Accueil Livres Suspense-SF Thrillers, horreur Dame de coeur / Dame de pique + Dame de carreau / Dame de trèfle
Dame de coeur / Dame de pique + Dame de carreau / Dame de trèfle
Dame de coeur / Dame de pique + Dame de carreau / Dame de trèfle
Alexis Lecaye
Deux livres de 736 & 720 pages
Couverture souple
Réf : 468666
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Disponible
Résumé
Cette quadrilogie des Dames vous entraîne dans les traces du commissaire Martin de la brigade criminelle : un monstrueux assassin à l’arbalète, une vengeresse qui sème la mort à travers Paris, un tueur de blondes en série, un prédateur d’enfants. Les enquêtes sont éprouvantes, et Martin, homme aux fêlures profondes, a une vie personnelle tourmentée... Sortira-t-il indemne de ces courses contre la mort ?
Pourquoi on l'a choisi
Rassemblés dans deux ouvrages, les quatre romans policiers du talentueux Alexis Lecaye. C’est un carré de dames gagnant et meurtrier que nous proposons aux amateurs de polars !
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :5
tumefatigues
Le 10 mars 2012
Un vrai polar à la française !!
Une écriture fluide et facile à lire, vraiment on est tenu en haleine jusqu'à la dernière page de ces quatre romans . Je suis très satisfaite de mon achat !!
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
MONNOT ISABELLE
Le 29 février 2012
A éviter
Histoires mal ficelées, sans intérêt, invraisemblables, pleines d'incohérences et de contradictions. A éviter absolument sauf si vous aimez lire de très mauvais livres policiers.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Le 22 avril 2012
A lire
J'ai bien aimé ces livres, pas mal de suspencs dans les 4 romans... Avis aux amateurs de romans policiers.... par contre je n'ai pas trop accroché sur le second même s'il était pas mal en fin de compte...
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
daisy1313
Le 01 juin 2012
Bof !
Je trouve que les histoires ont du mal à démarrer,il y a des passages où l'on s'ennuie un peu et du coup on oublie le principal. Sinon dans l'ensemble ça se lit, mais sans plus. Pas mon genre.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Le 28 août 2012
Sympathique
J'ai trouvé que les histoires étaient originales, se laissaient lire très facilement malgré quelques longueurs parfois. Les 3 premières sont excellentes, j'ai trouvé la dernière un peu longue...Mais très sympas à lire, surtout si on aime suivre les personnages au fil des histoires et l'avantage, c'est que cela fait 4 histoires en 2 livres.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Alexis Lecaye, né en 1951, est écrivain, réalisateur et producteur pour la télévision. Également connu sous le pseudonyme d'Alexandre Terrel, il a publié de nombreux romans dans des genres très divers – suspenses, reconstitutions historiques, romans d'aventure – dont :
    La Dissolution
    Rendez-vous sur ma tombe
    Le Bagnard, la voyante et l'espion (Prix du suspense français 1983)
    Le témoin est à la noce (Prix du Roman d'Aventures 1984)
    Un week-end à tuer
    Einstein et Sherlock Holmes
    Chronique d'un juge ordinaire
    Les Carnets secrets d'Hyppolite Vernet
    Loup y es-tu ?
La série Julie Lescaut, adaptée de son roman éponyme publié en 1992, l'a fait connaître du grand public.
Extrait

1



Elle rentra du bureau juste à temps pour préparer le dîner. Mais sa sœur l’appela de Toulouse, elle lui parla quelques minutes avant de raccrocher, et s’aperçut en mettant le feu sous la casserole que la bouteille de gaz était vide. Quand elle eut fini de visser le tuyau de la cuisinière sur la bouteille neuve, il fallait encore préparer la béchamel. Le reste du dîner était déjà prêt du matin.
En jetant un coup d’œil à l’horloge ronde posée au-dessus du frigo, elle vit qu’il était déjà dix-neuf heures trente. Comment était-ce possible ?
Son cœur s’emballa.
Sa main qui tournait la grosse cuillère en bois se mit à trembler.
