Les cendres froides
Top lecteur
Les cendres froides
Valentin Musso
400 pages
Couverture souple
Réf : 441640
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 19,90  (prix public)
Disponible
Résumé
À la mort de son grand-père, un jeune homme découvre que celui-ci a travaillé durant la guerre dans une maternité servant à la reproduction de la race aryenne. Bravant le danger et les menaces, il va enquêter afin de lever le voile sur le passé de sa famille... jusqu’à découvrir l’incroyable vérité.
Pourquoi on l'a choisi
Le talent est de famille chez les Musso ! Aussi doué que son frère Guillaume, Valentin régale avec ce suspense incroyable qui mêle enquête historique et secrets de famille.
Avis Top Lecteur
« Les cendres froides est un roman efficace dont on tourne les pages avec avidité. […] Une intrigue parfaite très bien menée qui, en plus de nous plonger dans un thriller passionnant, nous apprend des choses sur l'histoire de notre pays tout en nous divertissant. [...] Combinant avec efficacité secrets de famille, enquête et romance, Valentin Musso compose un cocktail bien dosé pour donner au lecteur un roman calibré pour passer un bon moment. [...] Nous allons de surprises en surprises, le livre conserve le mystère sans que nous puissions avoir de doutes, les révélations sont des coups de théâtre. [...] Valentin Musso, encore très peu connu du public, n'a rien à envier à son frère. »

Magali Di Vito


« J’ai beaucoup aimé ce livre car il est plus complexe qu’il n’y parait. Il commence simplement par une histoire policière sur fond de Seconde Guerre mondiale avec un secret de famille comme il en existe tant. Finalement c’est une subtile réflexion sur ce qu’on croit savoir. [...] Ce roman est tout à la fois une histoire policière, une romance et un livre d’Histoire. On passe d’un univers à l’autre sans s‘en rendre compte grâce au talent de Valentin Musso. »

