Violentée
À huit ans, elle a déjà connu l'horreur
352 pages
Couverture souple
Réf : 409299
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Au lieu de 7,50  (prix public)
Résumé
Quand Cathy Glass, mère d’accueil, se voit confier Jodie, huit ans, elle ignore encore qu’elle va vivre le cas le plus terrible de sa carrière. Jodie, qui est extrêmement violente, a le niveau mental et moteur d’une enfant de quatre ans, et souffre de dédoublement de la personnalité... Quelles atrocités ses parents ont-ils bien pu lui faire subir pour la détruire à ce point ? Sa mère d’accueil va découvrir l’horreur absolue...
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :27
MarinaLbz
Le 22 février 2012
Exellent !!!!!
Lu très rapidement , une histoire qui m'a prise aux tripes ! Cette petite fille innocente qui souffre à cause de sa famille qui mérite d'aller droit en enfer ! Quel courage de la part de cette assistante sociale ! BRAVO
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Remarque de sisi79 du 25/04/12
Pas assistante sociale, assistante familiale.
Le 26 avril 2012
Bouleversant
Livre très bien écrit !!! Histoire malheureusement vraie. Je l'ai lu en 2 jours et je me dis : comment des parents peuvent faire subir de telles monstruosités à leur propre enfant !!! A ne pas mettre entre toutes les mains !!!
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Le 27 janvier 2012
Poignant
J'ai commandé ce livre sans être certaine d'accrocher. Pourtant de la première à la dernière page, je n'ai cessé d'être submergée par des émotions aussi violentes qu'incroyables. Je n'ai pu m'empêcher de pleurer lors de certains passages si difficiles à lire, si cruels.
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LECOEUVRE JULIE
Le 22 février 2012
A ne pas rater
Livre très touchant et émouvant, de l'histoire de cette femme faisant face aux confessions de la triste histoire de cette petite. A lire absolument.
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Le 28 décembre 2011
Impensable
Comment peut-on encore voir de pareilles choses se produire de nos jours ? Il faudrait pouvoir faire subir la même chose à ces personnes. Un livre très dur à lire mais que j'ai trouvé très bien écrit.
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Le 25 février 2012
A lire absolument !
J'ai lu ce livre en 2 jours et encore j'ai dû me forcer à éteindre la lumière à 1 h du matin en me disant que je continuerai la lecture le lendemain... Mon Dieu, quelle horreur pour cette petite Jodie et quel courage de la part de Cathy et sa famille !
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CHARRAS MYRIAM
Le 02 février 2012
Eprouvant
Ce livre nous montre des choses horribles mais malheureusement réelles !!!! En revanche, il est très poignant malgré le fait qu'il soit très dur !!! On se plonge vite dedans et il est très difficile d'en sortir une fois lancé !!!!! Auteur très intéressant, il faudrait vite traduire d'autres de ses livres qui ont l'air très intéressants !!!!!
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Siana83
Le 13 février 2012
Touchant
Très beau livre ! Une fois ouvert, il est dure de le refermer. Ce livre vous soulève le cœur.
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mimi38
Le 23 avril 2012
Très poignant
Histoire très dure, mais très poignante. Je l'ai lu en 3 jours.
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Le 14 janvier 2012
A lire absolument !!!
Ce livre prenant est bien écrit et facile à lire, même si le contenu est très dur. C'est une réalité trop peu développée, qui ne laissera aucun lecteur indifférent.
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Raso
Le 12 février 2012
Touchant
Super témoignage, à conseiller vivement ! Cependant, je serais curieux de savoir ce qui arrive à cette petite fille dont on ne peut pas se séparer.