Elle lâcha la cuillère comme si le manche l’avait brûlée, et se frotta violemment les mains l’une contre l’autre. Des mains lisses et longues, aux ongles nets coupés court, de très jolies mains. Seule imperfection : le petit doigt de la main gauche partait légèrement vers l’intérieur à la deuxième phalange, séquelle d’une fracture vieille de trois mois. Seul bijou : une alliance, en or jaune, incrustée à la base de l’annulaire, impossible à ôter.
Sept heures et demie, et il n’était pas rentré. Son corps – ses mains – avaient réagi avant elle.
Elle avait beau les frotter l’une contre l’autre, le tremblement ne cessa pas pour autant. Une vague de glace montait dans sa poitrine, et le reste de son corps s’y mettait : tout en elle se recroquevillait, rétrécissait, ses seins demandaient à rentrer à l’intérieur de son corps, ou même à disparaître, elle avait même l’impression que ses jambes allaient bientôt lui faire défaut, et en même temps, une partie d’elle-même observait tout cela avec une sorte de détachement presque ironique, mesurant, comparant ce qui lui arrivait ce soir à ses expériences passées.
Elle prit son pouls sur quinze secondes. 31 battements. Soit 124 par minute. Et ça continuait à monter.
Une autre partie d’elle-même, naïve et sotte, qu’elle méprisait intensément, espérait encore que ces symptômes étaient trompeurs, qu’il n’allait rien se passer, mais cet espoir absurde se racornissait lui aussi à mesure que la longue aiguille des secondes trottait, enchaînant les minutes.
L’odeur de brûlé la tira de sa transe. La béchamel était foutue. Peut-être aussi la casserole.
L’accès de panique disparut brusquement, comme s’il n’avait jamais existé.
En une succession de gestes vifs, automatiques, elle coupa le feu, jeta la casserole pleine avec la cuillère dans l’évier, ouvrit grand l’unique battant de la petite fenêtre carrée, et tourna le robinet à fond. Le jet d’eau froide transperça la membrane grise épaisse et molle qui s’était formée dans la casserole, arracha de gros grumeaux qui passèrent par-dessus le rebord avant de filer vers l’écoulement et de le boucher.
L’eau continuait à couler, le niveau montait, mais elle fixait l’évier sans songer à couper le robinet.
Ses mains posées sur le rebord ne tremblaient plus. Machinalement, elle remua la pâte grise qui obstruait la bonde.
Son esprit se vidait comme l’évier. Il ne servait à rien d’avoir peur. Il ne servait à rien de résister. Depuis longtemps elle avait décidé qu’elle n’avait aucun droit de se dérober à son enfer.
Elle l’entendit tâtonner contre la porte d’entrée, son odeur l’assaillit aussitôt la porte ouverte et claquée.
Elle ferma le robinet et se tourna vers lui, attendant qu’il entre et prête à ce qui s’ensuivrait.
Il s’arrêta brièvement sur le seuil, huma l’air de la cuisine. Ses yeux se fixèrent sur ceux de sa femme. Elle ne baissa pas le regard.
— Qu’est-ce que tu as encore fabriqué ? dit-il doucement. Je m’échine au boulot, et toi, tout ce que tu trouves à faire…
Il n’acheva pas sa phrase, avança de trois pas rapides, la repoussa sur le côté d’un revers de main et se pencha au-dessus de l’évier. Il plongea l’index dans les restes de béchamel et ramena le doigt à la hauteur de ses yeux.
— Qu’est-ce que c’est que cette merde ?
Elle ne répondit pas. À quoi bon.
Il lui colla le doigt souillé sur le visage et lui barbouilla le nez et les joues.
— Tu vas continuer à te taire ? T’as vraiment rien à me dire ?
Elle tenta de reculer, mais il la saisit par le devant de son chemisier et la tira à lui d’une secousse si violente que ses dents s’entrechoquèrent.
— Pourquoi tu ne me réponds pas ? Pourquoi ? Je viens de passer onze heures sur ce chantier de merde, et je ne mérite même pas un petit mot ? Je parle pas d’un dîner. Juste que tu me dises pourquoi j’ai mérité ça.
Elle ferma les yeux, dégoûtée par l’odeur d’alcool. Déformé par la rage, le visage de l’homme frôlait le sien et le balayait de son souffle. La séquence était immuable. Avant le premier coup, il fallait qu’il justifie d’avance ce qui allait se passer.
