Robe de marié
352 pages
Couverture souple
Réf : 406824
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Au lieu de 17,00  (prix public)
Noces rouges
Résumé
Sophie le sent bien, chez elle, autour d’elle, il y a quelque chose qui cloche… Le jour où elle retrouve l’enfant qu’elle gardait étranglé, elle se croit folle et s’enfuit… Mais pourra-t-elle échapper à une spirale aussi implacable qu’infernale ?
Pourquoi on l'a choisi
Fausses noces. Un polar magistralement orchestré façon Hitchcock. Avec un finale étonnant, cruel et magnifique. Pas de doute, avec cette Robe de marié qui suit un remarquable Travail soigné, prix Cognac 2006, cet auteur français aussi machiavélique qu'inspiré, est un maître de la manipulation.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :10
NIOCHE J MARC
Le 04 décembre 2009
Les malheurs de Sophie
Chaque séquence est utile, elle apporte une information nouvelle qui sert à la progression du récit. Pierre Lemaître possède une écriture fluide, simple et excelle dans les dialogues. Surtout, il sait jouer brillamment sur tous les registres, de l'émotion pure à la terreur. Un très grand polar !
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sophiness
Le 14 avril 2010
Psychologiquement flippant !
Le harcèlement au point le plus vicieux : très bon livre !
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Le 19 novembre 2009
Du suspense jusqu'au bout
J'ai adoré ce livre : on se laisse prendre par l'histoire, dès les premières pages. On n'arrive pas à le lâcher, on est captivé jusqu'au point final, avant de découvrir une fin tout à fait inattendue.
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ninie59
Le 10 février 2010
Un livre pas comme les autres
Je viens de terminer ce livre et les personnages sont encore dans mon esprit. L'histoire est bien écrite et le suspense est total. La fin de l'histoire est étonnante et tout à fait inattendue, ce qui fait que ce livre se différencie nettement de ces livres où l'on connait déjà la fin avant même de l'avoir commencé.
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freddy
Le 04 mars 2010
Hallucinant !
J'ai eu du mal à rentrer dans le livre mais en tournant les pages... Une histoire hallucinante.
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Le 09 décembre 2009
Déçue
Je n'arrive vraiment pas à entrer dans l'histoire. Je vais quand même le lire parce que je l'ai acheté, il sera peut-être mieux vers la fin...
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Remarque de LOMAGAN du 31/01/12
Attendez au moins de l'avoir lu avant de faire un si mauvais commentaire... Ce livre ne le mérite pas !
SAMUEL
Le 12 mai 2010
Diabolique !
Attention ; quand on commence à lire ce livre, on ne peut plus s'arrêter !
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LOMAGAN
Le 31 janvier 2012
Génial !
Je l'ai lu il y a un petit moment... J'ai tout simplement adoré, l'histoire est prenante, et surtout très originale... très bien écrit... J'ai été ravie de le retrouver il y a peu avec "Alex", une merveille également...
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danouche06
Le 29 mai 2013
Formidable
J'ai adoré ce roman, il est étonnant et plein de rebondissements. Celà faisait longtemps que j'attendais d'être à nouveau surprise par un roman. Je conseille également la lecture d'Alex.
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Fantomettemumu
Le 22 juillet 2013
Surprenant
Adepte des polars, je ne suis jamais vraiment surprise par leur intrigue, ce qui change c'est le meurtrier ! Mais ici, on ne s'y attend vraiment pas ! Que ce soit la deuxième partie du roman ou la fin ! Excellent !
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Lu dans la presse
« Porté par des personnages extrêmes, transformant le lecteur en voyeur impuissant, refusant toute morale, Robe de marié nous emporte dans des noces rouges. Du cousu main, à même la peau, à lire pour le meilleur. »

Hubert Prolongeant, Elle


« Pierre Lemaitre signe un thriller véritablement diabolique, que l'on lit d'une traite, fascinée et effrayée. Du grand art. »

Ariane Bois, Avantages
Extrait
Assise par terre, le dos contre le mur, les jambes allongées, haletante.
Léo est tout contre elle, immobile, la tête posée sur ses cuisses. D'une main, elle caresse ses cheveux, de l'autre elle tente de s'essuyer les yeux, mais ses gestes sont désordonnés. Elle pleure. Ses sanglots deviennent parfois des cris, elle se met à hurler, ça monte du ventre. Sa tête dodeline d'un côté, de l'autre. Parfois, son chagrin est si intense qu'elle se tape l'arrière de la tête contre la cloison. La douleur lui apporte un peu de réconfort mais bientôt tout en elle s'effondre de nouveau. Léo est très sage, il ne bouge pas. Elle baisse les yeux vers lui, le regarde, serre sa tête contre son ventre et pleure. Personne ne peut s'imaginer comme elle est malheureuse.