Muriel Faoa
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Guillaume Musso
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :20
mariel
Le 22 février 2012
Les cendres froides
Très déçue !!! Autant j'aime les livres de Guillaume Musso, autant j'ai été décue par celui-ci. Je n'ai pas du tout accroché - j'ai à peine réussi à lire les 50 premières pages avant d'abandonner.
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Remarque de Vivie du 23/02/12
L'auteur n'est pas Guillaume Musso mais Valentin Musso........ c'est sûrement pas le même univers, c'est peut être pour ça que vous n'avez pas aimé ce livre...
Remarque de Claudie IDJAKIREN du 26/03/12
C'est un livre de Valentin Musso et non de Guillaume. Ils sont frères mais n'ont pas du tout la même écriture ni le même univers !
Remarque de Gladys du 30/04/12
C'est fou parce que moi j'ai bien préféré Valentin Musso à son frère, je trouve l'écriture plus belle... Comme quoi les goûts et les couleurs...
Remarque de Mic du 20/10/12
Ma pauvre Mariel ! Tu es vraiment passée à côté de quelque chose d'énorme, Valentin est une plume virtuose qui a vraiment quelque chose de très intéressant à nous raconter...
Le 15 mars 2012
Agréablement surprise
J'ai acheté ce livre sans réelle conviction après les conseils insistants d'une vendeuse... Ma surprise fut de taille en découvrant le talent de ce jeune écrivain (cela doit être de famille:-) :-) )... Le sujet traité n'est pourtant pas des plus réjouissants mais force est de constater que le résultat est bluffant !! Je me suis complètement laissée prendre par l'histoire...
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Remarque de Mic du 25/03/12
J'ai très envie de le lire, Valentin Musso recueille en ce moment de plus en plus d'avis positifs.
Marie2403
Le 21 mars 2012
Excellent !!!
Je n'ai pas lu ce livre, je l'ai tout simplement dévoré dans la même soirée. Quand on ouvre les pages de ce livre de Valentin Musso, on a tellement envie de connaître la suite qu'il est impossible de s'arrêter en chemin. Quant à moi, ce livre m'a permis de découvrir l'existence de ces maternités pendant la guerre, servant à la reproduction de la race aryenne, dont on ne parle pas lorsqu'on évoque la seconde guerre mondiale. Mais l'auteur a ajouté une énigme policière, un brin de romance, et j'ai passé avec ce livre une agréable soirée.
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Remarque de marie63 du 29/06/12
Tout à fait d'accord, c'est un livre que l'on dévore !Passionnant jusqu'au bout.
Le 25 mars 2012
Très beau récit
J'ai hésité à acheter ce livre car j'ai du mal avec Guillaume Musso. Comme il s'agissait de Valentin Musso et que l'extrait du livre m'a plu, je me suis laissée tenter. Je n'ai absolument pas regretté ! J'ai été captivée par l'histoire, bravo à ce jeune auteur !
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Le 31 mars 2012
Un grand Musso
J'ai acheté le livre suite à une excellente critique entendue à la radio, mais j'étais sceptique. Et bien, zéro déception. Du haut de gamme ! Je m'excuse d'avoir douté, monsieur Musso.
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Le 19 avril 2012
Génial
Le talent est de famille. J'aime beaucoup lire les livres de Guillaume Musso et son frère Valentin est tout aussi brillant. J'ai lu ce livre en deux jours. Très bon roman. J'ai adoré. Achetez-le vous ne serez pas déçue.
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Le 13 avril 2012
Il était temps....
Ancien prof de français de ma fille je suis ravie de découvrir sa plume. Enfin il s'est lancé... Bonne route Valentin M.
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NIOCHE J MARC
Le 13 avril 2012
Quel roman !
Avec "Cendres Froides" Valentin Musso (le frère de qui vous savez) est d'une efficacité sans faille. Tricotée de main de maître, l'intrigue se déroule sous nos yeux sans que l'on puisse réagir, en attente des pages qui suivent et que l'on avale d'un trait. Le sens de l'atmosphère, l'ingéniosité de l'intrigue tout y est ! Musso manie la langue en parfait virtuose et se caractérise par une histoire pleine de secrets. L'importance du passé, une atmosphère dépressive et un suspense dérangeant me font dire que ce jeune auteur est déjà une forte individualité dont le champ d'action ne se limite pas à la littérature policière uniquement. Si vous commencez le premier chapitre des "Cendres Froides", vous êtes condamné à lire la suite ! Et France Loisirs est condamné à nous proposer son premier roman "La ronde des innocents".