— C’est trop te demander de me regarder quand je te parle ?
Elle rouvrit les yeux et se força à le regarder. Même enlaidi par la colère, il restait beau, ses boucles blond-roux coupées court encadrant un front large et bas, les traits épais mais réguliers taillés dans la masse, la bouche qui la noyait dans son souffle, large aussi, bien dessinée. Son tortionnaire plaisait aux autres femmes, elle le savait. Il lui avait plu à elle. Elle l’avait même aimé.
Il n’avait pas toujours été violent, et dans les premiers temps de leur union, il n’avait jamais levé la main contre elle.
Il disparaissait parfois, des week-ends entiers. Il revenait de sa virée, l’air contrit, avec une haleine fleurant bon la menthe, et il lui assurait qu’il ne la trompait pas. Elle avait choisi de le croire, car il était attentionné et s’intéressait apparemment assez peu aux autres femmes. Il aimait se nicher dans ses bras comme un garçonnet, et elle l’appelait « mon bébé ». Il était très beau et il aimait qu’elle le lui dise. Il passait son temps à regarder son reflet dans la glace, et elle trouvait ça touchant.
Tout avait changé quand elle était tombée enceinte. « Tombée enceinte », expression bizarre, mais qui avait acquis tout son sens quand il l’avait poussée dans l’escalier au début de son quatrième mois de grossesse, au cours de leur première vraie dispute. Il affirmait qu’elle ne s’intéressait plus à lui. Elle essayait de lui dire que c’était totalement faux, et que si elle ne pouvait plus faire l’amour aussi souvent qu’auparavant, c’était simplement la conséquence de sa fatigue et de son état.
Il était devenu de plus en plus sombre et taciturne, et s’était mis à lorgner son ventre à la dérobée, comme si sa grossesse était une maladie répugnante et un affront dirigé contre lui. Pourtant, cet enfant, ils en avaient parlé, et elle avait cru qu’il le voulait autant qu’elle.
Malgré sa chute, elle garda l’embryon. Pendant quelques jours, il se montra très repentant, et elle finit par se convaincre elle-même qu’il ne s’agissait que d’un accident. Il ne la toucha plus jusqu’à son accouchement, mais elle se rendit peu à peu compte qu’il n’agissait pas ainsi par prudence ou par remords, mais par simple dégoût.
Il avait toujours eu un faible pour l’alcool, mais à présent il revenait de plus en plus tard du travail et ne cherchait plus à changer son haleine avec des bonbons à la menthe. Elle comprit que ses longues absences du week-end – du temps où elle n’attendait pas encore d’enfant – étaient des fugues d’alcoolique. La seule différence était qu’il ne se cachait plus.
Quand elle fut sur le point d’accoucher, il partit et ne revint qu’au bout de dix jours.
Il se mit à pleurer et lui demanda de lui pardonner. Il ne savait pas pourquoi il était parti, la seule chose dont il se souvenait, c’était de sa peur. Il avait peur qu’elle ne l’aime plus, qu’il n’existe plus pour elle.
Jamais elle ne l’avait vu pleurer. Elle fut bouleversée et décida de tirer un trait. Il avait changé. Il n’était plus le même. Ils restèrent longtemps dans les bras l’un de l’autre, mêlant leurs larmes.
Quand il se fut un peu apaisé, il la regarda avec une lueur dans le regard et un sourire qui ne pouvaient tromper.
Elle n’avait pas encore eu son retour de couches, mais après tout, qu’importait. La seule chose qui comptait, c’était que son couple existait à nouveau.
Il la prit dans ses bras et la serra contre lui, enfouissant son visage dans son cou.
Il recula ensuite et lui tâta les seins avec surprise et satisfaction. Elle qui avait une poitrine bien faite mais menue avait pris trois tailles.
Elle voulait qu’il vienne voir leur enfant, mais quelque chose la dissuada de l’emmener tout de suite dans la chambre du bébé. Cela avait été un tel choc pour lui, cette grossesse.
Il défit les premiers boutons de son chemisier, passa la main avec délicatesse dans son soutien-gorge et caressa le sein gonflé, s’attardant sur la pointe et la pinçant entre ses gros doigts. Il avait une mine d’enfant émerveillé qui à nouveau l’enchanta. Elle ne l’avait jamais vu ainsi.
