
Lorsqu'il avait bu, l'ancien ouvrier se montrait parfois violent et coléreux ; elle en avait assez souffert elle-même. Joseph Marois lui reprochait, dans ces moments-là, le pain qu'elle mangeait sous son toit, et il avait refusé de l'adopter. Mais dès qu'elle avait gagné de l'argent, grâce à son talent de chanteuse et à son timbre exceptionnel, il n'avait eu qu'une idée : l'exploiter.
— Eh bien, Jo avait fini la bouteille de caribou, hier soir, parce que c'était fête ! commença Élisabeth. Je lui disais de monter se coucher, mais il a lancé la conversation sur Charlotte. Tu le connais, Mimine ! radin comme pas un ! Il prétendait que la petite nous coûtait cher, qu'elle ôtait le pain de la bouche de Marie et que ce n'était qu'un début. Depuis la naissance de notre fille, Jo se plaint de la présence de Charlotte. Il s'est mis à crier ; je ne savais plus quoi faire. Elle n'est pas idiote, la petite. Je suis sûre qu'elle a entendu et, se sentant de trop, elle a décidé de partir.
Laura haussa les épaules, franchement contrariée. Elle prit Mireille et Hermine à témoin.
— Et elle n'est même pas venue se réfugier chez moi ! J'ai pourtant proposé de la recueillir, Élisabeth ! Vous auriez dû m'avertir que votre mari avait changé d'idée.
— Tous ces discours ne nous ramèneront pas Charlotte ! protesta Hermine. Je vais la chercher. Elle a pu se réfugier dans n'importe laquelle des maisons abandonnées du village. Il ne faut pas songer au pire ! Enfin, elle ne peut pas mourir, ça non ! Après tant d'épreuves et de chagrin !
Sur ces mots, elle grimpa les marches précipitamment. Laura la suivit, bouleversée.
— Voyons, Hermine, tu n'es pas sérieuse ! Tu ne peux pas partir toi aussi. Il y a encore assez d'hommes robustes à Val-Jalbert pour explorer les environs. Toshan a attelé ses chiens. Ses bêtes ont du flair, à ce qu'il m'a dit.
— Maman, je ne te demande qu'une chose, veille sur Mukki ! Je lui ai donné à téter vers cinq heures du matin. Il peut patienter. S'il pleure trop fort, propose lui de l'eau tiède sucrée avec du miel. Tala, ma belle-mère, affirme que les bébés adorent ça. Je te le confie.
Laura eut une expression de panique.
— C'est de la folie, ma chérie ! Je t'en supplie, reste ici avec moi. Si tu allais t'égarer !
— Je ne peux pas, maman ! Je suis liée à Charlotte, je l'aime comme ma petite sœur.
Hermine fut vite équipée. Elle avait enfilé un pantalon en velours et deux gilets de laine sur lesquels elle mit une veste en fourrure. Gantée, un bonnet à la main, elle entraîna sa mère sur le palier.
— Ne te tracasse pas, j'ai appris à vivre dans la forêt. Je vais prendre Chinook. À cheval, je gagnerai du temps.
Laura renonça à discuter. Toutes les deux dévalèrent l'escalier. Élisabeth et Mireille n'avaient pas bougé d'un pouce.
— Qui garde ta fille, Betty ? s'inquiéta Hermine. Si tu veux attendre chez nous, cours la chercher. Au pire, puisque tu allaites toi aussi, tu pourras nourrir Mukki s'il pleure trop.
— En voilà des manières de sauvage ! s'écria la gouvernante. Un enfant ne doit pas passer d'un sein à l'autre ! Et toi, Hermine, tu as une drôle d'allure, attifée ainsi !
Élisabeth approuva d'un air gêné.
— Mireille a raison, soupira-t-elle. Déjà que ton mari s'est fait remarquer à la messe de Noël ! Il faudrait qu'il se coupe les cheveux et qu'il s'habille en bon chrétien.
— C'est bien le moment de penser à des choses pareilles ! répliqua Hermine, furieuse. Charlotte est peut-être agonisante et on jase sur les vêtements de Toshan. Vous croyez que je n'ai pas vu les regards des gens de Chambord ? Ils devront s'habituer ; l'homme que j'aime a le droit de montrer à tous qu'il a du sang indien.
Ulcérée, Hermine sortit sans rien ajouter. L'éclairage public jetait des reflets dorés sur des bancs de neige qui s'étaient formés pendant la nuit au pied des arbres, contre les murs du couvent-école voisin de la maison. Elle marcha d'un bon pas, le souffle coupé par le froid plus vif que la veille.
« Mon Dieu, protégez Charlotte ! Mon Dieu, rendez-la-moi ! »


1. Prénom indien signifiant Louve.
2. Le surintendant Lapointe habitait au village. La Compagnie de pulpe de Chicoutimi lui fit bâtir, en 1919, une très belle maison près du couvent-école sur la rue Saint-Georges. On peut encore, de nos jours, observer les ruines de cette demeure dans le sous-bois près du couvent.
3. Le couvent-école resta ouvert jusqu'en 1933. L'enseignement y était donné par des enseignantes laïques et non plus par les Sœurs, qui étaient parties en 1929. Les institutrices qui avaient assuré la relève étaient Géraldine Lemay, Juliette Marcoux et Germaine Pagé ; toutes trois étaient de Chambord.
4. L'église de Val-Jalbert a été démantelée en 1932. Les matériaux et les meubles ont été récupérés par des communautés voisines.