La ferme de l'enfer, tome 1
580 pages
(série en 3 tomes)
Couverture cartonnée
Lecture confort : livre imprimé en gros caractères
Réf : 334026
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Au lieu de 18,95  (prix public)
Les mensonges tuent aussi...
Résumé
La Nièvre, 1939. Emma vit avec son père et son grand-père, des hommes rudes, redoutés de tous. Elle a grandi dans la haine de sa mère qui l’a abandonnée. Une moins que rien aux dires de son père. Mais quand elle reçoit de Nairobi le faire-part de son décès et une lettre de sa main, tout bascule. Folle de douleur, Emma va lentement détruire ceux qui ont détruit sa mère…
Pourquoi on l'a choisi
Noirs secrets de famille. Sens aigu du suspense, profonde connaissance du terroir, l'auteur serre les rouages d'une implacable machination entre haines ressassées et rancœurs tues, jusqu'au final... stupéfiant.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :23
CLAVE NICOLE
Le 10 septembre 2009
Déçue d'avoir acheté ce livre
J'ai lu le résumé au dos du livre avant l'achat, en commençant la lecture aucun rapport avec le récit ?Pas de Marie qui hérite ? De plus le récit est lassant et peu moral. Je ne pense pas relire cet auteur.
Pour information, le nom du personnage "Marie" a changé, et dans le livre, elle s'appelle désormais "Margot".
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Remarque de tania58 du 04/06/11
Alors... Comment dire ? Il parle de quoi ce livre s'il ne raconte pas l'extrait ? Aidez-moi, j'aime bien le résumé, mais au vu des commentaires, j'hésite énormément...
Le 28 septembre 2009
Aucun rapport
J'ai été très déçue de ce livre, le résumé qui se trouve derrière le livre n'a rien à voir avec l'histoire !! C'est très bizarre... donc, de page en page, on s'attend à ce que l'on sait du résumé mais ça ne vient jamais. Je ne le recommande pas.
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ROBINE
Le 09 octobre 2009
Pas déçue
Je n'ai pas été déçue de mon choix concernant ce livre. J'ai été en alerte du début jusqu'à la fin. L'esprit de vengeance mélangé aux remords d'une mère m'a beaucoup touchée.
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Pascale
Le 04 octobre 2009
La haine en héritage
Une enfance malheureuse sans amour qui donne en héritage une haine profonde et insatiable des autres, une vengeance calculatrice et démoniaque, une manipulation de l'esprit qui conduit au crime, un livre écrit dans un excellent style littéraire.
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Remarque de natacha du 06/10/10
C'est un très beau livre, qui en mérite la lecture, il nous fait découvrir beaucoup de mystères et est très intéressant à lire, je trouve dommage que plusieurs lecteurs ne l'ont pas aimé, car moi, je mettrai 5/5 sur le choix de ce livre.
Basilette
Le 13 novembre 2009
Plutôt déçue
L'histoire démarrait bien mais c'est tout. Beaucoup de répetitions, on tourne en rond, je me venge, je ne me venge plus et on recommence... Les descriptions de la mère sont "à l'eau de rose" et contrastent trop avec le milieu et le langage relativement rude employé au domaine. La fin est fade. On attend quelque chose qui n'arrive pas.
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Le 23 octobre 2009
Déçue, roman "stressant"
Le résumé n'a rien à voir avec le livre. Si les noms des personnages sont conformes, l'histoire diffère totalement (Emile ne meure qu'à la fin du roman). Beaucoup de haine et de rancoeur ressenties dans ce livre très noir, voire stressant, avec une impression d'inachevé (que devient Marie ?).
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Le 23 novembre 2009
Qui a écrit le résumé ???
Sauf erreur de ma part, le résumé n'a rien à voir avec le contenu. Le livre est certes bien, mais du coup pas satisfait mon attente.
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Le 21 novembre 2009
Très decevant
Comme les commentaires précédents, le résumé au dos du livre n'a rien à voir. Effectivement, Emile décède à la fin du livre et on ne parle plus de Marie qui d'après le résumé hérite de tout... il n'en est rien ! Très déçue.
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Le 26 novembre 2009
Quel gâchis !!!!
16€50 de perdu, c'est comme si je les avais jetés par la fenêtre... Ce livre est plat, l'histoire n'a aucun rebondissement, les lettres de sa mère ressemblent à un bouquin à l'eau de roses, les personnages ne sont pas attachants, et en effet le résumé ne correspond pas. J'ai peiné pour finir ce livre.