Elle gémit. Il la souleva dans ses bras et la porta jusqu’au lit. Elle avait recommencé à porter son jean, taille 38, et elle en était fière. Il défit le premier bouton et tira d’un coup sec le pantalon sur ses cuisses, frotta son nez et sa barbe contre son ventre dénudé, encore amolli, enfonça sa langue dans son nombril et descendit plus bas. Elle gémit encore, lui serra la tête dans les mains et l’attira vers le haut, vers son visage, aussi excitée que lui.
Sans cesser de lui baiser les lèvres, les joues, le nez, le menton, elle plongea la main entre leurs deux corps, réussit à glisser les doigts entre son ventre dur et la ceinture, et s’empara de son sexe brûlant et palpitant.
Ce fut à son tour de gémir.
Jamais elle n’avait eu autant envie de lui. Elle secoua frénétiquement son pied droit, pour finir de se débarrasser du jean qui l’entravait, prit appui sur ses talons et arqua les reins en écartant les genoux le plus possible. C’était son homme et elle le voulait tout entier en elle. Ses fesses étaient si dures qu’elle n’arrivait pas à y enfoncer les doigts, elle lui mordit le cou à l’instant où il entra en elle d’un seul coup, à fond. Elle hurla en nouant férocement ses jambes autour de sa taille.
C’est à cet instant que le bébé commença à crier.
Elle sentit l’homme sur elle tressaillir et reculer.
Elle tenta de le retenir mais il dénoua les cuisses qui l’enserraient et se rejeta sur le côté.
— Viens, dit-elle, viens, ce n’est pas grave, il a faim, c’est tout, il peut attendre quelques minutes.
Il resta sans répondre, les yeux fixés sur le plafond.
Elle s’accouda puis posa sa tête sur son ventre. Son sexe s’amollissait déjà. Elle le prit dans la main et approcha son visage, mais il la repoussa avec une telle force qu’elle tomba du lit.
Il se leva d’un bond, remonta son pantalon en lui tournant le dos et sortit.
Au cours des mois suivants, il se mit à la frapper. D’abord de simples gifles, puis des coups de poing. Dans le ventre, dans le dos. Il ne voulait pas que ça se voie.
Elle avait tellement honte qu’elle ne le dit à personne, même pas à sa sœur.
Elle tenta de partir une fois avec le bébé et une valise, mais il la rattrapa à la gare et la força à rentrer.
— Tu partiras quand je te dirai de partir, pas avant. Elle céda, terrorisée à l’idée qu’il pourrait s’en prendre à son enfant.
Il la battait environ une fois par semaine, mais il n’essaya plus jamais de coucher avec elle. Le bébé n’existait pas pour lui. Il ne le regardait pas, ne le prenait jamais dans ses bras, ne savait peut-être même pas son nom.
Jusqu’au jour où, huit mois après l’accouchement, il entra dans la chambre de son fils, le sortit du lit et le jeta contre le mur avant même qu’elle eût compris ce qui se passait. L’enfant mourut trois heures et demie plus tard à l’hôpital.

Elle confirma qu’il s’agissait d’un accident, sous le regard méfiant et glacé du médecin puis des enquêteurs.
— Je ne te crois pas ! C’est lui ! lui avait dit ensuite sa sœur révoltée. Pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi protéger ce salaud ?
— Je ne protège personne. C’était un accident et je suis aussi responsable que lui.
Elle n’en démordit jamais. Elle ne pouvait pas dire la vérité, pour une raison qui lui paraissait évidente, même si sa sœur ne pouvait pas comprendre.
Lui en prison, elle serait restée seule, libre de vivre une vie sans but. Elle se jugeait impardonnable de n’avoir pas su prévoir le drame, de n’avoir pas su protéger son petit. Aussi coupable que lui. Plus coupable même. Les coups qu’elle recevait, elle les méritait plus que personne au monde. Elle ne méritait pas de vivre. Mais elle était lâche. Elle n’avait pas le courage de mourir de sa propre main. Elle savait bien qu’un jour ou l’autre il la frapperait une fois de trop et que tout serait enfin fini. Il lui fallait juste un peu de patience.