1


Ce matin-là, comme beaucoup d'autres, elle s'est réveillée en larmes et la gorge nouée alors qu'elle n'a pas de raison particulière de s'inquiéter. Dans sa vie, les larmes n'ont rien d'exceptionnel : elle pleure toutes les nuits depuis qu'elle est folle. Le matin, si elle ne sentait pas ses joues noyées, elle pourrait même penser que ses nuits sont paisibles et son sommeil profond. Le matin, le visage baigné de larmes, la gorge serrée sont de simples informations. Depuis quand ? Depuis l'accident de Vincent ? Depuis sa mort ? Depuis la première mort, bien avant ?
Elle s'est redressée sur un coude. Elle s'essuie les yeux avec le drap en cherchant ses cigarettes à tâtons et ne les trouvant pas, elle réalise brusquement où elle est. Tout lui revient, les événements de la veille, la soirée... Elle se souvient instantanément qu'il faut partir, quitter cette maison. Se lever et partir, mais elle reste là, clouée au lit, incapable du moindre geste. Épuisée.

Lorsqu'elle parvient enfin à s'arracher du lit et à avancer jusqu'au salon, Mme Gervais est assise dans le canapé, calmement penchée sur son clavier.
— Ça va ? Reposée ?
— Ça va. Reposée.
— Vous avez une petite mine.
— Le matin, je suis toujours comme ça.
Mme Gervais enregistre son fichier et fait claquer le couvercle de son ordinateur portable.
— Léo dort encore, lui dit-elle en se dirigeant vers le portemanteau d'un pas décidé. Je n'ai pas osé aller le voir, j'ai eu peur de le réveiller. Comme il n'y a pas d'école aujourd'hui, il valait mieux qu'il dorme, qu'il vous laisse un peu tranquille...
Pas d'école aujourd'hui. Sophie se souvient vaguement. Une affaire de réunion pédagogique. Debout près de la porte, Mme Gervais a déjà passé son manteau.
— Il faut que je vous laisse...
Elle sent qu'elle n'aura pas le courage d'annoncer sa décision. D'ailleurs, même avec du courage, elle n'en aurait pas le temps. Mme Gervais a déjà fermé la porte derrière elle.
Ce soir...
Sophie entend son pas claquer dans l'escalier. Christine Gervais ne prend jamais l'ascenseur.

Le silence s'est installé. Pour la première fois depuis qu'elle travaille ici, elle allume une cigarette en plein milieu du salon. Elle se met à déambuler. Elle ressemble à la survivante d'une catastrophe, tout ce qu'elle voit lui semble vain. Il faut partir. Elle se sent moins pressée maintenant qu'elle est seule, debout et qu'elle tient une cigarette. Mais elle sait qu'à cause de Léo, il faut se préparer à partir. Pour se donner le temps de recouvrer ses esprits, elle va jusqu'à la cuisine et met la bouilloire en marche.
Léo. Six ans.
Dès qu'elle l'a vu, la première fois, elle l'a trouvé beau. C'était quatre mois plus tôt, dans ce même salon de la rue Molière. Il est entré en courant, il a stoppé net devant elle et l'a regardée fixement en penchant un peu la tête, signe chez lui d'une intense réflexion. Sa mère a simplement dit :
— Léo, voici Sophie, dont je t'ai parlé.
Il l'a observée un long moment. Après quoi il a simplement dit : « D'accord » et s'est avancé vers elle pour l'embrasser.
Léo est un enfant gentil, un peu capricieux, intelligent et terriblement vivant. Le travail de Sophie consiste à l'emmener à l'école le matin, à le reprendre le midi puis le soir et à le garder jusqu'à l'heure imprévisible à laquelle Mme Gervais ou son mari parviennent à rentrer. Son heure de sortie varie donc de 5 heures de l'après-midi à 2 heures du matin. Sa disponibilité a été un atout décisif pour obtenir ce poste : elle n'a pas de vie personnelle, ça s'est vu dès le premier entretien. Mme Gervais a bien tenté de faire de cette disponibilité un usage discret, mais le quotidien prime toujours sur les principes et il n'a pas fallu deux mois pour qu'elle devienne un rouage indispensable dans la vie de la famille. Parce qu'elle est toujours là, toujours prête, toujours disponible.
Le père de Léo, long quadragénaire sec et rugueux, est chef de service au ministère des Affaires étrangères. Quant à son épouse, grande femme élégante au sourire incroyablement séduisant, elle tente de concilier les exigences de son poste de statisticienne dans une société d'audit avec celles de mère de Léo et de femme d'un futur secrétaire d'État. Tous deux gagnent très bien leur vie. Sophie a eu la sagesse de ne pas en profiter au moment de négocier son salaire. En fait, elle n'y a même pas pensé parce que ce qu'on lui proposait suffisait à ses besoins. Mme Gervais a augmenté ses gages dès la fin du deuxième mois.
Léo, quant à lui, ne jure plus que par elle. Elle semble la seule à pouvoir obtenir sans effort ce qui, à sa mère, demanderait des heures. Ce n'est pas, comme elle pouvait le craindre, un enfant gâté avec des exigences tyranniques, mais un gamin calme et qui sait écouter. Évidemment, il a ses têtes, mais Sophie est très bien placée dans sa hiérarchie. Tout en haut.
Chaque soir, vers 18 heures, Christine Gervais appelle pour prendre des nouvelles et annoncer son heure de retour d'un ton embarrassé. Au téléphone, elle s'entretient toujours quelques minutes avec son fils puis avec Sophie, à qui elle tâche d'adresser quelques mots un peu personnels.
Ces tentatives ont peu de succès : Sophie s'en tient, sans volonté particulière, aux généralités d'usage dans lesquelles le compte rendu de la journée occupe la place essentielle.
Léo est couché chaque soir à 20 heures précises. C'est important. Sophie n'a pas d'enfant mais elle a des principes. Après lui avoir lu une histoire, elle s'installe pour le reste de la soirée devant l'immense écran de télévision extra-plat capable de recevoir à peu près tout ce qui se fait en matière de chaînes satellites, cadeau déguisé que Mme Gervais lui a fait au second mois de son travail, quand elle a constaté qu'elle était devant l'écran quelle que soit l'heure de son retour. À plusieurs reprises, Mme Gervais s'est étonnée qu'une femme de trente ans, visiblement cultivée, se contente d'un emploi aussi modeste et passe toutes ses soirées devant un petit écran, même devenu grand. Lors de leur premier entretien, Sophie lui a dit qu'elle avait suivi des études de communication. Mme Gervais ayant souhaité en savoir plus, elle a mentionné son DUT ; expliqué qu'elle avait travaillé pour une entreprise d'origine anglaise mais sans préciser à quel poste, qu'elle avait été mariée mais qu'elle ne l'était plus. Christine Gervais s'est contentée de ces renseignements. Sophie lui avait été recommandée par une de ses amies d'enfance, directrice d'une agence d'intérim qui, pour une raison qui reste mystérieuse, a trouvé Sophie sympathique lors de leur seul entretien. Et puis il y avait une urgence : la précédente nurse de Léo venait de donner son congé sans crier gare et sans préavis. Le visage calme et grave de Sophie a inspiré confiance.
Au cours des premières semaines, Mme Gervais a lancé quelques sondes pour en savoir plus sur sa vie, mais elle a renoncé avec délicatesse, pressentant à ses réponses qu'un « drame terrible mais secret » avait dû ravager son existence, petit reste de romantisme comme on en trouve partout, même chez les grands bourgeois.