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Le 26 novembre 2009
Vieillira-t-elle en paix?
C'est vrai le résumé n'a rien a voir avec le contenu du livre. J'ai malgré tout bien aimé ce livre et comment des souffrances, des nons dits, des préjugés peuvent mener à des crimes. Emma se joue des autres et apaise sa souffrance dans le sang. Vieillira-t-elle en paix ?
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Le 23 octobre 2009
Mauvais
Désolée, mais le livre est nul. L'histoire n'est absolument pas crédible; les personnages sont inattachants au possible. Impossible de le terminer. De plus, le résumé au dos de la couverture ne correspond à rien du tout. Incroyablement déçue.
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chatchat
Le 09 janvier 2010
Aucun rapport avec le résumé
Décevant, aucun rapport avec le dos du livre... A n'y rien comprendre...........
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Le 29 août 2010
Un peu déçue
Le bouquin part bien. L'histoire semble correcte, mais très vite, on tombe dans une impression déjà vue. La fin est sans mystère. Pas top.
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martine68
Le 07 mai 2010
Très décue
J'ai craqué pour le résumé au dos du livre, je n'aurais pas dû !! Ca m'apprendra à ne pas regarder les critiques sur ce site ! Franchement l'histoire ne tient pas la route, il n'y a que de la haine qui anime l'héroïne du livre, mais une haine qui ne sert a rien, qui n'apporte rien de positif, pire que tout : la mort d'Emile !! Bref, livre à éviter d'acheter ni de lire ++++
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natacha
Le 03 mars 2011
Beau livre
C'est un très beau livre. La lecture du résumé ne correspond pas du tout à l'histoire, mais celle-ci est très intéressante à lire et nous captive.
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Remarque de tania58 du 04/06/11
Ca parle de quoi alors si ça raconte pas le résumé ?
NIOCHE J MARC
Le 29 juillet 2011
Un très bon roman
J'avoue que je suis très étonné par les avis déposés concernant "La ferme de l'enfer", souvent "négatif". Ce livre est très bien écrit, style fluide, Jacques Mazeau est un véritable conteur, c'est un vrai feuilletoniste où il met en scène des personnages dotés d'un caractère souvent bien "trempé". Il y a de la profondeur et du romanesque dans ce livre et je suis de l'avis de Natacha, voilà une histoire qui se lit d'une traite. Bien sûr, si vous vous fiez uniquement qu'au titre, ne vous attendez pas à lire une histoire sur un massacre... A noter que l'héroïne du roman s'appelle Emma, et Marie (personnage qui arrive à la fin de l'histoire) est la compagne du patriarche Emile (grand-père d'Emma).
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Remarque de renee ferrero du 26/08/11
Entièrement de votre avis .Le deuxième volume "Le vent de la colère" est aussi passionnant.
Le 26 août 2011
Enchantée
En ce qui me concerne, je trouve ce livre très passionnant et seul, le travail à effectuer dans la maison m'oblige à quitter sa lecture. J'adore !!!!!!!
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arco3
Le 29 août 2011
Génial
C'est livre très prenant, on a beaucoup de mal à le laisser. On veut connaître la suite et la fin de l'histoire. On s'étonne des découvertes d'Émilie au fur et à mesure de la lecture. J'ai hâte de lire la suite.
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maellou
Le 31 août 2011
Bon livre
Je ne comprends pas les avis néfastes de ce livre, c'est sûr ce n'est pas un livre à l'eau de rose, mais on comprend bien l'histoire entre une petite fille et son grand-père, au travers de la maman disparue, mais c'est une histoire qui arrive encore aujourd'hui dans les campagnes, mais lisez "Le vent de la colère" qui est la suite, et vous verrez l'aboutissement de cette histoire, au sein d'une famille qui se déchire, moi, j'ai vraiment aimé.
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babou57
Le 13 janvier 2012
J'ai aimé !
Oui, j'ai aimé ce livre. Une héroïne si douce, si attachante... qu'on lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Des personnages de second rôle pour qui on se pose des questions : anges ou démons...? Une histoire bien ficellée, il est difficile de lâcher le bouquin pour passer à autre chose. Tellement hâte de connaître la suite que j'ai immédiatement entamé le tome 2. Mais pourquoi un épilogue à la fin du tome 1 alors qu'il y a une suite ? Et aucune tromperie sur le résumé, il correspond bien à l'histoire. Sans doute ai-je acheté un livre ré-édité. Mais c'est tant mieux pour moi car pas déçue du tout. Très bon auteur, j'ai lu plusieurs des ses romans, je le recommande, il est de la trempe de Claude MICHELET, Christian SIGNOL et tous leurs confrères.
