Un thriller gothique
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L'enfant des cimetières
L'enfant des cimetières
Sire Cédric
Disponible
528 pages
Couverture souple
Réf : 510290
Résumé
Nuit d’horreur à Terre-Blanque : un fossoyeur vient de massacrer sa famille. Appelé sur les lieux, le photographe David Ormeval ignore que ce fait divers inaugure une série de meurtres atroces qui bientôt, détruira sa vie. Quand une légende ressurgit, impliquant un enfant aux terrifiants pouvoirs, David se lance tête baissée au cœur du cauchemar. 
Pourquoi on l'a choisi
Sire Cédric, le nouveau "King" de l'étrange, creuse de sa plume tourmentée et assassine le sillon de l'auteur de Shining. Le résultat ? Un thriller gothique hypnotisant comme un film d'horreur, à dévorer jusqu'au bout de vos nuits blanches. 
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Musicien et écrivain, Sire Cédric est un acteur incontournable de la scène gothique française. Dès son premier livre, Déchirures, il s'affirme comme un maître de l'étrange et de la violence poétique. Ses deux romans suivants, Angemort et Dreamworld, ont confirmé son talent. Avec L'Enfant des cimetières, un nouveau maître ès créatures de l'ombre est né.
Extrait

1


Il était une heure et quart du matin, pourtant la nuit était illuminée par les pulsations bleues des gyrophares.
David Ormeval gara sa Clio à l'angle de la rue des Arcs et du cimetière Terre-Blanque. Il connaissait peu cette zone : un quartier résidentiel modeste, situé en périphérie de la ville, et qui sentait déjà la campagne. Les villas aux balcons en fer forgé côtoyaient de petits jardins bien entretenus, tout autour du cimetière. Ici, les problèmes de délinquance se limitaient aux quelques adolescents qui venaient fumer des joints sur les tombes.
Pourtant, il y avait au moins quatre voitures de police garées en travers de la rue. Et deux fourgonnettes de pompiers, ajouta mentalement David. C'était beaucoup. Beaucoup trop pour un tel quartier. Il apercevait des hommes en costume qui s'agitaient sur le trottoir. L'un d'entre eux, un colosse qui surplombait ses collègues d'une bonne tête, parlait de manière animée dans un téléphone mobile tout en faisant de grands gestes dans le vide. Les échos de sa voix portaient jusqu'au bout de la rue.
David aperçut des silhouettes accoudées aux fenêtres de toutes les maisons. Sous un porche, un couple était installé sur une balancelle. Tous les habitants du quartier devaient être éveillés, s'interrogeant sur l'origine de ce chaos.
Ce n'était pas ce à quoi s'était attendu David. En fait, il ne savait pas à quoi s'attendre, Aurore l'avait simplement appelé pour lui dire de rappliquer en vitesse et il avait sauté dans sa voiture. Elle l'appelait rarement à une heure du matin pour le travail, et c'était toujours pour une excellente raison. En l'occurrence, un article de première importance pour le journal. Cela ressemblait à une scène de crime. David se sentait très mal à l'aise. Il n'avait jamais couvert un tel sujet. Il n'était pas certain d'aimer ça.
Il éteignit les phares de sa voiture et composa le numéro d'Aurore sur son portable.
— Je suis là.
— Je te vois, j'arrive, lui dit Aurore.
Un instant plus tard, une silhouette fluide émergeait de l'ombre du cimetière. Aurore agita une main dans sa direction.
— Allez viens ! Vite, avant qu'ils n'aient fini !
David constata qu'Aurore était vêtue d'un tailleur noir serré, et comprit pourquoi il ne l'avait pas vue approcher plus tôt : dans l'ombre, on ne la distinguait presque pas. Seuls les cheveux bouclés de la jeune femme brillaient sous l'éclat des projecteurs. Elle agitait son minuscule enregistreur mp3 dans sa main en trépignant.
— On a un sujet en or, mon petit David, et on est les premiers sur place ! Depuis le temps qu'on attendait qu'il se passe quelque chose dans cette ville !
David soupira, prenant soin d'emporter son appareil photo et de verrouiller sa voiture. Un peu plus loin, les agents en uniforme déroulaient des bandes jaunes tout autour d'une maison.
— Ils sont en train de bloquer le périmètre. Il faut se dépêcher, le pressa Aurore.
- Mais il s'est passé quoi au juste ? demanda David en trottinant à sa suite. C'est la maison de qui ?
