Intuitions
208 pages
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 401698
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Au lieu de 17,00  (prix public)
Résumé
L'univers cossu et bien élevé de la famille Royer sombre dans le cauchemar à l'annonce des fiançailles du fils aîné. Qui est vraiment cette jeune promise bien sous tous rapports, qui fait naître chez sa future belle-mère un malaise irrationnel menaçant de ressuciter les pires fantômes de l'histoire familiale ? Dominique Dyens s'amuse à emboîter les secrets de familles comme des poupées russes.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :12
Le 15 mars 2012
Joli suspense
Un livre attachant tant par l'écriture telle que je l'aime : bien ciselée... Des personnages ayant une densité et une vérité. Le suspense est très bien mené... Merci à l'auteur. En regardant la courte biographie de l'auteure, je ne suis plus étonnée qu'elle écrive pour le cinéma... C'est un scénario de film : le découpage est prêt... il faut trouver les fonds et les comédiennes et comédiens.
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Mystik
Le 25 février 2012
Bonne critique familiale
Lecture facile et rapide. Le plus : L'angle par lequel l'auteur nous fait entrer dans les personnages. Très bonne description de chacun. On peut allègrement comprendre leur histoire, leur psychologie... Cependant, plus de flashback succints le long du livre, pour appuyer le suspense, auraient été appréciés. Livre conseillé pour une soirée solitaire.
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gothika
Le 07 avril 2012
Très bien
Je commence le livre, j'étais à mille lieux d'être sur le point de connaitre la fin, on est projeté dans un millieu bourgeois qui au fur et mesure des pages vous révèle ses secrets.
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Le 07 avril 2012
Rapide et plaisant à lire
"Intuitions" de Dominique Dyens, c'est avant tout une histoire de famille, de sang, de lieux que rien ne peut effacer, de secrets enfouis. Une quête de soi-même pour le fils. Un roman noir, parce qu'elle sait raconter des histoires en alliant réalité et suspense. Parce que noir c'est aussi la vie... Une lecture très plaisante à lire, aussi dynamique ques des enchaînements cinématographiques. Un bon moment bien prenant. Lisez Dominique Dyens, vous ne le regretterez pas !
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Le 19 juillet 2012
Intéressant
Lecture rapide et histoire intéressante.
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ninie13
Le 10 juin 2012
Super
J'ai adoré.
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JulieA
Le 17 juillet 2012
Super
Voici un roman comme je les aime, avec une intrigue qui nous pousse a lire, des personnages attachants. L'histoire est rondement menée, j'ai adoré surtout la fin, où tout s'accélère et se dénoue. Je cherche un équivalent, mais je ne trouve pas, si vous avez des idées ? Merci.
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isadora
Le 30 mai 2012
Ennuyeux et prévisible
J'ai été déçue par ce livre : l'intrigue est banale, on découvre assez vite les secrets de cette famille bien avant la fin. J'ai résisté au désir d'abandonner la lecture avant le dénouement ... Pour moi, une grande déception.
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bess20
Le 18 août 2012
Super livre
C'est un livre qui se lit très bien et l'intrigue dure jusqu'à à la fin.
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lapin67
Le 21 août 2012
Agréable à lire
Livre agréable, facile et rapide à lire. J'ai assez aimé. L'intrigue est bien faite, et je n'avais pas idée du dénouement jusqu'aux dernières pages.
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Celenice
Le 21 septembre 2012
pas de suspens
Très déçue par ce livre. Le titre laisse entendre qu'il s'agit d'une histoire à suspens alors qu'il n'en est rien. Sur 200 pages, il y en a 170 qui mettent en place le décor et présentent les personnages. Seules les 30 dernières pages et l'épilogue sont intéressants mais pour le coup l'intrigue est bâclée.
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Le 15 novembre 2012
Super moment
J'ai beaucoup apprécié ce livre, étonnant, par lequel on pénètre dans cette famille. L'histoire et les personnages sont touchants. Je l'ai dévoré en quelques heures. Je vous le recommande.