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BROCHARD AUDREY
Le 03 mars 2012
Inimaginable
Histoire très poignante mais tellement triste pour cette petite Jodie, tout au long du livre, j'espèrais qu'une chose : c'est qu'elle s'en sorte, et Cathy tellement courageuse, difficile de fermer ce livre pourtant j'ai lu bien d'autres histoires d'enfant maltraité mais celui-là est le pire je crois. C'est bien triste que le système ne soit pas plus rapide et plus efficace pour condamner ce genre d'individu et surtout dommage que la peine de mort n'existe plus pour des gens comme ça.
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Le 29 février 2012
Violentée
Très poignant, impossible de décrocher du livre lorsque que l'on a commencé, on se demande jusqu'où cela peut aller ! C'est complètement inadmissible que de telles choses puissent se passer. L'auteur a très bien écrit son livre.
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Le 05 mars 2012
Magnifique livre, histoire dure, à lire absolument !!!
Une histoire horrible, très poignant, dur à lire, mais impossible de décrocher une fois commencé. Un grand bravo à Cathy Glass pour son travail et la patience de sa famille. Je conseille ce livre à 100%. BRAVO !!!!
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Le 26 avril 2012
Récit poignant
C'est un récit poignant et émouvant, On ressent la détresse de Cathy vis à vis de la petite Jodie. Récit qui parfois m'a fait verser des larmes, une vraie émotion que j'ai rarement en lisant. Je le recommande.
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Le 21 février 2012
Emouvant !
Ce livre est incroyable ! Lu en un jour tellement son récit m'a touché.
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cacoune
Le 27 mars 2012
Violentée
Ce livre est vraiment poignant et tellement dur à lire... Cette pauvre gamine qui a connu le martyre quand on sait que c'est une histoire vraie, c'est horrible.
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RICHOMME CHRISTELLE
Le 04 mars 2012
Très poignant
Un livre très poignant qui vous prend aux tripes tellement ce qui est décrit est impensable. Qui vous fait même verser quelques larmes tant cette histoire est dure.
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mcr64
Le 21 février 2012
mcr64
Bouleversant, comment des parents et leurs proches peuvent faire subir de telles violences à leur petite fille? Bravo à la famille d'acceuil pour la patience et l'amour qu'ils ont donné à cette enfant malgré les difficultés.
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Le 21 mars 2012
Pauvre Jodie !!!
Un livre qui laisse sans voix une histoire qui vous poursuit lors de vos occupations de la journée. On ne peut s'empêcher de penser à cette petite ! Une envie dévorante de lire à chaque fois la suite, mais en même temps une peur d'y découvrir les choses monstrueuses que ses parents lui ont fait ! Se dire que c'est vrai... :O Moi je glorifie Cathy pour son courage et sa grande sagesse ! Heureusement qu'il existe des gens comme elle pouvant dépasser les limite du possible ! Emue, bouleversée, j'aurai toujours une petite pensée pour Jodie en me demandant comment se porte-t-elle aujourd'hui en lui souhaitant une belle et heureuse vie de tout coeur !
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ANDREAALICIA
Le 22 juin 2012
J'ai adoré !!!!!!
Histoire très touchante. ce livre m'a émue du début à la fin. A lire absolument !
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MClaire
Le 04 septembre 2012
Excellent et prenant !!!
Très prenant ! Ce livre est super bien écrit. Cette auteur a un véritable talent pour raconter ses expériences de Mère d'accueil avec ces enfants. Quelquefois, ce genre d'histoire est ennuyeuse à lire mais ce n'est pas le cas avec Cathy Glass. J'espère que beaucoup de ces livres seront traduits en Français et en vente à France Loisirs.
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sisi79
Le 25 avril 2012
Assistante familiale
Un livre réaliste qui montre la profession d'assistante familiale. Ce n'est pas une assistante sociale qui accueille cette enfant mais une assistante familiale, nouveau statut de famille d'accueil. C'est un métier mal connu en france. Cette assistante familiale et sa famille doivent s'adapter à l'enfant. On est content quand une fille ou un garçon nous sourit timidement. Il y a plein de petits signes anodins qui nous interpellent et c'est là que l'on voit un petit petit bout du tunnel. On reçoit beaucoup de ces enfants qui ont subi des maltraitances physiques et psychiques. Voilà pour ma part mon sentiment.