— Son nom est Raymond Mendez, si ma source est correcte. La trentaine. Fossoyeur depuis dix ans. Le genre de gars à l'ancienne, marié, deux enfants. Jamais la moindre histoire.
David jeta un œil au cimetière, puis à la maison. Au moins, le bonhomme n'avait pas un long trajet à effectuer pour aller travailler.
— Qu'est-ce qui s'est passé ? Il s'est fait tuer ?
Aurore tourna vers lui un visage extatique.
— Il est mort, oui. Mais avant, il les a tous massacrés. Sa femme et ses enfants. Il les a tués au fusil à pompe.
— Quelle horreur, fit David.
— Tu peux le dire, poursuivit Aurore, les yeux illuminés par l'excitation. Un truc dément. Il a d'abord tué son épouse, avant de monter dans la chambre de leurs gosses. Une dizaine d'années chacun. Il les a tués eux aussi.
Aurore indiquait la fenêtre du premier étage. Celle-ci était brisée.
— Un des enfants se trouvait devant la vitre quand son père l'a abattu. Je crois que c'est le garçon. Il devait essayer de passer par cette fenêtre. En tout cas, il n'a pas réussi à s'enfuir. Son père a ouvert le feu sur lui. Les balles ont traversé le gosse de part en part. Après ça, Mendez est redescendu dans le salon, il s'est installé dans son fauteuil, et il a mis le canon de son fusil dans sa bouche pour se faire sauter la tête. Il y a eu tellement de coups de feu que tout le quartier a téléphoné à la police.
— Mais c'est... c'est absolument horrible, laissa échapper David.
— Un sujet en or, je te dis ! Tu la veux, ton augmentation, ou pas ?
David secoua la tête. Il n'y avait qu'Aurore pour penser à son argent dans des cas comme celui-ci. Mais elle avait raison, au moins sur un point : un tel sujet n'arrivait pas souvent. Non, en fait cela n'arrivait jamais. C'était le genre de choses dont on entendait parler aux informations nationales, mais qui ne se produisaient jamais aussi près de chez soi. David leva son objectif et régla la luminosité, ce qui était difficile dans les halos mouvants des gyrophares. On passait d'une zone de ténèbres à une zone aux blancs brûlés, qui faisait cligner des yeux. Il fit la mise au point sur les policiers qui grouillaient dans la rue.
— C'est quand même horrible, grommela-t-il en photographiant les forces de l'ordre.
Il dirigea ensuite son Nikon vers la façade, éclairée par une batterie de projecteurs. La fenêtre, au premier étage, était pulvérisée. À travers l'objectif, il pouvait distinguer les morceaux de bois qui avaient éclaté sous l'impact des balles. Du gros calibre. Ce Mendez avait utilisé de l'artillerie lourde.
David aperçut une grande tache sombre, juste en dessous de la fenêtre. Il zooma. C'était du sang. Ce qu'il voyait, c'était le sang du garçon. Le sang qui avait suinté par le rebord de la fenêtre, pour couler jusque dans la rue. David sentit son estomac se nouer. En même temps, une certaine fascination macabre l'empêchait de détourner les yeux. Il prit une série de clichés.
Une voix basse et puissante explosa :
— Vous deux, là-bas ! Bon sang, vous vous croyez où ?
David baissa les yeux. Un homme s'approchait d'eux à grands pas. David reconnut le policier qui s'emportait au téléphone quelques minutes auparavant. Il devait mesurer près de deux mètres et son visage était marqué de cicatrices. Son nez épaté faisait penser au nez cassé d'un boxeur. Son costume avait du mal à contenir sa masse musculaire. Son visage était livide, ses traits tirés de fatigue, et l'irritation se lisait dans son regard, en gros panneaux qui indiquaient : « Ne me faites surtout pas chier ce soir. »
Aurore se précipita devant lui en brandissant sa carte de presse d'une main et son enregistreur de l'autre.
— Aurore Dumas, du Nouveau Regard. Pouvez-vous nous décrire le drame qui vient de se produire ?
Aurore n'avait jamais été très douée pour lire ce genre de panneaux.
Le policier se pinça le nez entre le pouce et l'index, avant de répondre d'une voix monocorde.
— Bon, je vais faire clair. Vous savez où vous pouvez vous coller votre micro. On est dans un putain d'enfer ici, avec des gens décédés. Je ne peux pas vous demander de respecter ce genre de choses, mais je peux vous faire déguerpir. Et en quatrième vitesse.