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Extrait

Première partie



La cuisine avait été refaite juste avant le passage à l’an 2000. Elle avait coûté 100 000 francs, ce qui, à l’époque, était une somme, mais les Royer avaient les moyens. Sans pour autant posséder cette immense fortune dont quelques-uns sont dotés à la naissance, Nathalie Royer détenait un joli patrimoine familial qu’ils avaient fait fructifier sans jamais avoir eu besoin de toucher au capital. Les revenus du couple étant par ailleurs confortables, les Royer n’avaient donc pas hésité à s’équiper, de même qu’ils avaient entièrement repeint leur maison, de cette cuisine Mobalpa dans laquelle se déroule la première scène du roman. Le décor est assez traditionnel, le couple ayant opté pour un classicisme à l’italienne, mais la pièce est conviviale. C’est ici qu’ils prennent leurs petits déjeuners.
Si l’on effectue un zoom arrière, on constate qu’un salon et une salle à manger attenante sont également situés au rez-de-chaussée de cette maison de maître qui date de la fin du XIXe siècle. Les meubles sont essentiellement d’époque Louis XV, commode en marqueterie de fleurs, petites tables en chiffonnière dans les coins et pendule rocaille sur le manteau de cheminée. Cependant, hormis deux sièges et deux bergères sculptées, les Royer ont choisi des canapés en cuir de chez Roche Bobois, plus contemporains et plus pratiques pour recevoir. À l’arrière, l’ancienne lingerie a été réaménagée en un confortable bureau d’une douzaine de mètres carrés. Le premier étage dessert trois chambres, dont deux possèdent leur propre salle de bains. Légèrement en retrait du palier, un petit escalier mène à une autre porte, probablement une quatrième chambre. Mais elle est toujours fermée à clef et il semble que personne n’y aille jamais.
Sur Google Earth, on voit que la maison est située dans le triangle d’or d’une ville résidentielle et huppée des Yvelines, voisine de Saint-Germain-en-Laye mais cependant beaucoup plus petite. La plupart des habitants se connaissent, et souvent d’une génération à l’autre. Car quand on est natif de Bois-Joli, à moins d’un problème grave, on y reste toute sa vie.
Dans cette agglomération, le mandat du maire UMP est reconduit sans heurt depuis une vingtaine d’années, il en a été de même de son prédécesseur RPR, et le taux de fréquentation de l’église est nettement supérieur à la moyenne nationale. Bien que d’esprit très français, Bois-Joli s’est développé en s’inspirant du modèle sociétal anglo-saxon. L’efficacité de ses œuvres de charité et la variété de ses clubs privés en témoignent. Lorsque, au milieu des années 1980, des entreprises européennes et américaines de technologies de pointe ont investi la région, un lycée international a été implanté dans la commune voisine. Depuis, le nombre d’expatriés n’a cessé de croître.


Ce 15 septembre 2008, Nathalie s’est levée d’humeur fragile. Elle aurait préféré rester dans son lit. Ce n’est pas tant le froid, car la température de septembre est encore douce, qui la met dans cet état, mais la bruine persistante lui donne le cafard. Ainsi qu’une ou deux autres choses auxquelles elle essaie de ne pas penser.
Le premier geste de Nathalie en se réveillant est de mettre la cafetière en marche. Puis, pendant que le café filtre lentement, elle passe à la salle de bains. Une fois qu’elle a uriné, elle vérifie sa toison, à la recherche d’un poil grisonnant. Cet examen est parfaitement inutile car Nathalie est blonde et n’a que très peu de cheveux blancs. Mais cette nouvelle manie est due au fait qu’elle approche des cinquante ans, et bien qu’elle n’ait jamais imaginé avoir un jour la vanité de cacher son âge, elle ne l’assume pas. Nathalie trouve que c’est un passage délicat pour une femme, d’autant qu’il s’accompagne de désagréments comme les bouffées de chaleur et les insomnies qui la rendent vulnérable et irascible. Le plus affligeant dans tout ça, pense-t-elle en se lavant les mains, c’est l’altération du désir. Pas tant sur le plan sexuel, car depuis que Patrice ne la sollicitait plus, elle se découvrait au contraire des appétences parfaitement incongrues et qu’elle ne soupçonnait pas. En réalité, ce qui rend Nathalie nostalgique, c’est la perte d’envie. Avant, elle éprouvait, du plaisir à manger un gâteau, à acheter une nouvelle paire de chaussures, à organiser son week-end annuel dans une capitale européenne. Aujourd’hui, elle ne ressent plus rien. Personne dans son entourage ne s’en aperçoit, pas plus Patrice qu’Amélie ou l’une ou l’autre de ses amies. Car Nathalie continue de s’habiller avec soin et se maquille tous les matins. Elle a déjà planifié un voyage à Londres pour le printemps prochain. Elle suit l’actualité, a des idées et les exprime, même si Patrice la contredit systématiquement, et reçoit des gens à dîner. Si rien ne transparaît de son vague à l’âme, c’est parce que Nathalie a toujours voulu sauver les apparences. C’est important pour elle, le qu’en-dira-t-on. Heureusement, son travail lui permet de garder la tête hors de l’eau. Nathalie possède une agence immobilière qui lui fait temporairement oublier que sa vie, tout comme son horloge biologique, est cruellement en train de se détraquer.