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Le 09 avril 2012
Passionnant
Il est vrai que les premières pages j'ai eu du mal à accrocher mais après je n'ai pas pu le lâcher; J'ai tout simplement adoré, l'intrigue, la fin que l'on attend pas comme ça, un très bon livre.
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MilieG
Le 10 mai 2012
Fan de Musso !!
Je peux l'écrire, je suis fan de Musso !!! Enfin mesurons les propos... de Valentin !! En effet, j'ai lu son 1er roman "La ronde des Innocents" que l'on m'avait offert et que je n'aurai jamais acheté à cause du nom de famille de l'auteur... Mais malgré tout je l'ai lu ! Et ... j'ai adoré !! J'ai donc tout de suite sauté sur l'occasion de passer un bon moment sous la plume de Valentin M. en achetant sons 2ème roman. Ce fut le cas. D'autant plus que l'action porte sur une période de notre histoire qui m'est chère. Ce livre est donc une merveille, une belle écriture qui va à l'essentiel ! J'aime sa manière d'imbriquer plusieurs histoires qui semblent ne rien avoir entre elles et qui au fil de la lecture s'enchevêtrent pour n'en faire plus qu'une ! C'est la griffe Valentin M. J'ai donc hâte de lire son prochain roman !!
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AGUENESSE
Le 03 mai 2012
Génial
Je l'ai acheté parce que l'histoire me plaisait et je l'ai dévoré. En même temps que l'on suit la "petite" histoire des personnages, on apprend aussi des choses sur la "grande" histoire et notamment sur la 2ème guerre mondiale.
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Doudou61
Le 21 avril 2012
Très bon livre !
Livre passionnant, j'ai accroché tout de suite !! Vivement le prochain.... Dans la famille Musso je veux (lire) Vinent ET Guillaume !!
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miaou5157
Le 09 mai 2012
J'aime
J'ai aimé ce livre, car sous forme d'histoire à chaque chapitre qui forme la vérité aux derniers. Simple et efficace !! A LIRE !!
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Le 16 mai 2012
Agréable surprise+++
Pensant être déçue, de peur d'être un copier-coller de son frère, je fus surprise de le préférer à Guillaume Musso. J'ai dévoré ce livre et attends avec impatience le prochain.
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BENTALEB INES
Le 19 juillet 2012
les cendres froides
J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, j'ai été (au bout de quelques pages) prise par cette histoire passionnante, mêlant à la fois mystère, Histoire, et sentiments. A chaque chapitre un nouveau rebondissement... un vrai régal ! Je remercie cette gentille dame qui m'a si bien conseillée.
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beniad
Le 23 juillet 2012
Extra
Je l'ai acheté par curiosité, adorant Guillaume Musso, et j'ai adoré !! Je l'ai dévoré en un w-e et l'ai conseillé à tout le monde ! L'histoire est dure mais cela se lit tout seul, bravo Valentin Musso... J'attends son prochain roman avec impatience.
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CynthiaSR
Le 01 août 2012
Surprise dans le bon sens du terme
J'appréhendais un peu la lecture de ce livre car étant fidèle lectrice de Guillaume MUSSO, j'avais un peu peur de la qualité de l'écriture et de l'histoire. En fait, j'ai été rapidement captivée par l'histoire et j'ai adoré la fin. Je projette même de le relire d'ici quelques temps.
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Le 26 août 2012
A lire absolument.
Livre excellent. Un vrai sujet de découverte, très interessant tout en ayant une histoire brodée finement autour. Un livre que je recommande, à lire absolument.
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BAGGYBAG
Le 14 mai 2014
Prenant
On en attend d'autres comme celui-là de sa part !
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SandG
Le 01 juillet 2014
Manque de spontanéité
L'histoire est fascinante et incite à en savoir plus sur les Lebensborn, mais je n'ai pas aimé la forme, les phrases un peu trop construites, trop travaillées en fait le manque de spontanéité...
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Né en 1977, Valentin Musso est agrégé de lettres et enseigne la littérature dans les Alpes-Maritimes. Il est l'auteur de La Ronde des innocents (2010) et Les Cendres froides (2011).
Le Murmure de l'ogre est son troisième roman.
Extrait