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limousine
Le 05 septembre 2012
J'ai aimé mais !!!
La trame de l'histoire est bien, il y a des longueurs mais une fois dans l'histoire j'ai eu du mal à lâcher le livre. Je n'attache qu'une infime importance au résumé, je prefère lire un extrait, comme ça je vois si l'écriture me plait.
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vanille1811
Le 19 décembre 2012
La ferme de l'enfer
Je n'ai pas du tout été déçue, j'ai lu les 3 tomes. J'espere qu'il y aura une suite parce que je suis restée sur ma faim. Excellente saga
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Remarque de JOELLE AVRONSART du 29/12/12
Tout à fait d'accord. Il faut une suite. Rien n'est fini, on attend avec impatience le devenir de chaque acteur de de cette saga.
Le 17 mai 2012
trés bon livre
J'ai adoré ce livre ,lu en une demie journée, c'est dire ! Bravo...
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Extrait

1


Le champ de blé était bordé au nord par le chemin reliant le domaine de la Vernières à celui de la Tuilerie, et au nord-est par la nationale menant de la Charité à Châteauneuf.
Les épis ondoyaient sous la brise. En ce début d'après-midi, le soleil était brûlant. Un léger voile brumeux flottait au-dessus de cette étendue mouvante.
Au loin, près des barbelés séparant le champ d'un pré de pâture, des hommes, torse nu, suivaient la moissonneuse. Au rythme des gerbes ficelées jaillissant du plateau, ils érigeaient des meules en enfilade pour faciliter le travail de l'équipe suivante chargée de remplir les charrettes.
Les chevaux, harassés par la touffeur, halaient leur charge d'un pas rageur, le cou tendu, la tête basse, les naseaux frémissants. À grands coups de queue, ils fouettaient leurs flancs luisants de sueur pour en chasser les insectes.
Emma plongea son pinceau dans le gobelet d'eau, disposé à l'extrémité de la rainure du chevalet, puis s'essuya les mains sur sa blouse.
Quittant son siège, elle prit un léger recul et apprécia ce qu'elle venait de peindre. Si les nuances de couleur lui paraissaient satisfaisantes, le tout manquait d'animation. Elle ne retrouvait pas sur la toile la tension des ouvriers et des bêtes, qui constituait la beauté unique, quasi magique de cet instant. Elle n'avait pas su traduire cette violence – c'en était une, de son point de vue – qui opposait la terre et les hommes, ces derniers devant quasiment lui arracher leur subsistance.
Elle recula encore d'un pas. Les imperfections étaient si nombreuses qu'elle préféra s'interrompre et quitta sa blouse.
Couverte d'un simple chemisier en coton très fin, elle frémit sous le souffle d'air rafraîchi par l'ombre du chêne. Les pointes de ses seins durcirent, lui procurant un frisson plutôt agréable.
Mieux valait rejoindre les hommes, se dit-elle, et leur donner un coup de main. Redoutant un possible orage, ils seraient sans doute ravis de son aide.
Elle éveilla Noiraude, la chienne à troupeau qui dormait à ses pieds, puis, ayant enfilé ses sabots et s'étant coiffée d'un chapeau de paille, elle se dirigea vers les ouvriers en longeant la clôture barbelée.
Noiraude tourna autour d'elle en aboyant et piqua une course, truffe au sol, avant de revenir à la même allure. Devant Emma, elle se dressa sur ses pattes, en quête d'une caresse.
— Toujours aussi folle, hein, ma chienne ? murmura la jeune fille en caressant l'épais pelage de jais.
La chienne jappa, agitant frénétiquement la queue, puis se jeta sur le côté avant de repartir en courant.
Emma la regarda s'éloigner. L'émotion lui étreignit la gorge. Comme elle l'aimait, cette bâtarde ! Elle regrettait de lui avoir donné un tel nom, mais il s'était imposé quand elle avait découvert l'autre chiot de la portée, mort étouffé. Dans sa tête d'enfant, la survivante ne pouvait être que coupable !
S'approchant des hommes, son regard accrocha celui de Louis. Torse nu, luisant de sueur, il fourchait les gerbes pour les hisser dans la charrette, où Hippolyte, le père d'Emma, les disposait méthodiquement.