Lorsqu’elle pénètre dans la cuisine, Patrice est déjà là. Il s’est servi sa première tasse avant que l’eau ne se soit entièrement écoulée, ce qui a toujours eu le don d’agacer Nathalie. Mais plutôt que de lui en faire la remarque, elle s’assoit en face de lui.
— Tu as bien dormi ? lui demande Patrice en beurrant un toast.
Nathalie avait eu un sommeil agité et s’était réveillée plusieurs fois dans la nuit, ce que Patrice aurait dû savoir s’il faisait plus attention à elle. Elle attend donc qu’il lui dise quelque chose, un mot, n’importe lequel, ou bien qu’une inflexion différente, plus tendre peut-être, lui fasse sentir qu’il est là, avec elle, mais il n’ajoute rien. Il a posé la question comme ça, machinalement, comme le font entre eux les gens bien élevés. Ce qu’ils sont, indiscutablement.
— Il faudrait que tu achètes du beurre. Et du lait. Il n’y en a presque plus.
Nathalie ne répond pas, se lève et allume la radio. La banque d’investissement Lehman Brothers vient d’être déclarée en faillite.
— C’est une catastrophe ! s’écrie Nathalie en augmentant le volume. Tu te rends compte ? Et si notre banque aussi faisait faillite ?
— Ne sois pas ridicule !
— Mais qu’est-ce qu’on peut faire ?
— Qu’est-ce que tu veux faire ? Retirer ton argent et le cacher sous les lames du parquet, comme tes parents en 68 ?
Il ouvre son journal, visiblement agacé, puis le referme brutalement avant d’ajouter :
— J’espère que la populace ne va pas réagir comme toi, sinon l’économie française ira droit à la catastrophe !
Nathalie cherche du regard ses céréales mais Patrice a laissé la boîte dans le placard. Elle n’a pas envie de se lever de nouveau. Elle prend un toast chaud dans la panière et croque dans le pain sec. Puis elle se sert un bol de café fumant. Son estomac est noué.
— Tu es au courant que l’immeuble du boulevard des Sablières est à vendre ? reprend Patrice pour changer de sujet. Axa démantèle en appartements. Tu pourrais te mettre sur les rangs... Il y a déjà plusieurs agences...
— Ce n’est pas mon créneau.
Au loin, ils entendent une porte claquer. Puis une seconde, suivie d’une cavalcade dans l’escalier. Une masse vêtue de noir pénètre dans la cuisine, jette négligemment un sac sur le sol et ouvre le réfrigérateur. Parfois, Nathalie a l’impression que sa fille est un Shadok, un de ces petits personnages qui faisaient un tabac à la télévision dans les années 1970.
— Bonjour Amélie ! dit Nathalie en élevant la voix.
Elle ne supporte pas l’incivilité de sa fille.
— Y a plus rien à manger ici !
— J’aimerais que tu dises bonjour le matin !
Nathalie a pris ce ton glacial qu’elle affectionne depuis toujours.
— C’est trop te demander ?
— Salut salut...
— Par ailleurs, si tu as des doléances sur l’approvisionnement de la maison, le supermarché est à 300 mètres.
— C’est pas ça, mais le matin je bois du Danao ! C’est quand même pas difficile à piger !