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Le 10 mai 2012
Ca ne devrait plus exister !!!
Ce livre est un récit magnifique où le metier de famille d'accueil est raconté aux travers d'un bouleversant témoignage de cette petite fille qui a subi d'atroces souffrances. Bien écrit et bouleversant récit. Accrochez-vous car l'horreur y est racontée. A lire +++++
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Le 13 septembre 2012
Ames sensibles s'abstenir !
Un livre bouleversant, qui fait froid dans le dos... Pauvre petite, et quel dévouement de la part de Cathy et de ses enfants. J'ai beaucoup pleuré en lisant ce livre, cette histoire m'a suivie jours et nuits pendant longtemps... A lire par un public averti !
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Le 27 juillet 2012
Poignant
Dans ce livre, on se retrouve envahit par les sentiments de cette mère d'accueil troublée par l'arrivée de cette petite Jodie. Quoiqu'il arrive ce livre ne vous laissera pas indifférent, encore un exemple de ce que l'Homme est capable de faire subir... Il n'y a pas de mots pour définir l'écoeurement que j'ai pu éprouvé pour ces actes inhumains. Une horreur sans nom qui vous glacera le sang. Je le conseil à toutes les personnes qui aime les témoignages poignants et qui ont le coeur bien accroché. Un petit plus avec ce livre, c'est qu'il est très bien écrit malgré tout.
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Mimi86
Le 01 février 2014
Poignant...
Dès la lecture du résumé j'ai été attirée par cette histoire. Je n'est pas été déçu car en 3 jours seulement il a été lu. Cette histoire est juste poignante et atroce pour cette si jeune fille. Des larmes mais aussi de la colère m'ont submergé pendant la lecture car c'est ignoble de faire subir tout ça à quelqu'un... A lire vraiment !!
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Extrait

1

Chantage affectif



Le téléphone sonna. C’était Jill, ma coordinatrice de l’organisme de placement.
— Elle n’a pas vécu dans deux familles, mais cinq, me dit-elle. Cinq, depuis son premier placement il y a quatre mois.
— Ciel !
Je n’en revenais pas.
— Et elle n’a que huit ans ? Ça n’a pas dû être facile. Qu’est-ce qu’elle a fait ?
— Je ne sais pas encore au juste. Mais le service social veut une réunion préalable, pour s’assurer qu’elle ne déménagera pas une nouvelle fois. Vous êtes toujours intéressée, Cathy ?
— J’en sais trop peu pour ne plus l’être. Quand ?
— Demain à 10 heures.
— Très bien, rendez-vous là-bas. Comment elle s’appelle ?
— Jodie. Merci, Cathy. Si vous ne pouvez pas l’accueillir, personne ne le pourra.
Le compliment me plut : c’était agréable de se sentir appréciée après tout ce temps. Jill et moi travaillions ensemble depuis quatre ans et nous avions établi de bons rapports. En tant que coordinatrice à l’organisme de placement Homefinders, Jill faisait le lien entre les assistants familiaux et les travailleurs sociaux chargés d’un cas précis. Elle permettait aux familles d’accueil de répondre aux exigences du service social, et apportait soutien et aide quand nécessaire. Un assistant familial sans expérience a souvent besoin que son coordinateur l’épaule et lui donne des explications. J’étais expérimentée, Jill et moi nous avions l’habitude l’une de l’autre ; si elle me considérait à la hauteur de la tâche, j’avais la certitude qu’elle ne parlait pas à la légère.
Mais une réunion préalable au placement ? L’affaire devait être grave. En général, les enfants arrivent avec un simple mot de présentation s’ils viennent de chez un autre assistant familial, ou avec les seuls vêtements qu’ils portent s’ils viennent de chez eux. J’avais connu à de nombreuses reprises ces deux situations, mais absolument aucune réunion préliminaire.