Elle et Louis échangèrent un sourire, empli de leur nuit précédente, mais Emma passa devant lui sans s'arrêter. Elle n'y tenait pas, trop incertaine de contenir son désir de l'embrasser... Elle refusait d'offrir ce spectacle au regard des saisonniers, qui ne manqueraient pas alors de ricaner.
Elle rejoignit Émile, son grand-père, qui conduisait la moissonneuse. Assis, il manœuvrait les rênes, tempêtant après ses deux chevaux de trait harcelés par les mouches.
D'un saut, elle gagna la plateforme et enlaça le cou d'Émile pour garder son équilibre.
— Alors, la petiote ! Fini de peindre ? demanda-t-il.
Après avoir caressé sa tignasse blanche – il avait toujours porté les cheveux un peu longs –, elle l'embrassa et sauta sur le bas-côté, s'écorchant les chevilles sur les chaumes.
— Je vais rester derrière et donner un coup de main aux hommes ! cria-t-elle pour couvrir le vacarme des cisailles.
Acquiesçant d'un hochement de tête, Émile reprit ses gueulantes.
Elle l'observa un moment, admirative. Malgré ses soixante ans, l'homme portait encore beau. Pas très grand, musclé, les épaules larges, bien campé sur ses jambes, il impressionnait toujours ses interlocuteurs, tant on le sentait enraciné dans sa terre, « sa femelle », ainsi qu'il la désignait. À cela s'ajoutait sa façon effrontée de dévisager son vis-à-vis, son regard noir plongé dans celui de l'autre, comme s'il s'apprêtait à fouiller les recoins les plus intimes de sa conscience.
De mémoire, Emma n'avait jamais vu homme lui tenir tête... Quant aux femmes, sans en avoir jamais connu aucune, pas même sa grand-mère, aujourd'hui décédée, elle supposait qu'elles ne devaient pas résister longtemps à son charme.
— Hé ! Emma ! À quoi tu rêves ?
La jeune femme abandonna ses pensées. Son père la hélait du haut de la charrette.
— Va nous chercher un peu de vin frais, on n'a plus rien à se mettre dans le gosier !
— J'y vais !
Suivie de la chienne, Emma se dirigea vers l'extrémité du champ. Elle en profita pour remballer son matériel de peinture, puis, son attirail sous le bras, prit le chemin de la ferme.
Celui-ci serpentait entre deux alignements de chênes bordés d'une haie touffue. Après une centaine de mètres, Emma s'arrêta, les pieds endoloris d'avoir foulé le sol creusé d'ornières et durci par le soleil. Elle prêta l'oreille au frémissement des feuilles qu'agitait un léger souffle de vent chaud. Une soudaine angoisse la saisit, comme si ce bruissement annonçait une mauvaise nouvelle. Elle haussa les épaules.
— Tu ferais bien de ne plus lire les histoires de l'almanach..., marmonna-t-elle en reprenant sa marche.
Elle s'en voulait d'être si sensible et imaginative, une vraie maladie ! Gamine, déjà, elle croyait pouvoir déchiffrer le langage de la nature, le sens des nuages ou encore interpréter de prétendus signes. Combien de fois, à l'écoute du vent ou de la pluie, n'avait-elle pas « entendu » un événement s'annoncer, heureux ou non ? Évidemment, cela n'arrivait jamais comme elle l'avait prévu. La preuve : elle n'avait pas su prévoir le départ de Jeanne, sa mère, trois ans plus tôt.
Le souvenir de cette maudite journée s'imposa avec une telle violence qu'elle ne put retenir ses larmes. Mon Dieu, comme cela faisait encore mal ! Suffoquée par la douleur, elle s'assit alors dans l'herbe, caressant la chienne venue se blottir contre elle.
— Ce n'est rien..., murmura Emma sans en croire un mot.
Ce n'était pas rien, non. C'était même toute sa souffrance, toute sa haine de la vie, toute sa rancœur envers Dieu, si ingrat, et envers ce monde si imparfait ! Pourquoi avait-il fallu qu'elle s'en aille ainsi, un beau matin de février 1932, sans rien dire, pas même à sa propre fille ? Qu'elle n'eût rien annoncé à Hippolyte pouvait encore se comprendre : c'était son mari, et sans doute avait-elle de bonnes raisons de le fuir. Mais à elle, sa fille, pourquoi n'avoir rien expliqué, ne serait-ce que par un mot glissé sous son oreiller ? La veille, pourquoi le vent, la pluie ou les nuages ne lui avaient-ils rien annoncé ? Sa mère avait bien pu lui écrire par la suite de tous les coins de la planète, il était trop tard. Jamais elle n'ouvrirait ses lettres, enfouies au fond d'une malle dans le grenier. Jamais !