Comme il arrive souvent, lorsque la bouilloire s'arrête, Sophie est perdue dans ses pensées. Chez elle, c'est un état qui peut durer longtemps. Des sortes d'absence. Son cerveau semble se figer autour d'une idée, d'une image, sa pensée s'enroule autour, très lentement, comme un insecte, elle perd la notion du temps. Puis, par une sorte d'effet de gravité, elle retombe dans l'instant présent. Elle reprend alors sa vie normale là où elle s'est interrompue. C'est toujours comme ça.
Cette fois, c'est curieusement le visage du docteur Brevet qui surgit. Voilà bien longtemps qu'elle n'y avait pas repensé. Ça n'est pas comme ça qu'elle le voyait. Au téléphone, elle avait imaginé un homme grand, autoritaire, et c'était une petite chose, on aurait dit un clerc de notaire impressionné d'être autorisé à recevoir des clients secondaires. Sur le côté, une bibliothèque avec des bibelots. Sophie voulait rester assise. Elle avait dit ça en entrant, je ne veux pas m'allonger. Le docteur Brevet avait fait un signe avec les mains, manière de dire que ça ne posait pas de problème. « Ici, on ne s'allonge pas », avait-il ajouté. Sophie avait expliqué, comme elle pouvait. « Un carnet », avait décrété enfin le docteur. Sophie devait noter tout ce qu'elle faisait. Peut-être que de ses oublis, elle se faisait « tout un monde ». Il fallait tâcher de voir les choses objectivement, avait dit le docteur Brevet. De cette manière, « vous pourrez mesurer exactement ce que vous oubliez, ce que vous perdez ». Alors Sophie s'était mise à tout noter. Elle avait fait ça, quoi, trois semaines... Jusqu'à la séance suivante. Et pendant cette période, elle en avait perdu, des choses ! Elle en avait oublié, des rendez-vous, et deux heures avant d'aller retrouver le docteur Brevet, elle s'était même rendu compte qu'elle avait perdu son carnet. Impossible de remettre la main dessus. Elle avait tout retourné. Est-ce ce jour-là qu'elle était retombée sur le cadeau d'anniversaire de Vincent ? Celui qu'elle avait été incapable de trouver au moment de lui faire la surprise.
Tout se mélange, sa vie est un tel mélange...