C’était le tout premier indice de la dimension exceptionnelle de ce cas.

Le lendemain matin, comme à l’accoutumée, chacun de nous se leva tranquillement, s’habilla et prit son petit déjeuner, puis les enfants partirent à l’école. J’étais mère de deux enfants : Adrian, dix-sept ans, et Paula, treize ans, la cadette. Lucy, placée dans notre famille deux ans plus tôt, avait quinze ans et était devenue un véritable membre de notre famille – une fille pour moi, une sœur pour Adrian et Paula. C’était une grande réussite : elle était arrivée blessée, en colère, et, au fil des semaines, elle avait réappris la confiance et s’était apaisée pour mener une existence normale où seule l’affectait l’angoisse typique de l’adolescence, au lieu de la confusion intérieure qu’elle avait connue petite. J’étais fière d’elle, et elle prouvait la justesse de ma conviction : l’amour, la gentillesse, l’attention et des limites solides sont les bases nécessaires à l’épanouissement de n’importe quel enfant.
Alors que j’accompagnais les miens dehors ce matin-là, une certaine appréhension me saisit. La fillette dont j’allais découvrir le dossier aurait assurément besoin de tout cela en abondance, et si je l’accueillais, je devrais me préparer à renoncer pour un temps à mon quotidien relativement calme, jusqu’à ce qu’elle apprenne la confiance et s’apaise, comme Lucy l’avait fait. Néanmoins, c’était l’intérêt de la tâche d’assistant familial : à mille lieues de la facilité, mais les récompenses sont immenses. En outre, il y avait plus de vingt ans que j’accueillais des enfants presque en continu, et je n’étais pas sûre de bien me rappeler à quoi ressemblait l’existence auparavant.
Les enfants partis, je montai à l’étage, quittai mon jogging pour un élégant pantalon bleu marine et un pull, et pris la direction des bureaux du service social. Comme j’y allais depuis des années, le trajet m’était aussi familier que le chemin de la maison. Je connaissais également très bien le décor gris terne, l’éclairage au néon, l’atmosphère d’activité intense et de chaos tout juste contenu.

— Cathy, bonjour !
Au moment où j’entrais dans le hall d’accueil, Jill s’avança à ma rencontre. Elle attendait mon arrivée, et elle s’approcha avec un sourire chaleureux.
— Bonjour, Jill. Comment ça va ?
— Oh, bien, merci. Vous avez bonne mine.
— Oui, la vie est belle en ce moment. Les enfants se portent bien, ils sont très absorbés par leur existence et leurs études. L’heure est venue pour un nouveau défi, je suppose.
Je lui souris.
— Mettons-nous en route. Je crois qu’ils sont prêts à nous recevoir.
Jill me précéda dans le couloir jusqu’à la salle de réunion. Lorsque nous entrâmes dans la pièce, il apparut d’emblée que c’était un dossier important : une dizaine de personnes étaient déjà assises autour de la gigantesque table rectangulaire en acajou. Qu’est-ce que cela signifiait ? Aux propos que Jill m’avait tenus, je devinais que ce n’était pas une situation de placement ordinaire (peu d’enfants passent par cinq assistants familiaux en quatre mois), mais il faut dire qu’il n’y a jamais d’enfant ordinaire. Chacun d’entre eux est unique, avec ses problèmes particuliers. Retirer un enfant à ses parents ne saurait être un événement banal, routinier ; c’est toujours difficile, traumatisant et chargé d’émotion.
Cependant, quelque chose me disait que le cas présent était beaucoup plus complexe que tous ceux dont j’avais fait l’expérience jusque-là. L’appréhension qui m’avait saisie la veille resurgit, mais j’étais également intriguée. Comment cette fillette pouvait-elle être, pour justifier l’implication d’un si grand nombre de personnes ?