Emma regarda la chienne, attendrie de la voir si caressante.
— Même toi, tu n'aurais pas fait une chose pareille !
La colère la fit se relever. Après tout, pourquoi pleurait-elle ainsi l'absence de sa mère ? Comment pouvait-elle lui offrir sa souffrance, alors que celle-ci n'en avait éprouvé aucune en l'abandonnant à l'heure du laitier ? Non, la « salope » n'aurait pas ses larmes ! Elle n'aurait que sa haine. Et, si l'occasion s'en présentait, elle lui cracherait au visage avant de refermer son cercueil.
Emma repartit d'un pas plus décidé, déterminée à ne plus se laisser envahir par sa sensiblerie.
Parvenue à la ferme, elle pénétra dans la cuisine, où Margot l'accueillit. C'était la plus vieille domestique du domaine, sans qu'on sût précisément son âge. Encore vaillante, elle occupait la cuisine comme si elle lui appartenait. Pas question pour quiconque, pas même Emma, Émile ou Hippolyte, d'y rester sans son consentement.
— Qu'est-ce que tu viens faire ici ? demanda-t-elle à Emma d'un air faussement revêche.
— Il faut que je descende à la cave chercher quelques bouteilles pour les hommes.
— Rien que des soiffards, ronchonna Margot. De mon temps, on n'avait pas besoin de vin pour travailler.
Emma l'embrassa.
— De ton temps, Margot, on buvait autant, va !
— Qu'est-ce que tu en sais, gamine ?
— Je le sais, c'est tout, répliqua Emma avant de dévaler l'escalier menant au cellier.
Agréablement surprise par les effluves mélangés du vin et des vieux fûts en chêne, elle rinça deux bouteilles qu'elle emplit de piquette rouge, sombre et mousseuse, puis elle remonta.
Croisant Margot, elle lui lança :
— Je ne m'arrête pas. Les hommes meurent de soif sous un tel cagnard...
Sans attendre le commentaire désapprobateur de la vieille, elle pressa le pas. La chienne la suivait toujours, truffe au sol.
De retour à l'entrée du champ, Emma constata que les hommes avaient bien avancé. Ils se trouvaient maintenant en contrebas, près d'un ru asséché depuis plusieurs jours.
S'avançant vers eux, elle prit conscience de la lourdeur de l'air, présageant un orage. La rumeur des insectes affolés se faisait aussi plus insistante.
Longeant la clôture, elle rejoignit les hommes, qui l'accueillirent avec des exclamations de satisfaction. Elle leur donna les bouteilles, qui passèrent de main en main, puis, à la demande de son père, elle se mit à empiler les gerbes en compagnie de Louis, qui la dévorait des yeux.
Elle lui en fit le reproche.
— Cesse de me regarder comme ça, sinon je m'en vais.
— On s'en fout, des autres, murmura le jeune homme. Je t'aime.
— Moi aussi, mais tu sais bien pourquoi je te dis ça.
Agacé, Louis s'éloigna et se proposa pour prendre la relève d'Hippolyte. Emma lui en sut gré, quoique sa mauvaise humeur ne lui eût pas échappé.
Deux heures plus tard, le champ était entièrement moissonné, au grand plaisir d'Émile, qui craignait la survenue de l'orage.
— Bon Dieu ! s'exclama-t-il, on l'a échappé belle ! Dans moins d'une heure, sûr qu'on va avoir droit au déluge !
Confiant la moissonneuse à Hippolyte, il ordonna ensuite aux ouvriers de ramener la charrette à la ferme, pour la mettre à l'abri sous le hangar. Puis il entraîna Emma à part.
— Revenons ensemble à pied, il faut que je te parle.
Emma accepta avec enthousiasme. Pour rien au monde elle n'aurait renoncé à un tel moment d'intimité avec son grand-père.
Ils avaient pris l'habitude de se parler régulièrement depuis le départ de sa mère. Lors de ces sombres journées, Émile avait été d'un grand secours pour la jeune fille, lui expliquant qu'elle n'était en rien responsable. Seule l'instabilité de Jeanne avait provoqué cette décision. Elle avait toujours agi à sa guise, refusant toute forme d'autorité ou de contrainte. Personne n'était jamais parvenu à lui faire entendre raison, pas même lui. Il avait rapporté nombre d'anecdotes décrivant Jeanne comme une femme imprévisible, voire déséquilibrée.