1



Les gens heureux n’ont pas d’histoire.
Longtemps, j’ai cru que ma famille était de celles auxquelles rien de néfaste n’arrive jamais. J’ai vécu une enfance surprotégée. Heureuse ne serait même pas le mot juste, tant ce que j’identifierais plus tard comme du bonheur semblait faire partie intégrante de mon existence, de façon permanente. À l’école, il m’arrivait parfois de percevoir, dans l’œil de camarades à qui la vie avait fait moins de cadeaux, une pointe de jalousie, quelque chose d’imperceptible sans doute et qu’on aurait pu mettre sur le compte de ma paranoïa, mais que mon regard d’enfant avait la capacité surprenante de déceler. Je regardais les autres avec une indifférence qui confinait au mépris, insensible à tous les malheurs qui pouvaient se dérouler autour de moi. Les enfants sont définitivement des êtres que l’innocence rend cruels.
Au sortir de mon adolescence, ma vie bascula. À l’âge de 46 ans, on diagnostiqua un cancer à mon père qui devait mourir quelques mois plus tard dans un stupide accident de voiture. Personne n’émit l’hypothèse qu’il ait pu mettre fin à ses jours. Le moindre soupçon de suicide fut étouffé dans l’œuf, sans doute parce qu’il renvoie à trop de questions que l’on n’a pas envie de se poser. Plus tard, dans des conversations que j’ai pu entendre à la dérobée, certains analysaient avec compassion les signes annonciateurs qui auraient permis de prévenir le drame, sans que nul semblât se rendre compte que reconnaître leur existence, c’était avaliser de façon certaine la thèse du suicide.
Anna, ma sœur cadette, ne se remit jamais de sa disparition et entra dans de longues périodes de dépression. Par un étrange phénomène de vases communicants, son mal-être me fit occulter ma propre tristesse et je crois qu’à aucun moment je ne pris le temps de faire le deuil de mon père. À cette époque, je me mis à croire à la métempsycose : j’étais persuadé que ceux qui avaient été trop heureux devraient un jour le payer d’une façon ou d’une autre, et pas forcément dans une autre vie. J’eus donc le sentiment d’un adieu brutal à l’adolescent candide mais volontiers égoïste que j’avais pu être ; tout aussi brutale fut la transmigration qui me fit prendre le corps et l’apparence d’un adulte dans lequel je ne me reconnaissais pas. Je ne sais plus qui a dit que la seule conscience que nous pouvons avoir du temps qui passe réside dans ce réveil douloureux qui nous fait découvrir un jour un étranger dans le miroir.
Cette rupture dans mon existence ne fut sans doute pas étrangère à la profonde inaptitude que je cultivais pour les relations amoureuses et la vie à deux. J’ai enchaîné les aventures sans lendemain, les liaisons aussi vives que passagères… Jusqu’à ma rencontre avec Laurence. Sur mon échelle de Richter des sentiments, elle fut dans ma vie un séisme dévastateur. Mais toutes choses étant relatives, en amour en particulier, l’affection que je lui témoignais tout autant que mon investissement dans notre couple ne durent pas lui paraître suffisants. C’est le grand drame des handicapés des sentiments : ils ont l’impression constante de se faire violence et de dépasser leurs propres limites dans l’indifférence la plus totale, sans que personne leur sache gré de leurs efforts.
Notre relation dura quatre ans : quatre années faites de bon et de moins bon, d’incompréhensions plus que de disputes réelles, de séparations et de fragiles réconciliations. Un petit Victor naquit de notre histoire. Un enfant paisible qui me ressemblait comme deux gouttes d’eau. Cette ressemblance physique stupéfiante à mes yeux fut pour Laurence une raison suffisante de conserver pour moi, même après notre séparation, une indulgence bienveillante et une tendresse assez profonde.
— Tu sais, m’a dit un jour Laurence, tant que tu n’auras pas fait la paix avec toi-même et que tu n’accepteras pas de lâcher prise de temps en temps, tu ne seras pas capable d’aimer qui que ce soit.
Dans d’autres circonstances, une telle phrase qu’on aurait pu croire sortie d’un manuel de vie écrit par un philosophe du dimanche m’aurait fait éclater de rire, mais, appliquée à ma propre personne, elle ne me fit pas rire du tout.