Jill et moi prîmes les deux sièges libres du fond, et je sentis tous les regards sur moi, évaluant mon aptitude à la tâche.
Le président de séance, Dave Mumby, le chef d’équipe du service social, commença les présentations. À sa gauche se trouvait Sally, « tutrice ad litem » : elle était désignée par le tribunal pour représenter les intérêts de Jodie. La dame à côté d’elle se présenta comme l’enseignante à domicile de Jodie, Nicola. « Une enseignante à domicile ? Pourquoi la fillette n’est-elle pas scolarisée ? » m’interrogeai-je.
Ensuite vint Gary, l’assistant social de Jodie. Il expliqua qu’il était sur le point de laisser le dossier et de confier Jodie à Eileen, assise près de lui. Je regardai cette dernière avec attention : si j’accueillais Jodie, Eileen et moi devrions travailler en étroite collaboration. De prime abord, elle était quelconque : une femme d’une quarantaine d’années, à l’air calme et imperturbable. Jusqu’ici, tout allait bien.
Je ne m’étonnais guère de voir déjà un changement d’assistant social. C’est une réalité très fréquente – le métier exige cette évolution constante – mais regrettable pour les enfants et les familles concernés, qui doivent sans cesse s’habituer à de nouveaux visages, établir la confiance et bâtir des relations nouvelles avec des inconnus successifs. Je savais que l’on n’y pouvait rien, que cela faisait partie du système, avec tous ses défauts. Néanmoins, je plaignais Jodie. Changer d’assistant social signifierait pour elle une perturbation supplémentaire, et je me demandais combien d’assistants sociaux elle avait déjà eus.
Puis Deirdre se présenta. Elle était la coordinatrice de l’organisme dont dépendaient les assistants familiaux chez qui était Jodie. Mon tour arriva ; les yeux de tous les participants se braquèrent sur moi.
Je croisai l’un après l’autre les différents regards.
— Je suis Cathy Glass, dis-je d’une voix aussi distincte et assurée que possible. Je suis une assistante familiale de l’organisme de placement Homefinders.
En sachant si peu sur le dossier, je ne pouvais pas ajouter grand-chose dans l’immédiat, aussi passai-je la parole à Jill.
Après Jill vint quelqu’un de la comptabilité, suivi par un membre de l’équipe de placement de l’administration locale. Tandis que ces deux personnes parlaient, je jetai un coup d’œil sur Gary, l’assistant social de Jodie. Il était jeune, âgé de vingt-cinq ans au plus. Avait-il réussi à établir une bonne relation avec Jodie ? Peut-être qu’Eileen, en tant que femme, comprendrait mieux ce que ressentait la petite fille, auquel cas le changement d’assistant social serait bénéfique. Du moins, je l’espérais.
Une fois les présentations terminées, Dave nous remercia d’être venus et donna un court aperçu des faits ou, pour employer la terminologie adéquate, exposa l’historique du dossier. Dave me fut aussitôt sympathique. Il s’exprimait avec douceur mais sans détour, et me regardait droit dans les yeux lorsqu’il parlait. Je notai mentalement les points essentiels : Jodie figurait depuis sa naissance sur la liste des enfants en danger, ce qui signifiait que les services sociaux suivaient la famille depuis huit ans. Malgré des soupçons de mauvais traitements physiques et psychologiques, aucune mesure n’avait été prise pour retirer Jodie ou ses frère et sœur cadets, Ben et Chelsea, à la garde de leurs parents. Puis, il y avait alors quatre mois, Jodie avait provoqué l’incendie de sa maison en mettant le feu au chien de la famille – je frémis, frappée par l’extraordinaire cruauté d’un tel acte. Cela avait été le catalyseur de l’intervention des services sociaux. Ben et Chelsea avaient tous deux été placés chez des assistants familiaux et se comportaient bien. Jodie, en revanche, avait « une attitude de défi marqué ». En entendant Dave prononcer cet euphémisme, je levai les yeux au ciel. Tous les assistants familiaux savent ce qui se cache derrière cette formule. Elle signifie : absolument intenable.
