Accueil Livres Suspense-SF Polars Le miroir se brisa / Némésis
Le miroir se brisa / Némésis
Le miroir se brisa / Némésis
700 pages
Couverture souple. 12,5 x 20 cm
Réf : 353430
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Résumé
Le miroir se brisa
Qu’a vu Marina Gregg un instant avant la mort de Mrs Babcock ? Son visage s’est soudain crispé de terreur. Puis, elle s’est ressaisie pour retourner, souriante, à ses invités. Mrs Babcock a bu un cocktail… Quelques minutes plus tard, elle était morte, empoisonnée. Mais pourquoi ? Une si brave femme, toujours prête à rendre service. C’est bien là le problème, soupçonne Miss Marple.

Némésis
À la demande d’un vieil ami décédé, Miss Marple va se transformer en Némésis, déesse de la vengeance et de la justice, pour élucider un crime commis il y a bien longtemps, celui d’une jeune fille trop aimée.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
Le 15 juillet 2009
Inégalable
Un vrai plaisir à chaque histoire ! Ses oeuvres me passionnent. Agatha Christie est exceptionnelle et a su faire preuve d'une grande ingéniosité. A recommander à tous les accros du suspense, vous ne serez pas déçus.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
PIEDALLU GAELLE
Le 27 décembre 2008
La routine étonnante
Les romans d'Agatha Christie se ressemblent mais passionnent car les crimes qui nous paraîssent parfaits ne le sont pas !
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Extrait