— Arrête de te plaindre ! Et coiffe-toi. Tu fais négligée.
Amélie a claqué la porte d’entrée et Patrice s’est éclipsé. Nathalie entend le scooter démarrer et l’eau de la douche s’écouler. Elle regarde ses ongles puis prend un bloc dans lequel elle note les tâches de la journée. Ils reçoivent à dîner et Nathalie ne veut rien oublier. Lorsque Patrice est sur le point de partir, elle le rejoint dans l’entrée.
— À ce soir ! dit-il en l’embrassant sur le front.
Il ajuste sa cravate, prend son attaché-case et sort en laissant derrière lui le sillage boisé de son eau de toilette. Habituellement, à cette heure, Nathalie est également sur le point de sortir, mais pas aujourd’hui. Car aujourd’hui est un jour différent. Une date à propos de laquelle elle aurait aimé que Patrice dise quelque chose.
Elle prend le calendrier 2008 de l’Association familiale catholique de Bois-Joli coincé derrière le radiateur et examine la page du 15 septembre. Saint Notre-Dame-des- Douleurs. Nathalie lit à haute voix la citation de saint Anselme. Votre peine, Vierge sacrée, a été la plus grande qu’une pure créature ait jamais endurée ; car toutes les cruautés que nous lisons que l’on a fait subir aux martyrs ont été légères et comme rien en comparaison de votre douleur. Elle a été si grande et si immense qu’elle a crucifié toutes vos entrailles et a pénétré jusque dans les plus secrets replis de votre cœur. Pour moi, ma très pieuse Maîtresse, je suis persuadé que vous n’auriez jamais pu en souffrir la violence sans mourir, si l’esprit de vie de votre aimable Fils...
La voix de Nathalie se casse. Elle reprend.
Si l’esprit de votre aimable Fils pour lequel vous souffriez de si grands tourments ne vous avait soutenue et fortifiée par sa puissance infinie.
Les pieds de Nathalie effleurent le carrelage à damier et montent l’escalier. Dix-neuf ans ! Comment Patrice avait-il pu oublier cette date ! Son cœur se décroche sous l’effet de la colère. Elle entre dans sa chambre, prend dans le tiroir de sa commode un minuscule objet, qu’elle tient dans son poing serré, et s’assoit sur le bord du lit, les bras repliés, l’esprit ailleurs. Enfin, elle resserre les pans de sa robe de chambre et ramasse ses cheveux en un chignon serré. Puis elle ouvre le placard du palier et prend un balai, un chiffon doux et un spray dépoussiérant. Elle gravit ensuite la dizaine de marches supplémentaires qui mène à la chambre bleue et introduit la clef dans la serrure.
Patrice monte dans sa 607 en pensant que ce sera peut-être la dernière berline haut de gamme produite par Peugeot. Pourtant, il ne se résout pas à acheter allemand ou japonais l’année prochaine. Les Royer sont, de père en fils, fidèles aux marques françaises et l’histoire montre qu’ils ont eu raison. À présent, Patrice lutte à son petit niveau contre l’hégémonie chinoise et refuse cette hypermondialisation qui s’est développée au détriment des plus beaux fleurons français. Il ne sait pas si ses idées s’apparentent à un protectionnisme d’extrême droite ou si elles sont plus proches d’un système de pensée gauchiste, mais cela lui est égal. Il ne se reconnaît aucunement dans les extrêmes, de toute façon, même s’il se situe à droite de la majorité, qu’il considère trop centriste.
Il allume Europe 1 et sourit en entendant la voix de l’humoriste. En roulant à une vitesse raisonnable jusqu’à son cabinet, il pourra entendre l’intégralité de la revue de presse de Nicolas Canteloup. Patrice Royer est avocat. Spécialiste du droit de la famille. 80 % de ses affaires concernent des divorces. Sa clientèle est en partie constituée d’hommes qui pensent que, par solidarité masculine, il défendra mieux leurs intérêts. Ce qui est une absurdité.
Soudain, Patrice jure en freinant. Il réalise qu’il a oublié chez lui un dossier sur lequel il a travaillé la veille. Il met son clignotant à gauche puis refait le chemin inverse en appuyant sur le champignon.