— Je crois qu’il serait utile pour vous d’entendre à présent son assistant social, dit Dave en me regardant. Gary s’occupe du dossier depuis deux ans. N’hésitez pas à lui poser des questions.
En dépit de sa jeunesse, Gary se montra sûr de lui et méthodique alors qu’il me décrivait Jodie et sa famille.
— Le tableau est malheureusement sombre, comme on peut s’y attendre. Il y a de graves perturbations dans ce foyer. La mère de Jodie se drogue par voie intraveineuse et son père est alcoolique. Au cours des dernières années, Jodie a subi diverses lésions au domicile familial : des brûlures, des ébouillantages, des coupures, des contusions et un doigt cassé. Toutes ont été constatées à l’hôpital et, bien qu’on se doute que certaines blessures n’étaient pas accidentelles, il n’a pas été possible de le prouver.
Gary continua son récit de délaissement et de souffrance pendant que je m’efforçais d’assimiler les faits. C’était épouvantable, mais j’avais déjà entendu de nombreuses fois des histoires analogues. Néanmoins, j’étais toujours stupéfaite et horrifiée que des gens puissent traiter leurs enfants avec autant d’indifférence, de cruauté, et je plaignais déjà cette pauvre petite fille. Comment un enfant pouvait-il grandir normalement dans une situation pareille, avec de tels parents pour modèles ?
Gary poursuivit :
— Jodie n’est plus scolarisée à cause de ses récents déménagements, d’où l’attribution d’une enseignante à domicile. Elle a des difficultés d’apprentissage et des besoins éducatifs spécifiques.
C’était assez simple – j’avais l’habitude de m’occuper d’enfants qui avaient des retards de développement et des difficultés d’apprentissage. Je me doutais que Gary me donnait une version expurgée du dossier de Jodie. Depuis mes débuts dans la profession, je n’avais jamais rencontré d’enfant qui soit passé par cinq assistants familiaux en quatre mois. Lorsque Gary se tut et me regarda, je saisis l’occasion.
— Il me serait précieux de connaître la composition des familles des précédents assistants familiaux, dis-je dans l’espoir de découvrir des indices expliquant pourquoi Jodie en avait connu autant, sur une si courte période. Combien d’enfants y avait-il, étaient-ils plus jeunes ou plus âgés ? Les assistants avaient-ils déjà eu l’expérience de ce type d’enfant ?
Gary toussa et parut un peu fuyant.
— La rupture des précédents placements a été purement circonstancielle. L’un des couples était débutant et Jodie n’aurait jamais dû être envoyée chez eux ; il s’agissait d’une erreur de notre part et cet échec n’a rien d’étonnant.
Très bien, mais alors qu’il détaillait les autres familles, je n’étais pas convaincue : les assistants étaient tous des professionnels expérimentés, or un couple n’avait tenu que trois jours. L’explication de Gary selon laquelle ces ruptures étaient liées aux circonstances visait manifestement à limiter les dégâts pour Jodie, afin que je ne renonce pas, effrayée.
Deirdre, la coordinatrice représentant les assistants familiaux de Jodie, se sentit obligée de prendre leur défense. Après tout, si Jodie était aussi inoffensive que Gary le prétendait, leur capacité à faire face s’en trouvait ternie.
— Jodie a du retard dans son développement, déclara-t-elle. À bien des égards, elle agit comme si elle avait trois ou quatre ans plutôt que huit. Elle a des crises de colère terribles, elle est dans l’agressivité et le refus constants. Elle a un comportement violent, injurieux et destructeur. Son arrivée chez Hilary et Dave a beau être récente, elle a déjà cassé un certain nombre d’objets, dont une porte en bois massif.
Je levai les sourcils. Un exploit pour une fillette de huit ans !