— Vous confirmez donc que tous les membres de la famille Mendez sont morts ? demanda Aurore sans se démonter. Vous avez pu voir les enfants ? Elena et Michael, c'est ça ?
David décida d'intervenir avant que la situation ne dégénère. Il saisit le bras d'Aurore pour la tirer vers lui.
— Je crois qu'il a raison...
— Les gens ont besoin d'être informés ! se défendit Aurore. Ce sont leurs impôts qui paient les salaires de la police !
— Épargnez-moi vos conneries, répliqua le policier. Vous êtes dans le périmètre de sécurité, madame.
Mademoiselle. Et je n'ai pas vu de périmètre, monsieur.
Le policier sortit un rouleau de bande jaune de sa poche, dont il noua l'extrémité autour d'un réverbère. Il déroula la bande en travers de la rue, leur barrant le passage.
— Maintenant il y en a une. C'est une zone sécurisée. Vous passez cette ligne et je vous jure que je vous embarque. Avec les menottes. Votre collègue pourra prendre de jolies photos.
Il tourna les talons pour revenir vers la maison des Mendez.
— Quel con, grogna Aurore.
À ce moment, l'équipe des pompiers apparut sur le porche. Ils escortaient deux civières sur lesquelles se trouvaient des sacs mortuaires. Aurore redoubla d'excitation.
— David ! Là-bas ! Tu as vu ? Tu peux faire un zoom ?
David hésita un bref instant – il y avait des gens dans ces sacs –, puis leva son appareil comme le lui demandait sa partenaire. Il prit quelques clichés en rafale des civières, juste avant que les portes du fourgon ne se referment. Quand il baissa son objectif, il se sentait encore plus mal à l'aise.
— Je crois que ça suffira. Il a raison, Aurore. Ça ne sera jamais exploitable.
La journaliste se tourna vers David.
— Dis pas de bêtises. On va faire la une !
— J'en suis sûr. Mais j'ai déjà assez de photos choc comme ça. Tu as très bien vu la taille des sacs. C'étaient les gosses, Aurore.
Le simple fait d'en parler lui retournait l'estomac.
— D'accord, concéda Aurore. Rentre chez toi. On fait comme d'habitude, tu m'envoies la meilleure avant midi. Si j'ai fini assez tôt, je passe te voir pour le café.
David hocha la tête, quelque peu soulagé. Il ne tenait pas à rester sur place une minute de plus. C'était comme s'il sentait la présence de la mort planer au-dessus de leurs têtes. Chaque fibre de son corps lui hurlait de déguerpir aussi loin que possible.
— Et toi ? demanda-t-il à Aurore.
— Ne t'en fais pas. J'ai un bon contact à l'intérieur. (Elle indiqua la maison des Mendez.) C'est lui qui m'a prévenue. Un petit brigadier craquant.
David sourit.
— Tu ne t'arrêtes jamais, hein ?
— Le moment où tu baisses ta garde, c'est le moment où tu te fais avoir. Tu devrais faire tienne cette devise, si tu as envie de survivre dans ce métier.
Sur ces paroles, elle l'attrapa par les épaules et déposa un baiser sonore sur sa joue. David secoua la tête en souriant et regagna sa voiture.
En passant devant les grilles du cimetière, il lui sembla percevoir un mouvement à l'intérieur. Il jeta un œil inquiet, mais ne vit rien. Que le noir total, et les vagues formes blanches des stèles.
Ce genre d'endroit devait être plein de chats errants. Ce n'était pas étonnant. Il voyait les silhouettes de grands arbres noirs qui émergeaient du mur d'enceinte. Presque par réflexe, il leva son appareil et fit une photo de la façade du cimetière. La dernière, pour la route.
Ensuite il reprit place à bord de sa Clio. Il apercevait Aurore, un peu plus loin, adossée au mur du cimetière. Elle allumait une cigarette. Elle devait déjà être en train de songer à son plan d'attaque et aux questions les plus efficaces. Comment elle parvenait à se montrer aussi enthousiaste au sujet de telles horreurs, cela le dépassait.
À vrai dire, David avait encore la nausée.
L'image des sacs – des gosses – ne le quittait pas.
Il serra le volant et se força à respirer lentement. Sur tous les murs dansaient les reflets infatigables des gyrophares.
Les ombres ondulaient. Silhouettes hypnotiques. Il mit le contact pour fuir ce chaos.