Je n’ai jamais eu le goût du romanesque. Cette histoire, sans doute, est la seule que j’écrirai. Parce que ce n’est pas seulement une histoire. C’est ma vie.


2


Paris, 1999.

Anna m’avait laissé deux messages.
Elle avait d’abord dû essayer de me joindre à mon lycée, mais, par une méprise regrettable, on lui avait indiqué que je ne travaillais pas ce jour-là. Elle avait alors tenté de me contacter chez moi sans plus de succès.
— Aurélien, rappelle-moi de toute urgence. C’est au sujet d’Abuelo, disait à peu près le premier appel.
Le suivant était plus précis. Anna m’apprenait que notre grand-père paternel avait été victime d’une attaque cérébrale et qu’il était dans le coma, dans un état très grave. Elle m’indiquait aussi qu’elle s’apprêtait à partir dans la Marne en voiture et que, si je voulais la joindre, je devrais appeler directement à Arvillières.
C’était le jeudi 8 avril 1999, mon grand-père avait eu 90 ans le mois précédent.
J’eus les messages vers dix-huit heures, après les cours. À l’époque, ni Anna ni moi n’avions de portable. Je composai aussitôt son numéro à Paris et tombai sur Ophélia, sa colocataire, une camarade de l’École du Louvre qui n’en savait pas beaucoup plus que moi. Elle m’expliqua qu’elle venait tout juste de rentrer et de trouver un mot que ma sœur avait laissé dans la précipitation. J’appelai ensuite la maison de mon grand-père dans la Marne, mais personne ne décrocha. J’imaginai qu’Anna devait être encore sur la route et Alice à l’hôpital.
Je n’avais que trois heures de cours le vendredi. J’informai le lycée de mon absence probable le lendemain et priai la secrétaire de faire parvenir aux khâgneux un sujet de dissertation à traiter durant ces heures libres.
Gare Montparnasse, j’achetai un billet pour Châlons-en-Champagne. Je traînai ensuite dans les rues de Paris, dans un état un peu étrange, conscient déjà, malgré le peu d’informations dont je disposais, que quelque chose s’était cassé dans nos vies.
J’attendis le coup de fil d’Anna assis dans ma cuisine, en compagnie d’un chat du quartier auquel je laissais des restes de nourriture sur mon étroit balcon et que j’avais fini par adopter. Je l’avais surnommé le « visiteur du soir » car je le voyais souvent, au crépuscule, filer d’un pas assuré sur la rambarde, évitant avec dextérité les jardinières laissées à l’abandon.
Anna me rappela vers vingt et une heures. Dans sa voix, plus que de la tristesse, je décelai une sorte de désarroi :
— Aurélien, je suis tellement soulagée de t’entendre.
Elle n’avait pas dit « heureuse » ou « contente » mais soulagée. Sur le coup, je ne pris pas vraiment garde à ce petit décalage lexical dont je ne devais me souvenir que beaucoup plus tard.
— Comment ça va, sœurette ? Tu es à Arvillières ?
— Je suis arrivée cet après-midi vers quatre heures, on revient tout juste de l’hôpital.
— Alice est avec toi ?
— Elle est à côté, dans le salon. Je suis dans le bureau d’Abuelo.
Abuelo… c’est le diminutif espagnol par lequel nous appelions toujours notre grand-père, héritage le plus vivant que nous avait laissé notre grand-mère, une Barcelonaise disparue vingt-cinq ans plus tôt.
— Raconte-moi ce qui s’est passé.
J’entendis Anna soupirer dans le combiné.
— C’est arrivé en fin de matinée. Abuelo est allé nourrir ses oiseaux dans la volière, dehors, comme tous les jours à la même heure. Au bout de vingt minutes, comme il ne revenait pas, Alice est allée le chercher et elle l’a trouvé étendu dans la cage, au milieu des oiseaux. Elle a pensé d’abord à une crise cardiaque, à cause de tous les problèmes qu’il a eus bien sûr. Elle a de suite appelé les secours, mais elle a cru qu’ils n’arriveraient pas à le réanimer.
— Ils l’ont transporté à Châlons, je présume ?
— Oui.
— Que disent les médecins ?
Anna hésita, comme si chaque mot du diagnostic qu’elle s’apprêtait à répéter pouvait changer quoi que ce soit à la situation.
— Ils ont parlé… d’infarctus cérébral. Ils pensent qu’un caillot sanguin s’est formé dans le cœur avant de monter jusqu’au cerveau où il a bouché une artère. C’est ce qu’ils appellent une « embolie cérébrale d’origine cardiaque ».
— Est-ce qu’il va s’en sortir ?
— Il est stabilisé, mais une partie du cerveau a été privée très longtemps d’oxygène à cause du caillot… Même s’il s’en sort, il aura des séquelles très graves.
Il y eut un moment de silence.
— J’ai pris un billet pour Châlons tout à l’heure. Je pensais venir demain matin .
— Demain matin, répéta-t-elle, ce serait bien, oui. Je lui donnai les horaires du train. Nous convînmes qu’elle viendrait me chercher en voiture à la gare.
— Qu’est-ce qui s’est passé, Aurélien ?
— Tu parles d’Abuelo ?
— Non, de nous deux. Qu’est-ce qui a foiré ? Pourquoi les choses ne sont-elles plus comme avant ?
J’ai très peu pleuré dans mon existence, j’en fus même incapable à la mort de mon père. Toujours cette difficulté à exprimer le moindre sentiment. Pourtant, à ce moment précis, l’attaque de mon grand-père conjuguée aux paroles désarmantes de ma sœur faillit me faire fondre en larmes. Je pris sur moi pour considérer les questions d’Anna comme une sorte de problème mathématique que j’aurais eu le plus grand mal à résoudre.
— Je ne sais pas, sœurette… Je ne sais pas. J’aurais pu répéter cette formule à l’infini pour éviter d’avoir à répondre.
— On pourrait peut-être parler de tout ça demain ? finis-je par proposer.
— Tu as raison, on verra ça plus tard.
Le temps aidant, j’avais développé une certaine aptitude à éviter les conversations gênantes ou à remettre au lendemain affrontements et explications. C’est aussi ce que Laurence avait fini par ne plus supporter chez moi. J’aurais pourtant aimé m’ouvrir à Anna, lui raconter le tranquille naufrage qu’était devenue ma vie, lui avouer qu’avec elle non plus, je n’avais pas été à la hauteur, étant donné les problèmes qu’elle avait rencontrés ces dernières années.
Mais rien ne sortit de ma bouche ce soir-là. Anna m’échappait, je la fuyais.
Nous n’étions même pas capables de faire l’expérience de cette banalité selon laquelle le malheur rapproche les êtres.