1


Miss Jane Marple était assise à sa fenêtre. Laquelle fenêtre donnait sur son jardin, longtemps pour elle source d'orgueil et de satisfaction. Tel n'était plus le cas désormais. Le visage de la vieille demoiselle se crispait chaque fois qu'elle le regardait. Cela faisait en effet belle lurette que tout jardinage lui était interdit. Plus question pour elle de se baisser, de biner ni de planter — tout au plus lui était-il permis de tailler çà et là une branche folle, pourvu qu'elle soit à hauteur de main. Le vieux Laycock, qui venait trois fois par semaine, faisait bien évidemment de son mieux. Mais ce mieux-là — encore qu'il n'y eût pas de quoi en faire un plat — obéissait à ses critères à lui et ne prenait guère en compte les goûts de la maîtresse de céans. Miss Marple savait très exactement ce qu'elle voulait voir faire et quand elle voulait qu'on le fasse, et elle l'en informait avec force détails et explications. A quoi le vieux Laycock réagissait immanquablement avec son génie bien particulier : acquiescement enthousiaste en aucun cas suivi d'effet.
— Z'avez ben raison, ma p'tite dame. J'm'en vas vous les mettre là dans l'coin, vos saponaires, et pis vos campanules contre l'mur comme c'est qu'vous les voulez... même qu'j'm'en vas vous l'faire sans faute la semaine qui vient.
Les échappatoires de Laycock étaient toujours justifiées par des explications frappées au coin du bon sens et n'allaient jamais sans évoquer les raisons raisonnables invoquées par le capitaine George de Trois hommes dans un bateau pour éviter d'avoir à prendre la mer. Dans le cas du capitaine, le vent était toujours contraire, qu'il fût de noroît ou de suroît, qu'il soufflât de l'ouest auquel nul ne saurait se fier ou bien de l'est mille fois plus traître encore. Dans celui de Laycock, c'était le temps. Trop sec – trop humide – annonciateur de déluge – prometteur de gelées sournoises. A moins encore qu'une tâche essentielle n'eût tout bonnement la priorité : d'ordinaire la plantation de choux – cabus ou de Bruxelles  – qu'il aimait à cultiver en quantités passant l'entendement. Les principes de Laycock en matière de jardinage étaient simples et aucun de ses employeurs, si prévenu fût-il sur le sujet, n'avait jamais réussi à l'y faire manquer.
Sa doctrine se fondait sur l'absorption d'un nombre incalculable de tasses de thé, fort et très sucré, pour se donner du cœur au ventre, sur le lent balayage répété des feuilles mortes à l'automne et sur la confection de parterres de ses vivaces favorites – essentiellement des asters et des sauges – de manière que, comme il aimait à le préciser, ça « fasse son petit effet » l'été venu. Fervent partisan du poudrage des rosiers pour prévenir l'apparition des pucerons, il tardait cependant toujours à passer à l'action, et toute exigence de bêchage profond et de semis des petits pois en poquets se voyait invariablement opposer que vous auriez dû goûter ses petits pois à lui ! Un régal à pas croire, l'année dernière, et sans qu'il y ait eu besoin de chercher midi à quatorze heures.
Pour être juste, il était attaché à ses employeurs, se prêtait volontiers à leurs caprices horticoles (pour autant qu'il n'en découlât aucun surcroît de travail), mais les légumes demeuraient son credo : parlez-moi d'un bon frisé de Milan ou d'un rouge bien pommé ! Quant aux fleurs, c'était une foutaise à laquelle les personnes du sexe, n'ayant rien de mieux à faire de leurs dix doigts, aimaient à s'adonner. Son affection, il vous la prouvait par l'offrande de plants et boutures des susmentionnés asters, sauges, lobélias de bordure et chrysanthèmes d'été :
— J'suis été faire deux-trois bricoles dans ces nouvelles propriétés du Développement. Y en a des qui veulent des vraiment beaux jardins, là-haut. Z'achètent bien plus d'plantes qu'y leur en faut, c'qui fait qu'j'en ai apporté quéqu'z'unes, et que j'vous les ai mises en terre en lieu et place d'ces vieux rosiers anciens que plus personne en veut.
Songeant à tout cela, miss Marple détourna son regard du jardin et reprit son tricot.
Il fallait regarder la réalité en face : St Mary Mead n'était plus du tout ce qu'il avait été. Dans un sens, il y a du vrai là-dedans, rien n'est jamais plus ce qu'il était. Libre à tout un chacun d'en accuser la guerre — les deux, en l'occurrence —, la jeune génération, les femmes qui travaillent, la bombe atomique, voire, en dernier ressort, le gouvernement... alors que la réalité, c'est qu'on vieillit. Miss Marple, qui avait oublié d'être bête, le savait fort bien. A ceci près que, bizarrement, c'était à St Mary Mead, sans doute parce qu'elle y avait si longtemps vécu, qu'elle ressentait plus que partout ailleurs les outrages du temps.
Le village, ou en tout cas son cœur « historique », existait encore. Le Sanglier bleu s'y dressait toujours, tout comme l'église, le presbytère, ainsi que l'îlot de maisons datant de la reine Anne ou des quatre rois George et dont l'une était la sienne. La maison de miss Hartnell était toujours là, tout comme d'ailleurs miss Hartnell elle-même, bien décidée à pourfendre le progrès jusqu'à son dernier souffle. Miss Wetherby en revanche était morte, et le gérant de la banque avait établi chez elle ses pénates en compagnie de sa famille après avoir donné un coup de jeune à la façade en faisant repeindre portes et fenêtres en bleu roi. S'il y avait des nouveaux venus dans la plupart des autres vieilles demeures, l'apparence de ces dernières n'avait cependant guère changé pour autant car leurs acquéreurs appréciaient précisément ce que l'agent immobilier local appelait « le bon vieux charme d'antan ». Tout au plus s'étaient-ils empressés de les équiper de salles de bains supplémentaires et de s'y ruiner en plomberie, cuisinières électriques et autres lave-vaisselle.
Mais si les bâtisses demeuraient en gros se¬blables à elles-mêmes, on n'en pouvait dire autant de l'aspect général de la grand-rue. Sitôt que les magasins y changeaient de main, c'était avec la perspective d'une modernisation immédiate autant que forcenée. Avec ses vitrines géantes derrière lesquelles s'alignaient harengs, carrelets et merlans surgelés, la poissonnerie était méconnaissable. Le boucher, quant à lui, avait fait preuve de conservatisme – la bonne viande sera toujours de la bonne viande tant que vous aurez de quoi vous l'offrir. Dans la négative, contentez-vous des bas morceaux et gobergez-vous de semelles de bottes. Barnes, l'épicier, était resté tel qu'en lui-même, ce dont miss Hartnell, miss Marple et consorts remerciaient quotidiennement le ciel. Un homme si serviable, qui mettait des sièges confortables à la disposition de ses clientes afin qu'elles puissent mieux débattre avec lui de l'art et la manière de découper le bacon, et chez qui l'on vous proposait un tel choix de fromages ! Au bout de la rue, cependant, là où Mr Toms avait autrefois fait commerce de vannerie, se dressait à présent un supermarché flambant neuf – vilipendé par tout ce que St Mary Mead pouvait compter de vieilles.
— Des foules de choses dont on n'a même jamais entendu parler ! vitupérait miss Hartnell, intarissable. Tous ces énormes paquets de céréales pour le matin alors qu'on devrait cuisiner pour les enfants des petits déjeuners convenables à base d'œufs au bacon. En plus de ça, vous êtes priées de prendre un panier vous-même et de tourner en rond pour chercher la marchandise... cela peut aller jusqu'à vous prendre un bon quart d'heure pour trouver tout ce que vous voulez... sans compter que tout est « conditionné » en dépit du bon sens : c'est trop pour vous, ou pas assez. Et puis après ça vous avez droit à une queue à n'en plus finir avant de pouvoir payer à la sortie. Ereintant. Bien sûr, tout ça c'est bel et bon pour les gens du Développement...
Parvenue là, elle s'interrompait.
Parce que, comme c'en était devenu la coutume, toute phrase se devait de s'arrêter là. Pas question de parler de Zone de Développement Urbaine. Le Développement, Point final, comme disaient les modernes. C'était une entité en soi, qui avait droit à la majuscule.